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  • La mort d'une belle personne et vraie journaliste - Hommage à Camille Lepage

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     Camille Lepage photographe de presse « freelance » est morte en Centrafrique certainement assassinée par des milices incontrôlées, de celles qui détestent celles et ceux qui pourraient parler de la vérité de leur crapulerie. new310x39847384759-1-fre-FRLa-mere-de-la-journaliste-tuee-en-Centrafrique-se-confie.jpgCes milices sont mues selon elles par des idéaux religieux ou politiques honorables, des alibis généralement de crapules et d'assassins, de barbares d'une banalité confondante de sottise ainsi que le rappelait le père Georges Vandenbeusch lors de sa libération évoquant cette « banalité du Mal » chère à Hannah Arendt. Ces miliciens ne sont pas des monstres hors espèces humaines, ce sont justes des crétins primaires à qui personne n'aurait jamais dû mettre un fusil dans les mains...

     

    Camille Lepage était de ces personnes qui donnent de l'espoir, car si une bonne partie des journalistes français est d'une révérence extrème à l'endroit des pouvoirs dans les rails idéologiques d'un européisme social-libéral bon teint « light », se souciant surtout de leurs carrières et de maintenir en place un système dont ils profitent largement, Camille Lepage semblait de ceux qui croient encore que l'information doit se faire avec honnêteté, en lien avec une quête évidente de vérité, en se confrontant au plus près avec les individus, ce qu'ils ont dans la tête, dans le ventre au point de risquer sa vie, et non en se basant seulement sur des archétypes ou des clichés.

     

    Et elle se donnait les moyens de dénicher la vérité des faits, les nuances derrière les slogans, les abjections derrière les bonnes intentions. Il est difficile de comprendre que l'on puisse risquer sa vie pour la vérité, le réel, à notre époque qui nie l'une et l'autre avec constance, et contribuer à une réflexion menée durablement à une période où ne compte que le « buzz » et l'avalanche d'infos immédiates, réflexion que le citoyen-consommateur déteste car elle lui rappelle qu'il est un esclave docile et volontaire, il ne veut surtout pas penser par lui-même.

     

    Je peux, comme d'autres qui ont été coopérants en terre dangereuse parfois, comprendre cette prise de risque bien que n'étant pas grand reporter ou journaliste. Quand nous vivions en Palestine et en Israël nous avions cherché au bout d'un moment à nous confronter au réel, aux personnes, nous éloigner des discours militants qui ne font qu'attiser la haine et la violence, et nous avions développé, moi le premier parti à Hébron avec un ami un jour d'émeutes, un « complexe d'invulnérabilité » qui faisait qu'il nous est arrivé de nous conduire inconsciemment face aux risques encourus, complexe que je me souviens l'avoir entendu décrire il y a quelques mois à la télévision lors d'un reportage.

     

    Passant un jour dans notre Renault Express brinquebalante un « check point » en trombe, certains parmi nous avaient été rappelés au réel, un temps, par deux coups de semonce tirés par les M16 des soldats israéliens...

     

    Elle aussi était certes plus ou moins dans la ligne de cette idéologie confortable décrite plus haut, elle était par exemple convaincue que « Rue89 » et « Médiapart », le site spécialiste des dossiers brûlants et des révélations utiles pour éviter les contrôles fiscaux, étaient des sites d'information revenant aux idéaux d'un Albert Londres. Cependant, derrière cela, on ressentait malgré tout une intégrité, une recherche de quelque chose de plus élevé que l'on perçoit dans on regard. Et je pense qu'elle était de ces belles personnes qui croient sincère avant tout quelqu'un qui invoque des belles idées, faisant confiance aux autres avant toute chose, des belles personnes qui existent dans ce monde parfois bien sombre, il suffit de savoir les trouver.

     

    photo prise ici