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  • La ségrégation dans les têtes et les coeurs

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    Ce matin en prenant le car (en province il y a des coins où on prend le car pour aller au boulot, chers amis parisiens qui me lisez, c'est une coutume rurale, à cause de l'absence de ligne de trains entre deux villes pourtant distantes de 30 kilomètres), j'ai remarqué encore une fois quelque chose d'assez étrange mais certes peu étonnant : en effet, les personnes d'origine africaine vont toutes s'asseoir au fond du car, tandis que les européens restent devant.

    rosa_parks_on_bus_2.jpgLe tout en toute liberté et avec leur consentement, sans que rien ne les y force. Sans qu'il n'y ait eu de remarques racistes des uns ou des autres. Sans animosité non plus, d'un côté comme de l'autre ce sont de grands sourires, mais on ne se mélange pas, raison pour laquelle je suppose certains sourires d'être de circonstance ou « diplomatiques » somme toute. Rosa Parks n'aurait même pas l'idée de venir s'asseoir devant le car en nos cieux éclairés, passés de l'ombre à la lumière comme le sait depuis maintenant 29 ans, et tellement progressistes.

    Comme si nous vivions encore au temps de la ségrégation raciale aux États Unis (ségrégation qui n'a jamais existé en France). C'est tout à fait regrettable mais aussi absolument pas étonnant si l'on connait un peu la nature humaine qui déteste le hors-normes physique ou mental, de la couleur de peau au physique (louque, obésité, minceur extrême aussi, (etc... ); cette obsession du louque étant aussi un puritanisme car finalement il s'agit encore d'asservir le corps à la morale commune, à ce qu'elle considère comme acceptable, même si c'est un puritanisme en quelque sorte à l'envers) en passant par des opinions différentes, enfin des opinions, les lieux communs et les certitudes irrationnelles que beaucoup présentent comme des opinions fréquentables.

    Cela montre aussi que la ségrégation la plus forte est dans les têtes, et que la paix sociale ou la paix entre communautés d'origine différente ne se décrète pas à coup de décret ou de bonnes intentions larmoyantes, que s'il y a une éducation au droit cela entraine nécessairement une éducation aux devoirs, et que s'il devait y avoir une éducation à mettre en place c'est celle de l'ouverture à l'autre, mais sans sensiblerie et d'égal à égal, sans masochisme ni angélisme, et sans haine non plus. Cette ouverture à l'autre passe par le goût de la littérature, fortement négligé en France depuis plusieurs décennies, car les lettres sont loin d'inciter à la docilité aux pires sottises.

    Faisant cette remarque sur un réseau social bien connu, un ami a suggéré que c'était très politiquement incorrecte, et aussi que cela témoignait d'un atavisme familial assez fort à l'anarchisme de droite (terme fourre-tout finalement assez sot désignant tout individu n'ayant pas envie qu'on lui impose la manière qu'il devrait forcément appliquer pour être heureux selon des théories stupides auxquelles il n'a pas envie d'adhérer détestant fondamentalement les dogmatiques, ce n'est pas du tout inconciliable avec la foi catholique, longue parenthèse je sais).

    C'est devenu tout simplement très incorrect de constater de fait une réalité. Il n'y a pas de société multiculturelle en France, ce n'est qu'un mirage de l'esprit de quelques rêveurs sincères et bien-pensants hypocrites ayant sélectivement la larme à l'œil selon la minorité ou la communauté auxquelles appartiennent les victimes pour lesquelles ils consentent de verser une larmichette qu'ils ont constamment à l'œil, ce qui est bien pratique, sous le bandeau qui leur permet également le déni constant des réalités désagréables, qu'ils ne veulent surtout pas voir de près ou de loin.

    La seule société réellement multiraciale que j'ai connu pour le moment, quoique encore très imparfaite, c'est la société israélienne, du moins à Haïfa, Tel Aviv ou Eilat, à savoir dans les villes les plus laïques. Dans les rues de Tel Aviv se côtoyaient toutes les nationalités, ce qui me laisse penser d'ailleurs que c'est Tel Aviv qui était comme une ébauche de la Jérusalem céleste selon le point de vue millénariste, la ville où se mélangent toutes les nations (cette remarque aussi est extrêmement incorrecte soit dit en passant). Curieusement, étonnamment, les mêmes qui parlent de société multiculturelle en France, où elle n'existe pas, refusent de reconnaître la société israélienne comme vraiment diverse, alternant sans honte ni vergogne les comparaisons honteuses avec les clichés les plus abjects, contredisant leur appétence affirmée pour la diversité le plus souvent, n'hésitant pas pour certains à défiler avec des fanatiques. Il semble aussi que l'image qu'ils ont des juifs et de la judéité est la même que celle des propagandistes collabos pendant la Seconde Guerre.

    Tel Aviv reste cependant comme un décor de théâtre, d'une pîèce que les habitants de cette ville se jouent, rejetant le réel à leurs portes (la bande de Gaza toute proche). A Haïfa, non seulement, diverses minorités se côtoient, et s'apprécient en toute sérénité, sans pour cela se croire obligées de souscrire au plus petit dénominateur commune, mais en plus, les habitants israéliens de cette ville ont conscience depuis longtemps des souffrances de leurs voisins.

    Je crois finalement que les bien-pensants et les élites larmoyantes de notre beau pays aiment bien les étrangers, quand ils sont loin, quand ils sont exotiques c'est encore mieux. Ils aiment bien aussi le bon sauvage, le bon bougre qui écoute leurs conseils de petits bourgeois de progrès mais qui ne sort surtout pas de son rôle subalterne. C'est d'eux par exemple que vient le slam, ce rap édulcoré et aseptisé qu'ils peuvent écouter sans risque ni de se poser des questions, ni d'être choqué, voire de réfléchir sur la nature réelle et profonde de leurs convictions anti-racistes affichées. Rappelons que le rap vient du « talk over » inventé par des musiciens de Jazz comme Mingus ou Max Roach, et Abbey Lincoln.

    Encore une fois cet article sera certainement perçu comme incorrect, facho, réac, arrogant, cynique, pour citer les quelques noms d'oiseaux que m'ont décerné quelques adeptes de la pensée progressiste, Pour les AUTRES. De la tolérance, mais pour ceux qui pensent comme EUX.

    Un morceau de Mingus dédié à Rosa Parks en illustration