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  • Morale mais pas coupable - au sujet de la mise en examen de Martine Aubry

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    En débat sur Agoravox

    On se souviendra avec tristesse en ce moment en écoutant les différents commentaires relatifs à la mise en examen de Martine Aubry quant à son rôle dans la prévention des risques liés à l'amiante, de l'affaire déplorable du "sang contaminé", de tous ces politiques "responsables mais pas coupables", selon la formule malheureuse de l'une d'entre elles qui y fut fortement impliquée.

    politique, société, ps, aubry, ump, politique, moralePortrait de Martine Aubry emprunté sur le site de Politis

    Bien sûr, l'auteur du texte ne va pas ergoter sur la culpabilité ou non de madame Aubry, et commenter une procédure judiciaire en cours. Et ce qui arrivera n'enlèvera rien à ce que madame Aubry a réalisé à Lille et qui est remarquable en soi.

    Retenons cependant un point, une procédure de ce type repose forcément sur des éléments, et si ceux-ci peuvent prouver la responsabilité d'une personne, ils peuvent être là aussi pour aider cette personne à se décharger d'un rôle qu'elle pense ne pas avoir eu.

    Et indépendamment de toute autre considération, quelques réflexions de simple bon sens interviennent alors.

    Voilà des personnes, toutes persuadées de par leur filiation, leurs prétentions, leur orgueil, d'avoir un « destin » pour guider le peuple de « l'ombre à la lumière », toutes se battant, faisant des pieds et des mains pour accéder aux plus hautes responsabilités, prêtes aux pires compromis et qui, une fois mises au pied du mur de leurs responsabilités qu'elles ont elles-mêmes appelées de leurs vœux, ne les reconnaissent plus, n'en veulent plus.

    A moins que la responsabilité républicaine soit donc à géométrie variable selon le statut social ?

    On m'aurait trompé ?

    Tous les privilèges, le copinage, le népotisme, le clientélisme n'auraient pas été abolis le 4 Août 1789 ?

    Il faudrait savoir ce qu'elles veulent ? Faire de la politique, normalement pour le bien commun, c'est aussi prendre sur soi la gravité ou non des fautes commises alors que

    Il est curieux de constater que ces procédures touchent depuis quelques temps des figures de la « gauche morale » ou qui la représentent ainsi cette élue écologiste ou très naïve, mais alors très très naïve, prise dans une affaire de blanchiment, ce qui est pour le moins contradictoire à évoquer leur souci apparent d'une morale sociale sans failles qui semble interdire tout cela.

    En effet, voilà des personnes qui n'ont de cesse depuis des décennies de parler constamment du respect des règles du « vivrensemble », de citoyenneté, de développement durable, z-et responsable, de la perte du lien social, qui sermonnent sur l'individualisme, l'hédonisme de la droite, qui pontifient sur le civisme, ironisent sur la partialité économique et sociale supposée de la droite, et qui montrent par les affaires les éclaboussant que les grands principes qu'ils clament partout, c'est, dans leur esprit, surtout pour les autres, et que cette moralisation tous azimuts ne les concerne pas en somme.

    Et comme lors de « l'Affaire DSK », on constate des réflexes de caste de ces amis politiques ou « supporters », tous là encore pourtant issus d'une gauche qui prétend moraliser la vie publique.

    Reste à savoir dans quel pays bien entendu, car à dire vrai, à considérer par exemple les distributions de médailles faites par madame Dufflot à quelques uns de ses camarades certainement méritants d'EELV, ce n'est sans doute pas en France.

    C'est assez étrange car de leur côté ces responsables de la « gauche morale » ont une vision très différente de la responsabilité et de la culpabilité pour celles ou ceux qui ne sont pas dans leurs petits papiers ou ne pensent pas comme eux. C'est alors que le simple fait de faire partie d'un groupe ou d'une communauté dont l'un des membres a dit quelque chose ne plaisant pas suffit pour être immédiatement stigmatisé. Par exemple, le simple fait de se dire catholique suffit pour être soupçonné d'être de ces infâmes réactionnaires que les changements sociétaux réputés dans le vent du progrès insupportent.

    On me rétorquera, celui qui voulait la France au « karchër » (TM°) se retrouve lui aussi entendu par les juges, mais les actes des uns n'excusent pas ceux des autres qui au fond naviguent dans le même marigot d'ambitions personnelles égoïstes.

  • Le petit Nicolas et les primaires du PS – un hommage à Goscinny et Sempé

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     Je ne vous ai pas raconté la seule bêtise qu'Agnan a faite. Agnan on ne l'aime pas, c'est le premier de la classe et le chouchou de la maîtresse et un sale cafard qui rapporte quand nous faisons les guignols, et alors la maîtresse nous punit et nous devons rester silencieux pendant toute la récréation.

    petit-nicolas-390055.jpgAgnan a voulu organiser des élections « primaires » comme en Amérique pour les élections des délégués de classe. Il avait vu un candidat des « primaires » aux élections présidentielles américaines, il recevait plein de petits bouts de papier sur la tête comme pendant le carnaval, et il était dans une grosse voiture dans les rues d'une grande ville. C'était chouette.

    Il est allé demander au directeur, il est fou Agnan, qui lui a tapoté la tête gentiment et lui a dit qu'il était d'accord tant que ça ne gênait pas le travail dans les classes et les récréations.

    Il fallait s'inscrire pour participer aux « primaires », un grand papier était affiché sous le préau. Il y avait surtout des amis d'Agnan des autres classes, des bons élèves : Marie-Ségolène, une amie de Marie-Hedwige qu'elle suivait partout, Marie-Ségolène elle voulait être maîtresse plus tard, elle en était sûre, mais à chaque fois que sa maîtresse la laisse surveiller la classe quand elle s'absente, Marie-Ségolène sort en pleurant, et elle veut punir tout le monde ; Martine, elle ressemblait un petit peu à mon copain Alceste, qui est très gros et qui mange tout le temps, elle aussi, elle voulait être maîtresse plus tard mais avec elle on ne rigolerait pas souvent en classe ; Arnaud, qui est un ami de Geoffroy, qui l'aime bien parce qu'il dit qu'Arnaud ressemble à un comique qu'il regarde souvent à la télévision qu'il a chez lui (son Papa est très riche), ), Michel Leeb ; Manuel, on l'aime bien Manuel, quand il était à la maternelle, il voulait être pompier, puis cosmonaute, maintenant, il voudrait bien être Superman, mais comme il est petit encore et pas très costaud, Eudes, mon copain qui est très fort et qui donne des coups de poing sur le nez si on rigole de lui, se moque de lui quand il nous en parle.

    Et il y avait aussi François, qui était comme Alceste avant, avec lui on rigolait bien, mais depuis qu'il s'était inscrit sur la liste, il ne voulait plus nous parler et aller s'amuser avec nous. Lui aussi, il avait souvent les mains pleines de beurre à cause des petits pains au chocolat qu'il y avait dans son sac mais au moins, il était plus sympathique, maintenant, il se conduisait comme Agnan ce sale cafard.

    Quand il a vu la liste, Dominique, un autre ami d'Agnan qui voulait s'inscrit, a rigolé un peu drôlement et il n'a rien dit. Mais comme il a été puni car il était allé regarder les filles dans les toilettes pendant la récréation, il ne pouvait pas. Monsieur le directeur s'était fâché tout rouge et Dominique avait dû aller au coin pendant toute une journée.

    image prise ici

    Primaires-PS-lemediascope.fr-.pngLe jour où il fallait aller voter pour les « primaires », monsieur le directeur nous réunit tous dans le préau et nous devions donner notre petit papier avec le nom de celui que nous voulions élire « en silence et dans le calme comme de futurs citoyens raisonnables » comme nous dit le directeur en souriant gentiment en essuyant ses lunettes.

    Jean-Luc, un copain qui est souvent en colère, leva la main et demanda au directeur si on était obligé de voter car il n'y avait que des cafards dans la liste et qu'ils étaient tous de sales guignols.

    Le directeur appela le Bouillon qui vint chercher Jean-Luc et l'emmena copier des verbes dans la salle d'études. Jean-Luc disait au Bouillon qu'il avait le droit et qu'on était en république et qu'il allait le dire à son père. Et comme il a promis au Bouillon d'être sage, il a eu le droit de revenir.

    Le Bouillon ce n'est pas son vrai nom ce sont les grands qui l'on appelé comme ça car dans le bouillon il y a des yeux et le bouillon dit toujours : « regardez moi dans les yeux ».

    Quand le directeur et Agnan ont regardé tous les petits papiers après l'élection, tout le monde avait mis son nom et personne ne pouvait être élu. Il y avait beaucoup de bruit sous le préau car tous ceux qui étaient sur la liste disaient que c'était eux qui étaient les délégués. Agnan était tout rouge et pleurait en se roulant par terre. Finalement, il a été puni.

    Et c'est Dominique qui a été nommé délégué car monsieur le directeur a dit qu'il avait fait de gros efforts et qu'il avait été très sage. Il ne savait pas que Dominique continuait à regarder dans les toilettes des filles pendant la récréation, il avait fait un petit trou dans une autre porte, mais là on pouvait moins le voir, mais je ne le dirais pas car je ne suis pas un sale cafard qui rapporte.

  • Marchands de Bonheur

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    Je ne vous ferai pas l'insulte, amis lecteurs, et amies lectrices, de vous rappeler ce qui a la réputation certes d'un cliché, tout à fait exact dans sa signification cela dit, qui veut que l'on n'est jamais conscient de son bonheur bonheur_insoutenable.jpgquand on le vit. Tout ça c'est de la philosophie de comptoir diront les grincheux, mais parfois les philosophes de zinc ont raison. On ne comprend que l'on était heureux que lorsque tout est perdu après avoir couru derrière des chimères improbables, la célébrité, l'aventure, le romanesque. Ainsi, le quadragénaire qui trie des livres, et de vieilles photos, comprend que sa vie était toute douce et tranquille quand il avait trente ans alors qu'il croyait être enfermé dans une routine. La trentenaire qui croyait étouffer dans son travail, sa vie amicale, amoureuse et familiale, s'aperçoit qu'elle a laissé le Paradis derrière elle, un Jardin d'Eden qu'elle ne voyait pas autour d'elle. Le bonheur est volatil, léger, il passe vite. L'adolescent qui veut absolument grandir tout de suite, ou rester un enfant, ne le sait pas non plus.

    L'herbe est toujours plus verte chez le voisin, sa femme plus belle, et sa réussite plus éclatante. Le bonheur ne se met pas en bouteille, ne se réchauffe pas au micro-ondes. On voudrait rappeler la femme que l'on aimait quand on avait une vingtaine d'années, qui était de notre genre, contrairement à Odette pour Swann, mais on n'ose pas, pour préserver le rêve, par lâcheté, et par peur aussi d'être déçu comme Frédéric Moreau quand il voit les cheveux blancs dans le peigne d'écailles de Madame Arnoux. Maintenant, les écrivains, comme Philippe Delerm, ou Anna Gavalda, ont du bonheur une conception beaucoup plus étriquée, à la manière d'Amélie Poulain qui s'occupe de celui des autres parce qu'elle est au fond une sociopathe névrosée, ou une connasse (TM).

    Et le temps passe.

    Il y a beaucoup de marchands de bonheur pourtant qui prétendent nous le fournir. Mais ce n'est pas comme dans un épisode délirant de « Doctor Who » qui voyage vers l'année 5 milliards sur la « Nouvelle nouvelle Terre », pas si agréable et paradisiaque qu'elle semblait l'être de prime abord mais où une injection permet d'oublier tous ses soucis, mais aussi donc ceux qui nous sont proches, puisque l'on s'inquiète toujours pour eux et un spray empêche le chagrin, la peine, l'angoisse. De fait, la société de la « Nouvelle nouvelle Terre » finit par s'effondrer pour cause de trop grande utopie et à se bloquer dans un immense embouteillage.

    Notre terre n'est pas en reste, on voit un peu partout des publicités qui nous promettent le bonheur si l'on boit tel soda, si l'on achète tel système de ventilation, tel véhicule, ou tel gadget électronique dont on se passait très bien jusque là. Les cosmétiques, de la poudre de perlin pinpin en concentré, nous aident à conserver intact notre « capital-jeunesse », à ne pas écorner notre « capital-vieillesse », et à enrichir durablement notre « capital-santé ». On remarque qu'il n'est jamais question de « capital-culture » ou de « capital-réflexion ». Il n'est pas jusqu'à un chanteur pour midinettes qui a vraissemblablement des aspirations messianiques, Cali, pour demander « c'est quand le bonheur » en plongeant dans son public qui adore ça. Je préfère la chanson de Marina Foïs dans « Filles perdues, cheveux gras ».

    Et maintenant les politique s'y mettent un peu plus, ils ont commencé depuis longtemps faut-il le dire, à prétendre vouloir le bonheur pour les citoyens, un bonheur quasiment obligatoire, sucré et nauséeux jusqu'à l'insoutenable bien entendu, à leur idée. Évidemment, nous leur ressemblons tous un peu, nous voulons le bonheur pour nos proches, mais seulement selon l'idée que nous nous faisons de la chose, sans songer une seule seconde à ce qu'ils veulent, eux, et qui est souvent meilleur. J'ai horreur du « care » de Martine Aubry, cette ressucée de « Tout le monde il est bô, tout le monde il est gentil ». Même « quand ça jordanise, quand le pauvre fedayin copie par bêtise la prose à monsieur Jourdain » on préfère continuer à égrener les perles et les lieux communs. Le « Care » c'est « je fais attention à toi si tu fais attention à moi » et même il peut y avoir un contrat entre nous pour officialiser la démarche, ce n'est donc rien d'autres, le « Care » que la doctrine libertarienne de Milton Friedmann et son fiston adaptée au joli monde des Bisounours, que l'on se doit de regarder à travers des lunettes roses, bien sûr.

    Amaury Watremez (qui remercie ses lecteurs : 500 visiteurs par jour en moyenne, et 45000 pages vues par mois).