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bradbury

  • La lecture bientôt considérée comme activité anti-sociale ?

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    littérature,bradbury,sf,société,politique,hypocrisie,lecture,éducationIl y a quelques jours, j'ai croisé dans la rue la « jeune fille qui aimait les livres » que j'ai évoqué il y a quelques mois. Elle n'a rien dit, elle était avec des camarades, elle avait le regard un peu triste en me souriant malgré tout. Elle ne pouvait pas oser parler les autres de son goût pour la lecture ce qui lui aurait valu l'ostracisme immédiat ou presque du groupe car selon les représentations mentales des plus jeunes, et parfois de leurs parents, ce sont les méchants, les malfaisants, les prétentieux, les bourgeois, les salauds qui lisent ou qui ont une bibliothèque chez eux. Dans les « blockbusters » et les séries « mainstream » actuels, le lecteur est soit un « geek » associal et grotesque, soit un vaniteux imbuvable, soit un « fils a papa » insupportable.

     

    Tout cela pour rassurer le brouteur de pop-corn sur ses aspirations médiocres, et le conforter dans son allégeance au consumérisme afin que surtout il continue à acheter ce qu'on lui dit d'acheter : un « smartphone » tous les deux mois, une « tablette » numérique tous les six etc...

     

    Quand j'entend parler de la lecture en 2013, qui serait dans un état encore tout à fait honorable en France, et qu'il n'y aurait pas du tout de baisse de niveau, que simplement les jeunes continuent à lire mais sur écran, cela me met assez vite en colère et je pense à cette jeune fille. Et je suis en colère aussi pour elle et les jeunes dans son cas, qui sont malheureusement des plus rares. La lecture était déjà et est encore l'activité favorite de ces enfants un peu moins doués pour la vie sociale et ses compromis grands et petits réputés obligatoires. 


    La lecture est déjà une activité considérée comme "asociale" voire "anti-sociale"...

     

    On nous dit que lire un livre dit « papier » c'est du fétichisme, c'est de l'archaïsme, du refus du progrès technique, du pratique (lire sur une "liseuse" c'est tellement prâââtique et sympââ en train"), et j'en passe, quand l'on ne se fait pas traiter de réactionnaire. Les mêmes prétendent que c'est de l'élitisme incongru, qu'il faut considérer d'abord ce qu'aime les jeunes, qu'il faut d'abord tenir compte de leurs goûts, qu'il ne faut surtout les obliger ou ne les forcer en rien à se cultiver alors que le simple bon sens sait que se cultiver, lire demande un effort originel et personnel, que si, sur le moment les jeunes ne le comprennent pas, ce que l'on a semé en eux germe parfois chez l'un ou l'autre, tout de suite pour certains, un peu plus tard pour d'autres.

     

    Car raison suprême invoquée, il ne faut surtout pas culpabiliser les jeunes, et par là les générations de leurs parents et grands-parents, de n'avoir de l'appétence que pour des « passions tristes » et aucune pour se cultiver. Encore maintenant, les plus jeunes dans une bibliothèque se sentent vaguement coupables, plus ou moins gênés par les livres qui les environnent qui les mettent grandement mal à l'aise, ce qui les insupporte. Pour tenter de se donner une contenance, ils dégainent alors qui son téléphone portable, substitut électronique de tétine, ou subsistut masturbatoire, qui son ordinateur ou son baladeur « Emmepétrois ».

     

    Il faut dire que l'analyse de la lecture sur livres traditionnels par les suppôts de la lecture numérique n'en montre que les aspects quantifiables, mesurables mathématiquement, et non les aspects qualitatifs, absolument hors de tout point de vue quantitatif. Ils en font une analyse primaire donc en oubliant le côté humain, qu'ils méprisent.

     

    Ils oublient qu'un livre a une histoire bien à lui, même si c'est aussi un bien de consommation, des parfums, un parcours, qu'il est un moyen pour des parents, des enfants, des amis, des amants de transmettre aux personnes qu'ils aiment des passions, des idées, des rêves, une ouverture au monde il est vrai découragé par tous les gadgets informatiques divers et variés actuels qui favorisent au contraire le repli sur son nombril et son nombrilisme.

     

    Les mêmes laudateurs de la lecture numérique chez les jeunes, qui entonnent déjà depuis longtemps le refrain du « Tout va très bien madame la Marquise », curieusement, lorsque l'on va chez eux, ou que l'on observe la chambre de leurs gosses favorisent chez leur progéniture le goût de la lecture et de la littérature par les livres tant qu'ils peuvent, et n'ont rien contre un peu d'élitisme voire d'excellence quand il s'agit de leur petit dernier ou petite dernière, mais là « ce n'est pas pareil », ce sont leurs enfants, c'est donc du sérieux.

     

    Notons aussi que pour eux la lecture d'un roman, d'une pièce de théâtre ou d'un recueil de poèmes, tient pour eux de la détente, du divertissement, d'un hédonisme qu'ils ne comprennent pas ayant des Lettres une idée strictement utilitariste en bons petits bourgeois positivistes qu'ils sont, et qui n'ont guère changé depuis Bouvard et Pécuchet au fond. Il y a quelques décennies « Farenheit 451 » de Bradbury ressemblait à une fable irréaliste, « des pompiers qui brûlent les livres ? Jamais ça n'arrivera ! », encore un rêveur qui faisait des cauchemars ridicules sur l'avenir de la société de consommation.

     

    C'est étrange, mais ce livre ressemble de plus en plus à notre réel vous ne trouvez pas ?....


    Photo : un lecteur bientôt considéré comme "associal" de par ses lectures, et fier de l'être, devant ses livres