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  • Job à l'époque post-moderne

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    Si je parle de moi dans ce petit texte c'est finalement pour mieux parler des autres....


    christianisme, politique, société, amis, amours, emmerdesJe le dédie à un autre homme blessé croisé dans un couloir pourtant froid et impersonnel. Avec lui il n'y a pas eu besoin de grand discours, il a suffi de se regarder l'un et l'autre droit dans les yeux sans discours lénifiant.


    Ces quelques lignes sont pour toi bien sûr qui est toute aussi blessée que moi, et pour ses amis qui sont comme ceux qu'évoquaient Clémenceau, à savoir quand on leur dit que l'on a tué un homme leur première réponse serait pour demander où est le corps et non pour faire la morale...


    Je rencontre très souvent dans mes rencontres avec les autres personnes deux sortes de réactions :


    D'un côté celles qui s'arrêtent aux apparences, pour qui je suis un connard vaniteux mais parfois drôle qui ne croit pas en grand chose, un cynique condescendant. Dans ce premier cas de figure, j'adore rajouter quelques cuivres et grosses caisses pour surtout ne pas décourager ceux qui pourraient continuer à penser cela de moi d'arrêter de le faire.


    C'est après tout tout ce qu'ils méritent. Pourquoi devrais-je leur faciliter leur travail de réflexion personnelle introspective ?


    Le fait que j'ai lu quelques livres et que j'aime en parler, que j'ai même la passion de la Littérature qui est pour moi quelque chose de réellement existentiel n'arrange rien. Les cuistres, les béotiens prennent pour un prétentieux quiconque a quelques rudiments de culture sans que celle-ci n'ait été sanctionnée par un diplôme qui au moins légitimerait le complexe d'infériorité que les imbéciles ressentent à tort face à quelqu'un qui a deux ou trois connaissances de plus qu'eux à partager.


    C'est ainsi, l'être humain privilégie son orgueil, l'image qu'il croit flatteuse qu'il a de lui-même.


    De l'autre côté d'autres personnes beaucoup plus rares vont un peu plus loin et cherchent à comprendre d'où vient ce cynisme supposé qui est somme toute l'expression d'une blessure, cynisme qu'ils confondent avec l'ironie ou le sens de la dérision. Bien entendu une personne réputée cynique est au fond surtout lucide, un peu trop sensible aux compromis, à la malhonnêteté chez les autres mais aussi chez elle-même.


    Bien entendu accepter la blessure de l'autre est beaucoup plus difficile que se contenter de le réduire à son humour caustique, plus rassurant. Car accepter la blessure de l'autre, voire sa solitude, c'est accepter également ses propres manques, ses carences, ses souffrances, regarder le réel en face en quelque sorte, se voir tel que l'on est sans les petites enluminures que tout le monde aime à rajouter à son portrait.


    Cette blessure, cette causticité réputée engendre un scepticisme extrêmement intense bien entendu concernant la plupart des grandes théories ou des belles idées que les êtres humains, ces pitoyables primates ont l'habitude d'énoncer pour se hausser du col, se donner de l'importance, caresser leur vanité dans le sens du poil.


    La plupart de ces idéologues, ou croyants qui font de leur foi une idéologie, veulent toujours le bonheur de l'humanité mais pas tout de suite, plus tard, et ne font pas grand-chose pour aider à son avènement ici et maintenant beaucoup plus rapidement, voire soulager un minimum les souffrances qu'ils constatent autour d'eux mais qui les laissent concrètement indifférents.


    L'époque est avec eux, l'époque déteste prendre du recul sur elle-même et réfléchir sur ses actes, sur les conséquences des désirs qu'elle a bien du mal à camoufler.


    Ils ne peuvent comprendre bien entendu que les bonnes intentions, l'envie de sauver ceux que l'on aime ou le monde entier, ne suffisent pas, que même cela ne sert à rien, car ceux que l'on veut sauver, ou simplement aider, ne veulent ni être sauvés et encore moins être aidés, n'ayant pas conscience généralement au bon moment d'en avoir besoin.


    Il faut toujours ou presque qu'ils frôlent le pire pour enfin s'en apercevoir.


    Il manque la troisième réaction, encore plus rarissime, qu'ont ceux qui nous acceptent tel que l'on est : ces amis qui en un mot qu'on leur dit comprennent ce que l'on ressent, la femme que l'on aime qui n'a pas besoin de mots pour comprendre...


    Ces personnes là, il peut m'arriver de ne pas leur parler pendant des années, de ne pas avoir souvent de nouvelles d'eux, mais si je les revoyais demain, ce serait comme si je les avais quitté la veille, sans oublier les mauvais jours, mais en les acceptant. Car je ne peux que les aimer malgré tout, malgré moi également.


    christianisme, politique, société, amis, amours, emmerdesDe temps à autre, ceux qui me prennent pour un connard vaniteux m'entendent parler de ma foi chrétienne, catholique, qui est pour moi un des fondements de mon existence.


    Les mêmes, qui sont au fond des esclaves dociles de leurs préjugés et des poncifs qui leurs servent d'opinions, me perçoivent alors sans voir la contradiction qu'il y a dans leur jugement, comme un bigot insupportable, un « catho » docile, un « petit soldat de Benoît XVI », ou pire encore un intégriste nostalgique des HLPSDNH (TM°) (les « z-heures les plus sombres de notre histoire »).


    Et ils n'ont pas souffert au fond, ou n'ont pas su s'interroger sur les souffrances qu'ils ont pu vivre.


    Quelqu'un qui a souffert et en quicela a déclenché un questionnement, une vie intérieure, le sait très bien. Même pour un croyant, ce qui domine, c'est surtout le silence de Dieu, le silence sur toute explication de la souffrance, des manques d'amour, ce qui ne signifie pas pour un croyant, un chrétien en particulier, que Dieu n'existe pas, la relation au divin étant une relation unique avec une personne, ce qui est généralement incompréhensible pour la société actuelle qui ne voit dans la foi que la gardienne de la morale et de la vertu, un frein à ses appétits que le système, en particulier économique, lui enjoint de combler.


    La seule chose qui troue parfois le silence de dieu, c'est le cri comme celui de Job de celui qui souffre, sa révolte, son incompréhension face à ses souffrances qui lui apparaissent toujours comme tellement dispensables. Certains croyants ont alors la déplorable manie de rappeler au croyant qu'il ne souffrirait jamais plus de ce dont il serait capable de supporter, en profitant aussi pour lui faire la morale, oubliant dans les deux cas le sens de leur propre humanité.


    La Foi ne donne qu'une seule certitude, que malgré tout le mal autour de nous, qui semble victorieux dans le monde ainsi que l'injustice, la violence, la bêtise, la haine, la malveillance et la petitesse d'esprit, que malgré tout ce mal n'est rien et que l'être humain est destiné à autre chose, et qu'il devrait s'y employer ici et maintenant.


    La Foi n'est pas un genre de sirop qui imposerait ainsi que l'on l'entend souvent, des chrétiens eux-mêmes, aux chrétiens de se conduire en gentilles personnes tels Hansel et Gretel dans la maison en pain d'épices, des « bons » chrétiens certainement ravis d'être mangés ensuite par la sorcière, une vilaine pécheresse leur faisant du mal, les injuriant tout en les faisant cuire à petit feu, pour leur bien donc.


    Ce n'est pas un genre de « coaching » mental positif à tout crin qui impliquerait de cacher la vérité des faits ou le réel, ou la médiocrité trop répandue des aspirations humaines, en particulier modernes, pour ne pas trop choquer, pas trop blesser.


    La Foi devrait entraîner une acuité plus forte aux autres, aux souffrances, aux actes que l'on pourrait donner, mais bien souvent, ce n'est pas suffisamment le cas ou alors le croyant a peur de quitter le cocon rassurant d'une société hyper-conformiste en faisant preuve d'altérité.


    Ce n'est pas le seul, la plupart des êtres humains aussi...


    Le croyant normalement ayant certes pour lui d'avoir conscience de sa faiblesse.


    Illustration : "Job et sa femme" par Georges de la Tour, "Les vieilles" par Goya, tableau au musée de Lille, phototèque de l'auteur

  • Quelques propos cruels

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    AnnieHall_300x298.jpgLe célibataire a des amis qui se comptent sur les doigts de la main, droite je suppose, comme tout le monde il est vrai, des vrais amis on en a peu, du genre que l'on peut appeler selon la définition de Clémenceau en plein milieu de la nuit et dire : "j'ai tué un homme" et qui nous répondent : Où est le corps ?". A côté de çà, il a des relations, des copains, de vagues connaissances, et il a aussi les "amis qui lui veulent du bien". Quand il n'est pas là, qu'est-ce qu'il prend ! On le soupçonne d'être homosexuel, dépressif, boulimique, névrosé, jaloux, convoitant la femme de son prochain, mais ce n'est pas pour dire du mal que l'on dit cela, c'est "pour son bien". Bien sûr, ce n'est certainement pas à cause de ses proches, ou ce genre d'amis, qu'un célibataire peut rater un truc, c'est qu'il n'a pas fait ce qu'il fallait mais le rate-t-il que l'on secoue la tête avec commisération en levant les yeux au ciel en disant : "ce sacré X ou cette sacrée Y !". Le célibataire est là pour être mal dans sa peau avec les "amis qui lui veulent du bien", c'est en l'occurence le "pauvre de service", celui qui permet de faire la charité à domicile.

    L'amitié c'est ce qui fait grandir, qui permet de mûrir, d'acquérir de l'indépendance, condition "sine qua non" de sa dignité, rien de plus désagréable que la dépendance. Au célibataire, parfois, on met dans les pattes un autre type ou une autre fille avec qui l'on pense il pourra se marier au mieux, au pire tenter un accouplement (et moins emmerder ces amis qui veulent du bien dans le même temps). C'est souvent peu flatteur pour l'ami : je me souviens pour ma part de cette jeune personne tellement peu féminine qu'elle pouvait se promener en short dans les rues d'une ville méditerranéenne pourtant réputé pour ses amateurs de beauté féminine (ce doit être pour çà), fumant clope (gitane maïs) sur clope, réclamant à toute force de la bière en pays musulman). Les mariages de raison, çà ne fonctionne pas, parfois il vaut mieux continuer à vivre seul. J'avais pourtant été sans équivoque dés le départ et c'est là que j'ai rendu malheureuse une personne qui m'aimait sans retour, au même moment une autre me faisait le même coup, comme quoi la vie est mal faite et je dois être aussi un chieur finalement, l'amour est cruel comme dit Margot dans les chaumières. On se croit dans "Annie Hall", un film avec Audrey Hepburn, ou une "screwball comedy" des années 40 alors que l'on reste dans le vaudeville bourgeois.Annie-Hall-Woody-Keaton_l.jpg

    De quoi te plains-tu alors me rétorquera-t-on ? De rien, j'ai longtemps aimé les amours compliquées, qui ressemble à un ping-pong verbal continuel entre deux moments de tendresse, on se cherche, on se trouve, on ne peut pas se passer l'un de l'autre et puis finalement çà finit mal car on ne pense pas à l'avenir. Je suis surpris toujours par les sentiments, une femme que j'avais cru oublier m'apparaît dans les jambes de l'une, les yeux de l'autre, à la télévision, dans la rue, au cinéma, je la retrouve chez les autres, sans rien souhaiter. Ce que l'on souhaite, on finit toujours par l'obtenir mais pas de la façon que l'on pensait, c'est le seul hic. Plus jeune, je rêvais devant Lana Turner en "milady", les yeux d'Isabelle Adjani et les amours mortelles ou ensorcelés des livres de Barbey ou l'Isabelle du "Hussard Bleu", alors que l'amour c'est beaucoup plus simple et commun, c'est vivre à deux chaque jour qui vient. Sinon, c'est comme le drogué qui passe son temps à rechercher le "flash" du premier "fix", çà ne revient jamais. C'est pour cela que j'aime bien les films de Billy Wilder ou howard Hawks sur le sujet, ceux qui disent quelques vérités qui font mal (c'est normal pour des vérités que l'on ne veut pas s'avouer). Il y a des adultes qui veulent prolonger leur période post-pubertaire beaucoup plus tard, et qui y arrivent plus que de raison, et puis les cinquante berges franchies, ils comprennent qu'ils n'ont rien vécu.