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  • Marcel Aymé sur Metamag

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    Un article de votre aimable serviteur paru sur Metamag au sujet de Marcel Aymé.

    622833047.jpgCi-dessous une citation ô combien exacte !

    «C'est la faiblesse de presque tous les écrivains qu'ils donneraient le meilleur d'eux-mêmes et ce qu'ils ont écrit de plus propre pour obtenir un emploi de cireur de bottes dans la politique.»
    [ Marcel Aymé ] - Silhouette du scandale

  • Est-ce que la littérature c'est la vie ?

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    Aussi sur Agoravox

    On entend souvent dire, «la littérature ce n'est pas la vie ! ».

    littérature, cinéma, vie, politique, société, nostalgie, rues, Aymé, christianisme, ParisJ'ai toujours trouvé cette phrase absurdement impérative, et surtout c'est un pléonasme, la littérature n'est pas la vie, bien sûr, et elle n'a pas à l'être. C'est justement en cela qu'elle est intéressante.

    On oppose souvent cette objection aux littéraires, accusés de vivre dans un autre monde, de ne pas se plier au joug commun du réel, de vouloir échapper au sort réservé pourtant au plus grand nombre grâce à leur imagination, d'être des inadaptés à qui l'on reproche en fait de vouloir faire moins de compromis que les autres envers l'esprit du temps qui les rebute parfois.

    Les littéraires savent bien quant à eux que comme tout un chacun, ils ont à gagner leur vie, au moins pour rester libres de s'embarquer dans les voyages fantastiques offerts par les livres, au moins pour ne dépendre de personne et n'avoir rien à devoir à quiconque qui rejetterait leurs choix.

    C'est pour cela que contrairement au lieu commun un peu trop répandu, un roman est un livre sérieux, tout comme un recueil de poésie, car ce genre de voyages aide l'âme à se libérer d'autres pesanteurs, d'autres obligations bassement triviales, au risque de passer pour un dilettante, ce qui, comme le rappelle Marcel Aymé dans la nouvelle « Traversée de Paris », qui a inspiré le film éponyme, est un crime aux yeux des « braves gens ».

    De grands auteurs se sont parfois risqués à essayer de retranscrire toute la complexité des êtres humains.

    Mais « Je » est souvent un autre, on se réveille et l'homme que l'on était la veille est mort : à cause d'une rupture amoureuse, ou autres tribulations de l'existence. On se réveille, et l'on n'a plus peur de rien.

    De plus, sur la passion romantique, les auteurs ont toujours embelli les choses et raconté beaucoup d'histoires, dans la vie, ça finit généralement par le partage des meubles et des objets ménagers, avec les vases qui volent, ou une solide dépression qui parfois peut durer des années.

    Ce n'est pas un reproche, l'embellissement des sentiments embellit un peu la vie, un temps.

    Balzac s'est essayé à explorer les coins et les recoins de l'âme humaine dans « la Comédie humaine », ou Proust dans « la Recherche du Temps perdu ».

    Mais même eux n'y sont pas arrivés et encore moins Zola et « les Rougon-Macquart » et son humanité comme observée « sous cloche », ni même Flaubert, pourtant apparemment sans illusions sur ses congénères. Dumas lui-même a essayé de faire de beaux enfants à l'histoire de France, mais ceux-ci restent illégitimes, et ce d'ailleurs à notre grande joie.

    On s'en fiche au bout du compte de savoir que Richelieu n'était pas du tout tel que décrit par l'auteur de « les Trois Mousquetaires », et je suis sûr que ce livre a suscité bien des vocations historiennes, et aussi, et c'est tout aussi important l'amour de l'âme française tel qu'il est décrit dans cette œuvre, ce que l'on oublie maintenant.

    Le problème aussi d'être une sorte de démiurge en écrivant un roman c'est que l'on finit par aimer ses créatures et leur trouver des excuses...

    Leurs personnages sont ou moins sombres, ou plus sombres que dans la vie réelle, mais c'est comme dans un rêve dont nous sommes tous les protagonistes. Et ils sont devenus des archétypes plus grand que la vie, selon la formule consacrée.

    Quand je réfléchis à ce problème, je me rappelle immédiatement du petit village que j'habitais il y a quelques années, coincé entre Mantes la Jolie, une ville a rarement aussi mal porté son nom, et Plaisir-Grignon.

    Y vivaient des personnages que l'on aurait trouvé immédiatement trop exagérés ou trop pittoresques dans n'importe quel roman :

    Le cafetier était un géant au regard innocent, comme les assassins de Marcel Aymé, avec des mains comme des battoirs d'une étonnante délicatesse., tout comme sa voix d'une grande douceur Il était marié à une toute petite femme toute menue qui tenait la boutique et le ménage aussi. Il était l'arbitre attentif et délicat de toutes les discussions à son zinc, celles-ci fussent-elles entre deux poivrots.

    Chez eux, on rencontrait souvent une dame qui était réputée avoir eu un « cœur fleur de nave-vinaigrette » comme on disait auparavant à Paris.

    Elle qui avait eu la couche très accueillante pour les hommes des environs quand elle était plus jeune, se dévouait maintenant avec courage pour « son » homme, gravement malade.

    Elle avait l'accent parisien, qui n'est pas l'accent faubourien, ni même l'accent banlieusard, confusion souvent faite encore maintenant.

    Elle portait encore des talons un peu trop haut et des jupes un peu trop courtes.

    littérature, cinéma, vie, politique, société, nostalgie, rues, Aymé, christianisme, ParisIl y avait aussi ce retraité de la SNCF, surnommé « Pot-aux-roses », toujours en short bleu et « marcel » de même couleur, la casquette de chef de gare solidement vissée sur le crâne qui passait sa journée à observer la rue, les gens qui passent, à échafauder des théories sur les uns et les autres, surtout les plus extravagantes.

    C'est certainement la raison pour laquelle certains auteurs n'hésitaient pas à se laisser aller au « jus de la rue » pour écrire. Courteline allait souvent dans les cafés de Paris ou de banlieue, ou à l'époque tous les milieux se mélangeaient (on n'y croisait pas de bourgeois bohème en recherche d'authenticité canaille même frelatée), et il écoutait les conversations.

    Marcel Aymé était un piéton de Paris qui lui aussi avait cette faculté d'écoute des gens de tous les jours, sans condescendance ni sentiment de supériorité qu'on souvent ceux qui ont une vulgate idéologique à vendre en plus de leurs écrits, celle-ci fût-elle de gauche ou de droite. Cela gâche tout quand on sent que l'écrivain veut délivrer ses idées, car ces personnages ne sont plus que des archétypes, des pantins servant à démontrer la véracité d'une thèse ou d'une autre.

    Et je suis à peu près certain que la force de ce qu'exprime Antoine Blondin, ou Jacques Perret, dans leurs œuvres lui vient de la fréquentation lui aussi des bistroquets et des cafés. Rappelons également que ce qui fait le talent de Michel Audiard, qui fait de quasiment tous les films qu'il a dialogué des classiques y compris ceux qu'il a réalisé avec désinvolture, c'est également cette proximité avec la rue, avec le réel en l'occurrence.

    Et l'on sait bien que dans la vie réelle, personne n'est blanc ou noir, que c'est plutôt le gris qui domine.

    C'est pour cela que le « noir et blanc » des films noirs, les films du réalisme poétique d'après-guerre qui décrivent pourtant des rues laides, des quartiers envahis par le bruit des automobiles, des camions, et des trains de banlieue miteux, a de l'importance et une signification, et le « noir et blanc » ce sont aussi les couleurs des rêves et du souvenir.

    photos empruntées ici au blog "les petites chroniques de Saint Sulpice"

    image en haut :  Les gamins de Belleville - 1959 - Crédit Photo: © Willy Ronis

    image en bas : Le Caveau de la Huchette - 1957 - Crédit Photo: © Willy Ronis

  • Actualité de Marcel Aymé

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    On parle de Marcel Aymé aussi sur Agoravox

    On parle peu de Marcel Aymé actuellement.

    Et c'est bien dommage.

    p1-image_1-2841.jpgOn noircit des kilomètres de papier sur Céline, qui sent le soufre pourtant, on fait des spectacles sur le bon docteur Destouches, on parle même d'un film avec Christophe Malavoy qui aurait du mal à monter son projet. Me semble-t-il, quand on parle de Céline à la télévision ou à la radio, cela fait partie de la panoplie il faut laisser croire que l'on est baîlloné, entravé, alors qu'on ne l'est pas.

    Surtout du fait de l'antisémitisme de l'auteur du « Voyage au bout de la nuit », les uns par fascination, les autres car Céline sert de paravent à leur propre judéophobie.

    Mais on n'entend pas grand-chose sur le père du « Passe-Muraille ».

    Excepté peut-être la voix de Benoît Duteurtre de temps à autre, ainsi lors de « la Grande Librairie » jeudi dernier.

    Qu'il en soit remercié ici...

    Cependant, quant à celui-ci j'aurais une seule petite critique, toute petite, minuscule :

    Quand il parle de cet auteur, il émet de temps à autre des contresens, voulant le replacer comme un auteur « acceptable » pour les critiques au « tout-venant » pour ne pas dire « au tout à l'égout » du « tout-Paris » qui de toutes manières le trouve « faible » car dégagé de toutes les grandes causes dans le vent et du progrès et de la mode et pire, Marcel Aymé n'a aucune vulgate globalisante à vendre.

    C'est un peu embêtant de vouloir absolument en faire un écrivain scolairement honorable.

    Par exemple jeudi dernier, monsieur Duteurtre en faisait un surréaliste, alors que pour Marcel Aymé on parlera plus à mon sens de poète du quotidien, un poète ayant un goût prononcé pour « le cafard », comme Francis Carco, qui en parle dans « Traduit de l'argot » ou Claude Dubois dans « La Bastoche ». Ces deux auteurs parisiens prétendent avec une mauvaise foi réjouissante et intéressante que « le cafard » est un état d'esprit bien de Paris qui fait que l'on aime et la mélancolie et la dérision, et la poésie, et le trivial.

    Marcel-Ayme_medium.jpgEt Benoît Duteurtre me rappelle un peu ces gastronomes avertis qui vont s'encanailler de temps à autre dans un rade infâme mais où l'on mange bien, qui en reviennent la bouche en coeur, le coeur fébrile et le foie de même, et continueront à préférer les endroits chics et bien fréquentés malgré tout.

    Comme ils disent souvent : « pour moi il n'y a que Proust », (qu'ils n'ont pas lu) par peur de ne plus être reçus dans les salons où l'on « cause élégant » où c'est de meilleur ton de parler de « la Recherche... » que d'un auteur plus ou moins oublié de contes pour adultes jamais moralisateurs.

    Il est perçu également comme une sorte de figure tutélaire des anarchistes de droite, certains ont même repris sa manière d'orthographier les mots anglais, afin de ridiculiser l'usage grotesque du franglais pour tout et n'importe quoi (« louque » pour look, « poulovère » pour pull-over...etc), comme ADG...

    Bien entendu, maintenant, plus grand-monde ne sait vraiment ce qu'est un « anar de droite » étant donné la faiblesse de la culture politique de certains commentateurs.

    C'est plutôt un concept démodé. Aujourd'hui on préfère l'unanimisme et l'on n'aime bien tout ce qui favorise le plus petit dénominateur commun entre les gens...

    Certains ne voient en eux que des réactionnaires qui ne disent pas leur nom, d'autres les traitant carrément de fachos.

    Les « anars de droite » détestent les ridicules de leur époque, qu'ils ont beaucoup de mal à apprécier, les travers du pékin moyen, du quidam qui croit que sa médiocrité ne se verra pas en rasant les murs et en se faisant tout petit, ou bien en faisant preuve d'une déférence exagérée et un peu trop marquée envers les puissants.

    Sur le sujet politique, il y a une méfiance autour de Marcel Aymé, les gens d'extrème-droite le prenant pour un des leurs, ce qu'il n'était pas, en ouvrant rarement ses livres, les gens de gauche qui ne le lisent pas non plus se méfient de ses prises de position, comme sa défense de Brasillach (ils oublient aussi que l'auteur de « la Jument Verte » prit aussi la défense de militants FLN pendant la guerre d'Algérie et qu'il traduisit « les Sorcières de Salem » d'Arthur Miller).

    Gourance dans l'un et l'autre cas, comme dirait son ami Céline, Marcel Aymé n'avait tout simplement pas besoin de se sentir de l'un ou l'autre camp pour exister. Cela s'appelle aussi l'indépendance d'esprit. Il n'avait pas besoin des honneurs officielles, qu'une petite fille lui remette un hochet quelconque sur ses vieux jours avec un joli bouquet entouré d'un noeud rouge.

    Il n'est pas de ceux dont l'oeuvre réclame ou accepte la Légion d'Honneur. Il est vrai que quand il en fût question, quelques temps après la guerre il conseilla à celui qui voulait la lui remettre de se la « carrer dans le train ».

    Il est également le plus souvent considéré comme un auteur pour enfants, à travers « les contes du Chat perché ». Ce n'est pas complètement inexact, Marcel Aymé est un très bon écrivain de l'enfance, ce qui n'est certes pas tout à fait la même chose. Son plus beau texte sur l'enfance est, selon moi, « les bottes de Sept Lieues », mais aussi « le Passe-Muraille » dont le héros est somme toute un enfant, ou encore « Dermuche », tout en tendresse pour son personnage central, même si celui-ci subit à la fin un sort fatal du fait de la bêtise de ses congénères.

    Ces contes sont aussi pour les parents, et généralement on oublie que c'est lui l'auteur de « la Traversée de Paris », et non Claude Autant-Lara, voire Michel Audiard, comme j'ai pu le lire. Celui-ci aimait beaucoup Marcel Aymé, car tous les deux aimaient le « jus de la rue » en connaisseur, les quartiers populaires où l'on ridiculise le bourgeois en goguette, y compris quand il se met à jouer les affranchis, les durs, les tatoués.

    Audiard est à la mode, les bourgeois se l'approprient. Une manière de lui casser les pieds par delà la tombe.

    Il faut dire que Marcel, le « môme Marcel » comme l'appelait son ami, le peintre Gen Paul, de Pantruche, des hauteurs de Montmartre, a fait tout ce qu'il fallait pour que les élites culturelles et littéraires de notre beau pays ne lui élèvent pas de piédestal. Il n'a pas cru utile de cirer les bottes de tel ou tel grand personnage, n'a pas clamé sur les toits son amour immodéré de telle ou telle cause à la mode. Sur ce sujet, j'aime bien ce qu'en dit Kléber-Haedens dans son « Histoire littéraire », à savoir que clamer que l'on est pour la liberté, pleurnicher pour les enfants africains

    De plus, il est malgré tout ce que l'on peut à dire (voir ce texte un plus haut entre autres) encore et toujours classé à droite, ce qui est un comble car il se voyait plutôt comme à gauche, voire très à gauche, écrivant dans de nombreuses feuilles pacifistes et socialistes avant la Seconde guerre Mondiale.

    Ce qui ne l'empêchait de se moquer des prétentions des « grandes » consciences ou réputées telles de son temps, en écrivant « Travelingue » qui se moque des folies bourgeoises mais éclairées au moment du Front Populaire.

    220px-Marcel_Aym%C3%A9.JPGC'était un taiseux, pas un faiseur de discours interminables, un écrivain qui en disait beaucoup en peu de mots.

    Par exemple, dans une de ses nouvelles, « une file d'attente », quand il veut parler des juifs sous l'Occupation, il décrit des braves gens du quotidien se plaindre avec forces détails de leurs petits malheurs, en rajouter une ou deux couches à chaque fois, et le juif dans la file d'attente, qu'aucun des plaignants n'écoute, dire simplement : « Moi, dit le juif, je suis juif ».

    Marcel Aymé est sans doute reparti avec la Vouivre se perdre dans les brumes des marais du Jura, plus heureux que parmi les adultes qui se prennent tant au sérieux...

    A ce lien un extrait de l'adaptation de "la Gràce" par Pierre Tchernia, une des meilleurs adaptations de Marcel Aymé.

  • Quelques citations de Marcel Aymé sur l'argent

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    Marcel Aymé est considéré comme un auteur "facile" car il ne propose pas de théories, n'impose rien au lecteur : de croire en telle ou telle idée politique, de soutenir tel ou tel sauveur de la nation. Il parle d'humanité, de criminels qui redeviennent des enfants et de prostituées romantiques, de retraité auréolé de son vivant et de notaire anarchiste.

    «Si le commerce était mieux fait, c’est le client qui devrait faire son prix.»

    «L’argent ne se souvient de rien. Il faut le prendre quand il est là et le jeter par les fenêtres. Ce qui est salissant, c’est de le garder dans ses poches, il finit toujours par sentir mauvais.»

    «Le monde souffre de ne pas avoir assez de mendiants pour rappeler aux hommes la douceur d'un geste fraternel.»

    Marcel Aymé - Extrait de Clérambard

  • "Le vin de Paris" - critique et exposition virtuelle

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    Les illustrations sont des dessins de votre serviteur. Il continue à les exposer (le prétentieux) sur son blog.

    rue3.jpgC'est dans ce recueil que l'on trouve la nouvelle ayant inspiré "la traversée de Paris" et l'insulte proférée par Grandgil, le peintre, artiste, hors-norme pour les bonnes gens, "qui n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux...": "Salaud de pauvres !". Elle parle d'une période de lâcheté générale, ou presque, où les "bons français" dénonçaient leurs voisins, où les flics français en faisaient plus pour livrer les juifs aux nazis qu'on leur en demandait, où les résistants de dernière heure tondaient les femmes à la mauvaise réputation, où tout le monde trafiquait de tout ce qui se vendait.
    rue4.jpgMarcel Aymé a été inquiété à la fin de la Deuxième Guerre mondiale pour ses sympathies à Céline ou Rebatet et deux, trois articles publiés dans les mauvais endroits. On oublie une pétition contre les arrestations arbitraires que l'inconscient osa aller porter aux autorités allemandes. Il ne se faisait aucune illusion sur la nature humaine, les autorités, les vérités soi-disant intangibles, tout en aimant profondément l'humanité malgré tout : Les assassins se transforment en bébé, que l'on guillotine quand même, les saints deviennent proxénètes à Montmartre tout en gardant leur auréole, le quotidien devient fantastique.
    rue5.jpgLes dogmatiques de gauche ne l'aimaient pas beaucoup du fait de son désengagement, les gens de droite se méfiaient de lui pour sa satire tranquille de l'autorité et de tout ce qui est admis comme "respectable". Ils préfèraient se promener sur la butte, faire la fête chez le peintre Gen-Paul, discuter littérature avec Nimier. Son esprit plane encore rue de Norvins ou vers la place du Tertre et dans "Le fabuleux d'Amélie Poulain", les réactions de certains critiques face à ce film ressemblent d'ailleurs à d'autres face à ses livres.

    Titre : Le Vin de Paris | Auteur : Marcel Aymé | Editeur : Gallimard

  • Les rues de Marcel Aymé

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    Les Chemins et les Rues de Marcel Aymé

    Ouvrage intéressant qui complète la note ci-dessous sur l'auteur du "Passe-Murailles" et permet à l'auteur du blog de commettre une petite expo virtuelle, le prétentieux. En cliquant dessus on agrandit les images.

    Extraits de la Préface de Benoît Duteurtre

    rue1.jpgIllustrations de l'article par l'auteur du blog (plume et encre de Chine)
    De son vivant, Marcel Aymé pouvait passer pour un "petit maître". Sa plume naturaliste, son goût de la comédie tranchaient sur la pompe des auteurs importants, sur le sérieux des aînés, Giraudoux, Mauriac ou Montherlant, comme sur l'engagement politique de ses contemporains. Drieu, Malraux, Aragon et les existentialistes voulaient changer le monde. Le nouveau roman promettait des avancées artistiques radicales... Difficile de considérer avec le même front plissé un auteur de nouvelles et de théâtre regardant son époque "par le trou de la serrure", un boulevardier trop cynique pour être honnête, un surréaliste sans groupe, racontant les divagationsrue2.jpg d'un employé de troisième classe transformé en Passe muraille. Difficile d'associer à l'idée de progrès celui qui affichait son amitié avec l'infréquentable Céline revenu d'exil ; ce type qui pouvait se démener pour éviter le peloton au collaborateur Brasillach mais aussi, quelques années plus tard, soutenir des écrivains accusés par la cour de sûreté de l'Etat de complicité avec le FLN.

    Aymé, lui, appartient à cette famille plus rare d'écrivains persuadés que les questions ne varient guère d'une époque à l'autre et qu'à force d'observer le monde, ses décors, ses paysages, ses groupes sociaux, ses comportements, d'un œil à la fois distant, sensible et ironique, on accomplit toujours une œuvre nouvelle, pleine d'enseignements. Pour cela, quarante ans plus tard, sa prose conserve une fraîcheur inaltérée auprès de nouvelles générations de lecteurs, quand les épopées lyriques se sont fanées......

  • Une ou deux des raisons qui me font aimer Marcel Aymé

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    0018a26e.jpgJe sais bien que cela ferait plus sérieux de mettre Céline ou Proust au sommet du panthéon de mes auteurs de chevet, et dieu sait que j'aime l'un et l'autre, mais Marcel Aymé reste celui dont je me sens le plus proche, rien n'y fait. Il y a dans ses histoires un parfum d'enfance qui est restituée dans toute sa cruauté parfois mais aussi dans toute sa vérité comme dans "Les bottes de 7 lieux" qui est à la fois émouvante sans mièvrerie, fantastique et vraie. J'aime bien les animaux plus sages que les êtres humains dans "les contes du chat perché". Parfois je me prendrais bien pour le "Passe-murailles", ce pauvre Garou-Garou coincé dans un mur rue de Norvins. J'aime bien ce gueulard mystique de Clérambard et le saint de "la Grâce" qui se met à pêcher par devoir. J'aime beaucoup "la Traversée de Paris". Dans l'extrait-ci-dessous, le dialogue est le même que dans la nouvelle, qui est cependant beaucoup plus noire. Et ces paroles rappellent que la lâcheté en face de l'ignominieux c'est aussi celle de la foule et des bonnes gens. Et je connais par coeur la géographie de toutes ces histoires, de l'Avenue Junot à la place du Tertre, actuellement en carton-pâte pour touristes tout comme les cafés dits typiques ripolinés façon "Amélie Poulain".

    Comme lui, c'est peut-être un défaut mais j'ai tendance à croire que non, je me sens immédiatement sceptique devant les grandes et belles déclarations, les envolées lyriques où l'on pousserait bien les autres à s'entretuer pour des causes futiles en oubliant les fondamentales qui sont la Liberté et l'Altérité. Marcel Aymé aimait bien les êtres humains, y compris les assassins à visage d'enfant et mains de boucher, et il les connaissait bien, dans leur petitesse, leurs faiblesses, leur incapacité à sortir du troupeau bêlant. J'aime quand Marcel met les pieds dans le plat et renvoie une médaille à un ministre en lui suggèrant de la mettre en un endroit de son anatomie que la morale réprouve. J'aime aussi quand l'inconscient va porter un article dénonçant les exactions commises contre les juifs pendant la guerre au "Marianne" de 1941 sans se soucier des conséquences.

    Comme ce n'était pas un dogmatique il s'est fait mal voir des dogmatiques de tout bord. Maintenant on le prend encore pour un "anarchiste de droite" dont les livres ont vieilli, une revanche de cloportes en somme.