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  • Comédie(s) de la vie

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    à propos de « Le cinéma italien de 1945 à nos jours » - 4ème édition, avril 2016 de Laurence Schifano

     

    On aime à l'italienne également sur Causeur

     

    cinéma, cinéma italien, société, politique, italie, berlusconi, amaury watremezAu début, la présentation de cet ouvrage, très scolaire, un peu aride, pourrait rebuter le lecteur. Mais une fois ouvert, ce livre se dévore comme un plat de rigatonis au porc et au citron. L'auteur a un style alerte, vif et précis. Elle passe en revue les différents genres affectionnés par le cinéma italien depuis la fin de la Seconde Guerre. Elle montre sa prédilection pour les « filons », l'épuisement d'un type de film ou de séries de films jusqu'à l'absurde, la parodie de parodie de parodie tels les « Trinita » ou les « Django » tournés après les westerns « spaghettis » de Sergio Leone ce qui n'en fait pas tant s'en faut des mauvais films.

     

    L'amateur de cinéma « Bis » ou carrément « Z », de cinéphilie réputée « honteuse » le sait déjà il est vrai. Tarantino est un de ceux-là connaissant sur le bout des doigts toutes ces œuvres dont tous les « Rape and Revenge » ayant inspirés l'argument de base de « Kill Bill ». On ne compte pas non plus les pseudo « Mad Max » faisant suite à l'original, les « dystopies » survivalistes violentes, les films de « zombies » inspirées de « la nuit des morts vivants », voire les simili « documentaires » sur les « cannibales » copiés des « Mondo... », les « thrillers » sanglants, les « Maciste » repris dans les années 50 et 60 etc...

     

    Les cinéastes italiens épuisant ces « filons » comme on presse un citron auront toujours beaucoup de recul sur leurs longs métrages. Maintenant que le ciné « bis » est « in » on en fait des chefs d’œuvre méconnus. Il faut quand même se rappeler qu'il s'agissait juste d'épuiser un sujet au départ...

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  • Comment peut-on soutenir Cesare Battisti ?

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    Mieux vaut prévenir que guérir, tous les commentaires qui se hasarderaient à m'insulter, à me traiter de facho, sans argumenter seront supprimés.

    Sur Agoravox aussi on en parle

     Quand je vivais comme volontaire au Proche Orient, nous avons pu vivre avec les autres coopérants ce que les journalistes en terrain de conflits appelle « le syndrome du demi-dieu », à savoir, au bout d'un moment nous avions fini par prendre beaucoup de risques, et à côtoyer des situations très dangereuses en se croyant invulnérables, ce que nous n'étions pas. Je suis sûr qu'avec une toute petite pichenette, nous aurions été prêts à nous investir dans les combats sévissant dans cette région du monde, à manier les armes et à tuer pour une cause que nous croyions juste.

    image prise ici

    CesareBattisti.jpgC'est grisant de sortir des cadres sociaux normaux, de n'être plus sous la contrainte d'aucune hiérarchie, nous faisions à peu près ce que nous voulions...

    Ce qui a été le plus dur quand cette vie s'est arrêtée c'est de retrouver une vie plus banale, plus dans les rails. Ce qui nous a sauvé est que nous étions vigilants les uns envers les autres, que nous avons essayé de ne pas nous laisser emporter par ce que nous ressentions pour ceux qui nous ont été proches deux ans.

    Ce qui est arrivé à certains militants d'extrème-gauche des années 70 ressort à peu près du même phénomène.

    On combat pour des idées que l'on croit justes, et à la base il y a effectivement une soif de justice pour tous, une soif d'équité, et de paix sociale, de rejet de l'avidité, du consumérisme, toutes choses éminemment sympathiques au départ. Beaucoup des militants de cette période sont sagement rentrés dans le rang ensuite, gardant qui un look, qui quelques slogans, pour ne pas donner l'impression de tout à fait se dédire, pendant que d'autres allaient jusqu'au bout de leurs idées, à savoir la lutte armée.

    C'est grisant d'aller sur les marges, de combattre pour de bon au nom d'idées généreuses, on croit alors que la vie de ceux qui semblent contredire ses idées ne vaut pas grand chose. On devient un demi-dieu qui décide qui doit vivre ou mourir. On ne sort pas seulement de la société, on quitte toute morale, tout sens commun. On finit par trouver normal que la fin justifie les moyens, ce qui pourrait être le credo de bien des requins du libéralisme.

    Jean-Patrick Manchette le traite parfaitement dans « Nada ».

    Chez beaucoup de petits bourgeois étudiants, il apparaît que ce militantisme est aussi une conséquence de leur culpabilité sociale, d'un rejet de l'identité familiale, en somme plus une crise d'adolescence prolongée qu'autre chose. Il y a aussi de grands naïfs comme les « épiciers » de l'affaire de Tarnac, qui se sont donnés des frissons, ont joué aux gendarmes et aux voleurs avec le pouvoir sans comprendre qu'il y aurait des conséquences, invoquant même ce qui est un comble la justice dite « bourgeoise » pour se défendre.

    En Italie, pendant les « années de plomb », il y eut les « Brigades rouges », en France, « Action Directe ».

    Mis en prison en 1979 après plusieurs assassinats qui lui sont imputés, condamné en 1981 car appartenant à une bande armée, Cesare Battisti s'évade alors et part se réfugie alors au Mexique. En 1988, il est jugé par contumace par la Cour de Milan qui ordonne la réclusion criminelle à perpétuité pour l'assassinat du surveillant de prison Antonio Santoro (Udine, 1978) et de l'agent de police Andrea Campagna (Milan, 1979), ainsi que pour complicité active dans les assassinats le 16 février 1979 du boucher Lino Sabbadin (Santa Maria di Sala, Vénétie) et du bijoutier Pierluigi Torregiani (Milan).

    En France, François Mitterrand s’engage en 1985 à ne pas extrader les anciens activistes italiens en ayant fini clairement avec la violence, à l'exclusion des crimes de sang. C'est ce que l'on appelle la doctrine Mitterrand.

    Sur la base de cet engagement politique, Cesare Battisti revient en France en 1990 où il dispose d'un réseau amical important. Il devient gardien d'immeuble et commence à écrire. Il écrit son premier roman « Les Habits d'ombre ». Cette œuvre et les deux qui suivront : « L'Ombre rouge » et « Buena onda » sont des romans « noirs » qui prennent pour toile de fond la communauté des exilés italiens à Paris. Il publie également « Dernières cartouches » qui se déroule dans l'Italie dite des « Années de plomb ».

    En 2004, l'Italie demande une seconde extradition qui est cette fois accordé.

    Au grand scandale d'un petit milieu parisien très fermé, d'écrivains «engagés », ou pas, comme Fred Vargas, qui prétend refaire toute l'enquête, de politiques, dont Bertrand Delanoé, de philosophes médiatiques comme BHL d'humoriste comme Bedos. A l'époque, le journaliste Guillaume Perrault évoque le fait que ce n'est pas l'innocence de Battisti qui est invoqué contre la demande d'extradition, mais l'indulgence devant « la pureté de sa cause ». Il faut dire aussi que d'autres littérateurs ou journalistes voient aussi là l'occasion de se faire un peu de publicité en se donnant le genre combattant pour la liberté...

    Un petit milieu, souvent socialement et financièrement favorisé, qui invoque cela pour défendre Battisti, cela s'appelle ni plus ni moins que de la justice de classe.

    Ci-dessous le début de "Nada" adapté par Chabrol au cinéma en 1974.

  • Pourquoi il n'y a plus de comédies italiennes en 2010

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    Sur Agoravox aussi

    C'est une question qui m'est venu à l'esprit en apprenant que Mario Monicelli s'est suicidé en se défenestrant de sa chambre d'hôpital à 95 ans...

    Tot%C3%B2%20Peppino.jpgEn 2010, il n'y a plus vraiment de comédie italienne satirique, féroce et lucide, toujours juste, comme dans les années 70. On me dira, il n'y a plus non plus de véritable cinéma français, celui-ci oscillant entre les grosses machines, bien lourdes, se voulant comiques, toujours avec les mêmes acteurs, et les chroniques des errements sentimentaux d'« adulescents » trentenaires, pauvres petites filles riches, et pauvres petits garçons encore chez Papamaman parfois à trente-cinq ans perdus dans leurs névroses.

    Et pourtant, il y en aurait plus que jamais besoin en observant le contexte social. Ce n'est pas une opinion de « vieux con » de constater cela, simplement une réalité. Mais aujourd'hui la satire passe mal, les individus sont comme des lemmings se précipitant directement vers l'abîme, des lemmings aveugles, qui ne veulent pas voir le gouffre s'ouvrant sous leurs pieds, qui ne veulent même pas en entendre parler, comme ils se fichent du futur et de ce qui pourrait advenir.

    On soupçonne que ce n'est pas seulement la découverte de son cancer de la prostate dont l'issue était fatale, mais aussi à cause du désespoir qu'il devait ressentir devant la médiocrité crasse du dirigeant actuel de l'Italie, aussi vulgaire et grossièrement matérialiste qu'un VRP ayant hérité d'une vieille tante, celle de l'époque qui veut que la banalité devient une valeur et rester dans la norme une obligation de plus en plus impérative visiblement. Berlusconi est largement aussi corrompu que ses prédecesseurs, plus encore peut-être, largement aussi compromis, et paradoxalement, beaucoup plus populaire, contrairement aux dirigeants italiens des années 70. Berlusconi annonce la couleur : le fric, les putes, la drogue et le mépris total du peuple, qui trouve ça très bien, qui a les mêmes rêves malpropres de toutes manières.

    Le troupeau médiocre ne veut surtout pas que l'on remette en cause ces rêves-là. Avant il n'osait pas le dire, maintenant il assume sa nullité et son inappétence au savoir. Il y est encouragé par les politiques et la publicité, qui parlent sans cesse des « vrais » gens, des gens « simples » qui ne sont pas prétentieux comme tous ces empêcheurs de tourner en rond qui faisaient des films de moralistes qui mettaient le doigt sur la bêtise du troupeau, ses pulsions débiles et irréfléchies, la vacuité.

    On ne doit rien dire, pas critiquer, rien remettre en cause, on ne doit pas bouger, on doit consommer en silence, et acheter ce que l'on nous dit d'acheter, placer ses économies en banque et mourir sans faire de bruit, se soumettre au tout économique. Par peur de perdre ce qui reste encore du confort matériel des Trente Glorieuses, et le confort intellectuel, qu'il engendrait, qui demeure par contre une réalité bien vivace. Certains ont fait la chronique des années 70, les décrivant comme des « années de plomb », au cinéma, elles étaient insolentes et libres, plus ou moins désespérées aussi car leurs auteurs voyaient très bien ce qui s'annonçait; l'égoïsme, l'avidité, le voyeurisme et l'extimité poussée à l'absurde, la bêtise reine. Et les valeurs de la bourgeoisie étroite d'esprit, moquées dans le cinéma italien de ces années là ont fini par essaimer dans toute la société, on rêve de pouvoir consommer le plus longtemps possible, comme les zombies et les monstres des films de Lucio Fulci au début des années 80, tout le reste devenant superflu, y compris les aspirations à l'élèvation intellectuelle ou spirituelle.

    En 2010, il n'y a plus vraiment de comédies italiennes, il y a deux ou trois réalisateurs qui surnagent en racontant leur vie, comme Nanni Moretti, qui reste quand même très en deça de leurs prédécesseurs, leurs errements narcissiques n'étant pas d'un grand intérêt.

    Il y a bien quelques films raillant le « système » Berlusconi qui feraient preuve d'un peu de verve, mais qui sont aussi des plus lourdes dans leur dénonciation didactique et surtout leur esprit de sérieux, et donc qui ne fonctionnent pas vraiment. L'autre problème de ces films est qu'il s'adresse à une clientèle « bobo », libérale-libertaire, qui dénonce Berlusconi certes mais profite aussi dans le même temps à plein de la société de surconsommation, et qui donc ne remettent finalement pas grand-chose en cause, surtout pas leur confort matériel et leur statut social. Ce sont les mêmes bourgeois « de progrès » que l'on trouve déjà dans les films d'Ettore Scola il y a trente-cinq ans, de bonne volonté, mais perclus de contradictions et absolument incapables d'agir pour que le monde change un tout petit peu, ou dans « les Damnés » de Visconti dont j'aime bien la critique par Pauline Kael qui en parle comme du chef d'oeuvre qu'il est mais aussi comme de la description de la fascination que « les gitons comme Helmut Berger exercent sur les vieilles pédales progressistes que l'on allait écouter dans les amphis bondés de mai 68  », ceux-là étant largement moqués dans les films de l'époque.

    Il y a eu de 1959 à 1979 environ une « parenthèse enchantée » dans la création de films en Italie, gràce à quelques génies de la pellicule qui donneront au cinéma des chefs d'oeuvre divers dans des genres extrêmement différents, du « peplum » au western (Leone oeuvra dans les deux), du réalisme au délire, en passant par le film épique comme « le Guépard » de Visconti, ou l'étude de moeurs satirique comme savait en faire Dino Risi et Mario Monicelli, dans les films à sketchs de ces années-là dont bien sûr « les Monstres » ou « les nouveaux Monstres », ou enfin les thrillers politiques aussi haletants sinon plus que la plupart des « blockbusters » américains, dont les oeuvres de Francesco Rosi et les « giallos » qui théorisent la terreur moderne, celle qui nait des non-lieux aseptisés et immaculés, inhumains et sans âme. Derrière les noms connus, Fellini, Sergio Leone, Vittorio de Sica, on retrouve aussi ceux de Age et Scarpelli, Antonioni au début de sa carrière, voire, dans un genre totalement différent de ce qu'il tournera par la suite, Dario Argento. On remarque d'ailleurs que même le « Z » italien à travers les dizaines de bandes « survivalistes » tournées à l'époque par tonneaux avait une conscience politique.

    Quant à la comédie italienne, cela avait pourtant mal commencé, avec les films à « téléphones blancs » de l'époque fasciste, où l'ont riait des cocus, des femmes volages et des portes qui claquent, ou des belle-mères. Il y en a un écho dans les décors de l'hôtel où travaille le personnage de Roberto Benigni dans « la Vie est belle », un film que l'on trouve soit très beau soit carrément ignoble car de très mauvais goût. J'ai cité ce film, certains ont cru voir un renouveau du cinéma italien gràce à ce réalisateur, mais il n'en est rien car si il ne manque pas de talent, il n'a pas la finesse de ses ascendants ni leur acuité dans la description des travers de l'époque.

    les_monstres_2.jpgLa comédie italienne la plus intéressante sait bien que le bonheur ne réside pas dans l'application d'utopies certainement généreuses au départ, mais dans la vie ressentie et vécue vraiment, « à grands rênes », dans la beauté qu'elle offre si l'on veut bien la voir, dans le parfum des femmes, l'amitié comme rempart au désespoir face à la sottise, comme dans « Mes chers amis ». L'on y part à l'aventure en « virée tzigane », sans se soucier de l'endroit où l'on atterrit, pourvu que l'on partage un moment avec ceux que l'on aime. Par son goût de l'absurde et de son sens de la dérision des conventions les plus stupides, la comédie italienne de l'âge d'or n'est pas si éloignée que ça des comédies anglaises des studios Ealing qui étaient d'ailleurs beaucoup moins morales.

    C'est Milo Manara dans une courte BD qui avait bien résumé ce que pourrait donner le cinéma actuel et les ravages de la publicité, le Casanova de Fellini, sa morale aristocratique, son goût pour la douceur de vivre d'un monde disparu y finissait vendant des couches contre l'incontinence dans un spot à la télévision.

    Nous sommes tous acteurs de ce spot dans notre société. Les "Vitteloni" n'y ont pas leur place, et encore moins "Rocco et ses frères".

    En photos, Toto, comique italien qui avait la tête de Buster Keaton, passé des comédies à téléphone blanc au néo-réalisme, une photo extraite de "les monstres"