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amours déchues

  • La photo d'une célibattante et ce qui s'ensuit

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    ou "Le fantôme des amours passées"

     

    p101-%282012-03-16%29.jpgLe petit jeu continue donc, ma princesse au petit pois me laisse une photo en pâture et moi l'amoureux supposé passionnément romantique (ne ris pas ami lecteur), j'écris aussitôt une prose enfiévrée et admirative qu'elle commente ensuite comme négligemment avec sa cour d'admirateurs dont elle est en somme la propriété, la « célibattante » remarquable et exemplaire modèle de femme active et indépendante qui tourne progressivement vieille fille, ou « demoiselle » pour être moins cinglant, sans s'en rendre compte, la « femme seule » qui vit parfois « en camarade » avec une autre, une autre « célibattante » qui est très souvent son reflet exact, ou un genre de faire-valoir.

     

    Il y a certainement un petit côté sadien à ce petit jeu ambigu, et dire les choses clairement ainsi que le fait Solal dans « Belle du Seigneur » au début du roman participe de ce petit jeu qui est un jeu de séduction encore, qui ne s'arrête jamais vraiment et se mue, s'est mué, en tragédie à un moment ou un autre.

     

    Ma princesse au petit pois préfère jouer ce cliché de la « célibattante » tellement merveilleuse, tellement séduisante encore, c'est plus simple et plus confortable que d'aimer vraiment, d'élever des enfants ensemble entre autres choses. Au fond, les prétentions à la modernité de nombreuses filles seules naissent de leur lâcheté face au bonheur d'être en couple, de leur peur d'être heureuses, ce qui les priverait d'une image sociale flatteuse à leurs yeux, une image qu'elles n'admettent pas éphémères...

     

    C'est un peu comme les filles « rondes » et célibattantes que l'on trouve tellement pétulantes et dynamiques, et que l'on n'invite plus beaucoup quand elle passe le cap de la quarantaine car l'on sent bien leur solitude et leurs frustrations derrière la façade tellement sympatoche de bonne petite. Quand une fille de ce genre se plaint de son physique, les hypocrites y vont de leurs commentaires sur le charme et la beauté intérieure, alors que l'on sait bien ce qu'il en est de l'appréciation réelle de l'apparence dans notre monde.

     

    Sur cette photo donc, ma princesse au petit pois a mis un petit pull bleu qu'elle avait acheté avec moi il y a déjà bien longtemps, sur mes conseils, un pull d'une vraie couleur et non de ces tons atténués et grisâtres, se fondant dans le décor du grand tout spectaculaire sans que la personne qui le porte ne se fasse remarquer. Elle sourit au photographe, enfin ses lèvres esquissent un sourire un peu contraint mais son regard est triste, d'une tristesse qui m'a un peu effrayé.On le voit bien qu'elle n'est pas heureuse.

     

    La lumière est crue et aussi la photo qui la montre telle qu'elle est dans sa maturité conquérant chaque jour un petit peu plus de place sur son visage, comme tout un chacun.

     

    Elle lui donne le teint de ces femmes que l'on peut croiser parfois sur le quai des métros parisiens et autres « èreuère », si pâle, comme si elles vivaient jour et nuit dans les couloirs des transports en commun, toujours pressées, ne voyant plus leur voisin dans les wagons, ou à côté d'elles lorsqu'elles attendent leur correspondance, dont on devine parfois qu'elles ont été jolies, mais elles n'ont plus tout à fait le temps de l'être et de songer à leur féminité.

     

    Elle est devant un « smoothie » au premier étage d'un de ces cafés à la mode où l'on ne sert que des trucs prétendument naturels, « bio » ou « billot » car pour m'en faire absorber il faudrait presque me faire poser la tête dessus. Dans l'infantilisation générale de la société, il est logique d'apprécier ce genre de purée liquide de fruits que l'on servait auparavant exclusivement aux bébés et aux pensionnaires des maisons de retraite. C'est normal, les « célibattantes » dynamiques etc... préservent leur capital-santé, et il faut correspondre au cliché, d'ailleurs ma princesse au petit pois ne fume plus visiblement ses cigarettes « légères » car le tabac c'est mal, c'est tabou dans les milieux qui apprécient ces femmes tellement dynamiques, pétulantes, libérées etc... ad lib

     

    ...Et si tristes. Tellement tristes.

     

    Un écrivain l'a très bien écrit avant moi, elle est comme toutes ces filles de « soissantuitards » non repentis, en thérapie depuis son adolescence, compensant la vacuité ou l'absence des valeurs que ses parents ont oublié de lui transmettre de toutes façons par un amour immodéré des fringues et de la mode, et encline au narcissisme.

     

    Elle me trouvera certainement cruel, voire injuste, et dur, et ironisera mais pourquoi se cacher la vérité, surtout « celle qui fait mal » (dixit Billy Wilder) ? C'est aussi cela aimer, dire la vérité.

    image prise ici