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  • "Vergès pleurant dans son ancienne prison..."

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    3462367_7_b01e_l-avocat-jacques-verges-le-30-janvier-2012_06458e83b9cf1b2e00cc72157f5f8792.jpgou "un réac parle de la mort de Jacques Vergès"...

    Suite à la mort de Jacques Vergès, j'ai revu l'excellent film de Barbet Schroeder le concernant, de 2007, « l'Avocat de la terreur », qui montre tous ses paradoxes, son humanité et qui révèle un peu qui était cet homme complexe. J'ai des idées plutôt à droite, apparemment aux antipodes de Jacques Vergès, mais l'homme me fascinait, et me passionnait, car il avait une vraie stature, une stature que l'on peut qualifier d'historique tant son destin personnel a épousé tout au long de sa vie le destin du monde et celui des peuples, des guerres civiles sanglantes, la dénonciation des hypocrisies de notre société libérale-libertaire, toute aussi insupportables dans sa variante sociale-libérale, ses sottises arrogantes qu'il n'eut de cesse de tourner en dérision en défendant ceux qui dans notre société sont considérés comme indéfendables.

     

    Je ne suis pas certain que maître Vergès ait trouvé des plus pertinents pour la gauche française de ne défendre dans sa presque totalité actuellement des lois ou des décisions surtout sociétales. Il fut d'ailleurs cohérent puisque disparaissant quelques années dont on ne sait quasiment rien, étant peut-être au Cambodge, ou en Amérique du Sud, d'aucuns affirmant à l'inverse qu'il était tout simplement à Paris dans une « planque ». Nul ne sait et il se plut à brouiller les pistes, et les cartes.

     

    Peu importe d'ailleurs la réponse, la vie du personnage est fascinante en soi tout comme la façade qu'il se donnait, celle de cet avocat aux allures de bon vivant raffiné et aux goûts aristocratiques, à l'humour caustique et cinglant, se donnant derrière la fumée de son cigare des airs de Raminagrobis. Et puis il était autrement plus fascinant que mettons, Arno Klarsfeld, avocat "parce qu'il le vaut bien" (TM°).

     

    J'ai toujours éprouvé quand je regardais Vergès en interview, ou que je le lisais, le même frisson que j'ai éprouvé en rencontrant il y a une vingtaine d'années maître Jacques Isorni qui fut l'avocat de Pétain mais pas seulement. C'était des hommes peut-on dire vraiment à leur propos, des hommes un peu plus grands par leurs personnalités, un peu plus grands que les autres et que l'on qualifie rapidement de salauds car ils ne se satisfont pas de la morale commune, et ne la respectent pas, celle qui voudrait qu'ils abdiquent des idées qu'ils estiment justes, et que « l'avocat de la terreur » n'a effectivement jamais cessé de défendre car à travers les personnes qu'il défendait, il défendait ses idéaux de jeunesse auxquels il n'avait jamais renoncé.

     

    On me dira, c'est une sorte de médaille de se faire traiter de « salaud » par un imbécile ou un autre, tel ou tel cloporte qui ne supporte pas qu'une personnalité émerge de temps à autre du troupeau...

     

    Une scène dans « l'Avocat de la terreur » démontre au spectateur qui pouvait en douter que derrière tout cela, il y avait un cœur généreux, que ses idées venaient de ce cœur, même si pour moi elles étaient un fourvoiement : je souhaiterai que l'on m'explique par exemple pourquoi un changement radical de société, menant à l'utopie supposée, doit automatiquement passer par le massacre des personnes qui ne sont pas d'accord avec ce bonheur théorique imposé et donc insoutenable par nature, même si je sais fort bien que tout changement, du fait de la nature humaine, ne peut se faire sans heurts ?

     

    Dans cette scène donc, Vergès visite sa prison algérienne, quand il fut emprisonné au moment de la guerre d'Algérie avec quelques uns de ses camarades avec qui il retrouve quelques décennies plus tard des gestes de fraternité immédiate. Et abandonnant son personnage, sa façade et son ironie habituelle, il pleure. Ce qui montre aussi qu'au fond il était resté aussi ce petit jeune homme révolté que les fils de bourgeois et de « grandes » familles méprisaient pour ces origines considérées comme honteuses...

    Ci-dessous la bande annonce du film de Schroeder