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  • Ces génies du Jazz fracassés

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    Aussi sur Agoravox

     

    à propos de « Low down : jazz, came, et autres contes de la princesse be-bop » de Amy Joe Albany en 10-18

     

    littérature, cinéma, société, amérique, amy joe albany, amaury watremezLorsque sont évoqués les génies du jazz, en particulier ceux ayant créé le style « be bop », on se rend compte que la plupart sont complètement fracassés par la vie, des inadaptés flamboyants, des « losers » magnifiques, des comètes musicales. La plupart étaient afro-américains mais on oublie souvent les autres, dont les blancs, excepté Chet Baker et sa belle gueule de travers. Je ne connaissais pas Joe Albany, pianiste délicat dans le style de Bud Powell, le père de la narratrice. Il était un des compagnons de création de Charlie Parker, drogué comme lui jusqu'à l'os, spécialiste du « travail du négatif ». Il vécut une période d'accalmie relative en Europe, en France plus exactement, dans les années 70.

     

    Heureusement que notre pays existait afin d'offrir aux musiciens de jazz qui chez eux jouaient souvent devant des convives parfaitement indifférents à leur musique un public à leur mesure, plus réceptif, plus bienveillant.

     

    Joe crut pouvoir oublier ses démons un temps, offrir à son « Amy Joe », sa « princesse be-bop » une vie presque normale, équilibrée, mais ses cauchemars, ses angoisses, une fois qu'il rentra aux États-Unis se rappelèrent à lui. Comme tous les artistes ou les âmes sensibles, ce monde ne suffisait à contenir sa soif de sensation et il eût voulu tout retranscrire, tout redonner. Mais un art si maîtrisé soit-il sera toujours imparfait dans l'expression de la beauté, L'idéal du créateur est toujours, en théorie du moins, chez les vrais créateurs, de parvenir à ne serait-ce qu'approcher la perfection. Ils se laissent parfois aller aux paradis artificiels afin de combler leur soif de ressentir toujours plus profondément le monde et sa beauté, ou sa laideur.

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  • Le choeur des vierges effarouchées, Trump et l'Islam

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    Sur Agoravox aussi

     

    Il se trouvera sans doute des vierges effarouchées afin de prétendre que le petit billet ci-dessous naît surtout de mon « islamophobie » ou de mon racisme supposés. Cela évite tout questionnement raisonnable ce genre d'attaques personnelles et, ou d'injures. Peu m'importe...

     

    Donald Trump, société, politique, immigration, société de classes, Amérique, amaury watremezTrump le nouveau président américain a pris un décret bannissant « de facto » les musulmans de nombreux pays du territoire des États Unis. Donald Trump est le président élu de ce pays, il a été élu tout à fait légalement ce qu'oublie tous ses détracteurs. Il n'a pas pris le pouvoir, ne le vole pas. Il l'a été car il a su répondre, que l'on soit ou non d'accord avec lui et les solutions qu'ils proposent, aux angoisses des électeurs quant aux multiples coups de canif dans les contrats sociaux des pays occidentaux dont la laïcité. Et il applique son programme.

     

    Une des plus fortes et des plus légitimes également parmi ces angoisses est induite par la question de l'intégration de l'Islam et de ses croyants au sein des sociétés occidentales. Lucidement, quel que soit le camp auquel on appartient, quelles que soient les raisons que l'on invoquera, il est évident que ce n'est pas précisément une réussite brillante.

     

    Les conséquences en sont connues :

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  • Nous le peuple

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    Us the people

    Trump, société, politique, Amérique, élections présidentielles, Hillary Clinton, amaury watremez, oligarques, élites, JuppéDonald Trump a remporté les élections présidentielles américaines.

     

    Il était très amusant d'observer les visages des journalistes et de leurs invités cette nuit se décomposer au fur et à mesure de l'annonce des dépouillements des votes des grands électeurs. Ainsi que pour Alain Juppé qui est en somme déjà élu dans notre pays même si les élections françaises n'ont lieu qu'en mai 2017, la « France d'en haut », et « l'Amérique d'en haut » voyaient madame Clinton déjà en place à la Maison Blanche, le passage des citoyens dans les urnes n'était qu'une formalité presque inutile.

     

    Et il leur était intimé de voter Clinton par les éditorialistes, la majorité des vedettes Hollywood, des plus favorisés, des adeptes de la mondialisation dite heureuse en général. Le peuple n'avait pas son mot à dire, pourtant la constitution US débute par « Us the People », nous, le peuple...

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  • Donald a dit chatte

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    Donald Trump, Hillary Clinton, société, Etats Unis, politique, amaury watremez, AmériqueJe ne suis pas un fervent supporter de Donald Trump. Tout ce fric étalé pendant la campagne des primaires et des présidentielles américaines que ce soit de son côté ou il est vrai du côté démocrate donne à la fois le tournis et la nausée. Je pense aussi qu'en tant que français, nous ne connaissons pas vraiment la société américaine, sa culture, ses us et coutumes. Nous pensons la comprendre car regardant depuis des décennies des films, des feuilletons et séries américaines, celles-ci ayant maintenant « la carte » des cultureux chic depuis quelques temps. Mais au fond, notre point de vue est toujours très superficiel et marqué par nos références qui ne sont pas pertinentes lorsque est évoqué cet état-continent.

     

    Donald Trump est comparé par nos arbitres des élégances politiques, nos éditorialistes distingués à nos politiques dits populistes français. Il est de bon ton d'appuyer sur son côté « plouc », ses défauts qui font « populo », des observations condescendantes qui je trouve sentent d'ailleurs le mépris de classe petit-bourgeois. Donald Trump traîne plusieurs « casseroles » en plus de n'être ni un diplômé ni un politique se comportant de la manière convenable selon les dogmes de nos élites. Pire encore, abomination de la désolation, dans une conversation rapportée par toute la presse américaine, Donald a dit « chatte » pour désigner de manière peu élégante l'appareil reproducteur féminin.

     

    « Mais vraiment où a-t-il été éduqué ma chèère » ?

     

    La société américaine étant encore très marquée par le puritanisme des « Pères fondateurs », et Trump prétendant à la magistrature suprême, c'est très mal aux yeux des américains. Il dit d'ailleurs avoir essayé de séduire des femmes qui n'étaient pas la sienne ce qui là-bas équivaut à une mort politique. A ce puritanisme traditionnel se rajoute celui du « politically correct », des féministes et des amateur-e-s de « Gender Studies », celui-ci étant encore plus radical que l'ancien. Et les commentateurs d'embrayer sur le même registre en France où il est de bon ton de donner des leçons de démocratie aux américains beaucoup moins intelligents que nos oligarques bien entendu à quelques exceptions près dont Hillary Clinton.

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  • Tu rêves encore d'Amérique ?

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    Le « djeuns » qui se veut « dans le vent », « in ze mood », tente vainement de placer deux ou trois mots d'anglais laborieux dans sa conversation, ses « tweets » ou statuts « fècebouc », ce qui rappelle ces blousons à la mode dans les années 80 à cause des inscriptions « ine inegliche » please dessus qui faisaient de la personne qui les portaient un modèle de « fashion ». Il existe aussi de ces jeunes « rebelles » qui encore maintenant « feuque » la police, ou l'autorité et qui « lauve » leur copine sans honte. (image prise sur Spion.com)

    politique, Amérique, société, Amaury Watremez

     

    Il n'est pas le seul le « djeuns », car l'adulte aussi se croit obligé de se dire « oveurbooké » quand il est crevé, de « tchecker » ses rendez-vous professionnels sur son « smartefône » « niou dgénératione » car il ne veut pas être dépassé, disconnected quoi, you see ? Pas plus que le « djeuns », l'adulte ne sait parler vraiment anglais, l'essentiel étant de donner « l'impression de »...

     

    Le « bobo » parisien rêve de New-York. Déjà que bien souvent, il est un ancien provincial, un ex-pécore, qui singe les manières qu'il estime « chics » et germanopratines, il s'imagine en somme comme un « provincial » de la mégalopole américaine qu'il voit comme dans « Mad Men », comme un voyeur à la fois fasciné et faussement révulsé parce ce qu'il voit.

     

    Les français de 2014, qu'ils soient « souchiens » ou « issus de la diversité » (TM°) ont une forte tendance en ce moment à rèver d'Amérique, pas celle de John Ford, pas celle de Chandler, d'Hammet et des « losers magnifiques » du « Roman noir », non celle du fric roi et décomplexé, et ostentatoire, le pays où en plus, il n'est nul besoin d'avoir des prétentions culturelles, sociales ou politiques pour se justifier d'avoir du pognon au coffre.

     

    En France, il faut dire, le bourgeois culpabilise encore un peu de bénéficier du confort matériel, raison pour laquelle il achète « équitable » ou « durables » et soutient les mouvements sociaux, enfin il les soutient de loin, ils sont rares ceux qui vont partager une « saucisse-merguez » avec des grévistes et, ou, une « 8-6 » tiède.

     

    Ce n'est d'ailleurs pas certain que cette ostentation par l'argent existe réellement partout aux États-Unis, ce n'est à n'en pas douter qu'un fantasme réducteur. Sans doute, ce pays étant en avance sur les dérives du consumérisme sur nous, certaines populations sont-elles un peu plus décérébrées, un peu plus sédentaires et obèses que les nôtres et préoccupés surtout de rester le nez collé aux divers écrans, en bons « couch potatoe », qui envahissent notre vie.

     

    Sur l'alimentation, pas besoin de traité transatlantique pour que la « malbouffe » se répande un peu partout, il y a des gosses qui dans des familles ignorent l'existence des légumes verts ou de boissons autres que des sodas surchargés en sucres et qui ont pris l'habitude pour faire cinquante mètres de demander à leurs géniteurs tout autant décérébrés de prendre la voiture, la marche ou l'utilisation d'un vélo pour se déplacer induisant dans leur tête une sorte de honte sociale insurmontable semble-t-il.

     

    photo-1256103060959-1-0.jpgLa France devient comme ces pays en développement où pour se croire au moins un temps prospère on anglicise tout pour se consoler. On imite ce que l'on croit connaître de l'Amérique. On compense ses frustrations en rêvant d'une réussite de « self made man » alors que cette réussite suppose, même si l'initiative est sans doute plus favorisée en Amérique, du travail et des efforts.

     

    Bien souvent, quand on lui met le nez sur la réalité de l'Amérique, le rêveur de « buildings » et de « skycrapers » revient bien sagement à sa petite vie, ou sa survie un peu médiocre et il se repasse la dernière saison de « Breaking Bad » pour se convaincre que le rêve américain c'est plus ça.

     

    image ci-dessus prise là

  • Lester Bangs aurait-il aimé les années 2000 ?

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    Article paru aussi sur Agoravox

    Comment ? Quoi ? Comment ? Est-ce possible ?

    musique, littérature, amérique, rock, "sex, drugs and rock and roll"Un catho, « anar de droite », qui écrit sur un auteur qui a noirci des centaines de pages sur des groupes de « glam rock » décadents, jouisseurs et hédonistes frénétiques se maquillant pour certains comme des camions volés ?

    Dans quel monde vivons-nous ma bonne dame ?

    Dans quel monde vivons-nous si même les méchants se mettent à apprécier ce genre de littérature dans la lignée de Nik Cohn, Hunter Thompson, Nick Tosches ou Greil Marcus ?

    Beaucoup comparent le style de Lester Bangs aux « écrivains-poncifs » habituels des écrivains révoltés américains :

    Burroughs, Bukovski, et Kerouac.

    Avec Bukovski, la comparaison a un intérêt réel, pour les deux autres c'est moins certain. Lester Bangs n'a jamais prétendu être un théoricien de la rébellion adolescente, ou post-pubère, comme Kerouac et n'a jamais joué à « Guillaume Tell » avec son épouse.

    Personne n'a jamais songé qu'il y avait surtout en lui de l'Ignatius J. Reilly, le personnage principal de « la Conjuration des imbéciles », en version post-moderne et « punk », terme que le critique rock invente en 1973 pour désigner une esthétique du négatif, du laid, un amour joyeux du pas esthétiquement correct, le tout exprimé en un joyeux bordel de mots.

    Lester Bangs qui plus est qui a participé activement à la plupart de ces bacchanales ce qui aggrave son cas aux yeux des « bigots » de tout ordre, y compris ceux de l'« hygiéniquement correct ».

    Je suis à peu près sûr qu'il ne mangeait pas cinq fruits et légumes par jour, qu'il buvait sans trop de modération et fumait des substances prohibées.

    Ces tenants de l'écriture « Rock » se signalent tous par leur style toujours vif, puissant et sans concessions. Ce n'est pas tant le fait qu'ils soient encore à la mode dans les milieux culturels qui pensent, qui les révèrent également comme des modèles de rébellion (les « z-inrocks » adore), en bons « enfants sages » qu'ils sont, qui rend ces écrivains intéressants, mais leur travail littéraire souvent remarquable.

    Lester Bangs est né en 1948, mort en 1982, une vie très courte marquée le « Sexe, beaucoup, Drogues, beaucoup aussi et Rock and Roll, énormément », et aussi et surtout par l'écriture qui est pour lui sa respiration et une raison de vivre. Quand il meurt, peu après la fin des lascives années 70, il avait de nombreux projets d'écriture, dont on retrouve quelques ébauches dans « Psychotic Reactions et autres carburateurs flingués », recueil de textes choisis et ordonnés par Greil Marcus, et que les éditions Tristram ressortent en collection « souple » (Que le Tout Puissant, le Très Haut, le Miséricordieux les protège dans sa bienveillance infinie !).

    Il publia cent-cinquante critiques dans « Rolling Stone », la bible du « hype » dans les années pré et post « Summer of love », entre 1969 et 1973. Il fut viré pour « irrespect des musiciens », qu'il n'hésitait pas à critiquer alors que la plupart à l'époque avait un statut de quasi-dieu vivant, d'idoles largement au-dessus du commun des mortels, dont « Led Zeppelin », qu'il déteste cordialement, contrairement à Lou Reed qu'il admire.

    Il raille les icônes en plastique, formica et chromes, colorées agressivement, prétendant remodeler le monde selon leurs chansons alors qu'il ne s'agissait toujours que de commerce et de vendre un maximum de « vynils », « vynils » qui reviennent à la mode selon la mode « vintage » consistant à acheter beaucoup plus cher des objets populaires dans notre enfance et maintenant introuvables, et pour cause .

    Il se permet d'être caustique, sarcastique et le plus souvent pertinent sans se soucier des conséquences. « Rolling Stone » l'a viré car à force de dézinguer les groupes qui faisaient fonctionner le tiroir-caisse, la revue aurait pu finir sur la paille, les maison de disques « pour jeunes » ne tolérant que très modérément l'insolence et l'indocilité. Il égratigne même les icônes absolues, comme Janis Joplin, écrivant sur sa mort par overdose :

    musique, littérature, amérique, rock, "sex, drugs and rock and roll"« Ce qui est dérangeant n'est pas seulement le fait que ce genre de mort prématurée soit devenu un fait de la vie, mais qu'on l'a accepté en tant que donnée tellement rapidement ».

    il pourrait exactement tenir les mêmes propos pour Amy Winehouse ou Kurt Cobain, ou lui, mort jeune comme un autre auteur indomptable des années 70, Alain Pacadis...

    « Rolling Stone » existe toujours, elle est toujours lue par les participants de l'été de l'amour, les vieux combattants du Larzac, les anciens « hippies » qui sont tous devenus pour la plupart des libéraux-libertaires communs. Maintenant dans « Rolling Stone », on parle de Rock et de cinéma comme mon grand-père.

    A partir de 1973, « Creem », revue musicale de Détroit publiée jusqu'en 1988, l'accueille dans ses pages et lui laisse une liberté quasiment absolue, parfois même Bangs publie des articles d'une trentaine de pages. Il s'inscrit dans le « gonzo-journalisme » car il mêle à ses critiques des considérations et récits d'épisodes qu'il prétend auto-biographiques tout comme le faisait Hunter Thompson.

    La lecture des textes de Lester Bangs montre également de manière éclatante que la société a changé, et pas dans le bon sens, vers plus de liberté, plus d'indépendance. Les temps sont à la simplification, aux esprits positifs coûte que coûte, qui ne veulent simplement pas voir le monde tel qu'il est, à l'humanitarisme bien léger, bien mollasson mais suffisant pour se donner bonne conscience, à la dérision cadrée, à l'insolence minimale.

    Lester Bangs aurait détesté les années 2000.

    Illustration du haut prise sur le site "jungle key"

    Illustration du bas prise sur le site de la librairie "Mollat"

  • Un emmerdeur de talent – les morceaux de bravoure de Norman Mailer

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    Sur Agoravox

     à propos de « Morceaux de bravoure » de Norman Mailer en « pavillons poche » chez Robert Laffont

    Littérature, Amérique, société, télévisionJ'aime tous ces auteurs américains, de Truman Capote à Hunter Thompson, en passant par Jim Harrison, un ogre, comme Norman Mailer l'est aussi, ou dans un autre genre Lester Bangs, excentriques, hors-normes, qui ne sont jamais dans la demie-mesure ou la tiédeur, qui ont su parler de l'époque sans pour autant tomber dans le risque de pontifier ou de théoriser avec prétention, posant au guide spirituel des peuples, qui n'en demandent pas tant et qui aimeraient bien parfois que tous ces guides auto-déclarés finissent un jour par leur ficher la paix.

    Ce ne sont que des hommes libres qui tentent d'amener leurs semblables à la même liberté, pas des militants d'une cause, d'une foi ou d'une idéologie..

    Norman Mailer, né en 1923, mort en 2007, parle de tout, se mêle de tout, dans ce livre qui compile des textes, articles et chroniques écrits tout au long de sa vie des considérations sur les médias, les femmes, l'écriture, son amour de la littérature (deux textes exceptionnels sur Hemingway, qui l'inspire pour son style journalistique, proche aussi de la « non fiction » de « De Sang Froid » de Capote, et Henry Miller, avec qui il partage l'expérience de l'exil parisien), le microcosme littéraire et l'agacement qu'il suscite en lui, la politique, la CIA, le Watergate, la fascination qu'il a pour Nixon et ses mensonges, les lubies de J.Edgar Hoover, le travesti le plus célèbre de l'histoire des États Unis, et divers autres sujets dont son expérience au cinéma et l'argent qu'il a perdu en cette occasion, dont un film crépusculaire avec Ryan O'Neal (« Les Vrais durs ne dansent pas » avec aussi Isabella Rosselini) et même son amour des chiens.

    A la fin de l'ouvrage sont rassemblées une bonne partie des interviews de l'écrivain de 1960 à 1982.

    C'est un emmerdeur aux yeux des imbéciles car il ne respecte pas les compromis et autres petites lâchetés supposées normales afin de continuer à être tenu en considération par le système spectaculaire, les conventions minables qui poussent à jouer l'affrontement face caméras pour mieux fraterniser ensuite une fois celles-ci éteintes.

    Ce qu'il écrit entre autres sur la télévision est d'une acuité, d'une ironie et d'une intelligence qui valent toujours à notre époque car rien ne s'arrange vraiment depuis les années 60 et 70, les spectacles hypocrites, les shows d' « infotainement » déjà en place à cette époque, dont il est d'ailleurs un des « bons clients » lucide sur le rôle que l'on tente de lui faire jouer, celui du trublion que le public aime détester pour son irrespect total des convenances surtout car de fait, Norman ne fait que tendre aux spectateurs le reflet de leur propre soumissions, de leur allégeance, à un système dont ils sont les proies consentantes encore maintenant.

    C'est un emmerdeur aux yeux des thuriféraires de l'élite car il assume complètement sa virilité et son goût pour des comportements masculins qui ne correspondent pas à ce que l'on attend d'un gentil garçon cultivé et bien élevé dans les milieux qui pensent et qui s'engagent, tout en étant d'une sensibilité à fleur de peau que d'aucuns perçoivent comme exclusivement féminines.

    Ces milieux ne le considèrent pas vraiment comme un des leurs bien qu'ils partagent superficiellement les mêmes engagements libertaires ou l'opposition à la Guerre du Vietnam, mais qu'il écrit aussi sur des sujets apparemment beaucoup plus futiles avec par exemple son livre sur les « mémoires imaginaires » de Marylin Monroe qui est sans doute un des meilleurs livres sur l'actrice, le mythe qui l'entoure, et une réflexion sur le vedettariat et aussi et encore sur le spectaculaire omniprésent dans notre société.

    Au fond, Norman Mailer est un réactionnaire au sens strict du terme, à savoir un auteur qui n'aime pas son époque et ce qu'elle a comme conséquences néfastes sur ses frères humains. Souvent ce qu'il écrit enthousiasme, parfois ses partis pris peuvent agacer car il ne prend jamais de gants pour en parler, et les assène sans se soucier des conséquences.

    Il a beaucoup d'autres défauts et non des moindres pour les arbitres des élégances morales et politiques.

    Et il combattif dans le Pacifique contre les japonais, restant fier jusqu'au bout de ses hauts faits militaires, ce qui rajoute aux suspicions que les beaux esprits de son temps ont envers ses engagements pour qui cela ne se fait pas d'apprécier la « chose miliaire », les petits soldats, les armes et le courage que cela implique

    Il aime boire sec et souvent, il s'enthousiasme pour la boxe, participe à un ou deux matchs d'ailleurs, il n'hésite pas à jouer des poings en dehors des rings, ou du « coup de boule », à l'encontre de Gore Vidal par exemple, juste avant une émission de télévision, et se comporte parfois avec les femmes sans respecter les règles de bienséance, celles-ci lui pardonnant ses écarts qui sont ceux d'un enfant, car comme tout écrivain doté de cette sensibilité qui les pousse à plus de lucidité, comme beaucoup de créateurs, Norman Mailer garde une part d'enfance en lui, une enfance dont il est au fond inconsolable.

    Portrait de l'auteur pris sur le site du dailymail

    Ci-dessous Norman Mailer sur sa conception d'une vie réussie (en anglais)

  • Du mauvais côté des "suburbs"

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    On parle de ce livre aussi sur Agoravox

    « Dieu bénisse l'Amérique » de Mark Safranko

    Livre paru aux éditions « Pulse - 13e Note »

    image empruntée ici

    littérature,société,politique,amérique,roman noir,americanaLe livre commence par des photos en noir et blanc de l'auteur, italo-américain, enfant encore souriant puis adolescent un peu plus maussade, emprunté dans son costume cintré plus ou moins à la mode « rockabilly » des années 50 , des photos qui sont autant de souvenirs de moments heureux, rares, lorsqu'on lit sa biographie, qui se confond avec celle de son personnage principal et « alter-ego », Max Zajack, enfant d'immigrés polonais qui vit sur la mauvaise rive de l'« Americana », dans des « suburbs » ripolinés comme des prostituées au regard triste, un peu trop maquillées, où ils côtoient les « classes dangereuses » du « lumpenprolétariat » yankee.

    Même dans ces classes miséreuses, il retrouve une hiérarchie, selon les origines, les communautés, les croyances, les revenus. La nature humaine, contrairement au cliché qui fait des pauvres des êtres à part, angéliques, reste la même, aussi décevante pour les moins favorisés que pour les plus aisés.

    Mark Safranko préférait « écrire plutôt que respirer » selon ses termes, c'était, c'est encore un lecteur compulsif qui comme tous les lecteurs compulsifs n'a pu résister au désir de coucher ses univers mentaux sur papier.

    Et qui a toujours écrit, à partir du moment où il a su tenir un crayon

    La littérature est pour lui un enjeu véritablement existentiel.

    Cela paraît excessif dit comme cela, surtout aux yeux de la société pour qui c'est essentiellement un divertissement comme un autre. Et rien d'autres. Les écrivains sont aussi souvent de ces gosses inadaptés qui se réfugient dans la littérature quand ils sont confrontés un peu trop souvent à la sottise et à la haine que les adultes expriment un peu plus souvent qu'il ne faudrait.

    On retrouve chez Mark Safranko cette hyper-émotivité à fleur de peau que l'on trouve chez Céline ou Henry Miller, et aussi Bukovski, qui leur fait trouver insupportables la médiocrité des aspirations de leurs contemporains, insupportables l'étroitesse des rêves de ceux qui n'aspirent qu'à rentrer dans le rang et être « comme tout le monde ».

    On m'objectera :

    De quel droit peuvent-ils juger les désirs de banalité et de tranquillité de leurs semblables ? Après tout, c'est plus simple et plus confortable, certains diraient plus sage, de se contenter de ce que le monde nous offre.

    C'est tout simplement que par leur appétence à s'élever, à épanouir leurs dons, leur créativité, par leur générosité à les partager, ces auteurs encouragent leurs congénères, leurs semblables, leurs frères à rechercher au fond autre chose que ce qui s'apparente finalement à la simple survie. Or l'homme n'est pas destiné à seulement survivre mais à vivre pleinement, à « grands rênes ».

    portrait de l'auteur ci-dessous pris sur le site de "13ème note"

    littérature,société,politique,amérique,roman noir,americanaDés les premières pages de ce livre le lecteur est prix par le rythme des phrases qui mêlent le registre très soutenu et très littéraire, presque classique, avec un vocabulaire populaire voire trivial, l'auteur n'hésitant pas à décrire des scènes très crues qui fort heureusement ne sombrent jamais dans le misérabilisme même si elles sont par ailleurs sordides.

    Il évoque ses parents, leurs disputes violentes, leurs réconciliations par des étreintes brutales.

    Il parle aussi de l'hypocrisie des bonnes sœurs enseignantes de l'école que fréquente son personnage, toute en componction et sourires de façade envers lui et pleines de morgue et de mépris réel au fond, car il est aussi indocile ce qui n'arrange rien aux yeux de ces femmes censées l'aider à progresser.

    Le roman prend un tournant vers un humour, acide, quand il raconte les rêves du père qui leur fait prendre la route vers la Floride, croyant y trouver la fortune et la gloire, demeurant convaincu que le "rêve américain" leur est encore accessible.

    Ce qui est intéressant est que le personnage, "alter ego" de l'auteur, n'a aucun ressentiment, aucune haine envers ses parents ou les personnes qu'il a croisé, y compris les religieuses évoquées plus haut, il les décrit sans aigreur, les montre simplement tels qu'ils étaient, avec leurs failles, mais aussi leurs naïvetés. Le lecteur perçoit même au fond la tendresse de l'écrivain pour toutes ces personnes, malgré tout, malgré leurs faiblesses et leurs grandes maladresses qu'il leur pardonne, contrairement à d'autres écrivains français spécialistes de l'autofiction, ressassant sans cesse leurs blessures narcissiques, se remmémorant constamment et morbidement leurs souffrances.

  • Crobards sur Crumb

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    Crumb est aussi sur Agoravox

    Robert Crumb est à l'honneur au musée d'Art Moderne de la ville de Paris jusqu'au 19 Août.

    Cela m'a donné envie de revoir le documentaire remarquable que lui consacre Terry Zwigoff et de commettre deux-trois lignes sur lui.

    image prise ici autoportrait de 1992

    crumb_aventures002.jpgCrumb se verrait bien au départ comme un brave petit « all-american kid ». Comme eux il habite avec ses parents dans un de ces lotissements qui s'étend sur des kilomètres autour des mégalopoles américaines, on y lève « les couleurs » le matin. Il n'est pas le gosse bien sage élevé aux Corn Flakes et aux sages préceptes des Pères Fondateurs, contrairement aux vœux de ses parents, il n'est pas « quaterback », ni même « premier de classe », il rêvasse et dessine dans son coin, et commence à sortir avec des filles qui ont toutes la même particularité physique, elles sont callipyges de manière impressionnante.

    Il est un peu perdu entre un frère brillant mais de plus en plus enfermé dans ses fantasmes, une mère monstrueuse et la société des êtres humains dont il perçoit déjà toute l'absurdité et le grotesque.

    Déjà il se fait remarquer en portant des petits chapeaux ridicules qui lui donnent l'allure d'un petit vieux.

    L'arrivée des années 60 donne un rythme un peu plus trépidant à ses conquêtes et son absorption de substances illicites.

    Il est partagé entre le dégoût de lui-même, la volupté et l'envie brûlante de continuer à se vautrer dans ses délires fantasmatiques qui vont très loin, suscitant le malaise parfois :

    image prise ci-contre prise ici, tel qu'il se voit avec Aline, son épouse

    15-large.jpgMasturbation monstrueuse, réduction des femmes à de monstrueuses créatures dévorantes des pauvres hommes, quelques courbes et sphères, c'est tout, Crumb n'est pas aussi zen que un de ses héros, « Mister Natural », qui se balade tout nu sans que cela ne lui pose problème, et Crumb est tenté par l'enfer, tout comme « Fritz the Cat », le tout dans le même style saccadé qui apparaît comme « pacifié » depuis quelques temps.

    Il se voit comme le petit homme tremblant de peur, reclus dans un coin de son cerveau, mourant de peur et d'anxiété, de révolte, de colère, de solitude.

    Il voudrait bien être comme les types des pub, ou ceux des peintures de Norman Rockwell, avoir des bonnes joues rouges, ne pas être obligé de porter des "culs de bouteille" pour lire ou dessiner, ne pas avoir la hantise de la folie dans laquelle tombe son frère, qui partageait les mêmes angoisses, et qui se suicide quelques mois après le tournage du film de Terry Zwigoff.

    Et dont il reste persuadé qu'il était plus doué que lui. Charles Crumb dessinait des « comics » lui aussi depuis sa plus tendre enfance, ayant comme son frère la rage de s'exprimer par cet art. Encore maintenant, Robert Crumb ne sort jamais sans son calepin, « croquant » le monde qui l'entoure avec frénésie.

    Ce n'est pas exactement le dessinateur préféré des féministes car il semble penser comme Saint Jérôme que ce que d'autres appellent « l'Origine du Monde » n'est rien d'autres que la « Porte de l'Enfer », tout en aimant bien emprunter souvent cette porte d'ailleurs.

    Puis Crumb s'est marié, une deuxième fois, avec une dessinatrice qui avait « vécu » elle aussi, Aline Kominsky. Ils créent tous les deux « Dirty Laundry », comic où ils racontent tout de leur vie de couple.

    Trouvant un semblant de paix, il a pu commencer à ranger sa collection de vinyles de blues, jouer un peu de musique et rire avec sa fille. Arrivé à un certain âge, il est plus sage de se ranger ou du moins de trouver un équilibre et parler de ses angoisses avec plus de sérénité.

    Du moins, c'est ce qu'il voudrait que l'on croit, car il n'est pas si assagi...

    J'ai toujours lu les comics de Crumb avec beaucoup de passion. Pourtant c'est un grand malade, comme on l'a vu, qui n'a jamais épargné au lecteur la moindre de ses névroses, obsessions ou compulsions.

    Il aide Harvey Pekar à raconter son auto-biographie, à travers ses bandes dessinées et à mon sens il n'y a pas de meilleur guide des années 70.

    Depuis quelques années, il travaillait sur la Genèse, après avoir lancé la réédition de ses premiers albums chez Cornelius. Il a prétendu que c'était un travail rapide pour l'argent, mais y passe six ans.

    Les cul-bénits s'attendent à ce qu'il soit blasphématoire, il est au contraire extrêmement respectueux de la foi, les critiques de bon ton par contre l'auraient souhaité provocateur, ils font la fine bouche (« oui c'est pas mal mais bon, il est trop sage »).

    Crumb redonne en outre aux personnages de la Genèse ce qui leur manque le plus dans l'esprit des lecteurs modernes de la Bible, croyants ou pas :

    Une incarnation, l'Incarnation du Christ est déjà présente en Adam comme le montre Crumb, et une force alors que la Bible semblait de plus en plus intellectualisée, éthérée, dématérialisée.

    Quand Jacob lutte avec l'Ange, ce n'est pas un échange poli de banalités débitées sur un ton monocorde ou d'une voix blanche.

    Il y va de la chair, de l'âme, des tripes de Jacob.

    Les prophètes sont entre Prospéro et le roi Lear, On ressent des évènements le tragique et le dérisoire, ou la grandeur, la beauté, la proximité de Dieu dans l'écriture.

    C'est tout l'esprit des peintures religieuses flamandes que l'on y retrouve, ce mélange de trivial et de mysticisme qui élève tant l'esprit sans le couper du corps. Il y a quelques années déjà, Simon Bisley, dessinateur moins connu, mais tout aussi turbulent, a peint une « Passion » étonnante.

    Quand on vous dit que Dieu écrit droit avec des lignes courbes...

    Crumb a un site officiel

    Quelques articles de presse sur l'exposition en cours

    Ci-dessous, un extrait de "Crumb" de Terry Zwigoff où le dessinateur raconte l'histoire de l'Amérique à sa manière, et un extrait de "Fritz the Cat", adaptation d'une de ses BD les plus populaires

  • De Kerouac et quelques platitudes

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    Déjà sur Agoravox

    « Qu'est-ce que ça peut faire, où on vous met quand vous êtes mort? Dans un puisard dégueulasse ou dans un mausolée de marbre au sommet d'une grande colline? Vous êtes mort, vous dormez du grand sommeil... vous vous en foutez, de ces choses-là... le pétrole, l'eau, c'est de l'air et du vent pour vous... »

    (Raymond Chandler - « Le Grand Sommeil », 1939)

    littérature, déboulonnage d'idoles, Amérique, politique, sociétéJ'échange sans problèmes tous les écrits de Kerouac qui font pâle figure en miroir de ces quelques lignes.

    Kerouac, le premier de la « Beat Generation » (voir photo ci-contre) et le créateur du terme, revient à la mode avec le film inspiré de son roman « Sur la Route », réalisé par Walter Salles caution « auteurisante » du projet, présenté à Cannes dans lequel jouent une ou deux vedettes pour jeunes, faisant là leur premier film sérieux pour les critiques, et produit par Coppola.

    C'est logique au fond. Notre société est à la fois fascinée par sa propre destruction et ses rebelles, des rebelles qui permettent de se trouver des alibis d'égrener quelques platitudes certes sympathiques, fraîches, mais des platitudes tout de même.

    A notre époque où le jeunisme est roi, et l'adulescent, et sa crise post-pubertaire qui dure quasiment toute sa vie, le roi du monde, devenir adulte considéré comme une malédiction, bien sûr, je vais passer pour un méchant à dire ça, mais qu'importe, Kerouac est en plein dans les préjugés rythmant les opinions dans le vent encore en 2012.

    Tout adolescent ou adulescent qui ne balance pas une ou deux de ce genre de platitudes est considéré comme grégaire et conformiste alors que c'est plutôt l'inverse.

    Les transgressions décrites dans son livre paraissent maintenant bien fades dans une société où les interdits moraux ont à peu près tous disparu car ils entravent la consommation des choses et des corps.

    Greil Marcus le dit aussi dans « Lipstick Traces », l'anarchie que réclame les punks, la libération des désirs que demande à hauts cris les rebelles « beatniks » ou Rock, le tout sert surtout le pouvoir des marchés et leur mainmise, tout ce qui incite à un individualisme forcené et surtout narcissique étant bon à prendre.

    Ce qui est à noter est que même si elle paraît apparemment plus libre, au fond la société américaine actuelle (tout comme l'occidentale dans son ensemble) est aussi puritaine qu'à l'époque de la rédaction du roman, tout le monde pouvant donner libre cours à l'assouvissement de ses pulsions à condition de laisser le voisin tranquille et de le faire en cercle fermé.

    En 2012, les adolescents américains en passe de devenir adultes sont rares à partir sur les routes « like a hobo » (dont le personnage principal du livre partage l'existence, un « hobo » étant un travailleur manuel nomade, après la Crise de 29, qui vend sa force de travail dans les villes qu'il traverse) mais la plupart s'adonnent aux mêmes plaisirs que les personnages de Kerouac pendant les « Springbreaks » et autres fêtes défouloirs permises par le système pour que les jeunes évacuent tout le poids de l'allégeance que par ailleurs ils accordent sans se poser de questions à la société telle qu'elle est.

    La société libérale-libertaire actuelle est juste un tout petit plus hypocrite en somme.

    J'ai lu Kerouac il y a longtemps, ce n'est pas l'auteur de la « Beat Generation » qui est le plus intéressant littérairement, et au fond le plus transgressif contrairement à William Burroughs, « Old Bull Lee » dans « Sur la route ». Allen Ginsberg, Carlo Marx dans le livre.

    Curieusement, la « transgression » des tabous de Kerouac s'arrête à raconter ce qui l'aurait été vraiment, en son temps, à savoir ses penchants homosexuels, ce qu'ont fait Ginsberg et Burroughs, le second plus finement que le premier pour qui ça a consisté à réciter des vers de mirlitons de sa composition en sautillant tout nu devant un public acquis pour peu que l'on fasse un peu d'épate-bourgeois, et sombrer vers la fin dans un mysticisme syncrétisant.

    (Rien que le fait d'imaginer la scène et le ballotement de certaines parties de son anatomie rend cela d'un coup beaucoup moins romanesque et révolté).

    Il y a toute la mythologie autour de l'écriture du roman, rédigé quasiment au fil de la plume sur un gigantesque rouleau de papier pour ne pas perdre un instant de l'inspiration jaillissante de Kerouac qui aurait écrit comme en transe, ce qui a fait croire à de nombreux jeunes auteurs en herbe qui ont suivi que leurs écrits étaient forcément géniaux ou intéressants car d'un premier jet réputé plus inspiré.

    Je suis toujours un peu gêné devant cette légende qui finalement correspond au cliché petit bourgeois sur la littérature qui ne serait pas vraiment un travail de longue haleine, mais forcément un divertissement d'inadaptés sociaux, et surtout pas un enjeu existentiel qui implique un rien d'exigence voire d'ascèse.

    D'ailleurs, Kerouac fût obligé de retravailler son manuscrit pour qu'il soit édité. Il se remit pas vraiment de l'énorme succès de son livre.

    A partir de là, devenu rebelle officiel -riche- et célèbre, icône du grand Barnum spectaculaire, il finit par se tourner vers le bouddhisme, un bouddhisme de mode, considéré plus sous l'angle de la gymnastique mentale personnelle, du « coaching » en somme que comme une véritable spiritualité.

    N'importe quel trader, n'importe quel jeune diplômé, petit employé, bureaucrate grisaillant, a souvent rêvé de laisser tout tomber, d'aller jouer de la guitare tout nu au bord de la mer, et de partir sur la route comme Sal Paradise et Dean, les héros du livre. Bien sûr, une fois le rêve passé, ils n'y donnent jamais corps, et se donnent des excuses, des alibis.

    Il existe des livres et auteurs américains sur l'inadaptation beaucoup plus intéressants et mieux écrits que celui de Kerouac, plus radicaux, mais qui sont beaucoup moins souvent cités :

    « La Conjuration des imbéciles », roman picaresque, drôle, tragique, grotesque et profond, de John Kennedy Toole, grand écrivain hypersensible et persuadé d'être un raté qui a fini par se suicider, l'histoire d'Ignatius J. Reilly, et aussi « Au-dessous du Volcan » de Malcolm Lowry suivant les tribulations d'un consul alcoolique, mourant et désespérément amoureux, perdu dans les méandres de ses souvenirs et de ce qui le hante, chef-d'œuvre malade et passionnant aux ramifications allant beaucoup plus loin que celles de « Sur la Route ».

    Le consul pieds nus dans ses chaussures essaie de faire bonne mesure du mieux qu'il peut, mais l'amour de sa femme, l'impossibilité de l'amour fou symbolisée par le roc de la "Despedida" se rappellent sans cesse à lui jusqu'à la fin.

    Dans le livre, j’ai goûté au mescal grâce au consul et avec lui on découvre que l’amour passionnel est une illusion impossible, un leurre qui fait que deux personnes croient qu’elles se donnent alors que bien souvent elles essaient de contempler un reflet chez l'autre. L’écriture de Lowry est prenante d'un bout à l'autre. Les imbéciles et les esprits étriqués (pléonasme) n'y verront que l'histoire d'un alcoolique. Le consul, considéré comme un raté, a l'avantage majeur de savoir que tout n'est qu'apparence.

    littérature, déboulonnage d'idoles, Amérique, politique, sociétéEnfin, puisqu'il est question de littérature éthylique, citons Bukovski. (voir photo ci-contre)

    La misère mène toujours à un voyage au bout de la nuit, au bout d'un tunnel, sans fin, parsemé d'archanges grotesques, d'anges du bizarre, d'alcool, de bitures et de destruction, de filles dont ils tombent toujours amoureux aussi vite qu'ils les quittent. Ce livre, composé de fragments de tous ses livres, romans et poèmes, explique pourquoi l'auteur a vécu le tout, l'origine du tout est son enfance comme beaucoup d'autres grands brûlés de l'existence. Loin de la littérature trop polie, trop honnête, Bukowski ne fait que montrer sa misère, mais la vraie misère.

    Il est aussi à mi-chemin entre Céline et Dostoïevski convaincu des faiblesses de l'humaine nature et sachant également que le plus important est ce que l'autre donne, ce qu'il apporte.

    On pourrait s'arrêter à cela et sombrer dans le pathos et le cliché de l'écrivain en dérive, du génie méconnu trop longtemps parce que trop original ; c'est l'argument massue de tous les minables qui cherchent absolument le succès ou la célébrité, rechercher cette célébrité le plus souvent même pour du rien, du néant, de la vacuité intersidérale, parce que comme on ne croit en rien d'autres, ça donne l'impression de survivre après le retour à la glèbe après la mort, ceci que le cercueil soit plaqué or ou pas. Bukovski se fout des idéologies et de l'engagement, il sait très bien que c'est souvent une mascarade, une farce macabre.

  • Abolition sélective de la peine de mort ?

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    Sur Agoravox on en discute

     Abolition de la peine de mort selon les cas ?

    Ou pour tout les condamnés ?

    franquin1.jpgDepuis quelques jours, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer l'exécution de Troy Davis, condamné « modèle » qui cumule en lui tous les critères nécessaires pour être défendu par les belles consciences, appartenant à une minorité, sage, aimant sa maman.

    C'est ce qui pourrait agacer dans l'histoire, ce côté sélectif qui ne devrait pas avoir lieu d'être quand on est contre l'abolition de la peine capitale.

    Troy Davis, comme Caryl Chessman avant lui, a surtout connu un sort inhumain, atroce, puisqu'il attendait dans le couloir de la mort depuis 1989, soient plus de vingt-deux ans ! Et que son exécution a déjà été repoussée à trois reprises après divers recours judiciaires.

    Comme d'autres représentants des afro-américains, il n'est pas le premier à clamer son innocence, et à être condamné sur la base de préjugés racialistes.

    Robert Badinter lui-même a évoqué ce cas ce matin sur Europe 1, à chaud.

    Les abolitionnistes défendent avec raison l'abolition de la peine de mort, mais sélectionne les cas, or, quand on veut l'abolition de la peine de mort, c'est dans tous les cas de figure, même quand le condamné à mort est une parfaite enflure, un salaud.

    Ainsi, un partisan de la « suprématie blanche » a été lui aussi exécuté au Texas cette nuit pour le meurtre de personnes de couleur, un « white trash » de « Hooterville » en somme, un « petit blanc » qui a cru pouvoir se venger et se consoler de toutes ses frustrations réelles et imaginaires en commettant des meurtres racistes.

    Il aurait été encore plus fort, encore plus audacieux, dans la défense de l'abolition de la peine de mort, de demander la suspension de son exécution pour lui aussi. Après tout, c'est ce qu'a fait Badinter en France pour Patrick Henry qui était un assassin d'enfants cynique, un salopard immonde.

    Badinter l'avait défendu, en en faisant un symbole de l'abolition justement car ce n'était pas un condamné modèle.

    Trouver la peine capitale normale pour les salauds, l'admettre franchement ou du bout des lèvres c'est pareil, c'est finalement reconnaître l'échec de la société, de l'éducation, de la culture et c'est aussi et surtout que la haine finit donc par l'emporter au bout du compte.

    Il y a aussi une indignation sélective selon les pays évoqués, ainsi si l'on parle beaucoup des États Unis, peu de gens, encore moins parmi les belles consciences, évoquent l'Arabie Saoudite, où de nombreuses exécutions sont commises chaque année et ce au nom d'une justice théocratique parfaitement arbitraire, on ne compte pas les cas de pseudo « sorcellerie » (un exemple sur le site d'Amnesty), de peines pour « blasphème » ; parlons aussi de l'Égypte, où cinq hommes ont été condamnés à mort en Août, donc après la « révolution » de la place Tahrir. Évidemment, sous Moubarak, la peine capitale était très souvent prononcée et exécutée, à commencer contre les personnes faisant partie de minorités.

    En Tunisie, par contre, pays phare des révolutions arabes, il n'y a eu aucune exécution depuis 1993, et le nouveau régime fait de nombreux efforts. Nous pourrions signaler aussi les « crimes d'honneur » commis en Turquie, allant jusqu'à l'exécution d'une peine capitale traditionnellement commise par les familles, officiellement interdite, mais officieusement largement tolérée...

    Nous pourrions parler de la Chine, où le PC pratique un capitalisme d'État hyper-libéral sauvage et esclavagiste, ou de nombreux prisonniers politiques sont exécutés d'une balle dans la nuque, et la facture de la balle envoyée à la famille.

  • Le mirage Obama

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    obama1.jpgPour une fois, ce blog va se faire didactique. Le saviez-vous ? Obama, le sauveur du monde, le nouveau Messie laïc des médias, le héros au sourire si doux, et aux dents si blanches, a bombardé plus de bombes et dépensé plus de crédits militaires que son prédécesseur pourtant réputé belliciste et aimant la guerre. Le héros se soumet lui aussi au lobby militaro-industriel. Les petits jeunes hommes noirs américains qui ont voté Obama, entre autres, à qui l'on promettait l'utopie et la naissance d'un nouveau monde, vont donc aller se faire tuer en Afghanistan, et un peu partout au Moyen Orient, en cadeau du président US pour montrer sa gratitude. Le prix Nobel de la Paix, il le méritait drôlement, il paraît, mais avant d'être président il me semble, non ?

    Ce qu'il y a de bien avec un cataclysme en Haïti c'est que ça permet de se racheter et une conscience morale et une image.

    Ce qui est quand même amusant, d'un certain point de vue, est qu'on parle toujours de lui comme noir alors qu'il est métis. Ce sont les mêmes qui mettent en avant le multiculturel et le métissage justement, quand ils en parlent comme noir, c'est finalement leur inconscient qui parle, on doit forcément être d'une race, pas entre deux. Un métis ne peut exister vraiment selon cette logique, donc le métissage non plus...

  • "Ghost World" - L'Amérique loin des grands sentiments

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    J'aime bien "Ghost World", le film où Scarlett Johanson, avec qui je vis une passion affolante depuis deux mois, devient adulte. C'est un film qui parle de la véritable Amérique, pleine de paumés, d'excentriques, de filles maussades parce qu'elles s'ennuient, de parents dépassés, d'hypocrisie puritaine (l'épisode "Coon Chicken" déclenché par Enid, jouée par Thora Birch).

    Je me sens proche de tous les personnages qui pour certains sortent de "la Conjuration des Imbéciles".

  • Marx et les Guaranis

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    800px-San_Ignacio_Min%C3%AD_Jesuit-Guarani_mission_1.jpgJe viens de lire je ne sais où sous la plume de je ne sais qui (enfin si je sais, mais je dénonce pas, un type pourtant réputé drôlement savant en catholicité, toussa) que les réductions guaranies en Amérique Centrale initiées par les jésuites étaient des exemples de socialisme appliqué, une sorte de connerie sublime et banale en même temps. C'est juste un contresens grand comme la Tour Eiffel : les jésuites n'appliquent pas une idéologie par la loi ou par la violence ou la haine quitte à flinguer ceux qui ne sont pas d'accord pour qu'on leur impose un bonheur qui a comme tort énorme de l'être imposé, ils essaient de vivre et de mettre en place un exemple de société communautaire où la Foi serait un peu plus vécue en actes. C'est un exemple flagrant d'utopie finalement concrétisée mais pas de socialisme.
    D'un autre côté, d'autres nieront la beauté de ce rêve mis en forme par les jésuites en le taxant eux aussi de socialisme, mais pour le dénigrer, persuadés qu'ils sont que le libéralisme qui a montré moins d'agressivité pour le catholicisme est donc moins nocif et qu'il faut rejeter tout ce qui pourrait s'y opposer. Ils n'ont rien compris non plus, n'ont pas assimilé que la Foi n'est pas une idéologie. Saint Paul lui même, contrairement à sa légende noire qui en fait un prescripteur arbitraire et moralisateur, le précise bien, préconisant plutôt justement une totale liberté vis à vis des doctrines. On peut tout remettre en cause quant aux doctrines humaines, gràce à notre liberté, ce qui devrait nous pousser à plus d'humanité, plus de sens de l'autre, plus d'accueil et non à laisser libre cours à notre avidité.

  • "Interview project" de David Lynch

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    On dit, on lit, on voit et on écrit beaucoup de bêtises sur l'Amérique. David Lynch, dans des petits films sur ce site, interviewe des petites gens ou pas, des américains loin des clichés habituels, que ce soit ceux des clichés Benneton de l'Obamania, de l'Americana pentecôtiste de Bush, ou des chansons de Charlie Winston voire des films de Michael Moore qui sont, certes, des pamphlets. C'est très sympathique, cela surprendra ceux qui aiment bien caser les artistes dans des petites cases, ces courts métrages sont loin des excentricités du cinéaste. Chaque portrait, qui porte le prénom de la personne interrogée, est présenté succinctement par le réalisateur. On notera que c'est de plus en plus rare des films ou des livres intitulés par un prénom. Il n'est question que d'humanité dans ces interviews, celles des habitants de ce pays que l'on connaît finalement très mal, celle que l'on retrouvait déjà dans les livres de James Agee et les photos de Walker Evans ("Louons maintenant les grands hommes"). On remarque aussi que c'est le roman noir et les films de genre qui se rapprochent le plus de la réalité décrite ici, j'ai songé également à "No country for old men".

    On aurait envie de s'y perdre dans cette Amérique...

  • « L'Amérique » de Joan Didion - chroniques

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    Je suis en train de terminer ce recueil d'une dizaine de chroniques sur l'Amérique principalement des années 60 au début des années 90 bien plus intéressants que les souvenirs de jeunesse et de coucheries d'autres auteurs.

    didion_pic.jpgJe me demande comment il se fait que les écrivains anglo-saxons arrivent à être aussi fins et d'une telle acuité sur leur époque, sur ses illusions et ses faux-semblants quand un écrivain français contemporain ne sera souvent capable que de se répandre sur son nombril, sa taille, sa forme, son odeur ou son goût, ainsi Marie D. ou encore Anna G.. Quand un écrivain anglo-saxon écrit ce genre de livres, il est capable d'y insuffler du romanesque, même s'il ne s'agit que de « non-fiction ». Il aura moins de scrupules à utiliser le style du roman noir, du polar, ou du livre de genre en général, pour parler de leur monde, qui est le socle du notre, un monde déjà consumériste à l'excès, jusqu'à la boulimie et la nausée. A rebours de tout le reste de la société, l'auteure prend le temps de réfléchir, contempler, parfois admirer, railler et se moquer, mais sans haine ni violence. Elle ne fait que constater la petitesse des aspirations, la médiocrité des rêves, très matérialistes, l'absence de grandeur.

    Joan Didion explore les marges des États-Unis, et ses figures emblématiques comme John Wayne voire celles que l'on craint mais qui fascinent comme Charles Manson et sa famille de tarés criminels, face sombre du mouvement hippie qui était surtout une mode au départ, si l'on excepte les « Diggers » de San Francisco qui avait de vrais points de vue, allant plus loin que « Peace and Love ». Elle traverse le pays dans sa Ford Gran torino, autre symbole de l'« americana » des années prospères, des grandes déclarations de principes qui ne mènent pas à grand-chose ; Kennedy reste la grande figure inattaquable, un président qui ressemblait à un personnage d'Hollywood, qui avait l'air tellement généreux, alors que déjà ce n'était que de la communication, ce qui transforme ce livre en « road-movie », et annonce les années de plomb, les années 70, beaucoup plus pessimistes. Elle choisit d'écrire dans un style dense et sec, mais l'on perçoit derrière les lignes toute la sensibilité et toute la passion dont elle semble capable, sa sensibilité à un monde qui rejette le vrai ou le beau pour ne retenir que les apparences : il n'y a pas besoin d'être vraiment hippie pour que les autres le croient, il n'y a pas besoin de vouloir réellement changer le monde, il suffit de donner le change en maintenant les apparences encore une fois.

    pretty2.jpgElle rencontre John Wayne au summum de sa gloire, persuadé qu'il a vaincu le grand C (le Cancer) contracté sur le tournage de « Gengis Kahn » filmé sur un site mal désaffecté d'essais nucléaires. Il est un peu comme le cow-boy Marlboro, une icône immédiatement identifiable, il rappelle les grands espaces, ce nouveau monde complètement vierge qui ne l'est plus depuis longtemps à la fin des années soixante, idéal que tout américain conserve au fond de son âme, avec l'esprit de la « Frontière », des pionniers en chariots. Elle monte sur les collines de Burbanks rencontrer les privilégiés du miroir aux alouettes, dont certains finiront mal, minés par l'autodestruction, comme Robert Evans, flamboyant et narcissique loser hollywoodien ; Tous terrorisés par le meurtre de Sharon Tate qui clôt dans le sang ce que l'on croyait être l'été de l'Amour universel, c'est la fin de l'utopie qui se termine dans un bain de sang. Avant l'assassinat de la jeune épouse de Roman Polanski, il était « hype » de laisser entrer des « freaks » comme Manson et ses enfants dégénérés, ou encore d'autres hippies, après les riches ont bâti des barrières un peu plus hautes, électrifiées, surveillées par vidéo, pour maintenir coûte que coûte le joli paravent laissant l'illusion d'un paradis résidentiel dans le vent. Joan Didion décrit ensuite les refuges des naufragés de luxe des « sixties », perdus au Maroc, vers Tanger ou ailleurs, passant leurs journées au bord de plages privées, faisant mine de penser à un livre qu'ils n'écriront jamais, singeant les autochtones, avides de retrouver une authenticité et une vérité perdue qu'ils sont bien incapables d'identifier quand ils la trouvent cependant.

    Photos : Joan Didion, en haut, Sharon Tate, en bas

  • La clé de la victoire d'Obama - la clé du renouveau français

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    monet-montorgueil-orsay-detail-.jpgSi Obama a été élu aux États Unis, c'est parce qu'un pays s'est réconcilié avec son passé, en particulier l'esclavage et la ségrégation. Clairement. C'est aussi un pays où si le clientélisme existe comme ailleurs, un homme ou une femme venant du peuple a des chances de s'élever socialement par ses qualités et ses compétences. Et Il faut quand même rappeler qu'il a été élu pour défendre les intérêts américains pas les nôtres...

    En France, exactement comme dans une famille qui a besoin de paix, on vit dans un présent perpétuel où le passé est la cause principale de la disparition objective du lien communautaire et national. On en est encore à se balancer à la figure la Révolution d'un côté, de l'autre les guerres de Vendée, la Collaboration, la Résistance et l'esclavage justement. On s'étripe encore sur Vichy, sur De Gaulle, sur Staline, sur la loi sur la laïcité de 1905. On ne sort pas de la guerre d'Algérie (300 ou 400 films sur le Vietnam aux Etats Unis, 15 sur l'Algérie en France), ou de tous les problèmes et questions politiques ayant émergés depuis quarante ans : l'avortement, Poujade, on discute encore de l'affaire Markovic etc...

    Il y a un fond de vérité au sein de toutes les factions politiques mais elle est toujours biaisée par l'idéologie.

    Bien sûr chacun entretient la discorde en accusant l'autre d'en être responsable et personne ne recherche la réconciliation, on aurait plutôt tendance de plus en plus à s'invectiver. La rancoeur s'entretient d'elle même parce que toutes les tendances politiques française sont loin d'être représentées. De Franz Olivier Duhamel à Alain Duhamel ou Bernard-Henri Duhamel, c'est toujours le même avis que l'on entend, à l'exception d'Elisabeth Lévy mais elle est bien isolée. Dans une vraie démocratie on entendrait plus souvent et Marie-Georges Buffet et Bruno Gollnisch.

    Aux Etats Unis, un type qui vit dans une caravane avec sa femme et son gosse peut espérer devenir un des écrivains les plus connus au monde car on lui donnera sa chance, qu'il soit du milieu ou pas, qu'il ait des relations ou pas, Stephen King. Chez nous, tout le monde sait que c'est la loi du piston, coutume que l'on exporte d'ailleurs, on l'a bien vu au FMI. Excepté Serge Kaganski, tout le monde sait qu'il vaut mieux être déjà riche et d'une bonne famille en France pour réussir. Et l'on sait très bien qu'un gamin issu des minorités qui réussit c'est une exception qui confirme la règle de l'échec chez tous les autres.

    Tous ces facteurs se combinant, la Nation française devient progressivement un lointain souvenir. Maintenant, les français peuvent continuer à vivre dans le passé ou bien décider de redevenir une grande nation et surtout une vraie nation.

    La toile de Monet a été peinte au moment d'une manifestation anarcho-monarchiste

  • Plus acide que les "Simpsons" - "American Dad"

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    american-dad4.jpgLes "Simpsons" furent les précurseurs de dessins animés plus caustiques, plus adultes au début des années 90 dont "South Park". A côté d'"American Dad", cependant, ce sont des vieillards chenus. Le créateur de cette série est Seth MacFarlane déjà géniteur des "Griffin", clones des Simpsons en plus délirant. "American Dad" raconte l'histoire de la famille Smith qui habite à Langley Falls car le père, Stan, travaille à la C.I.A. Paranoïaque de la pire espèce, psychopathe, plus conservateur que Sarah Palin, il se sert des techniques de son agence pour contrôler la vie de ses gosses, qui subissent souvent des lavages de cerveau, soupçonnent ses nouveaux voisins iraniens d'être terroristes (il leur organise un petit Guantanamo dans son jardin), adore bouffer de la junk-food, organiser des barbecues géants, et boire des bières en regardant les matchs de foûtebôle américain. Il est marié à Francine qui reste svelte malgré son àge et se révèle aussi dingue que lui, elle hait Georges Clooney d'une haine irrationnelle, elle ne se souvient pas de sa jeunesse.  Ils ont deux enfants : Hayley, l'aînée, le mouton noir de la famille, elle est démocrate et plutôt "liberal", elle fume des substances prohibées et se moque de ce que dit le pasteur ; et Steeve, un "geek" maigrichon et veule qui commente "Star trek" avec ses copains en cherchant à se rendre populaire ou à sortir avec une fille. Ils hébergent Roger, un alien grisâtre hydrocéphale pleurnichard, égocentrique et parasite qui squatte leur grenier depuis plusieurs années sous prétexte qu'il aurait sauvé la vie de Stan, il n'a aucune envie de rentrer chez lui où il est commercial en télévisions. Et enfin, leur animal de compagnie est Claus, un poisson rouge à qui on a greffé le cerveau d'un espion est-allemand communiste.

    Dans "American Dad", c'est tout le monde qui en prend pour son grade, de la CIA à la politique US en Irak, les irakiens eux-mêmes, les saoudiens, les européens, les bureaucrates, les ploucs du Midwest et les new-yorkais plus bobos, Bush (voir ci-dessous), Obama, MacCain, Sarah Palin, qui ressemble beaucoup à Stan et ainsi de suite.

    Ce qui est étrange est qu'aux Etats Unis, ce petit bijou de dérision, qui se permet les blagues les plus grosses parfois, passe sur la très conservatrice "Fox TV".

  • Toi aussi deviens un gros américain inculte !

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    Je me suis rappelé cette fausse pub des "Nuls" hier après avoir regardé un énème reportage sur Obama, qu'est si bien sapé, et Biden, et MacCain, qui a sept maisons, avec Sarah Pas Line. L'Amérique c'est plutôt çà, des obèses qui bouffent n'importe quoi, vagissent devant la téloche en regardant telle ou telle connerie, élisent n'importe quel démagogue qui sait bien s'y prendre avec sa com, qui veulent aussi flinguer les voleurs de poules comme ils veulent sans que çà ne porte à conséquence, qui s'en foutent de la culture et se font de Dieu l'image d'un recruteur militaire "über alles" (les bellicistes sont des imbéciles qui ne réfléchissent jamais aux conséquences de leur discours, que ce soit d'ailleurs à Washington ou Caracas). Il y a beaucoup de français qui ne seront donc pas dépaysés quand ils iront sur le Nouveau Continent, nous leurs ressemblons de plus en plus.

  • Sarah Palin et les vrais mâles

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    SarahPalinBarbariansCropped.jpgSarah Palin, que l'on voit ici avec des copains républicains, n'est pas vraiment sympathique avec sa choucroute de coiffeuse de sous-préfecture, ses lunettes de secrétaire perverse. Elle est quand même beaucoup moins raffinée que Bree van der Kamp. On se met au premier rang au temple pentecôtiste en clamant que "Dieu est avec l'Amérique" le réduisant à une sorte de Madelon du ciel, car je rappelle que ce n'est pas parce que Sarah Palin est contre l'avortement et puritaine qu'elle est catholique, elle est protestante. Il est marrant que ses adversaires aient sorti l'histoire de sa fille enceinte, moralisant encore plus que cette moralisatrice. On entend déjà les conversations de comptoir, "tu vois, sa fille elle est foutue maintenant, c'est grave", étant donné que l'on assimile maintenant une grossesse à une maladie dans notre société, du moins dans l'élite auto-proclamée. Ce genre de phrases est souvent prononcée par une fille "libérée" qui se fait chevaucher après le travail par un mâle alpha marié, ou son chef de service, ou un bon bourgeois dont elle devient la chose. Sarah Palin mange des côtes de porcs aux herbes, engloutit de grosses saucisses bien juteuses aux barbeculs des "rednecks" sans que son indéfrisable ne bouge d'une mèche, elle rigole aux blagues bien grasses du plouc moyen complexé par ses pulsions de primates et ne s'offusque pas si l'un d'eux a les mains baladeuses, c'est pour cela qu'elle apporte des points à MacCain, les électeurs de base aiment bien qu'on leur renvoie une image flatteuse de leur propre médiocrité, car ce n'est ni l'intelligence ni la culture qui sont valorisantes aux yeux du votant moyen, il veut qu'on le caresse dans le sens du poil. En France, on soutient Obama en pensant qu'il est plus raffiné, rappelons pour clore le débat qu'il prend Sarkozy pour un grand homme d'état.