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  • Maurice Sachs ou la complexité incarnée

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    Maurice Sachs aussi sur Agoravox

    C'est la deuxième fois que j'évoque Maurice Sachs...

    La première fois ici

    Les êtres humains sont complexes, ils ne sont pas réductibles à des slogans, des généralités, empaquetés dans des schémas pré-mâchés, Maurice Sachs alias Maurice Ettinghausen en est une preuve flagrante lui qui avait fait du paradoxe un mode de vie, ce qui a fasciné et fascine encore Patrick Modiano qui en a fait son père idéal, et qu'il évoque dans « la place de l'Étoile ».

    littérature, histoire, société, âme, nostalgie, politiqueIl faisait partie des personnes humaines qui se situent en dehors de toute définition d'un comportement normé ou considéré comme normal, c'était un homme libre au sens exact du terme, et un pauvre type esclave de ses appétits, un écrivain an talent évident, et un dilettante trop paresseux pour épanouir ses dons.

    Quand il y songera enfin, en prison, il sera beaucoup trop tard.

    Il est de temps en temps de ces personnalités brillantes qui scandalisent les foules banales et suscitent l'envie de ceux qui affirment des opinions qu'ils s'imaginent libérées de toutes contraintes, alors qu'ils ne font que répéter des lieux communs à la mode, et qui prennent la pose de l'affranchissement des mœurs alors qu'au fond ils demeurent des petits bourgeois moutonniers et surtout soucieux du contenu de leur compte en banque et de celui du voisin qu'ils envient.

    Il était complètement indifférent à la rumeur publique, à l'image qu'il donnait de lui.

    C'était un de ces ogres, angoissés joyeux, qui veut tout, qui a soif de tout ce qu'il peut connaître, vivre, ressentir, sachant très bien qu'il n'aura pas assez d'une vie pour que rien de ce qui est humain ne lui soit étranger.

    Il avait de nombreuses ressemblances avec Dorian Gray, et Don Juan, se mesurant, se colletant sans cesse aux préjugés et à la morale commune, ou à la sottise de la foule imbécile. Il était proche de Lafcadio, le personnage principal des « Caves du Vatican », qui sait très bien que les actions humaines sont surtout marquées par l'agitation vaine, la vacuité, de nombreuses prétentions, et l'absence totale d'un sens quelconque.

    Il rappelle aussi par bien des égards ces aristocrates du verbe amoraux et au bord de l'abîme qu'étaient Drieu la Rochelle et Montherlant.

    Et comme Oscar Wilde, l'auteur de « le Portrait de Dorian Gray » cité ci-dessus, il ne savait pas « jusqu'où aller trop loin » croupissant à la fin de son existence dans une geôle atroce surtout pour cette raison.

    Il n'y a pas d'être humain qui soit tout noir ou tout blanc, ce que feignent de croire les thuriféraires des théories paresseuses qui réduisent l'Humanité à quelques lieux communs, ce qui est on s'en doute plus simple à comprendre, et plus confortable. Il est plus facile de rejeter le contradicteur, ou celui qui vit différemment en en faisant un monstre ou un pervers.

    Ce qui n'exclue pas l'existence de monstres ou de pervers au sein de l'humanité ceux-ci relevant souvent de la profonde banalité du Mal plus que d'une horreur extraordinaire et ponctuelle.

    Maurice Sachs a donc été successivement, en même temps parfois :

    Fils à maman trop gâté, puis délaissé, sa mère se remariant après que son mari ait quitté le domicile conjugal, juif, homosexuel, converti au protestantisme pour épouser une riche américain, menant la grande vie pendant les « années folles » dont il fût un des « faunes », ami de Cocteau, noceur, travailleur, joyeux, désespéré, riche, pauvre, animateur de radio célèbre aux États-Unis sur la NBC, trafiquant aimant sans complexes les biens de ce monde, antifasciste sur la « liste noire » des nazis.

    Il est de ceux qui soutiennent l'entrée en guerre des américains, puis « juif collabo », sachant ce qu'il fait en toute connaissance de cause, proposant ses services aux SS et à la Gestapo, menant une vie fastueuse en Allemagne, dont ses nouveaux maîtres finissent par se lasser car il multiplie les faux rapports et surtout les imprudences se comportant insolemment avec les nazis.

    Il est emprisonné dans un camp très dur, mis à l'isolement dans une cellule sombre et crasseuse, où il continuera à écrire, ce fut sa plus grande période de créativité, puis assassiné pour n'avoir pas dénoncé un père jésuite résistant, son corps ayant ensuite été peut-être livré aux chiens, ce dernier épisode étant plus ou moins sujet à caution.

    Il est né dans une famille totalement areligieuse et anticléricale pour finalement sur le tard avoir une certaine appétence pour la spiritualité comme tous les esprits ne se contentant pas de suivre les instincts grégaires des braves gens du « vulgum pecus » qui n'aiment pas « que l'on suive une autre route qu'eux ».

    littérature, histoire, société, âme, nostalgie, politiqueSon roman le plus connu, pour son parfum de soufre, est « le Sabbat », mais il écrivit aussi deux chroniques des « années folles », faisant passer la première « Au temps du bœuf sur le toit » pour autobiographique alors qu'il s'avère ainsi que le note un exégète de son œuvre dans la préface de « chronique joyeuse et scandaleuse » que c'est faux (Thomas Clerc dans l'édition « Libretto » de septembre2012).

    Non seulement, donc, comme individu, il échappe à toute tentative de définition restrictive mais aussi aux biographes et à ceux qui tenteraient une interprétation étriquée de son existence et de son œuvre.

    A notre époque d'hédonisme de masse, qui n'a rien à voir avec le véritable hédonisme qui est aussi une forme d'élévation, et de recherche intellectuelle, voire une ascèse, l'épicurisme au sens strict en étant une, Maurice Sachs, par ses tribulations amoureuses homosexuelles choque moins.

    En surface, car si l'homosexualité semble maintenant une orientation tolérée par le plus grand nombre, les personnes sont finalement toujours aussi grégaires, en particulier la bourgeoisie intellectuelle d'où était issue Maurice Sachs.

    Celle-ci a simplement troqué son hypocrisie foncière concernant la moralité par une liberté de façade. Et elle déteste toujours autant ces individus « hors-normes » priés de vivre dans leur communauté propre et seulement leur communauté, ce qui la maintient dans un confort intellectuel béat.

    Maurice Sachs ne se réduit pas à une seule de ses incarnations successives, il les était toutes, y compris les plus sombres, une autre différence entre lui et les autres personnes étant qu'il connaissait très bien l'existence de cette part d'ombre en lui tout en étant un « porteur de lumière », encore un paradoxe, et qu'il l'acceptait, se voyant tel qu'il était ce à quoi la plupart des gens se refuse, préférant se rêver, de plus en plus virtuellement en personnages de légende.

  • "What's going on today ?"

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    Il se peut que j'ai déjà passé cette chanson, je n'ai pas vérifié (on s'en fout d'ailleurs), ici c'est la version de 1971. J'en aime les paroles, profondes, sérieuses, et la musique, faussement tranquille et joyeuse. Marvin Gaye parlait du Vietnam mais elle s'adapte très bien aux ravages de l'ultra-libéralisme et aux sales guerres d'Irak et d'Afghanistan, là où l'on n'a rien à faire. Marvin Gaye a passé quelques temps à Ostende, à se détendre entre l'énorme palais en front de plage (une verrue bétonnée néanmoins curieusement poétique), géant afro-américain perdu dans un pays qui n'existe pas vraiment, dont les paysages ressemblent à des toiles surréalistes et les gens aux portraits de Félicien Rops.

    "What's goin'on today mother ? The same old shit"

    PS  plus personnel : Et puis c'est une façon de fêter pour moi ce qui est ma renaissance. Elle entraine des envies d'ogre : douze bouteilles de vin, des mezze palestiniens, du gibier aux fruits, et un doigt de Garnotel demi-sec...

    Et puis c'est comme une idée de la classe...