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  • Lettre sur Maurice Barrès à Manuel Valls

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    256_1126_image_ap_barres_na238-21639-2.jpgA vous entendre pendant votre discours enflammé et citoyen (un discours politique se doit d'être « citoyen » de nos jours c'est fondamental, « écoresponsable », dans le « développement durable » et le « commerce équitable » avec un petit zeste de rappel des « z-heures les plus sombres de notre histoire » qui ne peut pas faire de mal etc...) de la Rochelle, monsieur le ministre, j'ai cru comprendre que pour vous Maurice Barrès, apogée de l'esthète, hédoniste raffiné, tout sauf un purotin, était en somme un vulgaire facho qui fréquenterait donc de nos jours les ventes privées « Fred Perry », se raserait le crâne et chercherait à « casser de l'arabe ».


    Si l'on ne perçoit "les Déracinés" que comme un pamphlet d'extrême-droite, de "fââchiiste", c'est ou qu'on ne l'a pas lu ou que l'on n'en pas goûté le verbe, que l'on est perdu pour la réflexion personnelle sur la Nation, les racines, le pays...

     

    Barrès aurait sans doute souri et ne serait pas plus inquiété que ça agissant avec vous comme il le faisait avec ceux qui perdaient de l'intérêt pour lui, il vous aurait sagement écouté en ponctuant votre péroraison de ses « hum, hum » ennuyés, tout en replaçant sa mèche en place, toutes choses que Léon Daudet décrit si bien dans ses « Souvenirs Littéraires » que vous vous interdirez sans doute de lire ; vous me direz il y parle avec talent, affection et passion de Proust que votre collègue madame Fioraso trouve ridicule à étudier dans des filières « d'excellence ».

     

    C'est à peine si elle ne nous parle pas de divagations d'homo « honteuse », c'est à peine si elle ne nous sort pas le lieu commun habituel qui veut que « la culture ça sert à rien » car ce n'est pas quantifiable en espèces sonnantes et trébuchantes...

     

    Si Léon Daudet était sans doute un émule de Porthos, un ogre au rire « hénaurme », à la dérision qui emportait tous les ridicules sur son passage, Barrès aurait pu être un genre d'Aramis, en fausse componction avec les notables et les bourgeois positivistes qui se haussaient du col persuadés qu'ils étaient, qu'ils sont toujours, que leur magot leur donnait, leur donne, une légitimité pour se croire guides spirituels et politiques des peuples. Barrès a écrit et participé aussi activement à la vie politique de son temps, même si au regard de l'histoire telle que la voit les bourgeois positivistes maintenant libérés depuis « Soissantuite ».

     

    Il était pourtant admiré d'un personnage que sans doute vous admirez également monsieur le Ministre (vraisemblablement sans connaître ses goûts littéraires) : Léon Blum, qui le lut même en déportation n'assimilant jamais Barrès, bien que celui-ci fût anti-dreyfusard, au nazisme ou encore moins au fascisme. Et quant à Barrès il admirait Jaurès...

     

    Vous me direz monsieur le Ministre, à vos yeux je suis sans doute irrécupérable, j'ai appris à lire dans Marcel Aymé (mondieu), plus tard j'ai découvert Roger Nimier avec bonheur (re-mondieu) et tous les « Hussards » ; l'un d'eux trouvera peut-être grâce à vos yeux, Jacques Laurent, qui vota Mitterrand en 81. Vous évoquez Aimé Césaire, ce n'est pas un poète désagréable, loin de là, mais il est quand même beaucoup plus anodin que Pessoa, Neruda ou Verlaine.

     

    Césaire est un poète pour cours d'éducation civique, « citoyenne ». Ce n'est pas de sa faute vous me direz mais la littérature « à sermons », même laïcs, m'emmerde souverainement si vous pouvez me permettre cette familiarité monsieur le ministre, surtout celle qui encourage à la guimauve universelle qui paraît avoir cours en ce moment, celle qui pousse à l'expression de tous ses sentiments frelatés et caricaturés qui transforment la moindre banalité, la pire médiocrité en « aventure » voire en « tragédie »....

     

    Et moi les poètes qui donnent des leçons de civisme, qui se muent en flics de la pensée, ça ne me passionne guère, mais comme je l'ai dit, je suis certainement irrécupérable de par mes mauvaises lectures. Et je pense que vous trouveriez la série du « Culte du moi », en particulier « le jardin de Bérénice » particulièrement et regrettablement individualiste je suppose, de la littérature sans utilité sociale, qui ne soit pas un témoignage ou un encouragement à l'écocitoyenneté, ou bien encore un rappel des « z-heures les plus sombres de notre histoire » (TM°).

     

     

    J'aimerais vous souhaiter bonne lecture monsieur le ministre, mais je doute que vous vous mettiez à Barrès. Vous êtes comme l'époque, vous ne comprenez rien à la littérature...


    Portrait de Barrès pris ici