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blessure

  • Charles Bukowski

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    bukowski030-799634.jpgLa misère mène toujours à un voyage au bout de la nuit, au bout d'un tunnel, sans fin, parsemé d'archanges grotesques, d'anges du bizarre, d'alcool, de bitures et de destruction, de filles dont ils tombent toujours amoureux aussi vite qu'ils les quittent. Ce livre, composé de fragments de tous ses livres, romans et poèmes, explique pourquoi l'auteur a vécu le tout, l'origine du tout est son enfance comme beaucoup d'autres grands brûlés de l'existence. Loin de la littérature trop polie, trop honnête, Bukowski ne fait que montrer sa misère, mais la vraie misère. Il est aussi à mi-chemin entre Céline et Dostoïevski, pas si loin que ça de Montaigne, car persuadé des faiblesses de l'humaine nature et sachant également que le plus important est ce que l'autre donne, ce qu'il apporte. On pourrait s'arrêter à cela et sombrer dans le pathos et le cliché de l'écrivain en dérive, du génie méconnu trop longtemps parce que trop original ; c'est l'argument massue de tous les minables qui cherchent absolument le succès ou la célébrité, rechercher cette célèbrité le plus souvent même pour du rien, du néant, de la vacuité intersidérale, parce que comme on ne croit en rien d'autres, ça donne l'impression de survivre après le retour à la glèbe après la mort, ceci que le cercueil soit plaqué or ou pas. Bukovski se fout des idéologies et de l'engagement, il sait très bien que c'est souvent une mascarade, une farce macabre. 

    Bukovski n'en a rien à fiche de gagner des médailles, de passer à la télévision chez l'un ou chez l'autre, d'être bien vu de sa crémière ou de la charcutière, que l'on cause de lui dans les universités ou qu'il y ait de doctes articles sur son oeuvre. L'essentiel, c'est de continuer à écrire et d'être lu parfois. Il a une haute idée de la littérature, très loin de l'actuelle qui la réduit à des formules chocs vaguement provocatrices. Il enchaîne les petits boulots minables, les jobs où il doit subir la connerie de petits chefs beaucoup moins intelligents mais qui compensent cela en gravissant les échelons de la société pour se consoler. Bukovski s'en fiche aussi, tant qu'on le laisse coucher sur le papier ses mots. Il prend la responsabilité de sa situation, elle lui convient, il n'en rejette pas la responsabilité sur d'autres, il ne pleurniche pas sur le passé et son nombril. Et il sait bien qu'il a fait de mauvais choix, aux yeux du reste de la société, à ses yeux, aux yeux des ses proches, et que ce sont ces choix qui engendrent en grande partie la dèche et la précarité ; sa situation ressemble à celle de Philip K. Dick. On sent un désamour de lui-même, et finalement l'amour du reste de l'humanité, un amour vache et lucide certes. Il contredit tous ceux charles_bukowski.jpgqui pensent que la littérature c'était mieux avant, qu'avant le ciel était plus bleu, qu'avant les filles étaient plus jolies. Il suffit de regarder dans la bonne direction.

    En France, il n'y a pas que de jeunes cons et jeunes connes trentenaires ou pas, fils ou filles de, qui confient leurs états d'âme de privilégiés sur le papier, leurs histoires de cul mollassones ou leurs aternoiement de bourgeois se sentant coupables de trop bouffer, (tout en continuant à largement profiter de leurs privilèges) : Il y a Céline Minard, qui me fait penser à Bukovski d'ailleurs, par certains côtés, dont son indifférence aux médailles, son mépris total des convenances quant à une pseudo-réussite (dans un article sur elle, elle se moque des biographies "arrangées" qui font de son parcours un conte de fées, après la parution de son roman, "le dernier monde" chez Denoêl), il y a Grégoire Bouillé, qui montre que le romanesque n'est absolument pas mort, et des auteurs de genre qui renouvellent les points de vue. Bukovski a d'ailleurs été découvert en France par la maison d'éditions la plus intéressante des années 70 qui est les "éditions du Sagittaire" de Guégan. Et son exigence en matière littéraire me rappelle celle de Jean-Patrick Manchette, celle qui pousse à ne surtout pas respecter les convenances ou ce genre d'auteurs qui pensent que leur nom est déjà dans le dictionnaire. Je recommanderai ce livre, enfin, aux lecteurs d'Anna Gavalda, ceux qui veulent de l'authentique, du quotidien, de la vérité des "vraies" gens. Avec Bukovski, on est en plein dedans, dans la tourbe de l'humanité, dans sa vérité crue, et non simplement quelques clichés qui arrangent. On est au plus près des pauvres et des personnes que l'on croise tout les jours sans parfois les regarder.

    Titre : Avec les damnés | Auteur : Charles Bukowski | Editeur : LGF

    Ci-dessous une très belle animation sur un poème de Bukovski (sous-titrée en italien certes mais cela n'enlève en rien la qualité du travail graphique)