Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

amour inconsolable

  • Lettre cruelle à une jeune femme moderne qui rêvait de justice sociale...

    Imprimer Pin it!

    Lettre également sur Agoravox

    ...Et qui est devenue « réaliste ».

    photo ci-dessous prise ici

    1992-412%20Femme%20Actuelle-04.jpg

    Une fine mouche me l'a fait remarqué dernièrement, finalement dans la plupart des textes que je commet sur le web, je m'adresse à toi, ou je parle de toi. Comme disait l'autre, « Cherchez la femme ». Car maintenant je dois le reconnaître, elle avait tout à fait raison.

    Les grandes envolées, l'ironie, la causticité, les sarcasmes et un certain cynisme, tout cela naît de blessures le plus souvent mal refermées ou pas refermées du tout. Donc, aujourd'hui, j'ai décidé de ne pas tricher et de parler directement de ta personne tout en m'adressant directement à toi, qui lis mes textes.

    Est-ce à dire que je vais être d'un romantisme échevelé dans la suite de cette lettre ?

    Tout comme moi, je sais que tu as horreur des grands sentiments pleins de sucre et de sirop de bois de rose.

    Tu es ce que l'on appelle une jeune femme moderne.

    Tu as réussi ta carrière, tu as un bon poste, un bon salaire aussi, des tas de responsabilités, et des subordonnées dévoués à ta cause. Tu as choisi librement ta vie amoureuse, ou du moins c'est ce que tu voudrais laisser croire. D'ailleurs, tu ne veux pas choisir. Tu veux vivre avec une femme ou un homme et continuer à te laisser séduire ou séduire d'autres femmes ou d'autres hommes.

    Et puis, j'ai vu la photo que tu as laissé sur Facebook, une photo que je trouve triste, on te voit toute seule tenant une bande sur laquelle est marquée ton âge, les reliefs de ce qui semble être un repas de fête juste devant. J'ai trouvé ça finalement assez pathétique, sans ironie aucune, dans le sens que l'impression qui domine de cette image, c'est surtout ta solitude, malgré le bronzage savamment étudié, ta coiffure déstructurée avec style et modernité, le look de femme indépendante et encore jeune malgré tout.

    Sans enfants, cela prend trop de temps, n'est-ce pas ?

    Plus jeune, tu ne voulais pas choisir déjà, tu jouais aussi un rôle. Cela ne me dérangeait pas car j'étais une des rares personnes qui avait le droit à la vraie « toi ». J'étais le plus gâté en somme. Il faut dire que j'étais déjà assez caustique, et que tu savais que le jeu des masques ne m'aurait pas plu.

    C'était une complicité de tous les instants, et pourtant qui aurait cru qu'elle aurait pu exister : j'étais catholique, plutôt du genre « anar de droite », je n'ai jamais rien caché.

    Toi tu étais communiste, très engagée, tu distribuais les tracts les veilles d'élections, et tu étais de permanence dans les bureaux de vote à toutes les élections.

    Maintenant, comme tu as cru mûrir, et que tu t'es habitué aux moquettes profondes des bureaux des décideurs, que tu as même travaillé pour une banque, tu as songé qu'il était temps de devenir réaliste.

    Enfin...

    Réaliste...

    Manière de parler.

    A savoir, accepter quelques injustices, un petit compromis, le plus important, n'est-ce pas, c'est que les choses progressent petit peu par petit peu, tu ne te révoltes plus comme avant face aux profiteurs, aux maîtres du monde ou proclamés tels.

    C'est donc plus une manière de te résigner, et non du réalisme.

    Pour ces raisons, je n'ai pas été étonné de te retrouver à « Terra Nova », et dans le sillage d'un des soutiens de Dominique Strauss-Kahn qui est quant à ses convictions réelles à l'inverse de celles que tu affirmais quand tu avais vingt ans. Il est libéral dans les faits, avec quels aménagements d'un côté ou de l'autre pour donner l'impression qu'il reste de gauche.

    Ce qu'il n'est pas...

    Ou plutôt ce qu'il n'est plus :

    A force de se gaver de bonnes choses, le foie se charge de mauvaises humeurs, le cœur se gonfle de graisse qui gêne la circulation, on respire moins bien, on se dit, pourquoi faudrait-il se passer de ces privilèges et partager les richesses ? Te souviens-tu de « Ruy Blas » :

    Acte III scène 2 :

    «  Bon appétit, Messieurs ! ô ministres intègres Conseillers vertueux, voilà votre façon de Servir, serviteurs qui pillez la maison. »

    Toi qui étais si soucieuse de la liberté et de l'indépendance des femmes, as-tu remarqué que la parole d'une pauvre dame de ménage ne compte pas beaucoup pour eux, dans leur progression vers le pouvoir ?

    Et que le plus souvent, ce sont toujours et encore des hommes qui tirent le bénéfice des réalisations que des femmes comme toi achèvent ?

    Alors, oui, bien sûr de temps en temps, on donne une sorte de hochet aux femmes de ton parti, pour les distraire, une réunion par ci, un congrès par là, une plaquette, une brochure avec beaucoup de grands mots pour assurer qu'il y a un grand souci des droits des femmes au PS. Mais finalement, ce sont toujours les hommes qui sont placés au premier rang sur la photo.

    Je ne sais pas ce que tu ressens à ce sujet maintenant, mais tu n'aimais ni l'ironie, ni la dérision avant, tout en la pratiquant d'ailleurs à grande échelle.

    Tu disais que c'était trop facile. Peut-être l'est-ce effectivement ? Mais c'est aussi une manière d'atteindre à plus de lucidité, donc à être plus réaliste. Et être réaliste de cette façons conduit à rejeter tous les compromis avec ce que l'on pense, et ce que l'on est...