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amaury

  • Le « Camp des Saints » en vrai – Invasion pacifique

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    Dans ce roman hautement politiquement incorrect publié en 1973 mais prophétique, Jean Raspail imagine l'afflux d'un million de migrants en Europe à cause de la pauvreté, des dictateurs, des théocrates et plus généralement de l'avidité face à une société apparemment d'abondance. Les autorités débordées s'y montrent totalement incapables de juguler l'arrivée de ces populations, et la population française s'y comporte dans sa majorité avec une veulerie impressionnante, incapable de réaction, quelle qu'elle soit.

     

    migrants, société, politique, immigration, hypocrisie, amaury, watremez, misèreLa civilisation occidentale dans ce livre est décrite comme dégénérescente car l'avidité à satisfaire ses appétits les plus abjects y étant devenu le seul repère.

     

    Bien sûr, cela n'a rien à voir avec la réalité de 2015 diront les « petits jeunes gens réalistes » et les bourgeois pédagogues. Les premiers invoqueront la mondialisation inéluctable des échanges et des personnes, l'émergence des nouveaux pays industrialisés, le changement de paradigme indispensable pour comprendre les « nouveaux enjeux » que généralement ils ne subissent pas....

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  • Fragments d'un journal en Palestine – 9

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     Septembre 2000 – Avril 2013 : être lucide sur son départ

    111802ramallah.jpgLes raisons invoquées publiquement pour partir en volontariat par les volontaires et coopérants sur le départ sont toujours nobles et sur la base d'idéaux grandioses. Ils sont nombreux à se rêver en émules de « Lawrence d'Arabie », en aventuriers de l'Arche perdue. Pendant tout un week-end le responsable de notre formation à Paris ne nous laissa pas une minute de répit sur les vraies raisons de notre départ, essayant de cerner un maximum ce que nous essayions de cacher à grand peine à savoir nos petits défauts.

     

    Ces raisons invoquées, digressons un peu, c'est un peu comme lorsqu'on lit les statuts de nombreuses personnes sur les réseaux dits « sociaux » :

     

    A les parcourir, leurs auteurs ne parleraient que philosophie et haute littérature, ne s'intéresseraient qu'à des sujets élevés, ne verraient que des chefs d'œuvre au cinéma, bref on se demande comment ils trouvent encore le temps d'aller sur « Facebook » ou « Twitter ».

     

    Ressentir le besoin de s'expatrier, même si la sublimation n'est pas forcément négative, se base toujours sur un manque ou mal-être que l'on vit chez soi tout seul ou en couple.

     

    Ou alors c'est juste pour plaire aux filles et se mettre en valeur, ou faire du tourisme avec un alibi vaguement humanitaire. Le don de un ou deux ans de sa vie est la sublimation des frustrations, des carences, des pertes, ce qui ne diminue en rien ce donc que peu de personnes sont capables d'accomplir, don gratuit qui ne rapporte rien une fois revenu à moins de disposer déjà d'un réseau en France.

     

    Chez beaucoup de personnes rencontrées à mon retour, ces deux ans accomplis dans des circonstances parfois difficiles ont surtout suscité la méfiance de mes interlocuteurs qui ne croyaient pas à mon témoignage de vie, et la jalousie, la jalousie de celui qui se soumet à la routine, à une survie qui est abjecte en soi mais confortable, dans le troupeau.

     

    Certes, il ne faut pas que ce manque ou ce mal-être soit trop fort, auquel cas l'expatriation sera très mal vécue, et le retour encore pire. Et il faut aussi se méfier des apparences, nous nous en sommes souvent aperçus. Ce n'est pas le « louque » qui fait l'aventurier par exemple.

     

    Je l'ai constaté un jour avec un autre volontaire dans la bibliothèque du Centre Culturel Français de Jérusalem :

     

    Un doctorant français, un sur-diplômé égaré là, habillé avec toute la panoplie qu'il estimait nécessaire sous ce climat (chéchia, lunettes, chapeau militaire en camouflage « sable » etc...) tentait vainement de séduire une jeune femme en se vantant d'exploits que nous savions tous imaginaires, car il ne quittait pas la bibliothèque, et qui finit de guerre lasse pour séduire, croyait-il, la donzelle, par se moquer de nous qui n'avions pas le physique de baroudeurs, mais plutôt celui de bons vivants.

     

    L'un de nous, enseignant en français langue étrangère, était partie le croyons-nous, pour retarder le moment où il allait devoir faire un choix qui engageait toute sa vie car il resta à Jérusalem un an de plus. Il nous semblait dans un premier temps très sécularisé.

     

    Et puis lors d'un chemin de Croix, l'observant en prière à la dérobée, je compris combien sa foi était intense et fervente, ainsi que son amour de la ville dans laquelle nous vivions, sentiments que nous ne tarderions pas à tous partager, et que de rester participait pour lui de cette foi et non d'un doute quelconque.

     

    J'ai toujours cette photo de lui, elle soutient ma propre foi à chaque fois que j'ai envie de flancher.

     

    Et maintenant je partage avec lui cette nostalgie inconsolable de cette terre violente, contradictoire et sensuelle malgré tout.

     

    Deux d'entre nous, un jeune couple, était parti surtout à l'initiative de la jeune épouse. Elle était petite, douce et menue, mais son autorité était inflexible sur son mari, un colosse de près de deux mètres à qui je passais en douce, maintenant je peux le dire il y a prescription, des cigares palestiniens achetés porte « d'Hérode ». Il avait fait contre mauvaise fortune bon cœur, surtout bon cœur d'ailleurs, car ce fut cela qui en fit une figure aimée de tous dans l'hôpital où il s'occupait des malades en fin de vie.

     

    Alors même si le désir de partir naissait aussi d'un manque à combler dans leur couple, le donc en résultant était exceptionnel.

     

    Il ne parlait pas un mot d'anglais, n'en parlait pas beaucoup plus en partant, tout comme l'arabe ou l'hébreu, exceptés quelques rudiments, mais le langage du cœur lui suffisait pour se faire comprendre.

     

    b-437411-Coffee_Shop_in_Ramallah_.jpgUn autre couple habitait en pleine Cisjordanie, dans un tout petit village chrétien, Zababdeh, où ils enseignaient tous deux le français tandis que lui faisaient également quelques « piges » pour son journal en France. Le jour où je vins les voir, il me proposa « d'aller faire les courses à la mode Zababdeh », ce qu'en bon occidental je compris par faire rapidement les magasins :

     

    « Bonjour, bonsoir, et 10 qui nous font tant et bonne journée messieurs dames ».

     

    A chaque commerce, je fus présenté, accueilli comme un proche, eut le droit même au thé avec mon hôte à Zababdeh. « Les courses » durèrent deux bonnes heures joyeuses.

     

    Plus tard, nous prîmes l'ombre avec un paysan palestinien tout en mangeant avec lui de la « pitâ » avec un peu de « zaatar », des herbes aromatiques, et de l'huile d'olive.

     

    Ce fut avec ces deux couples et un autre professeur de français, travaillant à Ramallah que je partis au Sinaï. L'équipée, que j'ai déjà évoquée, fût rude, et picaresque en même temps, nous dormîmes trois heures en quatre jours, deux attrapèrent une grippe intestinale, mais nous allâmes jusqu'au bout de nos résistances, les masques tombant assez vite sur nos réels tempéraments et surtout sur les défauts que nous aurions voulu cacher.

     

    Nous ne pouvons pas nous mentir quand nous nous voyons, nous connaissant profondément.

     

    Le professeur de français langue étrangère de Ramallah, qui est à une dizaine de kilomètres de Jérusalem, logeait quant à lui juste à côté de deux « check points », israélien, sévère, souvent arbitraire, et palestinien, plus laxiste. Passer le premier avec l'affiche en français et en arabe d'un festival de film au Consulat me valut d'être contrôlé une demie heure, suspecté d'être un séide du Hamas.

     

    La première fois qu'il se fit arrêter au second, il nous avoua avoir été déçu dans un premier temps, puis ravi quand il comprit que si les militaires palestiniens l'avaient arrêté c'était pour partager avec lui le repas de rupture de jeûne de Ramadan.

     

    Ce professeur, instituteur en France, non loin de Grenoble, était un sportif émérite, qui traversa la Palestine et Israël de part en en part à vélo très souvent.

     

    Ses chères montagnes lui manquaient souvent, le mont des Béatitudes, qui est somme toute une colline, même pour des non-montagnards.

     

    Souvent sur son toit, nous organisâmes des soirées qui se terminaient alors que la nuit était tombée depuis longtemps sur la région, n'entendant que le doux murmure des insanités que les militaires israéliens s'échangeaient par hauts parleurs interposés.

     

    Rentrant un soir de chez lui, nous empruntâmes un taxi collectif qui eut la surprise de sa vie. Croyant tomber sur des touristes esseulés, rentrant des boîtes de nuit de Ramallah, entendant notre accent français certes lamentable en anglais, il entreprit de nous faire payer 25 shequels la « course » alors que celle-ci en valait tout au plus 2,5, nous serions montés à 3,5 à cause de l'heure tardive, et car cela restait au fond très peu, mais négociant tant et si bien avec lui, nous ne payâmes l'arrivée que 1,5 chacun.

     

    Quant à moi, si j'ai toujours rêvé de vivre au Proche-Orient, en particulier en Terre dite Sainte, je suis parti d'abord et avant tout car je ne trouvais pas ma place en France, dans mon travail aussi bien que dans mes études, étant toujours dans l'insatisfaction, et aussi pour plaire aux filles, enfin surtout à une, espérant plus ou moins l'impressionner, la faire changer d'avis, ce qui était parfaitement illusoire bien entendu vu ses inclinations personnelles qui ne la portaient pas vraiment vers les hommes.

     

    Et puis, elle était de ces personnes qui n'aiment pas qu'on les perçoive telles qu'elles sont et non le personnage qu'elles jouent.

     

    Elle n'aimait pas que l'on voit ce qu'elle estimait être sa faiblesse, à savoir son empathie et sa sensibilité, sa lippe parfois de petite fille quand elle était contrariée, sa féminité émouvante.

     

    C'est pour elle au départ, on écrit toujours pour deux ou trois personnes tout au plus, avec l'aide d'un ou deux complices, que je rédigeai un petit journal de Jérusalem pour les coopérants et pour les proches en France. Se faisant passer pour un ami proche, à tous deux, elle s'est trahie par son style à l'écrit ce qui fait que je la reconnus assez, car elle en a, du style elle me demanda par mail de raconter ma vie à Jérusalem, ce que je préférai faire de manière un peu plus ambitieuse et plus ludique, avec deux doigts de dérision en créant une petite gazette :

     

    « Le Clairon de Sainte Anne ».

     

    Cette toute petite gazette montrée à une dame qui était aussi auxiliaire de police en civil, il y en avait beaucoup dans Jérusalem, fut jugée par elle digne des services intérieurs par l'impertinence qu'elle crut y déceler. Elle ne la signala pas, car nous étions amis, mais il s'en fut de peu. Elle avait un peu de mépris pour les palestiniens, mépris qu'elle ne montrait pas, elle se comportait correctement avec eux, mais au fond cela transparaissait toujours.

     

    Et un jour que nous critiquions devant elle la colonisation effective de la Cisjordanie elle affirma sans ambages en hébreu que « les chiens aboient mais que la caravane passe » ce qui est sans équivoque pour le moins.

     

    Tous, si nous sommes partis pour des raisons qui n'étaient pas toujours si belles que cela, nous voulions la même chose, avoir une vie un peu moins routinière, un peu moins ronronnante que la vie quotidienne moyenne de citoyen consommateur, qui s'apparente à de la survie sans beaucoup de grandeur.

    Première image prise ici (check point de Ramallah)

    Deuxième image de Ramallah empruntée ici