Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

bibliothèque

  • De l'abbé Bethléem aux bourgeois pédagogues

    Imprimer Pin it!

    littérature, bibliothèque, société, censure, bêtise, culture, amaury watremezL'abbé Bethléem était cette figure pittoresque de prêtre de choc qui pendant plusieurs décennies pensait expurger la littérature de tout ce qui était mauvais pour le peuple (voir à ce lien). Il s'est systématiquement trompé sur le talent des auteurs qu'il censurait, y compris les catholiques, et portait aux nues une littérature toute en exemplarité sans couleur, sans saveur, sans odeur. Il était un genre de boussole à l'envers, de celles indiquant toujours le Sud. Il était sincèrement persuadé de faire le Bien en évitant aux âmes de se pervertir. On ne peut véritablement l'en blâmer après tout.

     

    Parfois certaines voies sont pavées de bonnes intentions dit-on.

     

    Il est de ces personnages permettant aux bien-pensants d'évoquer l'ordre moral d'antan, un ordre noir réputé arbitraire et insupportable. Il était un Don Camillo "réac" en somme. Ledit ordre noir était pourtant tout relatif ainsi que le rappelait Marcel Aymé dans un texte sur la libération sexuelle, les enfants et les grandes personnes, y compris à Paris, avaient quotidiennement tout autour d'eux des animaux, animaux de trait, de labours, chevaux, s'ébattant librement voir se reproduisant sous leurs yeux. Ils avaient des leçons de chose -de "la" chose- en vrai. Le joug moralisateur était donc tout relatif.

    Lire la suite

  • L'avenir de la culture

    Imprimer Pin it!

    culture, littérature, livre, bibliothèque, politique, amaury watremez

    Sur Agoravox aussi

     

    Je suis toujours très agacé quand j'entends le chœur des pleureuses déplorer le manque de culture des jeunes, leur peu d'appétence pour la littérature et les arts. Car ce sont ces mêmes pleureuses qui n'ont pas su transmettre quoi que ce soit en ce domaine à leurs enfants et petits enfants. La plupart n'ont d'ailleurs pas de bibliothèques chez eux ou sinon quelques « ouvrages de table basse » faisant « bien » quand il y a des invités, et ne vont pas plus au concert ou au théâtre que leur progéniture.

     

    Lorsqu'on leur en fait la remarque, leur premier réflexe est d'incriminer bien vite l'école et l'Éducation Nationale, aux enseignants si mal formés, aux différentes réformes. Ce serait la faute à leurs professeurs qui ne les aimaient pas, qui ne les comprenaient pas, les pôvres...

     

    Comme si la culture ne s'apprenait que dans une classe, comme si elle ne devait naître d'un apprentissage fastidieux. On ne sait d'ailleurs plus très bien définir la culture, on pense souvent que chacun a sa propre « culture » selon ses propres critères alors que celle-ci n'a rien de relatif. On est cultivé ou pas, c'est une réalité -cruelle pour certains.

    Lire la suite

  • Le plaisir démodé de la lecture

    Imprimer Pin it!

    lecture, société, écriture, bibliothèque, plaisir démodé, amaury watremezSur Agoravox aussi

     

    J'ai trouvé la technique parfaite pour avoir de la place dans le train de banlieue. J'ouvre un livre et je lis. Un lecteur semble plus suspect aux yeux des autres voyageurs qu'un type le regard rivé sur son Smartphone. On le regarde avec circonspection. Il en inquiéterait presque. Comment peut-il se couper de "sa communauté" ne serait-ce que le temps du trajet ? Car je pousse le vice à éteindre mon téléphone portable. Mais enfin pour tout vous avouer moi je m'en fiche un peu car comme ça j'ai de la place et je suis tranquille. Alors certes, je ne suis pas le seul dans un train à lire des livres mais nous sommes de plus en plus rares. Il y en a aussi certainement quelques uns lisant sur leur tablette, sur une liseuse ou leur téléphone.

     

    Cela ne veut pas dire d'ailleurs que la lecture demeure au même niveau qu'auparavant, ceux qui lisent sur écran lisant déjà avant ces inventions. Celles-ci n'amènent et n'amèneront jamais aucun nouveau lecteur à l'exemple des livres à deux euros en particuliers "Librio" "inventés" il y a une vingtaine d'années...

    Lire la suite

  • Lire (la correspondance de) Flaubert dans les transports en commun

    Imprimer Pin it!

    On se dira, quelle utilité de parler de Flaubert encore maintenant ? Est-il encore un auteur à lire ? Ce n'est pourtant pas un perdreau de l'année dans l'actualité pourra-t-on me rétorquer, ce à quoi on répondra que la plupart des écrivains actuels sont beaucoup moins vivants que lui, beaucoup plus tournés en contemplation vers leur nombril, et beaucoup plus engagés que lui qui était totalement dégagé des sottises à la mode de croisset_p.47.jpgson temps, y compris le positivisme. Et bien qu'il bouffât souvent du curé (on lui pardonne, après tout un de mes ancêtres pendaient les cons lors des « Guerres de Religions » ce qui faisait du monde), il devait espérer tout au fond des tréfonds de son âme en la possibilité de l'amour et la miséricorde divines. On trouve bien sûr la Correspondance en ligne, ici , (en toute immodestie, je l'ai trouvé pour le prix d'un paquet de « clous de cercueil » en version papier chez un bouquiniste de Rouen, ce qui est quand même incomparable pour le lecteur, et mon amour-propre, et un éditeur qui s'appelle Conard on ne résiste pas). Mais on trouve aussi un recueil des lettres les plus marquantes chez Gallimard en Folio, et la correspondance complète dans diverses éditions (des citations par thèmes à ce lien). On peut laisser la lecture de la Correspondance de Flaubert en version électronique à Michel Onfray et Bernard Werber (la Gràce du Très Haut les étreigne de son bras puissant), deux écrivains non sans talent de notre époque d'intelligence toute puissante (je plaisante).

    Et pourtant, une phrase comme «La vie doit être une éducation incessante ; il faut tout apprendre, depuis parler jusqu'à mourir » qu'écrit Flaubert à Maupassantjustifie presque à elle seule la lecture de cette correspondance que Borgès qualifia de « virile ».

    *

    Je sais (comme dirait Jean Gabin au crépuscule de son existence). Je sais, c'est le genre de titre qui donne l'impression que l'écriveur de ce blog a un ego surdimensionné, ce qui est tout à fait exact il est vrai, il a parfois peur de n'être qu'un Homais de gouttière, un atrabilaire de sous-préfecture. Mais ce qui me rassure somme toute est que Flaubert lui-même ne quittait pas beaucoup sa Normandie durant les vingt dernières années de sa vie, excepté quelques séjours parisiens et les visites à ses diverses égéries.

    Il ne devait pas regimber tellement à s'isoler progressivement et du milieu littéraire des « gendelettres », et du peuple docile quand il s'agit des pires bêtises. Il s'oppose à Hugo qui est quant à lui certain que la nature humaine est perfectible à coup de bons sentiments, de grandes déclarations fracassantes et de bonnes intentions. Comme il l'écrit «Tout le rêve de la démocratie est d'élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois. Le rêve est en partie accompli. » Il ne croyait pas si bien dire, en 2010 c'est toute la société qui est imprégnée des valeurs, si l'on peut dire, de la bourgeoisie matérialiste, amorale et libérale-libertaire.

    Et «Le peuple est un éternel mineur » malgré toute l'éducation que les « phares de la pensée » ont cru lui donner.

    Certains s'amusent à me comparer au chef de caravane du « Ringling and Ringley » Barnum Show, qui trimballait aussi quelques horreurs dans son sillage, tout comme le romancier exilé à Croisset, de la femme sirène authentique à un vrai technocrate avec un attaché case rempli de paperasses, en passant par une femme à barbe ou le véritable « homme singe du pays de Galles ».

    *

    Les djeuns pourraient le lui reprocher : « Ouah, l'ôt' hé, il a pas de portables tactiles, il lit des l-i-v-r-e-s, trop zarbi le keum, il est trop dar » (ce qui se traduit par : « Ce personnage engendre chez moi un sentiment d'incompréhension car il n'est pas à la pointe du progrès »). Une citation de la Correspondance pourrait être méditée par la plupart des blogueurs (note personnelle : moi le premier, moi le premier) : «Le difficile en littérature, c'est de savoir quoi ne pas dire? » mais «quand on a quelque chose dans le ventre on ne meurt pas avant d'avoir accouché.»

    Les transports en commun sont, faut-il le rappeler, rarement les vecteurs de transports sensuels ou amoureux, bien qu'il se raconte des anecdotes prétendant le contraire mais enfin « la madone des sleepings » se sentirait à l'étroit dans les commodités des trains modernes et Emmanuelle serait bloquée au sol comme tout le monde en ce moment à cause d'un nuage volcanique islandais, il lui serait alors impossible d'avoir « le bas en haut » en « business class », ce qui me fait penser qu'Emmanuelle c'est un peu « la madone des sleepings » de l'âge de la Bourse triomphante.

    200px-Gustave-Flaubert2.jpgFlaubert connaît nombre d'extases éthyliques, haschinines ou autre, en voyage, quand il est en Orient dont il ne fait pas qu'humer les parfums dans les souks. Ses lettres à Louis Bouilhet d'Égypte ou de Jérusalem démystifient grandement les journaus de tous les grands hommes qui ne vivraient que d'intelligence, de rafinnement et de cultures partagées. Flaubert est loin de se cantonner à l'intellect. Il prétend à Louis Bouilhet que «L'organe génital est le fond des tendresses humaines.». Il ne vas pas cependant jusqu'à se souiller et souiller une enfant comme Maxime du Camp qui souffre des mêmes instincts que Polanski ou un curé progressiste « dynamique avec les jeunes », Il succombera quant à lui à son vice en Syrie.

    On y voyage certes en prenant moins de risques que par l'alcool, qui est une manière de voyager assez étourdissante, et on s'y fait moins mal aux yeux que par la lecture. En plus, la correspondance de Flaubert même dans l'édition « digeste »(comme disent nos amis de la Perfide Albion) de poche, c'est écrit trop petit, et il n'y a pas de dessins à colorier. Généralement on y trouve toute une brochette de névroses diverses, en particulier parmi les habitués, l'aristocratie du voyageur, que ce soit un car ou un train, ce qui revient presque au même, dans le train, les habitués se rangent par wagon, dans le car, on ne peut pas changer, de wagon. Et l'on n'y rencontrerait même pas de Madame Schlésinger, le modèle de Madame Arnoux dans « l'Éducation Sentimentale », qui finira dans la triste réalité folle à lier, écumante, dans un asile de l'est de la France. C'est pour cette raison que l'histoire d'amour de Frédéric est tellement bouleversante, malgré l'auteur lui-même qui jouant le cynisme jusqu'au bout, se demande dans une lettre à Louise Colet s'il faut que ses personnages « baisent ensemble » selon son terme très cru qui est aussi une manière de pudeur.

    Malheureusement.

    Cela, l'observateur attentif l'aura bien sûr remarqué (note personnelle : ici, il y a quelques graines de dérision ami lecteur, je ne pense pas réellement qu'il faille être si attentif que ça).

    *

    De temps à autres, dans le « tégévé », en classe confortable, on peut croiser des philosophes néo-nietzschéens (ils sont persuadés qu'être anti-cathos suffit), comme Michel Homais, pardon, comme Michel Onfray, qui lisent le journal, « Le Monde », un journal beaucoup plus drôle que « le Hérisson » à vrai dire, sur leur « ail-fône » car ils sont pour le progrès, merde, quoâ ? Flaubert l'aurait conchié ce genre de philosophes de comptoir soit dit en passant, ce pour quoi, un peu rapidement, on classerait bien Flaubert dans la catégorie des anarchistes de droite, catégorie dans laquelle on me classe souvent (mais pourquoi ? Grands dieux ! Pourquoi ? Moi qui suis d'une grande douceur et d'une parfaite tolérance), à savoir le genre d'individus qui déteste la sottise grégaire et la connerie du troupeau quand celui-ci quitte ne serait-ce qu'un instant ses pâturages.

    Et il conchierait de même « le Monde ».

    Il y a particulièrement dans les transports en commun les bureaucrates fiers d'être esclaves, contents d'être dévoués à un patron, ou un chef de service qui exploite sans vergogne leur candeur et leur crédulité. Cela va de la dame entre deux âges pomponnée et apprêtée selon les canons de la mode pompidolienne, avec choucroute décolorée en option, que l'on soupçonne d'être amoureuse de son supérieur hiérarchique qui, miracle de la technique peut la déranger à trois heures du mat', gràce à l'invention du téléphone cellulaire (le vocable « téléphone portable » étant, comme me le faisait remarquer judicieusement une camarade intelligente qui porte des minijupes très courtes, un pléonasme, c'était un peu ma propre Louise Colet), au névrosé raide comme un piquet sur son siège qui bout d'impatience car il ne supporte pas ses semblables et qui attend avec impatience de se planquer derrière son « box » au bureau, ce qui lui permet d'envoyer des messages vengeurs ou haineux, planqué derrière un pseudo judicieux, souvent suggèrant qu'il est doté d'une virilité étonnament triomphante. Ils valent bien les « monsieur Prudhomme » dont parle souvent Flaubert et les « ronds de cuir » de Courteline, qui ne s'est pas toujours appelé ainsi (puisqu'il s'appelait Courtepine).

    *

    croisset.jpgEt puis il y a aussi un autre genre de sauvage, celui qui préfère s'abstraire dans les livres. Autour de lui, on ragote, on cancane, il s'en fiche, on « bouvarde », on « pecuchètise », ça l'indiffère, on « bovaryse », il ne s'en inquiète pas, on le suspecte aussi de temps à autre d'être un « prétenssieux » ou une sorte de tante non pratiquante, il préfère en rire. On enrichit ainsi le dictionnaire des idées reçues de nombreuses définitions ou re-définitions. A lire la correspondance de Flaubert, lui qui haissait non sans délectation la bêtise bureaucratique mais aussi la démocratique, « Je ne veux faire partie de rien, n'être membre d'aucune académie, d'aucune corporation, ni association quelconque. Je hais le troupeau, la règle et le niveau. Bédouin, tant qu'il vous plaira ; citoyen, jamais ». De toutes façons il rejette la bêtise moderne : « L'immense bêtise moderne me donne la rage. Je deviens comme Marat insociable ! attachez-moi ! je mords ! » (A Léonie Brainne. 14 juin 1872) . Il serait bien plus enragé en nos temps de délitement social total malgré le multiculturel et l'avènement prochain du nirvâna consumériste.

    Il aurait certainement détesté mais ça n'aurait pas été perdu pour la littérature. En son temps, il était limité, l'abrutissement du troupeau, de nos jours, il n'a plus aucune borne gràce au sacré « Village Global ». C'est plutôt d'être en dehors de la horde qui pose problème même si, certes, comme lui « Ma volonté seule suit une ligne droite, mais tout le reste de mon individu se perd en arabesques infinies » (à Louise Colet, 13 mars 1854).

    *

    Amaury Watremez

    « Correspondance » de Gustave Flaubert en « Folio Classique » chez Gallimard, 10,90 Euros.