Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

baffe dans la gueule

  • The Dark Knight - blockbuster post 11 septembre

    Imprimer Pin it!

    En sortant de "The Dark Knight", connement traduit "le chevalier noir" en français, le film de Chris Nolan, j'ai envie de dire plein de trucs très "nerds"...

    batman-dark-knight-poster.jpgEn 1986 sortait le "comics" "The Dark Knight" de Franck Miller qui arrivait à être trois choses antinomiques : intelligent, ébouriffant, génialement dessiné. On vivait le suspense, c'était réaliste et psychologiquement crédible, comme "The Watchmen" traduits par Manchette. Les premières adaptations de la BD n'ont pas été à la hauteur une seconde, voire, le deuxième "Batman" de Tim Burton n'était pas une adaptation du "comics", c'était autre chose, une vision personnelle sur la monstruosité et l'inadaptation, d'ailleurs bon film. On ne parlera pas des bandes kitschoïdes d'après où le "vigilante" de Gotham devient une sorte de "drag queen". Dans le "comic book" de Miller, Batman était un type sombre, torturé, humain, en proie au doute, beaucoup moins ennuyeux que Superman, bloc de certitudes. Il finissait par reprendre sa ville à cheval comme dans un bon vieux western après une catastrophe genre "onze septembre". Dans un monde corrompu, même Superman justement l'est, dans l'histoire il est homme de main pour un clone de Reagan dégénéré, Batman était le seul à croire encore au bien. Depuis, il n'y a pas eu grand-chose en BD américaine, excepté "Batman Year one", encore de Miller, "Smile" d'Alan Moore et Briand Bolland, "Enfer blanc" de Berni Wrightson ou "Spawn" de Todd Mac Farlane, ou encore "The long Halloween" de Jim Lee. Et quand je suis allé voir "Batman begins", j'avais trouvé ça pas mal mais on était encore loin du compte, le monorail était un détail en trop, et Ras Al Ghul perdait beaucoup de sa dimension gothique : dans la BD il a trois-mille ans et renaît régulièrement d'un fleuve de lave.

    C'est la première fois depuis longtemps que je sors d'un film dans cet état d'ébullition et d'enthousiasme ; généralement devant un "blockbuster" je m'endors presque à la moitié pour me réveiller un peu vers la fin quand le réalisateur décide de le faire lui aussi selon la règle actuelle des films : première partie, allegro, deuxième, piano et troisième, allegretto avec fausse fin et coup de théâtre final. Là, rien de tout cela. Et en plus, le film a un discours en filigranes réellement ahurissant : notre monde est corrompu à la base par le fric et le pouvoir, et il se laisse corrompre, bats1.jpgpour tout le monde, de la pègre à l'"honnête citoyen", il n'y a que l'argent et leur survie immédiate qui comptent. Les discours, les idéologies, les effets de manche ne changent rien, ce qui change, ce sont les actes, ceux-ci fussent-ils impopulaires et anti-démagogiques. C'est pour cela qu'Harvey Dent, qui croit aux beaux discours, devient cinglé, il est déjà "Two face" avant de sombrer. Le héros n'est pas fatigué, personne ne sait qu'il en est un, et il ne veut pas que ça se sache. C'est d'ailleurs le point de vue que Franck Miller développait dans le "comic book" de 86.

    Le film sous-tend aussi qu'il y a parfois des individus d'exception, sortant du lot du troupeau, qui l'entraînent à leur suite pour se battre, comme la poignée de héros qui résista vraiment pendant la Seconde Guerre, je ne parle pas des tondeurs de femmes improvisés d'après le Débarquement. Il y a une scène que je n'ai pas pu m'empêcher de me demander ce qu'elle aurait donné dans la réalité, c'est quand le Joker pousse les passagers de deux bateaux à se faire exploser mutuellement. Dans le film, ils jettent les détonateurs par la fenêtre, dans la réalité, il y en aurait eu un pour appuyer sur le bouton, et cela c'est terrifiant, comme ils l'ont fait d'une autre façon en votant W. Bush et en poussant à la guerre en Irak. Le personnage le plus logique du film est le Joker, comme il comprend que la société est corrompue, et que rien n'a de sens dans un monde pareil, ses actes criminels étant surtout des "actes gratuits", il a va jusqu'au bout quitte à entraîner trente millions de personnes avec lui, exactement de la même manière que la plupart comix2.jpgdes terroristes réels, à la différence qu'eux ont encore besoin d'une pseudo-foi ou d'un discours pour justifier leur goût pour la destruction et le néant.

    Du point de vue strictement cinématographique, c'est également la première fois depuis longtemps que quand un personnage tire sur un autre, quand un méchant en dessoude un autre, ce n'est pas anodin, le geste de tuer n'est pas banalisé ou montré comme quelque chose de marrant. Quand les cambrioleurs glissent au-dessus du vide, ou que Batman vole au-dessus des toits de Hong-Kong, on a le vertige. Quand les balles sifflent, on les sent presque passer autour de soi. Rien de tout cela dans la plupart des grosses productions qui usent et abusent du tout numérique.

    Ce film analyse autant, voire plus, ce qui nous est arrivé depuis le 11 septembre 2001 que les documentaires de Michael Moore...

    En photos : deux visuels du film, une case de la BD de Franck Miller, largement plus intéressante que le surestimé "Sin City". 

    Ci-dessous une des premières pages de ce "graphic novel" (terme de commercial employé pour vendre des BD aux adultes)

    darkknight_t0.jpg