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cafés philos

  • La philosophie de comptoir

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     Il y a une vingtaine d'année, ça ne date pas d'hier ami lecteur, je m'étais laissé entrainer par un naïf qui voulait m'ébaubir dans un de ces « cafés philo » du dimanche matin, un des plus connus, à Bastille, animé par un « philosophe », un vrai, de profession, un sérieux, un dur, un tatoué, la preuve il vendait ses œuvres complètes éditées à compte d'auteur à la sortie ! Celui-ci é3840003445.jpgtait entouré à sa droite d'une blonde, à sa gauche d'une brune, ou d'une rouquine selon les jours, des jolies filles qui trouvaient « teeellement profond » ce qu'il disait, en particulier ses aphorismes d'une profondeur abyssale voire ténébreuse.

     

    Pourtant comme il le disait lui-même, il était d'une grande modestie (sic), d'une grande simplicité (re-sic), et n'avait que comme seule ambition de nous guider, nous les néophytes que nous étions, dans les arcanes de la sagesse, je cite encore...

     

    Pendant les échanges, ce jour-là on devait évoquer les « Antigones modernes », Antigone perçue surtout comme un archétype de la révolte adolescente (celle « qui a envie de dire zut, crotte...chié ») permettant aux membres de l'assistance présents de se croire encore jeunes, et rebelles, et beaux, car ainsi que l'affirma une des personnes avec des accents lyriques, « la révolte embellit », dans mon souvenir, il me semble qu'elle devait être d'une grande docilité suivant son raisonnement. Le micro tournait, une des retraitées de la fonction publique présentes, « passionnée et encore rebelle malgré sa retraite », le passait aux disciples du « maître » en face d'eux qui les écoutait avec patience et componction.

     

    Bien avant cela, j'ai toujours eu une profonde aversion, dégoûtation, répugnance, pour la philosophie « de comptoir », à savoir en particulier donc les fameux « cafés philos » créés au début des années 90, ou ces « ateliers philos » dans les écoles dés le primaire, ou encore tout simplement les grandes discussions entre étudiants, le tout maintenant amplifié par les réseaux sociaux et les blogs qui permettent de donner à ces avalanches de lieux communs une amplitude terrifiante qu'elles n'ont jamais eues auparavant, et que l'on retrouve dans cette mode consistant à s'envoyer sur « Fécebouc » ou « Touitteure » des phrases définitives généralement rédigées au feutre blanc par Ben.

     

    Car le plus souvent, dans ces endroits réels ou virtuels, on discute philosophie sans grande formation intellectuelle ni « background » nécessaire excepté ce qu'ils ont fait en Terminale (rires), partant du principe en 2014 que de toutes façons grâce au Réseau tout le monde a accès aux œuvres des philosophes, ou leur résumé sur Wikipédia (TM°), et donc il s'agit surtout au fond de se mettre en valeur en montrant combien on est ouvert d'esprit, intelligent et cultivé en anônant péniblement des clichés que même une adolescente post-pubère sentimentale trouverait parfaitement ridicules, ne comprenant pas que la philosophie, l'amitié envers la sagesse implique un enjeu existentiel, Diogène vivait dans un tonneau, Socrate a bu la ciguë.

     

    Quant aux clichés, je cite en vrac :

     

    La violence c'est mal, la haine c'est pas bien, la morale d'accord mais si on n'impose rien, la religion c'est bien pour la spiritualité mais je crois en ce que je veux, la liberté c'est de faire ce que l'on veut, il n'y a pas de hiérarchie des goûts et des désirs tout se valant (sottise qui est généralement surtout l'expression d'un complexe d'infériorité de ceux qui la prononcent) etc..

     

    Dans tous ces groupes de discussion, tous ces « cafés philos », virtuels ou réels, l'animateur se pose en gourou généralement car lui, ou elle, ça arrive, a les bonnes recettes de bonheur, la panacée que l'on se doit d'appliquer. Il sait ce qui est bon pour l'humanité, d'ailleurs c'est écrit dans son dernier livre en vente à la sortie, pas cher, avec une dédicace personnelle pour les participants. Déjà lors de ma participation évoquée plus haut, j'avais perçu que lorsqu'un des participants montre qu'il sait de quoi il parle et qu'il a quelques connaissances, et, ou, lu quelques livres, il est aussitôt considéré par les autres ou l'ersatz de gourou en devenir comme un trublion insupportable à faire taire.

     

    Je trouve cela caractéristique de notre époque qui s'imagine libre et au faîte du progrès des consciences, "quand même on a des portables", cette appétence à rechercher des maîtres et des directeurs de conscience beaucoup plus péremptoires que les précédents, et qui ont des disciples, ou des suiveurs beaucoup plus dociles, contents de ne surtout pas réfléchir par eux-mêmes car la réflexion personnelle leur fait peur, elle les pousserait à se détacher du troupeau et à s'affirmer par eux-mêmes, ce qu'ils ne veulent à aucun prix se contentant de s'évertuer à donner d'eux une bonne image sur le Web et obéissant aux pires diktats de la société hyper-consumériste le reste du temps.

     

    Ainsi que Gustave Thibon le disait également, sans avoir la prétention de me comparer à lui en culture et sagesse, « je ne crois en rien d'autres qu'en Dieu », je crois en Dieu, et seulement en Dieu, le reste, les grandes théories globalisantes censées faire le bonheur de l'homme fût-ce contre son gré, quelles que soient leurs bonnes intentions me laissant de marbre...

     

    image prise ici sur le blog Café philosophique sur Haut et Fort