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art de vivre

  • Lieux de plaisirs prolétaires en voie de disparition

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    cafés, précaires, société, politique, art de vivre, moralisation hypocrisie

    Aussi sur Agoravox

     

    J'aime bien l'ambiance des cafés, particulièrement celle des cafés parisiens. Tous les milieux se mélangeaient, le prolo pouvait croiser le bourgeois. Entre deux commentaires météorologiques ou politiques on fumait un clope ensemble au comptoir. Les petites dames âgées du quartier échangeaient avec les plus jeunes. Bien sûr ce n'était pas idéal mais il existait quelque chose pour relier les couches de la société. Il en reste quelques uns de ces endroits, rades et autres bistrots mais ils sont de moins en moins nombreux.

     

    J'aime bien y écouter les conversations, les mots d'esprit, le parler populaire survivant encore un peu, les formules rapides et incisives, j'ai toujours eu « l'oreille à Toulouse » selon l'expression...

     

    ...Et il est encore mieux d'y participer, de ne pas avoir peur d'en faire trop, de faire un peu de comédie pour s'amuser avec les autres.

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  • Mètre-étalon d'altérité

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    santé, politique, société, art de vivre, vitiligo, amaury watremezEn matière de hors des normes physiquement parlant, je cumule. Je ne suis certes pas le seul mais cela occasionne des souffrances que l'on méprise un peu trop vite dans notre société. Il faut que la personne dont on se moque ne proteste pas : « c'est de l'humour, rigole ». J'ai trouvé progressivement la meilleure manière de me défendre en apprenant à avoir de la répartie, à être incisif voire caustique. Je me suis construit une cuirasse afin de me protéger, c'est ainsi...

     

    J'ai entre autres différences insupportables pour certains adeptes du conformisme un vitiligo comme certaines célébrités. Mais je danse moins bien que Michael Jackson. Je ne suis pas le seul à notre époque. Cela ne fait pas de moi un monstre. Il paraît que c'est de plus en plus courant hélas. On ne sait pas trop d'où vient cette maladie de peau (voir à ce lien), seules ses conséquences en sont réellement connus : la peau se décolore car la mélanine de l'épiderme est progressivement détruite.

     

    Ce serait selon l'hypothèse du moment une maladie auto-immune, une réaction psycho-somatique du sujet contre lui-même. C'est souvent ce que les médecins disent quand finalement ils ne savent pas trop diagnostiquer encore.

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  • Relire Yourcenar

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    Sur Agoravox aussi

     

    "Je ne vis pas comme ils vivent, je n'aime pas comme ils aiment, je mourrai comme ils meurent" était sa devine toute empreinte de morale aristocratique au vrai sens du terme...

     

    Face à la bassesse avérée d'une époque, il n'existe parfois pas de solution réelle, pas d'alternative tangible. La bêtise peut être trop forte, plus que le reste. Comment se heurter à la sottise à « front de taureau » ? C'est d'ailleurs déjà l'accepter souhaiter argumenter contre elle. Pourquoi alors ne pas se retirer dans une refuge propice et passer ses journées durant l'orage à lire les auteurs que l'on aime à l'abri du soleil sous les feuilles d'une branche propice.

     

    En la matière, on en revient toujours à ses anciennes amours, ses anciennes passions à tort ou à raison. La nostalgie, le sentiment que l'on n'aimera jamais quelqu'un aussi bien. C'est idem en littérature où l'on relit des auteurs encore et encore, en redécouvrant encore et toujours quelque chose à chaque fois. Marguerite Yourcenar est de ce genre d'amour. Tant d'intelligence, tant de finesse, tant de culture ne peuvent laisser indifférents. Certes, elle a écrit et dit quelques sottises sur les bébés phoques entre autres ou le nécessaire malthusianisme à l'entendre mais c'est tellement infime dans son œuvre que cela n'a guère d'importance.

     

    Des imbéciles, ils sont légions, se manifesteront peut-être pour s'étonner du fait qu'un réac indécrottable dans mon genre, du moins c'est ce qu'ils pensent, puisse se passionner pour une lesbienne très libertaire, très cosmopolite. Mais Yourcenar a beau invoquer le bouddhisme, se dire citoyenne du monde, parler du hasard de la naissance voire de son inconvénient, elle n'en est pas moins une des dernières incarnations de la civilisation française à son point le plus élevé.

     

    Ne voir en elle qu'une vieille femme laide comme malheureusement Albert Cohen serait réducteur...

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  • Redonner leur place aux Lettres

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    Littérature, société, politique, art de vivre, amaury watremez enseignement, éducation nationale, lettresJ'ai plus travaillé cette série de textes sur la littérature que les autres ceux-ci faisant partie d'un mémoire présenté au MUCEM de Marseille

     

    La Littérature avait auparavant une place centrale dans la culture collective. Démocratisée, on la trouvait au guichet des gares voire même un temps dans des distributeurs dans le métro parisien. Les émissions littéraires à la télévision étaient des institutions permettant de propager les Lettres dans les foyers, et étaient suivies quasiment religieusement par une bonne partie de la population, de « Lectures pour tous » de Pierre Dumayet à « Apostrophes » de Bernard Pivot. Il était facile au téléspectateur de s'identifier à Pivot de par son physique de bon vivant, de « français moyen » selon le cliché, posant des questions faussement candides.

     

    Les livres de poche peu chers, peu encombrants permettaient à tout un chacun d'accéder aux Lettres qui n'étaient plus le privilège de quelques érudits, d'une élite socialement favorisée. Cela ne faisait pas de toute la population une population de lettrés mais les rendait familiers avec la Littérature même si ce n'était que de la « littérature de gare » à laquelle des auteurs ont su donner des lettres de noblesse, en particulier Frédéric Dard, Albert Simonin et le créateur de la « Série Noire » Marcel Duhamel, proche des surréalistes et ami de Prévert.

     

    Cette littérature particulière dont les descendants sont Marc Lévy ou Guillaume Musso était méprisée, désignée comme indigne par les élites justement tout comme la littérature dite « de genre » en général. C'était et c'est toujours un point de vue fortement réducteur car des auteurs comme Jean-Patrick Manchette dans son fameux Journal littéraire, dans ses « chroniques noires » ont montré que « le genre » évoquait plus sûrement les marges d'une société, les mouvements l'évoquant aussi bien que des traités très savants de sociologie plus scientifiques.

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  • La cause animale nouvelle lubie des bourgeois pédagogues

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    Cet article est sur "Causeur"

     

    Le bourgeois pédagogue, le terme a été inventé je le rappelle par Erik Satie, peut être de gauche ou de droite. Le bourgeois pédagogue à des prétentions matérielles et une avidité que ses ancêtres avaient déjà rajoutent des vanités sociales et intellectuelles. Il croit dur comme fer, est convaincu, que son argent, ses réseaux et les privilèges dont il dispose l'autorisent à poser au guide du peuple, de ces ploucs beaucoup moins intelligents que lui, n'ayant même pas lu les auteurs qu'il faut lire et placer sur sa table basse. Il ne va même pas en salle de sport pour s'entretenir, ne joue pas au squash, ne fait pas de bicyclette « citoyenne » l'inconscient.

     

    Des ingrats s'en fichant complètement de ses leçons de morale la plupart du temps. Certains osent même se mettre en colère contre ce qui est ressenti par eux comme un arbitraire insupportable. Des enfants gâtés, puisque l'on vous le dit, moquant cruellement la dernière lubie du bourgeois pédagogue, la Cause animale, entre deux léchages de cul et cirages de bottes, son occupation favorite. Maintenir une position ça demande beaucoup d'obséquiosité, un effort nécessaire et indispensable si l'on veut réussir.

     

    Le bourgeois pédagogue est concerné, lui....

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  • Dommages des hommages

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    Cette nécro est aussi sur Causeur

     

    Dans notre société où tout n'est plus que communicationnel, dés qu'un « pipeaule » casse sa pipe, ce qui leur arrive aussi et arrivera à la totalité de l'humaine espèce, tout le monde ou presque de sortir sa nécrologie ou son hommage toujours d'une mièvrerie appuyée, dégoulinante de bons sentiments marqués, et manquant singulièrement d'intelligence ou de nuances. Par le « miracle » de la technique et en particulier celui des « réseaux -dits- sociaux » n'importe quel pékin peut également déposer sa gerbe peu odoriférante au pied du piédestal en carton-pâte dressé par le grand Barnum médiatique.

     

    On a le droit à des dizaines de milliers de « Salut l'artiste » se voulant à la fois familiers et respectueux, et larmoyants, à des « RIP un grand meussieur » et autres « il nous manque » et autres formules toutes faites sorties de la méthode « Assimil » du festivisme ambiant.

     

    Aujourd'hui c'était le tour de Jean-Pierre Coffe dont la première intervention télévisuelle, dans « le Petit Rapporteur » de Jacques Martin, reste de loin la meilleure, car la plus vraie, la plus authentique. Il joua également dans quelques films des années 70 des crapules visqueuses avec une délectation évidente. Par la suite, de « la Grande Famille » de Delarue sur Canal Pelu dans les années 80 aux « Grosses Têtes » de Bouvard puis de Ruquier, les fausses colères de Coffe virèrent au procédé en somme de comédie. Ses fureurs entrèrent dans son « emploi » de scène.

     

    Coffe est bien vite devenu le Géronte faisant rire de la bouffe contre-balançant – un peu- l'hygiénisme à la noix d'une société de plus en plus repliée sur des petites certitudes rassurantes, une société de plus infantilisée par un « coaching » collectif lénifiant et au fond de plus en plus puritaine :

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  • Les petits censeurs du bien vivre – à propos de la viande « probablement » cancérogène et le fromage « drogue dure »

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    politique, société, art de vivre, gastronomie, vin, amaury watremezSur « Slate », « pureplayer » de gauche sociétale, on apprend que le fromage provoquerait une addiction aussi grave que celle induite par le tabac, l'alcool ou la coke (à ce lien), en particulier les fromages non pasteurisés, bien de terroir. Et dans « le Monde », « le poids des mots le choc des paupières » (Desproges TM°), l'on nous avertit ; manger de la viande rouge et de la charcuterie serait cancérogène. L'infantilisation continue à battre son plein et les « petits censeurs de joie », des censeurs du bien vivre, passent à une vitesse encore supérieure dans le délire hygiéniste et l'hypocrisie car au fond il s'agit de consoler le peuple de n'avoir plus les moyens de se payer de la bonne viande, du bon vin, du bon poisson ou du bon fromage. Les mangeurs de viande, de charcutailles ou de fromage sont aussi incapables de maîtriser leur consommation c'est bien connu, il est indispensable de les sermonner.

     

    On dirait que dans leur moralisation de tout ce qui n'est pas leurs certitudes sur la vie, il est impossible de vivre des instants de joies toutes simples, des instants de convivialité sans arrière-pensées, horreur ! Des instants conviviaux ou festifs n'étant même pas « citoyens » une seconde !

     

    Le peuple n'a même plus la possibilité de s'en griller une pour se détendre en buvant un petit café, la clope ayant été criminalisée depuis des décennies. L'ouvrier gagnant un tout petit salaire ou l'allocataire du RSA n'a pas le droit de prendre ne serait-ce que quelques secondes de détente en fumant. Encore moins en buvant un petit blanc ou deux, ou un « demi », voire un « perroquet ». Les bourgeois pédagogues (je rappelle que je préfère ce terme inventé par Erik Satie au galvaudé « bobo ») ne supportent pas que les « classes dangereuses » se réjouissent ou se paient des petits plaisirs....

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  • L'hédonisme en accusation ?

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    noces.jpgJ'avais été qualifié il y a quelques temps déjà de « petit bourgeois hédoniste et réactionnaire » par un bilieux se voyant idéaliste alors qu'étant seulement malade du foie et jaloux de la capacité des autres à la sensibilité au monde. J'aime il est vrai des plaisirs démodés, tout sauf des « plaisirs tristes » :

     

    Comme la Littérature, la convivialité, l'art de ne rien faire, de passer le temps entre autres à la terrasse des cafés en admirant la beauté des femmes qui passent, de rêvasser parfois aussi, de savoir prendre son temps voire d'être complètement improductif.

     

    Sur de nombreux forums, sites et blogs de droite comme de gauche je lis depuis déjà plusieurs années une condamnation sans appel de « l'hédonisme occidental » avec le même vocabulaire, les mêmes mots que les tarés fanatiques du soit-disant Etat Islamique.....

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  • Hommage à un Gentleman du film de genre

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    société,cinéma,art de vivre,genre,science-fiction,fantastique,épouvanteChristopher Lee est décédé hier à l’âge de 93 ans. Il a joué depuis des décennies dans des dizaines de films dits de genre dans lesquels il promenait sa haute silhouette aristocratique, sa séduction vénéneuse et son talent incontestable. Beaucoup de séries « B », quelques « Zèderies » américaines, de nombreuses prestations dans des séries américaines et anglaises des années 70 où il était souvent le méchant, ainsi dans la version « pattes d’eph »de « Spiderman », l’inoubliable professeur Franck N. Stone dans un épisode de « The Avengers », westerns « paella » italiens ou « Krimis » allemands voire comédies bien lourdes à la française, « Dracula père et fils » d’Edouard Molinaro avec l’ineffable Bernard Menez (il parlait anglais, italien, allemand et français, cela facilite les choses) et aussi un certain nombre de chefs d’œuvres du Fantastique, de l’Épouvante, ou de la Science-fiction.

     

    A la « Hammer » il fut le monstre dans « Frankenstein » dans la version du livre de Mary Shelley de Terence Fisher, beaucoup plus marquée par l’horreur et l’épouvante, par l’évocation du puritanisme victorien aussi, et son hypocrisie originelle....

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  • Je me suis fait traiter de raciste...

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    Dédié à ceux qui n'ont que l'insulte comme mode de raisonnement politique


    Pour moi l'origine, la culture, les penchants d'une personne, que ce soit quelqu'un que je croise, avec qui je lie amitié, ou que je lis, ou dont je regarde les films, ou écoute la musique ne sont même pas des questions qui se posent ni même des problèmes, tant que la personne a à mon encontre le même esprit d'ouverture.

     

    Et j'ai des amis qui fort heureusement l'ont.

     

    Comme je suis de droite et catholique, et plutôt souverainiste, aimant la bonne chère, le bon vin, la littérature, y compris celle des "infréquentables", j'ai été traité de "raciste" par une personne pleine de bonnes intentions je suppose, bien évidemment dans mon dos, c'est plus courageux. Je cumule car non seulement j'assume mais paraît-il j'ai "un prénom qui fait bourgeois" ce qui expliquerait tout ?


    Ce serait de ma faute car j'assume mes convictions sans cachotterie ce qui provoquerait bien sûr la colère des belles âmes à coup sûr...


    Passons là aussi...

     

    Ce n'est pas bien grave; cela tient du niveau zéro de la réflexion politique où il n'y a plus que les "bons", "ceux qui pensent comme moi" et les "méchants", "ceux qui contredisent mes certitudes", c'est tellement bête. Et puis si cela devait recommencer, je n'en resterai pas là. Mais cela témoigne de l'état de politique en France, où d'aucuns se soucient surtout du sensitif, du commérage, des ragots les plus abjects et qui sont les premiers à ne pas appliquer les valeurs qu'ils prétendent défendre dont la tolérance.

     

    image prise ici

  • Un parfait véhicule pour partir en voyage...

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    187135.jpgJe viens de recevoir une excellente bouteille de vin d'Israèl par l'entremise de Thérèse Zrihen (qu'elle en soit remerciée), auteure de "Marrakech la juive", d'un vignoble du Golan qui travaille à partir du Syrah un nectar qui ressemble à de l'or liquide (en soi un vin du Golan est un cadeau extrêmement politiquement incorrect ce qui me réjouit au plus haut point, emmerder les cons étant un plaisir de gourmet).

    Ses parfums fruités, d'agrumes, de plantes aromatiques, me rappellent instantanément un paysage baigné de soleil, tout en sensualité, en douceur paradoxale, que la haine et la sottise polluent parfois, mais sans en altérer la féminité et la plénitude d'un Sud de rêve, un Sud où la sottise est moins prégnante et où la convivialité n'est pas un vain mot.

    L'ivresse est un voyage, le bon vin un véhicule parfait.

    Après avoir dit cela, me voilà définitivement compromis pour entrer au paradis des calotins et des bigots en tout genre, dont les adeptes de la société libérale-libertaire qui rajoutent l'hygiénisme le plus bête au reste des absurdités qu'ils prônent, pour les autres, mais peu importe.

    A votre santé !

  • Dés fois mieux vaut avoir des ennemis que des amis

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    Hollande selon ses amis :

     Je cite :

    visible-francois-hollande-pensent-img.jpg- "Couille molle" (Aubry)

    -  "Capitaine de Pédalo" (Melenchon)

    - "Fraise des bois" (Fabius)

    - "N'a jamais rien fait de sa vie" , son ex concubine, (Ségolène Royal).

    - "Incapable de diriger le pays" (Manuel Valls)

     

    Il est donc bien net que parfois que quand on a certain genre d'amis, il vaut mieux les avoir  comme ennemis au fond.

  • Voeux tout en élégance

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    dita-von-teese-20071205-346526.jpgComme le veut la tradition de ce blog tout en élégance, en finesse, et en humour glacé et sophistiqué (ouais je sais, je sais), et alors que la terre vient encore de faire un tour sur elle-même à 28000 km/h j'ai bien l'honneur de vous dire "Bonne Année Mon cul !" et "Santé Bonheur, santé bonne humeur".

    Je vous laisse, comme on le voit sur la photo, on m'attend...

    Qu’est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassés d’imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l’inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père Lachaise…
    Cet hiver, afin de m’épargner au maximum les assauts grotesques de ces enthousiasmes hypocrites, j’ai modifié légèrement le message de mon répondeur téléphonique. Au lieu de dire « Bonjour à tous», j’ai mis « Bonne année mon cul ». C’est net, c’est sobre, et ça vole suffisamment bas pour que les grossiers trouvent ça vulgaire.
    in chroniques de la haine ordinaire, Pierre Desproges
  • Journal de Vacances 4 – « L'adulte ne croit pas au Père Noël, il vote »

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    Déjà sur Agoravox

     La citation donnant le titre est de Pierre Desproges dans « les chroniques de la haine ordinaire ».

    Elle est très juste...

    illustration ci-dessous prise ici (elle est tirée de "M le Ministre" de Binet)

    Dans le « dictionnaire superflu à l'usage de l'élite et des bien nantis », il dit aussi ceci :

    _RumeurMinisterielle.jpg« Terminons en rappelant que la Bastille était quasiment vide lorsqu'une brassée d'excités la prit vaillamment d'assaut un jour d'été 1789.

    C'était la révolution des bourgeois.

    Ils sont toujours au pouvoir. »

    devoirs de vacances :

    En devoirs de vacances, c'est ici assez simple, sur la politique française, ses hypocrisies, ses grands principes dont tout le monde se fout, ses égoïsmes, on peu relire sans trop de problèmes « Uranus » de Marcel Aymé. Les personnages décrits vivent pendant les folles joies de l'Épuration, quand les méchants, tous les méchants ont été punis, puisqu'on vous le dit !

    Même les hauts fonctionnaires qui ont continué à faire carrière sous Vichy, et sous De Gaulle...

    Comme René Bousquet ou le type qui était responsable pendant la Seconde Guerre du Commissariat au reclassement des prisonniers de guerre en 1942...

    Je suis sûr que comme ils l'ont tous dit, ils étaient en fait résistants secrètement, sans le dire, tellement ils étaient modestes au fond.

    J'aime particulièrement dans ce livre le personnage de Léopold, et aussi celui du petit professeur petit-bourgeois qui sait au fond qu'il demeure un petit bourgeois malgré toutes ses grandes déclarations claironnantes de fraternité avec le petit peuple, les prolos, les libérateurs.

    Il y a aussi plus innocent, moins sarcastique, « Clochemerle », que l'on peut relire si l'on a peur de trop de causticité.

    Impressions en vacances :

    Il y a un peu plus de deux-cent ans, les bourgeois ont pris le pouvoir, ils y sont toujours. Ils ont essayé des trucs pour conserver le pouvoir, tout d'abord, ils ont décidé que le vote était réservé aux plus riches parmi eux, ça s'appelait le suffrage censitaire chers petits amis, puis comme ils se sont aperçus que ça « le faisait pas », niveau démocratie, ils ont décidé que tout le monde pouvait voter. Ils ont quand même mis quelques années à se décider car le suffrage universel à tous les citoyens est devenu réalité, ô joie, seulement en 1946.

    Bien sûr, on a cru qu'ils partaient du principe que chaque citoyen en âge de voter lit les programmes de chaque candidat avant d'aller déposer son bulletin dans l'urne, qu'il pèse le pour et le contre de toutes les propositions, qu'il sait de quoi il parle quand il entend des mots comme Europe, libéralisme, marxisme, ou nation.

    Il n'y a que les mauvais esprits pour croire que le citoyen vote surtout pour un candidat qui lui ressemble, qui le flatte, qui le caresse dans le sens du poil et lui donne un « sussucre « sans qu'il n'ait à faire le beau, et qui, cerise sur le gâteau, pourra défendre avantageusement les maigres ou non avantages matériels dont il dispose, que ceux-ci soient des avantages z-acquis ou familiaux.

    Jusque dans les années 60, juste avant le grand passage vers la lumière des français en 68, passage encore plus lumineux en 81, il existait certes l'instruction civique, qui apprenait aux enfants, et aux adolescents, quelques notions utiles pour se construire en tant que citoyens : le mode d'élection des députés, des sénateurs, des conseillers généraux, le travail de l'Assemblée et du Sénat, par exemple.

    Après, on a jugé bon que le peuple n'avait pas besoin de ça, et qu'il mieux de le faire discutailler dés l'enfance en échangeant des lieux communs sympathiques, mais qui sonnaient creux :

    la guerre c'est pas beau, le racisme c'est laid, la violence c'est mal etc... (rajoutez « t'vois » après chaque affirmation).

    Bien sûr on a alors cru ou feint de croire que le futur citoyen allait se renseigner de lui-même ensuite pour savoir comment atteindre ses idéaux au sein de la démocratie française. Mais comme on lui a dit qu'il n'y avait plus d'obligations à savoir ces choses embêtantes, ennuyeuses, sur les droits et devoirs des citoyens, sur le fonctionnement des institutions, il ne s'en est plus préoccupé vraiment, se demandant surtout pour qui il allait voter à « Secret Story » :

    Tapez 1 si vous préférez le « surfer » décérébré métrosexuel qui se tape toutes les filles de l'émission, tapez 2 si vous voulez que la pétasse blonde décolorée reste avec son petit ami qu'elle aime d'amour romantique et fusionnel depuis trois jours.

    Bien sûr, les politiques ont oublié ou feint d'oublier que l'instruction civique faisait en théorie de chaque français un individu un peu plus au fait de son devoir et de ses droits. Quelques « idiots utiles » de l'après 68 ont décidé que c'était paternaliste, et ce qui est paternaliste c'est mââââl.

    Ce fut l'excuse toute trouvée.

    Généralement, l'adulte qui vote est bien discipliné, il fait là où on lui dit de faire, généralement dans le caniveau donc. De temps en temps, il se met à réfléchir, et là à quasiment 55 % il dit non par exemple à un traité hyper-libéral sur l'Europe, là il se fait taper sur les doigts, gentiment mais fermement, et comme le dirigeant est bon avec l'adulte qui vote, il rattrape sa bévue en rédigeant un nouveau traité exactement semblable au précédent, excepté deux ou trois virgules ayant changé de place, sauf que là l'adulte qui vote n'a pas son mot à dire.

    C'est de toutes façons mâââl d'avoir dit non à ce traité...

    Il ne faudrait pas terminer ce petit texte badin en oubliant une dernière catégorie d'adultes qui votent qui sont les militants. Les militants sont de deux espèces : il y a le militant intellectuel, celui qui sait, et qui porte la bonne parole du grand homme, ou de la grande femme à la deuxième catégorie, le militant de base. Dans les militants de base, on distingue plusieurs catégories, il y a généralement l'arabe de service, le jeune de service, la personne âgée de service aussi etc...

    Le militant de base adore jouer la familiarité avec le grand homme, ou la grande femme, et affecter de le, de la, tutoyer, un tutoiement tellement antinaturel qu'il sonne toujours faux d'ailleurs, que ce soit avec un petit roitelet politique local ou avec un responsable nationââl.

    Le militant de base est flatté de discuter avec le militant qui sait, qui le rappellera à l'ordre bien sûr si sa vulgate est remise en question par des réflexions considérées comme manquant de révérence ou de la simple obséquiosité que le militant intellectuel qui n'est jamais étouffé par la modestie s'imagine mériter.

    Et à ses yeux il en mérite beaucoup.

    Maintenant, les choses changent, l'adulte qui vote est persuadé qu'il ne sert à rien de toutes façons et que donc, il n'a pas à se déplacer en cas d'élections. C'est un effort qui lui semble insurmontable, tout comme se former politiquement. Il préfère maintenant ou « s'indigner » ce qui ne mange pas de pain et permet de se défouler ou pester un peu partout contre les fonctionnaires et l'état qui prend trop d'argent aux citoyens (tout en mettant ses gosses à l'école publique sans se demander comment celle-ci est financé, sans protester quand il touche ses allocations diverses et variées).

    Ci-dessous la définition d'un citoyen français selon Luis Rego (dans "La Tribunal des flagrants délires" il était souvent aussi bon que Desproges, comme dans "la journée d'un fasciste" également)


    Luis Rego Jean Carmet par susacacon

  • Journal de vacances 3 – A quoi sert un blog ?

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     ...Si tant est que ça sert à quelque chose, écrire sur internet en général en l'occurrence.

    Devoirs de vacances :

    image emprunté au blog du plafond de verre

    blogueur_anonyme.jpgJe relis les BD de « Valérian et Laureline » de Christin et Mézières, j'aimerais bien savoir où les deux auteurs en veulent en venir avec leur cycle autour de la disparition de la terre du futur et sa capitale, Galaxity, à cause de l'hypothétique planète Hypsis. Pour Valérian, cela a un sens de la rechercher, pour Laureline, cela n'en a aucun, mais mieux vaut ça que tourner en rond.

    Christin et Mézières font durer le plaisir, à moins qu'ils ne soient en panne d'idées pour clôturer leur histoire...

    Je feuillette également le « journal » de Jean-Patrick Manchette, que je connais par cœur. En le relisant j'ai cependant l'impression de retrouver un ami, du genre de ceux que l'on revoit en ayant l'impression de les avoir quittés la veille même si la veille était il y a des années. Ce qui est passionnant dans ce journal littéraire, c'est toute la réflexion de l'auteur sur le travail de l'écrivain, son rapport au monde et aux autres.

    Impressions de vacances :

    Il y a quelques jours, quelqu'un m'a dit que les blogs, les forums internet, c'était l'équivalent moderne et à plus grande échelle des anciens courriers des lecteurs dans lesquels c'était la plupart du temps la foire aux lieux communs, aux préjugés, aux idées reçues, une occupation de concierge occupé à médire...

    Ce n'est pas toujours faux, il y a du vrai là-dedans.

    Pour moi cependant, le pire c'est quand l'auteur de blog se prend trop au sérieux (car soyons honnêtes c'est que l'on a une bonne opinion de soi quand on se laisser aller à publier des textes sur le Web).

    Ce n'est pas la première fois que j'entends cette réflexion, la différence étant que là, la personne était bien intentionnée à mon égard. Car quand lance ça à un blogueur, la deuxième question est généralement :

    « Et tu as beaucoup de visiteurs sur ton blog ? » ou

    « Tu as beaucoup de lecteurs sur tes articles ? »

    (suit toujours ou presque un sourire entendu et narquois tout prêt ).

    Bien sûr, quand on donne le chiffre, re-sourire entendu, c'est sûr, le blogueur, l'auteur d'articles ment, il se donne de l'importance, il raconte des calembredaines, l'affaire est entendue.

    De toutes façons, celui qui pose la question se fiche d'avance de la réponse, puisque finalement pour lui (pour elle) cela ne sert strictement à rien d'écrire de toutes façons, y compris des articles sur papier s'il n'y a pas des millions de lecteurs qui suivent ou le blog ou les articles, et si cela ne rapporte rien à l'auteur, à part le plaisir d'écrire et de publier ce qu'il écrit.

    L'auteur est montré comme un grand gosse immature, qui a besoin d'une catharsis et qui pour cela s'exprime abondamment, voire un peu trop aux yeux de certains.

    Je me rappelle particulièrement de celui qui m'a dit après avoir entendu le nombre de visiteurs sur mon blog et le nombre de lecteurs sur quelques articles d'Agoravox : « Ah oui, mais c'est le nombre

    Ce qui transparaît finalement ce sont deux choses :

    -La colère du médiocre qui aime le confort du troupeau, qui apprécie de ne pas se faire remarquer, et qu'il n'y ait pas une tête qui dépasse. Pour lui, ce cloporte, le type ou la fille qui publie sur le net est forcément un prétentieux, un vaniteux narcissique et complètement inconséquent.

    -Sa jalousie aussi, car il est bien souvent incapable d'aligner trois mots en français, et de le faire de manière intéressante. Sa jalousie est paradoxale car pour lui la littérature comme l'écriture de toutes façons ça ne sert à rien, comme il dit :

    « Moi je lis des livres sérieux, certainement pas des romans », qui ne sont pas sérieux c'est évident pour lui.

    Mais le fait que quelqu'un soit un peu plus doué que lui pour l'expression de sentiments, de joies, de peines, de colères, de rires, voilà qui l'embête quand même sec.

    Bien sûr, il ne comprendra jamais l'essentiel, l'auteur de blogs écrit d'abord pour lui et aussi pour trois ou quatre personnes au maximum au bout du compte (Moi c'est principalement pour une personne). S'il lui vient l'envie de croire qu'il a un message à distribuer au monde entier, et que ce message est fondamental pour la survie du monde, il faut d'urgence qu'il consulte un spécialiste, ou qu'il se pose des questions.

    Le blogueur c'est un peu François Merlin qui se prend pour Bob Saint Clare dans "le Magnifique"

  • Bref guide du consommateur politique

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    Goûtera-t-on l'ironie de cet article sur Agoravox ?

    « Gauche, droite, centre ou « droiche » », que choisir ?

    Au sujet donc de l'hémiplégie en politique...

    arbre_de_la_liberte.GIFL'annonce de sa possible candidature par Chevènement, revenu d'entre les fantômes politiques, qui se plaçait en candidat sinon gaulliste, mais gaullien, rassembleur au dessus des partis et des parties, en 2002 donne envie de se rappeler d'où viennent la droite et la gauche en France, cette dichotomie politique qui signifie quand même quelque chose bien que l'on réduise celle-ci la plupart du temps au lieu commun qui veut qu'à droite l'on défende les riches, le Grand Capital (avec un accent sur le « â »), et qu'à gauche tous défendent les pauvres, un peu à la manière de Robin des Bois à les entendre.

    Notons qu'un homme, ou une femme, de gauche, (prononcez « de gôche »), même quand ils sont dans les faits des petits ou des grands bourgeois, sont persuadés que c'est le sentiment de l'être ou pas qui fait que l'on est un privilégié ou pas, et non la grosseur du portefeuille ou la taille du compte en banque si on les suit bien.

    Étrangement dans le sens inverse, pour un pauvre ou un précaire qui a le sentiment d'être bourgeois ou d'être privilégié, un gros gâté donc, ça ne fonctionne pas, il ne sera pas plus à l'aise financièrement, n'aura pas plus la possibilité de se payer des vacances même « équitables » dans un gîte « bio » en plein coeur de la Creuse.

    On se souvient aussi du sketch des « Inconnus » montrant ces publicitaires en pleine tempête de cerveau pour réfléchir intensément sur la campagne de Georges Beauregard, un candidat ni de droite, ni de gauche, mais de « droiche », lui aussi au-dessus de tout ça.

    On vante les mérites de tel ou tel politique comme on vante ceux d'une lessive ou d'un fer à repasser. On sait d'ailleurs que beaucoup de journalistes préparent la campagne de nombreux prétendants aux postes les plus intéressants de pouvoir sans trop de complexes, scrupules ou remords.

    Il est vrai que les politiques de droite et de gauche font tout pour maintenir ces caricatures, en pensant à dire vrai surtout à leur carrière. La plupart sortant des « grandes » (avec un grand « g ») écoles d'administration. Ils choisissent leur camp, à droite ou à gauche, comme ils choisissent leur affectation après avoir réussi leurs études, la voie royale, pardon, la voie la plus méritocratique, étant de devenir inspecteur des finances.

    A droite, le peuple a besoin que les riches le guident, et leur richesse finira bien par retomber sur les moins chanceux, à gauche on pense que le peuple est bon, beau et tourné vers le progrès, la culture et l'éducation (avec un grand « é »), et que c'est encore mieux quand il est d'origine allogène où là il permet de louer les mérites de la diversité.

    Le peuple (prononcez « le pôple » avec emphase) aime bien les hommes politiques qui se prétendent de « droiche ».

    Il aime bien ceux qui jouent à l'arbitre, au « pion » qui regarde avec bienveillance mais fermeté et sérieux les écoliers qui discutent et argumentent politique dans la cour, et qui se donnent parfois sans trop de légitimité tout autorité pour sonner la fin de la récré, comme De Gaulle, icône bizarrement inattaquable dans tous les partis politiques français, de l'extrème-gauche à l'extrème-droite.

    On se demande souvent si le peuple aime réellement la liberté et l'expression démocratique, que de toutes manières il n'utilise pas toujours quand il en a le droit, ne s'intéressant pas vraiment aux décisions prises par les politiques, certains en étant encore à croire par exemple que France Télécom est toujours une entreprise publique alors qu'elle est privée depuis quelques temps déjà.

    Entre autres.

    Ensuite, particulièrement dans notre beau pays, et alors qu'il n'est pas allé voter, cela ne l'empêchera de proclamer que rien ne change après un vote et que tous les politiques sont pourris. Si peu vote, évidemment, rien ne changera jamais. Une certaine frange du peuple, « le peuple de gauche », aime bien le reste de la nation quand ce reste vote ainsi qu'on lui indique de faire, et déteste quand celui-ci ne vote pas tout à fait « dans les cloux », ce qui devrait pourtant alerter les dirigeants sur les décisions à prendre quant aux problèmes qui se posent aux « vrais » gens, aux gens de « la France d'en bas » selon le terme particulièrement maladroit de Raffarin.

    On notera en passant que l'icône inattaquable citée ci-dessus affirmait quant à lui que « les français sont des veaux ». Il est souvent tentant de se demander s'il avait entièrement tort.

    La droite et la gauche sont nées pendant la Révolution française en 1789, quand les bourgeois ont pris le pouvoir, et ne l'ont pas cèdé depuis, où pour la première fois le peuple français est « passé de l'ombre à la lumière » en attendant la deuxième tentative 192 ans plus tard, bien sûr celle là beaucoup plus réussie comme le concevait l'auteur de la formule citée plus haut, Jack Lang.

    Les parlementaires siégeant à la Constituante en 1789 étaient tous révolutionnaires, ceux qui étaient radicaux dans les moyens employés s'asseyaient à gauche de l'hémycycle, ceux qui étaient plus mesurés à droite, et ceux qui avaient du mal à se décider, qui étaient d'ailleurs du côté du plus fort la plupart du temps, au centre, dans le « marais ».

     

  • L'identité parisienne en voie de disparition ?

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    On parle aussi de Paname sur Agoravox

    A propos de « La Bastoche : Une histoire du Paris populaire et criminel »

    Claude Dubois – Librairie Académique Perrin 2007

    "On ne voit plus, on ne vit plus, on se regarde exister, on s'admire, s'adore à réfléchir sur son vécu de pacotille., jusqu'à en somatiser, tomber malade pour de bon !...

    A sa manièrette, chacun est devenu moraliste, tantinet psychanalyste,tout part de là !

    On ne se laisse plus emporter par Paris, on juge d'abord.

    Bref on s'emmerde..."

    extrait du livre, p 37

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionL'auteur de « la Bastoche » est un vrai parisien. Et quand on le lit on entend l'accent parigot, pas celui un peu grasseyant popularisé dans les films noirs des années 50, mais un accent un peu canaille, gouailleur, plus libre, moins stéréotypé. De plus Claude Dubois est bien de Paris-Pantruche où l'on aime bien se moquer des prétentieux et railler les sots qui sont comme des grenouilles voulant se faire aussi grosses que l'Éléphant en plâtre et stuc, où habite Gavroche dans « les Misérables, qui trônait au milieu de la place de la Bastille

    L'espèce des vrais parisiens existe encore mais est pratiquement en voie d'extinction, principalement du fait de l'embourgeoisement de la capitale où se loger est réservé aux plus riches. Les anciens quartiers populaires de la ville, à cause de leur cachet pittoresque, ou réputé tel, sont colonisés progressivement par les « bourgeois bohèmes » qui croient alors pouvoir encore s'encanailler et avoir le sentiment fallacieux d'être demeurés de « vrais » gens alors qu'ils restent surtout des bourgeois, et ce même s'ils n'ont pas le sentiment de l'être.

    Montmartre y est passé en vingt ans, la rue des Martyrs ou le passage des Abbesses sont devenus des lieux côtés, les bistrotiers y ont laissé la place à des bars à « tapas » ou à « smoothies », à des restaurants où l'on sert une cuisine insipide et sans personnalité, et bien sûr où l'on boit surtout des eaux minérales.

    Le pittoresque de toutes façons a toujours été frelaté à Montmartre où, par exemple, les croûtes vendues place du Tertre, « so romantic » pour les touristes américains, sont en fait fabriquées à la chaîne en Chine.

    Et derrière le pittoresque de Montmartre, il y avait aussi les odeurs de pisse ou de chou cuit, les concierges méfiantes et tous les exploités qui travaillaient pour des salaires de misère.

    Maintenant à Montmartre, l'on croise surtout des touristes ou des créatifs de pub et autres espèces nuisibles, du genre à être pendus à leur smart-phone ou vissés à leur ordinateur portable à la table des cafés, ceci pour se sentir un peu hommes et femmes du XXIème siècle, pour paraphraser un dialogue d'Audiard.

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionBizarrement, Audiard est d'ailleurs à la mode chez les « bobos » (pour qui le bobo c'est toujours le voisin). « Les Tontons flingueurs » est devenu un film de référence dont on cite un peu partout les dialogues certes brillants, car Audiard, qui était comme Claude Dubois un authentique « titi » parisien, savait bien recueillir tous les parfums et la saveur du « jus de la rue » et en restituer la substantifique moèlle.

    Audiard est aussi un moyen commode pour des anciens petits garçons sages et des anciennes petites filles raisonnables de jouer les affranchis et de se donner des airs d'« apaches » (je parle de ce genre d'apaches).

    Mais ils sont très éloignés de sa verve et de son talent car comme il le dit :

    « Quand un type comme ça se retire,

    y'a pas de place à prendre,

    c'est la fin d'une époque. »

    On parle tellement d'Audiard que ça en devient suspect et frelaté. Quant aux auteurs parisiens, on oublie souvent Alphonse Boudard, qui parle souvent et particulièrement là de la Nuit à Paris, Marcel Aymé qui décrit très bien le Paris populaire de son époque, Antoine Blondin dont on rappelle encore les exploits éthyliques et légendaires dans les établissements de la rue Bonaparte. On parle encore moins d'Albert Simonin, encyclopédie vivante de l'argot tel qu'il se « jaspinait » vraiment, sans forcer, contrairement à ceux qui voudraient nous faire croire comme Pierre Perret qu'ils « l'entravent » comme des durs de durs alors qu'on voit bien qu'ils font semblant. On veut bien citer Céline à la rigueur, pour le parfum de souffre qu'il y a autour de lui.

    Didier Daeninckx décrit lui aussi le Paris populaire et interlope, mais il le fait en anthropologue, et on a du mal à croire que cela parte du coeur.

    Après Montmartre, c'est Belleville

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionLe Paris de Claude Dubois, et « la Bastoche » dont il part dans son ouvrage, ont presque complètement disparu, les voyous ne sont plus les mêmes et il reste très peu de quartiers populaires. Pour raconter l'histoire de ces lieux chargés de mémoire, Claude Dubois part de la Bastille, celle du Faubourg Saint-Antoine, qu'il appelle « la Bastoche » comme Bruant, celle des rues borgnes et mal famées, signalées par « la guillotine à bourgeois », une simple palissade de bois que le citoyen respectable n'avait pas intérêt à franchir, s'il tenait à la vie et sa bourse.

    Parfois, il arrivait qu'on ne distingue pas les voleurs des honnêtes gens ou réputés tels, particulièrement quand ils se retrouvaient dans les « musettes », qui étaient à l'origine des bals pour les auvergnats de Paris.

    Ceux-ci se retrouvaient en costume régional. S'y sont mêlés petit à petit les « gros bras » et « mistoufles » du quartier, et de « bons messieurs » et « belles dames » en grands habits.

    Les « musettes » attiraient alors des « filles » de mauvaise vie », souvent des petites provinciales montées à Paris pour chercher une place de domestique et qui finissaient sur le trottoir, tout comme des filles-mères qui n'avaient plus que cette solution pour survivre. Elles envoyaient pour la plupart toujours de l'argent à leurs parents qui n'y voyaient pas toujours malice.

    Pour sortir de la misère, et narguer les autorités incapables de les aider, certains choisissaient des voies radicales pour s'enrichir : dévaliser le bourgeois, lui faire les poches, faire "travailler" des filles, ce qui permettait de "relever les compteurs", obtenir un crédit au bout d'un revolver, un crédit « revolving » d'un genre plus radical.

    Tous ces criminels faisaient aussi partie du vrai Paris populaire d'antan qu'il faisaient vivre, faisant partie du système finalement, compensant ses manques.

    C'était une ville moins frelatée que maintenant par le goût de l'"authentique".

    De l'authentique, le Paris canaille en avait à revendre, de manière quelques fois très dure. Les truands ont d'ailleurs inventé d'autres langages très rapidement pour ne pas être compris des flics ou de leurs sbires « en bourgeois » : "verlan", argots régionaux divers, « louchébem » parlé par les bouchers des Halles, et aussi par les voyous et les putains du quartier, et autre javanais.

    Il y avait aussi une mémoire politique, les souvenirs de ce quoi les bourgeois sont capables quant on conteste leur autorité, à commencer par la répression "versaillaise", positiviste et « républicaine » contre les "communards" qui venaient souvent de Montmartre et du Faubourg Saint-Antoine.

    Le banditisme se doublait alors parfois de revendications politiques ainsi pour la « Bande à Bonnot », certes plus ou moins floues, du moins au départ, ensuite ce n'était souvent que vénal. Cette bande et son chef faisaient tellement peur aux gouvernants et aux bourgeois de la « Belle époque » envoyèrent pas moins de trois-cent gendarmes pour le tuer lors de son arrestation.

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionCe livre est excellent car il montre qu'une ville, ce n'est pas seulement les monuments, ce qui est considéré canoniquement comme "beau", mais ce sont aussi ces marges, dont la fréquentation, bien que dangereuse pour la santé, est passionnante. Ces truands participent du brassage social et sont de temps en temps moins immoraux que bien des gouvernants.

    Et l'on sait bien que pour comprendre la logique d'une société, il y a toujours intérêt à étudier ses classes à la lisière.

    Sur le goût qu'à pour moi Paris, j'aime beaucoup ces lignes de Simenon dans « Cécile est morte » qui décrivent très bien effectivement l'atmosphère et l'ambiance de cette ville :

    « Il passait devant un petit bistro. La porte s'ouvrit, car c'était la première fois de la saison que la fraîcheur de l'air obligeait à fermer la porte des cafés. Au passage, Maigret reçut une bouffée odorante qui demeura pour lui la quintessence même de l'aube parisienne : l'odeur du café-crème, des croissants chauds, avec une très légère point de rhum ; il devina, derrière les vitres embuées, dix, quinze, vingt personnes autour du comptoir d'étain, faisant leur premier repas avant de courir à leur travail. »

    Depuis quelques temps, malheureusement, et cela abîme un peu plus la ville, on voit se multiplier à Paris comme le mildiou sur les vignes les cafés « Starbuck », à peine le temps de cligner des yeux qu'il y en a un qui sort du sol. Dans une ambiance fadasse et frelatée qui aux États Unis passe pour européenne, on y écoute du Jazz -très- easy listening, pas trop dissonant, on boit toutes sortes de cafés dont une bonne sœur ne voudrait pas, de la lavasse à peine colorée, un jus dont ma chaussette aurait honte.

    Quand les acteurs des séries ou des films américains boivent ça, on a presque l'impression que c'est bon, et ce sont des héros.

    Dans les mains des adeptes grégaires de n'importe quelle nouveauté superflue, on voit de plus en plus de gobelets à cette enseigne, des trucs gélifiés pleins de bons colorants et de bons conservateurs, des machins glacés que l'on trouvait avant pour moins de trente centimes (des « mister freeze » quoi).

    Cela fait top-moderne d'avoir ça à la main.

    Ils se croient presque en couverture des magasines pipeaules à la mord-moi-le-noeud qu'ils lisent assidûment, même si quand tu les interroges ils prétendent tous se plonger dans Proust et ne regarder qu'Arte.Le Starbuck café c'est aussi un non-lieu exportable, qui remplace progressivement, comme tous les autres non-lieux, tout ce qui pouvait avoir encore un reste d'identité dans une ville.

    Actuellement, on parle beaucoup de construire encore dans Paris, c'est un peu une constante chez les démagogues ou les populistes jouant aux hommes providentiels, laisser leur trace dans le paysage. On veut en somme, au vu des plans, multiplier les non-lieux, amener "la campagne en ville" selon la vieille boutade d'Alphonse Allais, mais cette fois seulement pour les plus riches, malgré les bonnes intentions que l'on prétexte encore. Paris est une emmerdeuse, une chieuse, une de celles vers lesquelles on revient toujours, malgré tout. Et c'est une personne, ou plutôt des personnes, des fantômes charmants que je croise partout, surtout l'un d'eux qui me hante délicieusement quand je suis à Montmartre ou place Clichy, vers "la Maison Rose" à côté du "Lapin Agile".

    littérature,société,paris,province,art de vivre,nostalgie,cinéma,télévisionLa "Ville-lumière", ville tentaculaire, ville centralisatrice de tous les pouvoirs, cristallise bien des fantasmes : Babylone moderne où le vice est partout, ville refuge des arts et de l'intelligence, et quelques idées bien pires en phobes ou en ites. Paris a cela de bien qu'elle ennuie profondément les imbéciles et les médiocres, les ploucs et les bourgeois fats et satisfaits d'eux-mêmes. Elle semble engendrer aussi beaucoup de complexes d'infériorité, sociaux et culturels, de certains provinciaux ou des banlieusards de la grande couronne - pris pour des parisiens en province ! - qui pensent indispensable de rivaliser absolument avec la capitale.

    Les médiocres n'aiment pas Paris, elle leur fait peur. On peut reconnaître à cette ville qu'elle brasse les milieux et les origines plus facilement qu'ailleurs en France, mieux que les autres grandes villes françaises. 

    Il est certainement plus facile d'être différent que dans d'autres endroits. Quant à moi, je ne saurais être objectif, aimant passionnément Paris, de Montmartre à Bastille, du canal Saint-Martin aux Champs Elysées.

    dessins et photos par moi-même

  • Les souffrances des outremangeurs

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     Sur Agoravox aussi

    outremangeur.jpg

    Au sujet du regard des autres pendant un régime...

    La personne obèse fait son régime pour elle, c'est la base de la réussite de celui-ci, mais elle apprécie aussi malgré tout que le regard des autres change.

    Or, si beaucoup sont prêts à donner de nombreux conseils diététiques divers et variés, souvent fantaisistes (du dernier régime médiatique à la mode à l'absorption de galettes de céréales au petit déjeuner, au déjeuner et au dîner), ou de mieux vivre avant que le régime ne soit commencé ou même simplement envisagé, la perte de poids de la personne semble parfois comme les déranger, les embêter.

    Or, la personne obèse peut ressentir quand même un tout petit peu un besoin légitime quant à un changement de regard, que les autres apprécient ne serait-ce qu'un tout petit peu les efforts entrepris.

    C'est normal, c'est tout simplement humain.

    Si ses proches l'encouragent effectivement, c'est une autre paire de manches quant à l'entourage professionnel ou amical.

    Sur ce regard de l'autre, la personne obèse se leurre, elle se trompe, car elle n'a besoin en fait que de celui des personnes qui l'aiment vraiment. Quelqu'un qui ne l'aime pas réclamera encore et toujours qu'elle change et ne sera bien sûr jamais satisfaite, car aucune transformation, même la plus spectaculaire possible, n'y fera rien. On ne l'aimera pas plus.

    Je peux citer le cas de cet homme qui a perdu en moins d'un an quarante-cinq kilos sans faire d'efforts surhumains pourtant. Dans son entourage professionnel, il aurait pourtant pu perdre quatre-vingt kilos que ce regard des autres dans ce milieu précis eut été le même.

    Il a gagné beaucoup d'assurance, beaucoup de confiance en lui, beaucoup plus d'allant aussi vers les autres, mais rien n'a vraiment changé.

    C'est même pire.

    Avant c'était le pauvre « gros de service », un peu paumé, toujours en quête d'affection, toujours maladroit, que l'on aimait bien plaindre, dont on aimait bien parler du fait de sa vulnérabilité. On aimait bien ragoter sur lui, lui inventer même des affections dont il ne souffrait pas.

    Le « gros », ou « la grosse », de service est de deux types, il y a le type toujours heureux de vivre, plein de bonne humeur apparemment, toujours seule aussi dans les soirées, et il y a le type complexé, qui n'en sont finalement qu'un seul, le premier ayant finalement tendance à devenir le deuxième avec le temps qui passe et qui peut le laisser sur le carreau.

    Depuis qu'il a repris sa vie en main, personne ne supporte que le gentil mouton se soit révélé être juste un peu plus prédateur, un peu plus sûr de lui et ait envie de mettre en valeur les quelques qualités dont il dispose jusque là en sommeil.

    Ce n'est pas que les gens soient en apparence moins gentils avec lui, mais les bons conseils diététiques ou de « mieux vivre » se révèlent simplement plus venimeux :

    « Bien sûr tu as maigri, tu as beaucoup perdu, mais enfin (petit sourire de commisération en coin) tu es encore gros ».

    ou bien

    « Oui, c'est sûr, tu as perdu, mais tu sais, maintenant, le plus dur c'est de ne pas reprendre tu sais » (ce qui sous-entend que la personne va reprendre).

    Peut-être ces personnes sont-elles finalement jalouses de l'effort entrepris sur elle-même par la personne obèse ?

    Un effort équivalent dont elles seraient souvent bien incapables.

    Peut-être ne supportent-elles pas qu'elle soit beaucoup moins vulnérable ? Et qu'ainsi ils ont moins de prise sur elle ?

    Ou peut-être sont-elles simplement elles aussi finalement très complexées et par leur physique, et par leurs capacités intellectuelles ?

    Je n'ai pas la réponse.

    Bien sûr, si la personne obèse en voie de ne plus l'être ou de l'être beaucoup moins fait ce raisonnement devant les anciens « conseilleurs » la réponse est souvent de lui affirmer que finalement elle est aigrie par son régime, en colère, alors qu'elle est simplement lucide sur la réalité des liens qui l'unissent à son entourage professionnel ou amical.

    Ci-dessous un film qui décrit bien les souffrances des outre-mangeurs


    L’Outremangeur - Bande Annonce FR par _Caprice_

  • Restons (si) jeunes ?

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    On reste très jeune aussi sur Agoravox

    Malgré mon teint éclatant et mon port de tête altier bien qu'ayant dépassé la quarantaine déjà depuis deux ans, je ne me sens plus si jeune. Je suis un peu plus essoufflé qu'avant en montant les escaliers de Montmartre, enfin, dés que je suis un peu fatigué, ma tension se rappelle à moi par un sifflement continu tant que je ne me suis pas reposé. Si je suis beaucoup plus sage en ce qui concerne la nourriture et la bonne table, j'ai tendance à ne pas l'être encore assez concernant l'heure à laquelle je rejoins les bras de Morphée.

    kirene.jpgC'est encore sur la docilité qu'il me semble avoir le plus de travail « sur moi » à faire comme disent les psychologues, ces nouveaux ecclésiastiques du monde moderne, ces nouveaux clercs qui en ont tout vu, tout entendu, et qui savent que « la chair est faible » car ils prétendent avoir lu tous les livres. J'ai malheureusement en cette époque de standardisation et de normes l'indocilité chevillée au corps.

    On ne peut pas tout avoir.

    Cela ne me dérange pas de vieillir, de mûrir, d'avoir les cheveux qui grisonnent progressivement aux tempes. Cela ne me gêne pas d'apprendre enfin à surmonter quelques unes des erreurs que tout le monde appelle son expérience. Il en est qui ne se poseront même pas la question, toute leur vie ils ne dépasseront jamais le stade de la révolte adolescente post-pubertaire.

    Quand on a quinze ans ce n'est pas très grave, on porte tous les habits que détestent PapaMaman, on écoute la musique qui emmerde le plus les adultes, on s'enferme dans sa chambre pour téléphoner des heures aux copains ou aux copines en se plaignant d'avoir une vie tellement dramatique.

    Et après, passé vingt-cinq ans, a priori, on grandit, on entre dans l'âge adulte. Ce n'est pas si grave. Et hélas c'est le lot commun.

    La société telle qu'elle est actuellement nous encourage cependant à continuer à se conduire en « homards », en boutonneux narcissiques ou en midinettes un peu trop romantiques. Certains trentenaires se réunissent pour regarder en compagnie d'autres de leurs congénères l'intégrale de « Capitaine Flam », ou « Candy ».

    Dans les soirées mondaines, on aime bien offrir aux invités des sucreries gélatineuses et colorées en laboratoires.

    Bien sûr, comme on se passe à présent de la permission de PapaMaman pour la permission de minuit, on couche à droite à gauche sans trop se soucier des interdits. Mais par contre les jeux amoureux se limitent à des minauderies de petites filles ou petits garçons, des minauderies comme celles que les adolescentes aiment bien écrire dans les marges de leur agenda, ce genre de formules que l'on croit définitives quand on a quatorze ans et qui deviennent grotesques assez rapidement par la suite : « Pardonner, jamais, oublier peut-être »...etc...

    On prend soin de son corps, on le dorlote, on contemple avec ravissement son nombril en plein centre de son ventre, on se trouve tellement performante de crever de faim toute la journée pour conserver presque indéfiniment, grâce aux progrès de la science, le corps d'une gamine à peine pubère.

    Les « quadras » adorent sortir en boîte avec des gamins ou des gamines qui pourraient être leur progéniture et se pintent au « Malibu ananas » jusque cinquante-cinq ans passés. On ne boit pas de vin, c'est une boisson de vieux et puis comme on veut prendre soin de son corps on consomme, la plupart du temps, l'alcool avec modération. Comme ils disent à la « télé ». Et bien évidemment on n'oublie pas de manger cinq fruits et légumes dans la journée et de boire beaucoup d'eau minérale pour éliminer les mauvaises toxines.

    On en reste pour la gastronomie à des plats de cantine qui font presque couler la larme à l'œil car ça rappelle la maternelle

    On retarde le plus possible l'entrée dans l'âge adulte.

    Du moins le croit-on.

    Car un jour, le quinqua qui se saoule un peu trop, la dame d'âge mûr qui se voit engoncée dans sa minijupe trop petite pour elle tel un jambon d'Arles finissent par se regarder un peu plus longuement dans le miroir, y trouver la fatigue et avoir enfin envie d'un peu de sérénité et de douceur de vivre.

    Quand ils sont sages et point trop marqués par le matraquage quotidien de la pub.

    Bien sûr, s'il est trop tard pour les sauver de l'influence de celle-ci, monsieur se mettra en tête de faire son jogging tous les jours, quitte à s'offrir avant l'âge une belle crise cardiaque due à l'effort soudain qu'il s'infligera, pendant que madame ira consulter chez un chirurgien esthétique, un gourou quelconque ou un psy (barrer la mention inutile) pour oublier les ridules qui parsèment maintenant son front.

    Et tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes consuméristes qui continuera donc de tourner...

    Ci-dessous, lui aussi aime bien les produits naturels et n'a pas beaucoup vieilli dans sa tête.


    Les Nuls, ultra moux de Granier par mamat_buz

  • La littérature et la gastronomie : deux expériences dangereuses

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    Sur Agoravox

    Au sujet de « Aventures d'un gourmand vagabond » de Jim Harrison : « le cuit et le cru » – en points Seuil

    « Le barman n’était pas occupé et nous avons parlé de Jack London. […] Je lui ai rétorqué que j’avais un jour allumé un feu de camp sous un pin couvert de neige et que, comme il fallait s’y attendre, la neige avait dégringolé de l’arbre et éteint mon feu. C’était une expérience littéraire. Mon anecdote a ravi le barman, qui a dit que la littérature était parfois une expérience dangereuse. »

    extrait de « une Odyssée américaine » de Jim Harrison

    photo de l'auteur ci-dessous prise ici

    harrison.jpgLa littérature est en effet une expérience dangereuse, car c'est une expérience qui engage parfois toute l'existence du moins quant à ceux qui sont dotés d'un peu de sensibilité.

    Elle est moins dangereuse que les bonnes choses à manger rétorqueront les coachs de diététique, de vie, d'alimentation (on ne parle plus de gastronomie ou de bon goût mais d'alimentation, en mangeant il s'agit surtout finalement de « mettre du carburant dans le réservoir » des machines que sont devenus nos corps à l'époque de la marchandisation d'un peu tout, y compris les gens, les bêtes, les lieux, et même les rêves.

    L'auteur de ce texte parfaitement immodeste, lui-même pourtant grand gourmand devant l'éternel, a trouvé en lisant ce recueil de petits articles sur la nourriture, l'alcool, le bien-manger et le bien-vivre en général que Jim Harrison était une sorte d'ogre appréciant tellement la vie qu'il veut goûter à tous les plats qu'elle propose au buffet.

    La plupart des grands angoissés, des grands lucides, des inquiets, aiment la bonne table.

    C'est encore la meilleure manière de ne pas se laisser effrayer par toutes les épées de Damoclès au-dessus de nos têtes. C'est aussi une excellente méthode pour tourner en dérision les prétentieux qui sombrent trop souvent dans l'esprit de sérieux, les exaltés qui veulent leur conception du salut et du bonheur, même contre notre gré, les jaloux, les envieux, les larbins, les violents, les brutes, comme Athos dans sa cave.

    Ce livre très sympathique n'est pas fait pour les couche-tôt, les bonnets de nuit raisonnables, les adeptes de hygiéniquement correct et des cinq fruits et légumes par jour, ceux qui en général ne comprennent rien aux plaisirs de la chère et de la chair, et aussi du bon vin ou aux voyages immobiles que l'on peut faire grâce à de bons alcools. Jim Harrison n'a aucune illusion sur ces frères humains mais dans le même temps, il les aime tous, malgré tout, et tient à leur faire partager un peu de la joie qu'il ressent à partager un bon repas avec des amis ou un bon vin, que ce soit au milieu d'un désert ou au cœur de Beverly Hills.

    Pour les imbéciles il ne s'agit que d'histoires de boustifailles, pour eux un bon repas tel que le décrit l'auteur de ce livre ça consiste juste à bouffer jusqu'à s'en faire éclater la panse. Un bon repas éteint l'angoisse, la peur s'éloigne ainsi que la bêtise un peu plus prégnante chaque jour autour de nous. Mais pour apprécier un bon repas, il faut aimer la vie et les hygiénistes la détestent, ils sont incapables de percevoir la beauté toute autour de nous, incapables de comprendre que malgré les guerres, la sottise et la haine, la vie est un cadeau.

    Ne parlons pas d'alcool qu'il s'agit de consommer à peine avec modération, les sots se prétendant hygiénistes ignorant vraisemblablement que boire un bon vin, un bon whisky, un bon Cognac, une liqueur odorante, cela ne consiste pas à se bourrer la gueule mais en quelque sorte à louer la nature et les beautés qu'elle procure et partager juste un moment encore un peu de joie avec des personnes pour lesquelles on a de l'affection.

    Actuellement on aime bien parler de gastronomie à condition que la forme et la présentation des plats soient forcément déstructurées et dans le vent indiqué par la mode, à savoir de toutes petites portions ridicules dans des cuillères chinoises, des verrines où l'on entasse tout et n'importe quoi, des assiettes carrées où les viandes ou poissons doivent être forcément servis accompagnés d'un trait de sauce forcément géométrique un rien grotesque. La cuisine devient un atelier de petit chimiste avec la cuisine moléculaire qui s'est avérée après quelques maux d'estomac gratinés des clients des restaurants de luxe la proposant au menu plutôt dangereuse pour la santé.

    D'ailleurs on ne doit plus parler de gastronomie mais de « fooding » où l'on aime bien également les aliments régressifs : on met des fraises « tagada » (très à la mode dans les soirées bobos où elle voisine avec les cacahouètes et les petits fours salés) dans les gâteaux, des « carambars » dans de la sauce pour poulet, des « malabars ». Il ne faut plus parler de plats il est vrai mais de « foodies ».

    On aime bien les « smoothies » sans goût, mais réputés tellement bons pour la santé !

    71879_853431343_coeur_0012_H021222_L.jpgLa nourriture devient alors un signe d'appartenance à un statut social, le prolo mange au « Mac Do », le franchouillard se prépare un pot-au-feu bien gras, le bourgeois bohème en recherche de culture partout où il passe lui pratique le « fooding ». La cuisine devient également un lieu de compétition où il s'agit d'en mettre plein la vue à ses invités et non de partager quoi que ce soit avec eux.

    Alors bien sûr, les hygiénistes me diront :

    « Tu écris ça mais Jim Harrison avoue au début de son livre que toute cette bonne nourriture lui a surtout coûté quelques crises de goutte extrêmement douloureuses et une tension de concours, il a été bien puni comme tous les gourmands ».

    Ce à quoi je répondrai que les hygiénistes, comme les autres conformistes, dans ce genre là ressentent toujours une joie mauvaise à faire la liste de toutes les conséquences certes embêtantes pour la santé du comportement parfois déséquilibré des angoissés qui ont un peu trop festoyé dans leur vie pour éloigner les abrutis ou la camarde elle-même, mais que l'on peut tout autant mourir d'ennui.

    Ce petit texte est dédié à une jeune femme avec qui je suis allé manger un jour un excellent repas, totalement incorrect au regard des normes mais tellement délicieux, sur les hauteurs de Montmartre non loin du « Lapin Agile » dans un petit établissement tout rose ressemblant à une bonbonnière (photo ci-dessous : "La Maison Rose" à Montmartre, prise ici).

    Cette dédicace est là pour rappeler que les plaisirs de la table sont liés à ceux de l'amour, et donc là encore aux plaisirs de la vie en général.

    Parfois il n'y a plus que ça pour conjurer le désespoir, comme les personnages de "la Grande Bouffe" voir la bande annonce ci-dessous

  • Fulgurant Barbey

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    Sur Agoravox, Barbey est encore aussi infréquentable aux yeux des cuistres

    Barbey tout court, c'est ainsi que l'appelle les initiés qui le lisent, détestait le naturalisme, de Flaubert à Zola. Il détestait la modernité, tout ce matérialisme étalé d'un côté et de l'autre. C'était un réactionnaire qui détestait la sottise profonde de certains catholiques de son époque, prêts à se rallier au libéralisme positiviste bourgeois sans trop de scrupules, tout comme la grandiloquence des idéologues prêts à apporter le bonheur aux peuples, que celui-ci soit d'accord ou pas.

    1009422.jpg

    portrait de Barbey pris ici

    Dandy soit ridicule et moqué par les gamins de Paris, pantalon violet à grand carreaux rouges, haut-de-forme doublé de satin blanc, moustaches "daliennes", soit flamboyant.

    On peut d'ailleurs dans le musée qui est consacré à sa personne dans sa maison de Saint Sauveur le Vicomte quelques uns des habits qu'il affectionnait de porter. Je dois avouer que ce n'est pas la partie de son oeuvre et de son existence qui me passionne réellement. Pour le souvenir de Barbey, j'ai un peu de mal avec les musées, je préfère le relire.

    Il faut d'abord lire à son sujet les échanges avec Alphonse Daudet rapportés par Léon Daudet dans ses souvenirs littéraires, Léon Daudet fait frissonner l'échine à chaque fois que je songe au passage de ses « fabuleux » (dixit Proust) « Souvenirs littéraires ». Cela peut aller jusqu'à la jubilation, quant à celui de Barbey, que l'on a l'impression de voir revivre sous nos yeux, ce « vieux viking au verbe sifflant et édenté » qui boit coup sur coup deux bouteilles de Champagne, cet « argent liquide », ce qui impressionne le jeune Léon.

    Il rédigeait ses romans passionnés à grands traits d'encre de toutes les couleurs, je regrette d'ailleurs l'ancienne couverture du livre de poche du « Chevalier des Touches » qui montrait des exemples de cette graphie. Dans ce livre, il offre un regard cette fois inhabituellement sec et froid sur la chouannerie normande, cruelle et engagée. Il remet en question un des mythes fondateurs de notre époque et de la sienne, dans un sens ou dans un autre. La Révolution ne fût pas une période facile et emportant l'adhésion générale, la Chouannerie et la Vendée militaire n'étaient pas des mouvements simplement romantiques.

    Rappelons que « Populicide » c'est le terme employé par Gracchus Babeuf au sujet de la Vendée en armes.

    Avec ce livre et d'autres, on peut se rappeler que les génocides, les tueries en masse rationnalisées ne sont pas l'apanage du XXème siècle. Il faut rappeler que dans le Poitou et la Vendée ainsi qu'en Normandie et en Bretagne, 250 000 personnes : hommes, femmes et enfants, soldats et civils ont été massacrées pour la simple raison de leurs opinions différentes, voire de leur naissance. En France, pendant la révolution. Il y eut des fours crématoires à Angers, des bateaux coulés bourrés de prisonniers à Nantes, des villages rasés etc...etc...

    Comme l'écrivait un responsable de l'époque, républicain, à qui l'on demandait un rapport qu'il n'a pas réussi à terminer.

    Non, les choses ne changent pas, on tue toujours au nom de la raison en Israël et Palestine, en ex-Yougoslavie, en Libye et ailleurs sans oublier que des hommes et femmes meurent de faim et de froid sous nos portes à notre époque de progrès, toujours plus en avant vers l'avenir.

    *

    "J'ai toujours été grand amateur et dégustateur de légendes et de superstitions populaires, lesquelles cachent un sens plus profond qu'on ne croit, inaperçu par les esprits superficiels qui ne cherchent guères dans ces sortes de récits que l'intérêt de l'imagination et une émotion passagère."

     

    Barbey d'Aurevilly, "L'Ensorcelée", Gallimard, Collection Folio n°910, 1977, p.71.

     

    "Dans un de ses meilleurs soirs, malgré le diable d'air que lui jouait, à lui, sa blessure."

    Dans "l'Ensorcelée", comme à son habitude, Barbey en fait trop. Il fait feu de tout bois et d'étincelles de passion. Comme dans "une vieille maîtresse", le galop des chevaux peut provoquer des incendies. Les amants sont plus que des êtres humains, et plus grand que nature. Évidemment, Barbey n'a pas de cynisme, bien qu'il soit sans illusions, pas d'ironie, et semble toujours quelque illusion sur le genre humain. Le style de Barbey serait donc plus proche de la poésie que de la littérature naturaliste ou prétendue telle.

    Alors, peut-on aimer Barbey et Flaubert ?

    C'est une question qui n'a pas de sens, lire les deux permet d'élargir son univers littéraire.

    La réflexion sur le "trop" de Barbey conduit immanquablement à me remémorer les réflexions de Philippe Sellier dans la préface de "Une vieille maîtresse" de Barbey (Laffont/Bouquins, p. 24) :

    L'esthétique de Barbey contredit en effet « le "goût" auquel nous ont domestiqués des années d'études classiques [j’ajoute : "et la pratique obligée et bienséante du Lagarde et Michard"], où nous avons appris à combiner de façon incertaine les limites du "vraisemblable" moyen attribué au classicisme avec les timides ouvertures des "grands" romantiques français (où ne figurèrent longtemps ni Nerval, ni Lautréamont, ni le Hugo visionnaire, ni Barbey). "Le goût, cette petite faculté d’eunuque" riposterait l’auteur des « Diaboliques ».

    Tout choix artistique a ses richesses, permet certaines explorations et en interdit d’autres :

    Opter pour la cohérence (des apparences), analyser longuement le déroulement prévisible des états de conscience et des actes d’une Emma Bovary, par exemple, cela confère à l’œuvre une remarquable puissance allégorique.

    A ce point de vue, "Une vieille maîtresse" laissera en nous des traces aussi durables , comme roman de la désillusion amoureuse, que « la Princesse de Clèves » ou le chef-d’œuvre de Scott Fitzgerald, "Tendre est la nuit", même si Barbey fait dans l'outrance, en mettant le feu aux roues du carrosse qui va trop vite au début du roman.

    Mais il en imprimera d’autres, dont sont incapables ces deux romans de l’abattement. Par l’éclat des images, la fulguration des "scènes", l’énergie des personnages, les plus beaux des récits aurevilliens électrisent, fouettent le sang, redressent ceux qui se voûtent. Ils permettent de reprendre le cri de Pascal dans le Mémorial, à la "grandeur de l’âme humaine" et à son immortalité. »

    Saint-Sauveur-le_Vicomte_%28Barbey_d%27Aurevilly%29_Maison_natale_2.jpg

    la photo de la maison de Barbey prise ici

    Le mot "fulguration" rappelle l’expression "magnifique ciel d’orage" que Breton emploie pour parler de « Le Moine » de Lewis ou encore à la préface d’Eluard dans le Château d’Otrante d’Horace Walpole (Corti, 1943). Il y a là matière à tout un débat non seulement sur le goût "gothique", un goût violent et passionné par excellence.

    Ces qualificatifs viennent d'une tradition qui remonte à Dante et au Tasse, et pas seulement littéraire d’ailleurs, puisque l'on peut y inclure volontiers certains passages de la Bible, mais aussi les plus grands chefs-d’œuvre de Delacroix, des toiles aussi flamboyantes, aussi débauchées, aussi ténébreuses et ardentes que « les Massacres de Scio » ou « la Mort de Sardanapale ». Delacroix qui s’écriait dans son Journal : "Je n’aime pas la peinture raisonnable." Il n’y a souvent qu’un pas en effet entre le bon goût "raisonnable" et les "recettes académiques".

    Pour le paraphraser, on peut dire qu'il n'y a pas de littérature « raisonnable » qui vaille la peine, bien que celle-ci soit à la mode depuis quelques décennies, depuis cette création grisâtre du « nouveau roman ».

    Ci-dessous l'adaptation de "Une Vieille Maîtresse" par Catherine Breillat


    Une vieille maîtresse
    envoyé par _Caprice_. - Court métrage, documentaire et bande annonce.

  • Une petite chanson pour commencer l'année

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    Tenez, dit l'avare: voici un calendrier neuf, et qu'il vous fasse toute l'année! dans le  Journal de   Jules Renard

     

    Dans ma maison (la Chanson du Dimanche S04E14)
    envoyé par lachansondudimanche. - Regardez plus de clips, en HD

    Tenez, dit l'avare: voici un calendrier neuf, et qu'il vous fasse toute l'année!
    [ Journal ]
    Jules Renard


    Source : Citation du nouvel an - Citations du réveillon de la Saint-Sylvestre - cartes de voeux 2012 - citation

  • «Les émotifs anonymes » - Jean-Pierre Améris

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    Qu'est-ce qu'un émotif, une émotive ?

    emotifs-anonymes-222282-jpg_113084.JPGDans ce film réalisé par un cinéaste qui s'avoue lui-même émotif, qui répond en grande partie à la question ci-dessus, joué par Isabelle Carré et Benoît Poelvoorde pour les rôles principaux, n'importe quel émotif allant voir ce film se reconnaîtra dans toutes les situations décrites.

    Fait remarquable, on ne trouve dans ce long métrage aucune prétention intellectuelle, sociale et aucune blague en-dessous de la ceinture.

    Seulement les tribulations de deux personnes cabossées par la vie et leurs sentiments...

    L'histoire de cette fantaisie, qui n'est ni pour les aigris ou les amateurs de grosse farce, est toute simple : une jeune femme, chocolatière, très émotive, est engagée par erreur comme vendeuse dans une maison presque en faillite tenue par un autre grand émotif qui tombe tout de suite amoureux d'elle. Tous les deux essaient pourtant de se soigner de leur émotivité, l'un en voyant un psychiatre, l'autre en assistant aux réunions d'une association d'ailleurs réelles, « les émotifs anonymes ». Mais ce n'est pas très probant, il n'arrive pas à lui dire ses sentiments, elle ne sait comment faire pour lui avouer sa véritable profession, ce qui pourtant sauverait leur avenir à tous les deux.

    Bien sûr, je ne vais pas raconter la suite, et encore moins la fin...

    Ce n'est pas pour autant un traité de psychologie avec des gros sabots mais une comédie fine et spirituelle également sur la difficulté d'exprimer des sentiments, ses sentiments, et de le faire de manière authentique.

    Un émotif ressent ses émotions, petites et grandes, dans sa vie, dix fois plus fortement que les autres, si ce n'est vingt fois plus. Il est blessé de partout, et ses blessures guérissent très difficilement. Un émotif, une émotive, n'a aucune confiance en lui, en elle et si il est trop vulnérable, vous n'en ferez qu'une bouchée.

    C'est un handicap lourd d'être émotif, car on se fait une montagne d'un rien, le moindre petit conflit prend des proportions cataclysmiques, la moindre petite phrase est une fin du monde. L'émotif a trop de sensibilité en lui, contrairement à la plupart des gens qui souffre d'un manque de celle-ci. Ce n'est pas une affection dont on guérit, l'émotif peut cependant surmonter sa peur, ou plutôt ses peurs. C'est le plus dur, car la plupart du temps, son entourage ne comprend pas un émotif comme certains spectateurs ne comprendront pas le film, de temps à autres il se peut que le rire lors de certaines scènes soit de « mauvaise qualité ». Dans notre monde extrêmement dur, on n'aime ni les timides, ni les sensibles, qui ne sont pas performants, qui sont plus libres, (mais qui ne le savent pas).

    Ou bien on le prend pour un type méprisant, méchant, caustique et peu liant quand celui-ci se construit une cuirasse pour se protéger du monde extérieur et de ses agressions, ou bien on le prend pour une pauvre cruche incapable de se débrouiller dans la vie.

    Au lieu que de l'aider ou de le soutenir.

    Ce n'est pas un hasard également si les personnes émotives sont souvent extrêmement créatives, elles ont besoin d'extérioriser ce qu'elles ne peuvent exprimer qu'avec difficulté ayant peur de manquer là encore d'authenticité.

    Il n'y a pas que des défauts à être émotif, il n'y a pas que des obstacles, un émotif est aussi un fin psychologue : étant un grand sensible il remarque immédiatement les faux-semblants ou les failles chez les gens qu'il rencontre. C'est cela qu'on lui reproche, peut-on supposer, de voir les autres tels qu'ils sont, avec leurs qualités, et leurs défauts. Et on peut se demander en quoi c'est une qualité de se « blinder » de trop contre les autres car on risque alors de se fermer complètement aux autres.

    Et en amour il est à la recherche de sentiments vrais, un émotif ne tombera pas amoureux d'une belle image, d'un statut social, d'un diplôme ou d'un compte en banque bien garni, il veut un amour véritable, ce qui n'est pas évident, on en convient, à trouver. Les émotifs sont encore des romantiques.

    Les_Emotifs_anonymes_affiche.jpgEt parfois, si en plus, il, elle, tombe amoureux, amoureuse, d'une autre émotive, d'un autre émotif, il, elle peut laisser passer et partir la femme, ou l'homme, de sa vie.

    C'est le risque.

    Comme tout un chacun, car finalement, de nombreuses personnes, par bêtise, par lâcheté, par peur, le font aussi.

    Ce que l'on peut retenir de ce film, c'est aussi de ne pas avoir peur de sa sensibilité, mais aussi de ne pas avoir peur d'épanouir les dons que l'on a en soi. Ils finissent toujours par être reconnus. Et enfin, qu'il faut pas avoir peur d'un émotif, d'une émotive, si on leur fait confiance, ils finissent toujours par faire des merveilles.

    Il ne faut pas se fier à l'affiche un peu "rose bonbon", ou amélipoulinesque un brin, il faut aller voir le film...

  • Inadaptés et adaptés

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    J'en parle à d'autres écorchés vifs sur Agoravox

    Je suis un écorché vif, j'avoue, c'est vrai. Je dois sans cesse faire attention à ce que de toutes petites discussions, de tous petits conflits anodins ne prennent pas des proportions énormes à cause de ma sensibilité; C'est comme ça. Il en est d'autres qui traversent la vie sans le moindre reussite.jpgdoute, avançant sans se poser de questions, ce qui implique surtout de leur part de la docilité, car le côté positif d'être un écorché vif c'est l'indocilité. Ils font ce qu'il faut faire pour réussir, n'en tirent aucune culpabilité, s'arrangeant souvent avec la morale ou leurs convictions, voire leur foi pour cela. Ils ne voient pas la contradiction qu'il y a à être parfaitement intégrés à une société matérialiste et inique en soi, et prier pour la paix, la justice et la charité à la messe. Certains se trahissent quand même, ainsi j'ai entendu un dimanche comme intentions de prières que « l'argent produise plus d'équilibre et d'harmonie entre les hommes et non l'inverse ». Je cite avec des pincettes. Dans cette paroisse, on est tout sourire, on est tout en affectivité, on tape dans les mains, on loue Dieu, on accueille avec tellement de componction et de gentillesse, mais seulement le temps de la cérémonie. Une fois le dimanche passé, on redevient dur, insensible et sans pitié car la société veut ça.

    Sans y voir aucune contradiction.

    On observe bien sûr exactement les mêmes choses chez certains « verts », ou gendegôche, qui prônent l'amour, le partage et les petits z-oiseaux mais sont sans pitié dans le vrai monde. A droâte, les adhérents UMP entre autres ont cela de pratique c'est que eux au moins ne cachent rien, ni leur avidité, ni leur soif de réussite, parfois leur jalousie et frustrations.

    Deux anecdotes qui valent mieux qu'un long discours bien ennuyeux pour illustrer tout cela et essayer de voir finalement ce qu'il y a derrière tout ça.

    Un jour, en vacances, un ami de la famille est venu avec toute sa famille, des gentils paroissiens tout en sourires fendus jusqu'aux oreilles, sans pitié dés qu'il s'agissait de la réussite de ses gosses à l'école, tous formatés sur le même modèle ultra-docile, sans aucune compassion dés qu'il s'agissait de parler de sa carrière. A l'époque, je le savais déjà, j'étais un écorché, le type un peu trop sensible, fragile, et capable d'emportements, l'inadapté type qui ignorait ses propres qualités, et qui ne comprenait pas à l'époque que justement et quoiqu'en pensait les paroissiens modèles et autres amateurs de justice sociale, pour les AUTRES, son indocilité était son meilleur atout, et que ces qualités venaient justement de son caractère original. Il me donnait toujours beaucoup de conseil, un petit sourire condescendant aux lèvres, un petit air de pitié aux yeux.

    Et voilà qu'il me propose une partie d'échecs sachant que je savais jouer. Et comptant certainement consciemment ou pas pouvoir en rajouter une couche ensuite dans la leçon de morale au pauvre garçon un peu trop émotif. Manque de chance, il perd la première partie, je vois alors lui qui se disait blindé, solide et se protégeant de sa sensibilité s'affoler peu ou prou, refaire les précédents coups, un filet de sueur coulant de son front. Fébrile, il me proposa alors une deuxième partie que je remportai également. Je lisais parfaitement ce qu'exprimait son regard pendant cette deuxième partie, « Quoi, j'ai été battu par ce gamin que je méprise plus ou moins, non, non, non, ça, ça ne va pas ».

    Qui était le plus fragile des deux ?

    La deuxième anecdote se passe alors que je suis un peu plus âgé, alors que j'étais déjà professeur, avec toujours cette réputation d'écorché vif, d'inadapté chronique, de type original et blessé qui ne réussira jamais rien car je refusais toujours de me couler dans le moule que l'on voulait me forcer à enfiler. Mais j'étais toujours aussi peu sûr de moi, car à force de répéter à quelqu'un qu'il n'est pas comme il faut, qu'il est trop différent, qu'il est trop sensitif, trop affectif, il finit par perdre beaucoup de confiance en lui, ce qui m'était effectivement arrivé. Je n'avais pas compris que ce que l'on me reprochait était d'être moi-même. Car ceux qui me le reprochaient savaient bien qu'il jouait la comédie pour réussir ou entrainer leurs enfants à réussir en les obligeant par la douceur ou par la force à se couler dans le cadre qu'il convient.

    J'étais invité chez un gentil petit couple, tout en gentillesse un peu affectée, en sourires jusqu'aux oreilles, tous deux soucieux de leur équilibre, de leur bien-être et de leur santé : chez eux, pas d'excès, on se couchait toujours très tôt, bien sûr on ne lisait pas non plus car certaines lectures peuvent amener le doute, et si l'on veut réussir et gagner de l'argent, on ne peut se permettre de se poser des questions et sur le bien-fondé des fondements de la société actuelle, et sur le bien-fondé de sa propre avidité aux biens matériels, qui est, est-ce étrange, toujours fondé quand il s'agit de la sienne.

    Nous jouions au Scrabble, nous étions deux ou trois à être considérés par ce gentil petit couple comme de doux rêveurs, nous n'avions pour deux d'entre nous même pas le permis. Au début de la partie, le gentil petit couple bien sûr nous a bien réexpliqué les règles, doctement, comme l'on fait à des enfants turbulents ou un peu attardés, car les doux rêveurs, en plus des littéraires, ce qui aggravait leur cas, on le sait, ça a du mal avec les règles. Bien sûr ce sont les doux illuminés qui ont gagné à ce qui n'est finalement qu'un jeu de société. Enfin, nous le croyions, car le gentil petit couple a finalement décidé sous un prétexte futile de nous mettre dehors beaucoup plus tôt, après avoir cherché dans la règle une faille dans notre victoire. On sentait bien l'agacement, la pointe d'énervement née chez les deux après le « Scrabble ». Le tout après avoir expliqué combien le fait d'être littéraire pouvait induire un handicap et beaucoup d'immaturité (sic).

    Bien sûr inutile de demander qui étaient là le plus immature ?

    Ci-dessous quelques inadaptés et une emmerderesse adepte du bien-vivre et des bons conseils

  • Tony Curtis, la classe et deux doigts de dérision

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    tony-curtis-234978.jpgTony Curtis est mort. Les critiques de cinéma et les commentateurs nécrophages habituels n'ayant aucune réelle cinéphilie n'évoquent à peu près qu'"Amicalement Vôtre" et parfois "Certains l'aiment chaud". "Amicalement Vôtre" c'est bien, mais il est loin d'avoir tourné seulement cette série. Il a aussi joué dans une des meilleurs comédies de tous les temps cinématographiques, voir en-dessous, "Some Like It Hot", qui arrivait à être fine, drôle, bien jouée, toute en charme, sacrément culottée pour l'époque et même pour la nôtre. Les critiques et laudateurs post mortem n'en connaissent que la dernière phrase, "Nobody's perfect", qui n'a rien voir avec son personnage dans le film mais avec celui de Jack Lemmon mais je pense que peu parmi eux ont vraiment vu le film. Il a aussi joué dans un excellent film noir de Richard Fleisher, "l'étrangleur de Boston", où il compose un personnage de tueur en série absolument hallucinant. Et je pense que peu de critiques distingués connaissent "le grand chantage" ("Sweet smell of success") d'Alexander Mackendrick, superbe film également très sombre, extrêmement caustique et d'une intelligence rare.

    Tony Curtis avait de la classe et beaucoup de dérision et sur lui, et sur Hollywood. Bien sûr parfois la dérision cachait quelques petits secrets qu'il n'avait pas envie de montrer à tous les passants, autre petite chose qui le sépare d'un abîme ou deux des vedettes de notre temps qui elles ne cachent rien de leurs névroses et psychoses diverses et chics.

    Actuellement, il n'aurait pas d'équivalent, y compris le VRP en dosettes café qui ne lui arrive pas une seconde à la cheville étant tout au plus un porte-manteaux agréable à l'oeil.


    Certains l'aiment chaud
    envoyé par glooiramoi. - Regardez des web séries et des films.

  • Losers

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    86711883_ba35e879be.jpg

    en photo : Ignatius J. Reilly de "la conjuration des imbéciles"

    « Qu'est-ce que ça peut faire, où on vous met quand vous êtes mort? Dans un puisard dégueulasse ou dans un mausolée de marbre au sommet d'une grande colline? Vous êtes mort, vous dormez du grand sommeil... vous vous en foutez, de ces choses-là... le pétrole, l'eau, c'est de l'air et du vent pour vous... »

    (Raymond Chandler - « Le Grand Sommeil », 1939)

     

    On cite ce mot d’Alexandre : « Si je n’étais Alexandre, je voudrais être Diogène ! »

     

    Dans la littérature, on trouve parfois des perdants, des losers, souvent magnifiques, à savoir des personnages qui ont des exigences en matière de vérité des faits et des personnes un peu plus élevées que la moyenne. C'est un personnage plus intéressant que les autres en matière romanesque, le clampin à qui il n'arrive jamais rien de bien palpitant n'ayant aucun intérêt. Les personnages de Philip K. Dick le sont tous, ne maîtrisant absolument rien de leur destin, la plupart du temps incapables de s'adapter aux diktats de la société. Philip K. Dick en était un lui-même pour le reste du monde, écrivant sans trève, alternant plusieurs petits boulots parfois humiliants pour faire vivre ses familles. La gloire est venue très tard, juste avant « Blade Runner », peu de temps avant qu'il ne meurt. Dick s'en fichait d'être loser, sachant très bien que la réussite apparente n'est qu'un simulacre, une imitation d'humanité. Fitzgerald a été à la fois le héros ultime de son temps, brillant, riche, aimé, tombant ensuite dans une déchéance sans beaucoup d'honneur, allant jusqu'à l'abjection puisque c'était certainement une des taupes de Washington au moment de « la chasse aux sorcières ».

    C'est mal vu d'être un loser à notre époque, même magnifique. De là à dire que notre époque a des exigences très peu importantes en matière de vérité, de morale et de personnes il n'y a qu'un pas que je n'hésiterai pas à franchir. Il y a loser et loser, les joueurs de l'équipe de France, par exemple, sont des icônes de gagneurs, ou plutôt de « bonnes gagneuses », comme ces tapineuses qui font la fierté de leurs macs. Il y a aussi cette hypocrisie qui consiste à trouver les perdants géniaux dans la littérature et les films et ne respecter dans la vie de tous les jours que les porteurs de breloques, de médailles de carnaval, d'accessoires bien clinquants. Dans un pays comme la France, bizarrement, se targuant d'égalité encore maintenant dans sa devise, et de la fameuse phrase « faut être comme tout le monde », c'est peut-être encore pire, les petits tyranneaux de province, les roitelets de canton sont adulés, adorés, choyés, ainsi que leur progéniture par la suite le plus souvent.

    Le loser, ou du moins celui, ou celle, que l'on considère comme tel, on lui parle avec commisération. On aime bien dire qu'on l'aide, alors qu'en fait on le méprise car ce qui compte toujours dans notre société hiérarchisée et hautement hiérarchique, c'est le rang que l'on occupe qui compte, le rapport de forces qui reste la seule chose qui compte.

    Il y aura peut-être une suite à ce texte (ou pas)

    Ci-dessous, un film parlant d'un loser magnifique

  • "Matons de Panurge" - Philippe Muray

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    philippe-muray-bibliographie.jpg

    Sur cette mentalité qui domine la littérature française, à droite comme à gauche (il ne faut plus critiquer, il ne faut lire que selon son opinion, et s'y tenir, il faut éviter le second degré, jamais compris, toujours mal vu)...je relis Philipe Muray.

    "Défendre la littérature comme la seule liberté précaire encore plus ou moins en circulation, implique que l'on sache exactement ce qui la menace de partout. Même s'ils sont légion, les ennemis de la littérature sont également nommables et concrets. Les pires, bien sûr, logent aujourd'hui dans le cœur de la littérature, où ils sont massivement infiltrés, corrompant celle-ci de leur pharisaïsme besogneux, de leur lyrisme verdâtre, de leurs bonnes intentions gangstériques et de leur scoutisme collectiviste en prolégomènes à la tyrannie qu'ils entendent exercer sur tout ce qui, d'aventure, ne consentirait pas encore à s'agenouiller devant leurs mots d'ordre, ni à partager leur credo d'hypocrites. Sous leur influence, l'écrit lui-même est devenu une prison. Ils contrôlent jour et nuit les barreaux de la taule. Ils dénoncent sur-le-champ les plus petites velléités de rébellion ou seulement d'indépendance. Ces surveillants nuisent en troupeau : ce sont les matons de Panurge."

    Philippe Muray

    (note personnelle ; Merci Rackam, c'est la photo qui beugait)

  • Le respect qui se pratique en province

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    La conception du respect en province - petite anecdote que j'avais envie de raconter du fait de mon ras le bol d'entendre tous sces clichés sur le bon sens "prês de chez vous" de nos campagnes comme on les supporte depuis quelques temps...

    daumier.jpgUn mendiant marchait au milieu de la rue à côté de la mairie d'Évreux, sur la place « presque piétonne » juste en face juste le temps pour lui de remonter sur le trottoir à côté ce qui était plus facile pour lui car il est handicapé. C'est un mendiant dont les commères disent qu'il a des « miyons » et qu'en fait il a des sous : c'est donc pour ça qu'il demande à tous les passants un euro pour un café, je suppose...

    Une fourgonnette s'arrête à la hauteur du pauvre homme, le frôlant dangereusement, au volant et à la place passager deux péquenots en goguette, le visage rougeaud, l'anorak et le survêt obligatoires comme costume, l'air faussement rusé que ce genre de débiles a tout le temps, ils crient : «  Hé ! Fais attention où tu marches, pauv'taré ! T'as été fini à la pisse ! Hé Dis donc ! ».

    Comme ils sont lâches, le passager qui vient de balancer cette saloperie, avec le rire gras du conducteur en fond sonore ferme la fenêtre précipitamment et la voiture redémarre aussi sec en trombe, laissant le clochard hébété et abasourdi.

    Un peu plus loin les deux pedzouilles doivent s'arrêter pour laisser passer un « meussieur » en GROOSSSE voiture (avec la fille maigre en option sur le siège passager), en canadienne, cravate et chaussures de marque.

    Le « meussieur » gênait tout autant, mais lui, c'est pas pareil, lui il roule en GROOSSSE voiture...

    Quant à l'illustration, elle est parfaite, depuis Daumier rien n'a changé.

  • Dans la tête du jaloux/de la jalouse

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    300px-Angelo_Bronzino_003.jpgLe/la jaloux/se est certain/e que le monde entier est en dette envers lui/elle, il/elle est donc jaloux/se de ce que les autres font ou disent, ou éxécutent comme oeuvre. Il/elle s'estime victime d'une injustice flagrante, il/elle est tellement génial/e, bon/ne et généreux/se, beau/elle comme un astre et tellement élégant mais les autres ne veulent pas le voir, pourquoi ? Car ils sont jaloux.Le reste du monde l'envie.

    Le jaloux contredit systématiquement ceux dont il est jaloux/se, ceux-ci disent-ils blanc, il/elle dira noir, il fait beau dehors, il/elle trouvera qu'il fait gris. Il/elle essaie de faire bonne figure mais il/elle est d'un esprit tordu par la haine, tellement tordu qu'il ne connait plus que ça comme mode de raisonnement. Comme il/elle lui arrive d'être persuasif/ve, il/elle arrive parfois à en convaincre d'autres qu'il/elle a raison d'être jaloux/se, que c'est la fatalité, qu'il n'y a pas de fumée sans feu. Sa responsabilité n'est jamaix en jeu, il/elle est parfait de toutes façons. qu'il en devient con/ne, très con/ne. C'est un/e malade. Il ne peut pas s'en empêcher. Si ça va mal dans sa vie, il n'y peut rien, c'est la faute du reste du monde, si ça va bien, ce n'est pas mieux, il aura toujours quelque chose à envier. Le jaloux/se représente bien l'expression "la bêtise au front de taureau", la bêtise qui ne supporte aucune explication ni guérison. Il/elle ne veut surtout pas guérir de son mal, il/elle en vit, c'est son moteur, tant qu'il/elle continue à semer la haine, la discorde parmi ceux/celles qui sont assez bêtes pour se laisser faire. Sa jalousie est en somme la compensation que la nature lui a offerte quant à sa sottise, car finalement, il/elle est jaloux en priorité de l'intelligence et des dons des autres.

  • Les carnets de monsieur Manatane enfin édités ! Par Bernard-Henry Manatane son neveu

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    66956763carnets-manatane-jpg.jpgMerveilleuses éditions du Seuil et du point ! Je suis joie, je suis enthousiasme aujourd'hui. Elles ont eu la bonne idée d'éditer enfin les carnets de mon oncle, pleins d'une étonnante sagesse et d'aphorismes indiscutables. Cela aurait dû avoir lieu déjà il y a dix ans, mais les deux histrions, Benoît Poelvoorde et Pascal Le Brun, chargés parfois de suppléer mon oncle quand son inspiration magnifique défaillait, ayant cru bien faire, se faisant passer pour leur bienfaiteur, avaient envoyé à Albin Michel une lettre qui provoqua l'ire du directeur de cette librairie. Celui-ci m'appelle maintenant sans répit pour sauver son établissement de la ruine, j'en suis marri mais je resterai de marbre.

    Admirable jeunesse cependant qui aime à se donner corps et âme à leur maître à penser, comme l'auteur de ce blogue, qui aime beaucoup les petites saynètes par lesquels mon oncle essayait de faire passer aux esprits égarés un peu de sa sagesse quant au savoir-vivre et à la culture. Celui-ci, d'une humilité sans failles, m'a demandé de le remplacer un court instant, étant certain de ne pas trouver les mots aussi bien que je le ferai pour éclaircir un peu la postérité de Jean Manatane.

    Il apparut dans l'étrange lucarne, après des années de travail érudit, d'apprentissage des bonnes manières, après un pèlerinage à Binche et un autre à Saint Jacques de Compostelle suivi de quelques retraites avec son maître à penser le Maarashi Om Ravajputallah qui est décédé hélas il y a deux ans à la suite d'une chute dans l'Océan pacifique.

    Oui, il a coulé, le bonze, bel et bien coulé.

    C'était un merveilleux petit homme chauve et luisant que l'on croisait de temps à autre chez ma grande amie Nadine de Rotechidl, la belle rousse tellement avide d'aider les pauvres gens à assimiler quelques gestes élégants.

    La première œuvre pédagogique de Jean Manatane, mon cher oncle, s'appelait « Jamais au grand jamais », ensuite il officia deux ans sur Canal Pelu avec ses carnets. Il apparut ensuite qu'il suscita la jalousie de l'un ou l'autre et décida de se consacrer tout entier au cinéma avec le succès que l'on sait.

    On ignore par exemple que c'est lui qui est l'auteur du scénario du film de Bernard-Henry, mon parrain qui me portât il y a quarante ans sur les fonts baptismaux, « Le jour et la nuit ». Pour des raisons obscures, il dut le cacher. Ce n'est pas grave, l'injustice est maintenant réparée, et moi-même qui ait déposé plusieurs cierges à Saint Honoré D'Eylau, j'en suis fort ravi. Il traite dans ce recueil, heureux lecteur, de tous les thèmes qui passionne le public, des croûtes de pied de Dick Rivières au placement des invités pendant une partie fine entre amis de bonne société. C'est tout bonnement passionnant.

    En vous remerciant, bonne lecture.

    Et je vous offre en prime un conseil de savoir-vivre de mon oncle