Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

bling

  • « Bon Appétit Messieurs ! »

    Imprimer Pin it!

    précédemment paru sur le Ring.com

    Avant de lire ce livre, j'ai écouté Patrick Rambaud sur Europe 1 parler de sa chronique. J'avais déjà comme une impression d'inachevé, elle perdure à la lecture de son ouvrage. Certes il écrit très bien, entre style « Grand siècle » avec imparfaits du subjonctif bien placés, et argot de marlou plus trivial ; il faut dire que le sujet, le président de la République et sa cour, l'impose par sa très grande vulgarité mais il manque un souffle puissant et une analyse plus profonde de la situation, bien que son idsarkoleon.1181033598.gifée de « démocratie totalitaire » sarkozienne soit des plus justes. Seulement, comment se fait-il que nous en soyons arrivés là ? Aussi bas. Comment se fait-il que les idéaux de notre société ne soient plus que les 3 « B » : Baiser, bouffer, boire et les deux « C » : « Claquer » son argent, les flambeurs ont bonne presse, ceux qui confondent luxe et clinquant, verroterie et pierres précieuses, éducation et bourrage du portefeuille, et bien sûr « Consommer », le tout camouflé sous le paravent léger d'un humanitarisme, très vague, qui reste de pacotille. Et quand on ne peut pas consommer, on passe ses jours de repos à flâner à l'ombre des rayons des supermarchés géants, les lieux saints en 2010. Le microcosme franco-français manque de grandeur et cela ne commence pas avec le règne de Nicolas Ier, cette société française post-industrielle souffre à dire vrai de nanisme (on pourrait voir là une allusion au physique dense du personnage principal des chroniques de Rambaud mais que nenni, je ne me permettrais pas une telle privauté bien sûr).

    Ce président qui n'en revient pas d'en croquer autant, cette cour prête à toutes les bassesses, il semble bien que c'est tout ce que mérite notre pays en ce moment du fait de son masochisme, du rejet de sa culture, de toute culture d'ailleurs. Il est à la mode d'être inculte, tout en cultivant paradoxalement un complexe d'infériorité sur ce sujet (encore une chose que Carla a prise en main), ou de prendre pour coach une machine électronique.

    Il décrit les tribulations des multiples lèche-bottes, des obséquieux habitués à cirer les pompes, avec talent. Il les fait descendre de leur estrade, de leurs talonnettes dirais-je, il y a aussi parmi eux une grande proportion de petits boutiquiers, d'ambitions au ras des pâquerettes. L'impression qui domine est que personne ne se soucie plus vraiment de politique, tout le monde veut une part du gâteau public, que ce soit une grosse part ou quelques miettes, de l'édile municipal qui s'augmente à peine les urnes vidées au ministre qui cumule deux ou trois salaires et indemnités de fonction. Pourtant, je crois me rappeler que l'on nous a seriné depuis deux-cents ans et des poussières que les privilèges ont tous été abolis la nuit du 4 Août. Serait-ce donc qu'il en reste quelques uns ? On m'aurait trompé ? Sarkozy est-il pour autant le seul responsable de la situation, ou seulement un symptôme ? Patrick Rambaud n'analyse pas cette question malgré sa description savoureuse des us et coutumes du palais présidentiel.

    Le maire de ce palais, Nicolas Ier, reste plus ou moins fidèle à lui-même, réalisant le rêve de nombreux quidams : dépenser du fric, se vautrer dans un éternel jeunisme, consistant surtout à courir en short autour de l'Élysée, se faire bronzer à la lampe UV comme Tony Montana, quitte à souffrir d'un malaise vagal comme n'importe quelque quinquagénaire jouant les jeunes hommes. A la place, peut-être s'achètera-t-il un 4x4 rutilant. Pour compenser, rien de mieux en effet qu'un simulacre de virilité. Dans le palais, on cotoie Carla Bruni, elle se montre plutôt froide et déterminée, ainsi qu'en témoigne ce qu'elle dira devant le lit conjugal et présidentiel à Rachida Dati, mais demeure cependant une Madame Verdurin au physique de naïade, n'ayant de la culture qu'une image mondaine et superficielle. On lit ce dont on parle dans les salons, on trouve génial les plastiqueries de Jeff Koons à Versailles ou les machines à laver de Boltanski, car ce sont des copains de banquets, et, bien sûr, on a l'adresse et le numéro de téléphone de quelques esprits réputés libres et indépendants, comme Val, comme Frédéric Miterrand, toujours prêts à rendre service à la Nation, enfin à la première Dame de la Nation dont la couche fût accueillante autrefois, aujourd'hui encore diront les mauvais esprits dont je ne suis pas, et dont le charme ne les laisse toujours pas de marbre vraissemblablement. Carla, comme le raconte Patrick Rambaud, c'est un peu notre reine Margot à nous, avec le même tempérament, plaise à Dieu que ça ne nous mène pas à une Saint Barthélémy moderne.

    Peut-être enfin, eût-il fallu mettre la réplique fameuse de « Ruy Blas » en exergue : « Bon Appétit Messieurs ! Ô ministres intègres !

    Conseillers vertueux ! Voilà votre façon

    De servir, serviteurs qui pillez la maison !

    Donc vous n'avez pas honte et vous choisissez l'heure,

    L'heure sombre où l'Espagne agonisante pleure !

    Donc vous n'avez ici pas d'autres intérêts

    Que remplir votre poche et vous enfuir après ! ».