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algérie

  • Macron aime l'autoflagellation

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     histoire,emmanuel macron,société,politique,algérie,amaury watremezLa France a un rapport particulier avec l'Algérie qui fit partie intégrante du territoire national. Il existe encore une blessure ouverte entre les deux pays. Et l'histoire réelle de la Guerre d'Algérie, nuancée, argumentée, étayée, est encore à faire. Des jeunes français qui étaient sans doute loin d'être tous des « fachos » bas du front étaient prêts à beaucoup de chose pour défendre ce que l'on appelait « l'Algérie française ». Si l'on évoque en 2017 complaisamment la torture et les exactions certes indubitables commises par l'armée française pendant ces « évènements ».

     

    On glose à qui mieux mieux sur la « manif de Charonne » mais on ne parle jamais de la fusillade de la rue d'Isly ou des massacres de « harkis » et de « pieds noirs » parqués pour les survivants « rapatriés » dans des camps de rétention dans le Sud de la métropole sans le confort moderne...

     

    ...Et ce pendant trente ans pour certaines familles. Au mieux on minimise. Cela aurait été des dérives inévitables après une guerre d'indépendance...

     

    Tant qu'à s'indigner pourquoi ne pas le faire pour ces harkis eviscèrés, écharpés, brûlés vifs ? Ils ne le méritent pas ? Ils étaient du mauvais côté ? Le nôtre d'ailleurs. Et pourquoi ne pas le faire pour tous ces innocents qui n'étaient pas tous de l'OAS tant s'en faut sur lesquels les soldats ont tiré le 26 mars 1962 ?

     

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  • Mémoire des harkis

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    politique, Algérie, harkis, souvenir, nation, gaullisme, De Gaulle, Amaury watremezJe pourrais réécrire ici un énième énonçant encore une fois les malheurs qui sont advenus aux harkis lors du départ des français en 1962 après les accords d'Évian. Leur tragédie est en 2016 connue et documentée, sans parler des quelques assassinats de pieds noirs dont la fusillade de la rue d'Isly. Il suffit d'effectuer sur Google une recherche qui prend quelques secondes. il y eut 220000 morts massacrés le plus souvent de manière ignoble :

    écharpés, éventrés, crucifiés etc....

     

    Cependant, ces faits pourtant établis, personne ne veut vraiment les entendre, les admettre ou les reconnaître ou sans doute est-ce aussi une profonde indifférence qui domine ainsi qu'envers les chrétiens orientaux.

     

    Les harkis, ces supplétifs de l'armée française en Algérie, ils avaient choisi la France, ont fait les mauvais choix. Aux yeux de la mémoire collective, tout est de leur faute. Comment avait-il pu être autant voire plus patriotes que les français pour qui la nation est une idée morte ? Tant pis pour eux s'ils ont été logé des décennies dans des camps sans eau courante ni électricité rappelant de forts mauvais souvenirs. Dans leur cas, les indignés professionnels ne s'émeuvent pas vraiment. Ils s'en fichent même complètement.  La journée nationale d'hommage aux harkis c'est un os donné à ronger aux "franchouillards", aux ploucs nostalgiques...

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  • On oublie encore les harkis

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    Ecrire sur les harkis ce n'est pas seulement pour moi écrire « hors sol », de manière abstraite. Je songe par exemple à Nora une camarade de collège, à madame M. qui était mon professeur d'Histoire en quatrième, et son mari qui était le principal adjoint. Je pense aussi à Mehdi, un ami d'enfance et ses parents. Tous étaient harkis, tous étaient français et musulmans sans se poser aucune question sur leur amour de leur pays d'adoption de ses valeurs, de sa langue et de sa culture qu'ils connaissaient souvent mieux que bien des « métropolitains » à la conscience morale déjà plus que défaillante.

    harkis2.jpg 

    Ce n'est que rarement qu'ils se souvenaient de la guerre d'Algérie, pour eux le sacrifice de leur exil bien que douloureux allait de soi...

     

    Leurs parents et grands parents avaient été des supplétifs de l'armée française menant des actes de guérilla contre les fellaghas, pour le FLN et les gouvernements s'étant succèdés depuis 1962, ce sont des traîtres abominables, une manière d'ennemi intérieur en somme, de « Goldstein » collectif servant aux gouvernants comme Bouteflika et diverses cliques militaires successifs depuis les accords d'Evian à justifier et légitimer leur pouvoir souvent arbitraire....

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  • Devoir de mémoire - les harkis

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    J'ai reçu ceci ci-dessous...

    image prise ici
    Après avoir vu tous les drapeaux algériens à la Bastille j'ai pensé que ce devoir de mémoire était important.
    "DEVOIR DE MEMOIRE -  Hocine le combat d'une vie, voir vidéo ci-dessous, par croaclub

    1975-harkis-15A.jpg En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A l¹époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l¹Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française.

    Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul aujourd'hui se décide à parler. 35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la honte.

    Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011.

    Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat

    Et pour compléter le documentaire, réécoutez sur SUD RADIO, « podcasts » l'émission du 8/11/11, de Karim Hacene, Enquêtes et Investigations, sur les harkis le camp de saint maurice l'ardoise Sur radio-alpes.net, Infos Générales - Audio -France-Algérie : Le combat de ma vie (2012-03-26 17:55:13)

    Ecoutez: Hocine Louanchi joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi) "

     


    HOCINE Le Combat d'une vie par CROACLUB

  • Et les commémorations du 19 Mars 1962 ?

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    100349_image-1323363581046.jpgimage prise ici

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    Cinquante après la fin de la guerre d'Algérie, les blessures qu'elle a ouvertes ne se sont toujours pas refermées tout à fait. Ceux qui osent en parler sont aussitôt soupçonnés, jugés et condamnées aussi sec, et catalogués comme nostalgiques du colonialisme et des « ordres noirs », emballé c'est pesé...

     La question des « harkis » n'est toujours pas totalement résolue (par ici des faits sur les harkis), tout comme celle des « rapatriés », sur lesquelles les beaux esprits préfèrent jeter un voile pudique et ne pas s'aventurer trop loin, ce qui risquerait de remettre en cause quelques éléments de la mythologie politique française, qui ont la vie dure, comme on l'a vu hier, certains parlant de « reprendre la Bastille » d'autres célébrant la mémoire de Robespierre ou Saint-Just deux tortionnaires de masse.

     La plupart ne veulent plus parler de leurs blessures sincèrement par volonté d'apaisement, tandis que d'autres se bouchent les oreilles surtout par lâcheté, sachant très bien le sort horrible qui a été réservé aux harkis et aux européens d'Algérie qui n'avaient pu se résoudre à prendre le bateau pour une métropole où ils n'étaient pas les bienvenus, suscitant de la part des français du continent au mieux une indifférence polie.

     Entre la « valise ou le cercueil », beaucoup n'eurent pas même le choix, ce fut le cercueil...

     On ne peut évoquer les faits sans subir un retour de bâton des tenants d'une histoire sublimée qui oublie la plupart du temps les massacres qui ont suivis...

     Certains pensent que ces massacres sont en quelque sorte le juste pendant, une simple compensation des atrocités commises par le Général Bugeaud lors de la conquête de l'Algérie en 1830, conquête qui part au départ du but avoué de faire cesser les « razzias » barbaresques, les enlèvements d'européens pratiqués jusque là.

     Car en face de Bugeaud, il n'y avait pas des tendres non plus.

     Et la violence de l'un ne cautionne pas la violence de l'autre, le massacre des harkis ne compensant pas celui de Charonne...

     Les blessures morales sont toujours suppurantes chez les personnes qui ont « fait » la Guerre d'Algérie, chez les jeunes appelés du contingent qui ont vécu les « évènements », comme on disait à l'époque, pendant vingt-huit mois, « évènements » qui ne les concernaient pas, et à qui on a confié des tâches pour lesquelles ils n'étaient ni compétents, ni préparés, du « sale boulot » qui les a marqué à vie, les poussant à un masochisme mémoriel et une culpabilité collective que chez eux on peut comprendre et trouver légitime.

     De plus, après le 19 mars 1962 ces appelés ont dû rester les armes aux pieds, et avaient l'interdiction d'intervenir lors des règlements de compte qui ont suivi, des règlements de compte qui s'apparentent à une épuration ethnique tout comme en ex-Yougoslavie, tout comme après Dien Bien Phu en 1954.

    Ils ont même du parfois tirer sur d'autres français ainsi lors de la fusillade de la rue d'Isly.

    En 2012, ces appelés seraient passibles de la Cour Pénale Internationale pour non intervention à personnes en danger. Il est compréhensible que cela ait provoqué chez quelques uns d'entre eux un peu plus tôt le ralliement au « putsch » des généraux, comme Hélie de Saint-Marc, résistant de la première heure, déporté à Büchenwald, qui s'étaient sentis trahis par De Gaulle , dont ils étaient compagnons de résistance pour la plupart, qui a promis le maintien de « l'Algérie Française » pour arriver au pouvoir, (cf : « Je vous ai compris ! », qu'il fallait comprendre « je vous hais ! Compris ? » ainsi que le prétend Desproges dans une des « chroniques de la haine ordinaire »), alors que pour lui ce maintien coûtait trop cher de toutes façons, et il craignait que cela ne provoque une immigration massive en France, et ne pose de sérieux problèmes au principe de laïcité.

     Il craignait que son village ne devienne « Colombey les deux mosquées » ainsi que l'évoquait Éric Zemmour dans sa chronique du 19 mars justement...

     Sur la question de la torture, personne n'évoque jamais le fait que celle-ci était pratiquée par ces appelés justement, qu'un professionnel saura retenir son bras et ne pas aller trop loin, voire ne pas torturer du tout, tandis que quelqu'un qui ne l'est pas ira forcément trop loin, la violence appelant la violence, parfois un sentiment de vengeance étant mêlé à tout cela, après les attentats meurtriers du FLN qui tuaient des civils, hommes, femmes et enfants dans les cinémas par exemple, attentats que « la gauche qui pense », dont les disciples de Saint Jean-Paul Sartre trouvait et trouve encore légitimes.

    ci-dessous, la guerre d'Algérie vue par le cinéma français


    La guerre d'Algérie vue par le cinéma par LeNouvelObservateur

    Ci-dessous Hélie de Saint-Marc parle de l'Algérie et de son expérience


    Hélie de Saint Marc raconte l'Algérie française par Nouvelles-de-France

  • L'histoire de la guerre d'Algérie est-elle à refaire ?

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     La guerre d'Algérie, les « évènements » comme on disait à l'époque, la « guerre d'indépendance algérienne », est encore une blessure profonde de l'histoire française. Près de cinquante après les Accords d'Évian, son histoire n'est pas réellement faite. Ou si, on évoque surtout le point de vue algérien, ou plutôt le point de vue du FLN, en occultant les évènements qui posent encore question.

    image prise ici

    400px-Algerian_war_collage_wikipedia.jpgDans le meilleur des cas, on les évacue du revers de la main en faisant de ceux qui rêvaient d'une Algérie qui serait resté française, dans des départements français à part entière d'Outre-méditerranée, composés de citoyens comme les autres de culture musulmane ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs citoyens que les autres.

    Se poser des questions sur ces évènements, ce n'est pas nier l'horreur absolue qui a suivi la manifestation à Charonne, commémorée en ce moment, ce n'est pas être forcément révisionniste ou fascisant comme il est d'usage de le souligner dés que ces problèmes sont abordés.

    On oublie aussi que cette guerre a surtout permis à un vieux général de retour issu d'une famille bourgeoise et d'Action Française de Lille de prendre le pouvoir en France en promettant sur la question algérienne beaucoup de choses qu'il n'a pas tenu.

    C'est simplement demander qu'il y ait un point de vue global sur la question, où l'on aborde tout les sujets et non seulement ceux qui arrangent.

    Par exemple, il est quasiment impossible d'évoquer la fusillade de la rue d'Isly qui eut lieu le 26 mars 1962. Et pourtant c'est un massacre inqualifiable.

    Dans le quartier de Bab El Oued, suite au meurtre de six appelés du contingent par des militants OAS, des civils sympathisants de « l'Algérie Française » ont spontanément manifesté devant la grande poste et ont été mitraillé par l'armée. Parmi eux, il n'y avait pas de nostalgiques de quelconques « ordres noirs », ou donc sympathisant OAS, ni des colons « richissimes et exploiteurs » (les plus riches étaient parti depuis longtemps, au premier signe de grabuge) comme les « pieds noirs » sont souvent montrés, mais des petites gens qui vivaient en bonne intelligence avec leurs voisins musulmans ou juifs.

    Il a été très peu question dans les médias et les textes des « belles consciences » de la journée nationale d'hommage aux « harkis » et aux supplétifs de l'armée française. La question des harkis est une question qui visiblement est taboue. Certains vont dans le meilleur des cas à regretter du bout des lèvres le massacre qu'ils ont subi après les accords d'Évian, tout en soulignant que les « harkis » avaient choisi leur camp, la France, et que donc, ils méritaient plus ou moins ce qui leur est arrivé.

    A ce lien, on trouvera un développement sur les massacres qu'ils ont subi et le sort qui a attendu ceux qui ont cru trouver refuge en France. 150000, au minimum, on parle plutôt de 230000, ont été massacrés en Algérie après le cessez-le-feu de mars 1962, d'ailleurs le plus souvent par des militants FLN de « la vingt-cinquième heure », des « marsistes », qui ont éventré, brûlé, torturé, éviscéré, énucléé, et j'en passe, tous les anciens supplétifs de l'armée française, ceux qui avaient manifesté leur sympathie pour la France.

    Les tombes ont été profanées, à commencer par le cimetière chrétien d'Alger, et plusieurs victimes de ces boucheries étaient exposés sur les quais pour que les français qui s'en allaient, militaires ou « pieds noirs » voient le sort de ceux qui avaient cru en eux.

    Les 13500 « harkis » qui ont pu trouver refuge en France étaient parqués dans des camps de la Croix Rouge sans eau courante ni électricité, ou bien sûr de « tout à l'égout ». Il leur était interdit de sortir de l'enceinte des camps, ou de se réunir, ou de montrer leur opposition à la politique française. La plupart de ces campements de fortune ont duré dans le même état insalubre jusqu'en 1996.

    On évoque encore plus rarement les vexations diverses, et massacres, dont sont victimes les kabyles depuis la décolonisation et « l'arabisation » de l'Algérie depuis les années 80.

    Pour la population algérienne dans sa grande majorité et pour les dirigeants d'Algérie, les kabyles ne sont pas chez eux en Algérie, comme l'a dit le président de la Cour d'Appel d'Oran il y a peu (voir à ce lien). Pendant le « printemps noir » en avril 2001, début de soulèvement ayant eu lieu à cause du meurtre d'un jeune kabyle, des milliers de révoltés du même âge sont blessés, mutilés, emprisonnés, 123 sont abattus par la police algérienne.

    Je n'ai pourtant pas souvenir de manifestations en faveur des kabyles, de grand appel ou quelque indignation que ce soit en leur faveur.

    En plus de la minorité kabyle, la minorité chrétienne d'Algérie subit de nombreuses vexations, témoignages divers à ce lien, qui deviennent préoccupants. Par ici, des musulmans affirment leur solidarité avec ces chrétiens. Depuis quelques années, la discrimination à leur égard s'intensifie : procès divers, pour blasphèmes, persécutions violentes ou larvées etc...

    Ils sont considérés comme étant à la solde de l'Occident, dissimulateurs, profiteurs, apostats et mauvais algériens.

    En Occident, peu s'en émeuve là encore parmi les beaux esprits.

    Ci-dessous après la fusillade rue d'Isly, image prise ici

    Rue-d-Isly-1.jpgUn film qui devait être diffusé sur « Arte » et « Public-Sénat », « la Valise ou le Cercueil », a été purement et simplement censuré car ne présentant soit-disant pas un point de vue historiquement valable. Ce documentaire qui parle de toute l'histoire de la décolonisation et de la colonisation serait par trop subjectif, ce que ne sont pas bien sûr les autres films présentés sur ces deux chaînes. Comprendre par subjectif qu'il parle aussi de tout ce qui est généralement camouflé, caché, occulté.

    On se rend donc bien compte que l'histoire de la guerre d'Algérie est à revoir sérieusement, en dehors de toute autre considération, idéologique ou partisane. Il faut d'ailleurs relativiser une chose, c'est surtout les français qui avaient quelque formation politique qui se sont passionnés pour la guerre d'Algérie, la majorité étant, et étant restée, indifférente au fond.

    ci-dessous des témoins de la fusillade de la rue d'Isly évoquent cet évènement


    fusillade 26 mars 1962 rue dIsly à Alger... par isly26mars

  • Tous gaullistes ?

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    provoquera des débats sur Agoravox

    Tous gaullistes en 2010 !

    Lisant plusieurs articles, relevant plusieurs commentaires sur divers forums, allant tous dans le même sens, on a pu noter un unanimisme étrange autour du gaullisme, tout le monde est gaulliste, tout le monde se réclame d'une vision gaullienne de la politique.

    churchill_de_gaulle_hu_60057.jpgDepuis quelques jours, on peut constater ce consensus autour de la personne du Général De Gaulle : du « pire » réac au gauchiste le plus radical, des communistes aux souverainistes, on célèbre le grand homme dont la figure est portée aux nues et idéalisée jusqu'à l'absurde, sans aucun lien avec la réalité historique, comme si au bout du compte les français se cherchaient une figure de père, un père bourru et sévère, un père qui fasse les choses à leur place, soit courageux à leur place et voit plus loin que le bout de son nez (que De Gaulle avait long, le nez). On célèbre de Gaulle sur le refrain du « tous pourris maintenant », et finalement ce que l'on distingue en sous-main, c'est la peur de sa propre liberté de réflexion. On ne veut plus réfléchir pour voter, on peut même se demander si beaucoup veulent encore réellement de la démocratie comprise uniquement sur un mode binaire : les « bons » et les « méchants », « eux » et « nous », chaque camp revendiquant De Gaulle pour son propre bénéfice, chaque camp pérégrinant sans honte ni trop de complexes à Colombey.

    Il n'est pas certain qu'il ait reconnu la plupart de ses héritiers affirmés et affichés, fut-ce devant notaire, de l'UMP à « Debout la République » en passant par les communistes.

    De Gaulle nait dans une famille plutôt bourgeoise à Lille en 1890, une famille où l'on a du personnel, et où l'on cultive les traditions. Sa maison natale que l'on peut visiter reflète parfaitement la mentalité de ce milieu à cette époque, relativement étriquée et très conservatrice. Faisant ses études secondaires à Paris, De Gaulle épouse les idées de beaucoup de jeunes de son temps, à savoir celles des ligues naissantes dont celle d'Action Française. Lisant un tract monarchiste de l'époque, rédigé par De Gaulle, on peut même voir en germe les idées qui fonderont la Vème République : un roi au-dessus des partis, un premier ministre qui prend les coups et un parlement disposant seulement du pouvoir législatif. Le jeune De Gaulle part ensuite pour entrer dans « la carrière » (militaire) à Saint Cyr. Il s'illustre ensuite par ses considérations très lucides et en avance sur son temps quant à la pratique de la guerre moderne, celles-ci eussent-elles été appliquées à grande échelle en 1940 que la France eût évité une déculottée sévère.

    Quand il part à Londres après la déculottée justement, il y attend les partisans de l'Action Française, il eut les fous, quelques communistes et des militaires rebelles. Le 18 Juin, la légende dorée du pays veut que tous les français écoutaient l'Appel, religieusement, c'était loin d'être le cas, ils écoutaient plus certainement celui de Pétain. Car De Gaulle est d'abord cela, une figure dé-culpabilisante pour les attentistes et tous ceux qui savent pertinemment qu'ils auraient eu exactement les mêmes réactions.

    A la fin de la guerre Robert Paxton, l'historien le plus pertinent sur la période, évalue le nombre de vrais résistants à 100 000 personnes au grand maximum, éliminant les opportunistes qui se sont découverts une âme de rebelle juste avant la fin, et la même chose pour les vrais collaborateurs, le reste des 44 millions de français étant attentiste. Il y a encore en France une méconnaissance totale de cette période, dans un tract envoyé sur le net par un groupuscule prétendant défendre l'indépendance de la France, j'ai pu lire que les étudiants qui sont allés se recueillir sur la tombe du soldat inconnu le 11 Novembre 1940 étaient gaullistes, non, ils étaient d'Action Française, et Guy Mollet et ses camarades étaient communistes.

    Ce n'est pas une seconde un jugement de valeur sur les français de cette époque, on peut comprendre parfaitement que la prise de risques qu'entrainait la Résistance ait fait reculer des pères de famille, par exemple. D'autres inconscients ne se sont jamais posés de question, comme Hélie de Saint-Marc, dés l'armistice de 1940, il avait pourtant seize ans, ou encore Honoré d'Estienne-d'Orves, tous deux catholiques et d'Action Française. Devant la barbarie, devant la bêtise ahurissante, devant la haine, il n'y a plus de différences, tous se battent ensemble ainsi que le rappelle parfaitement Aragon dans son poème « La Rose et le Réséda ». Il n'y avait plus de « réac » ou de « bolcho », seulement des hommes unis par amour de la liberté, un combat difficile parfaitement illustré par le film de Melville « L'Armée des ombres ».

    Et l'auteur de cet article ne peut évoquer sans frissons le discours de Malraux au Panthéon pour le transfert des cendres de Jean Moulin, un discours qu'il connait par cœur.

    De Gaulle en 1940 était grand, il était grand aussi à la Libération, défendant le programme du CNR, détricoté depuis quelques années par ses héritiers et quelques autres.

    De Gaulle avait de l'ambition, comme toutes les personnes hors normes, il avait aussi beaucoup d'orgueil et se rêvait un destin à la mesure de cet orgueil. Là aussi, ce n'est pas l'orgueil en lui-même qui est critiqué, mais ils sont rares ceux qui peuvent y prétendre sans ridicule ni grotesque. A côté de De Gaulle, la plupart de ceux qui se réclament de son héritage sont des pantins grotesques ou hystériques, agitant les bras, multipliant les moulinets pour essayer de faire oublier leur bassesse. Mais ils ne trompent personne.

    Charles_DeGaulle_JFK_reduced.jpgAprès 1946, malgré quelques aménagements cosmétiques, la République reprend les bonnes vieilles habitudes d'instabilité de la Troisième ce qui est bien sûr catastrophique au moment du bourbier de la guerre d'Algérie dont les premiers soubresauts sont vite réprimés par le ministre de l'Intérieur de l'époque, François Mitterrand. De Gaulle, qui vit une longue traversée du désert depuis douze ans, voit là une carte à jouer pour enfin accomplir son destin. De Gaulle dit bien peu de temps auparavant « que l'on ne fera jamais des français de ces bicots » et pourtant devant la foule qui l'appelle au pouvoir, également dans la crainte d'un putsch, De Gaulle lance « Je vous ai compris », bien que déjà il n'ait nullement l'intention de conserver les deux départements français qui constituaient l'Algérie au sein de la communauté nationale.

    On se demande finalement aussi si les français qui soutinrent De Gaulle vers l'Indépendance le firent vraiment pour des considérations humanistes, et non surtout comptables, les colonies coûtaient cher, et aussi parce que personne ne pouvait envisager que des musulmans soient des citoyens français comme les autres.

    Il trahit aussi ceux qui ont soutenu ce qui n'est rien d'autres qu'une prise de pouvoir avec les apparences de lé démocratie, de Massu à Michel Debré, les « pieds-noirs » qui préfèrent je pense qu'on les appelle « français d'Algérie ». Ceux-ci étaient loin d'être tous les sales colons profiteurs, exploiteurs et massacreurs dont on a parlé ensuite pour justifier leur retour précipité en France (un million et demi de personnes). Il y avait un véritable mélange des religions, des cultures et des origines. Il y avait là une véritable expérience de fraternité et de « vivre ensemble », le tout en plus dans le respect de la laïcité. Il est curieux qu'on ne parle jamais des cimetières de ces « français d'Algérie » profanés par centaines quand ils sont partis. D'où venaient-ils aussi ? Il y avait parmi eux des alsaciens qui n'avaient pas voulu devenir allemands après 1871, déjà déracinés, il y eut aussi des anciens « communards » rêvant d'utopies généreuses. On ne cite que rapidement la fusillade de la rue d'Isly quand des civils désarmés et pacifiques se rassemblèrent une dernière fois, pour un baroud d'honneur qui fût autant écrasé dans le sang que la manifestation de Charonne en 61.

    Et on parle encore plus rarement du sort des « harkis », 220 000 mille massacrés au départ de la France, comme si il y avait des minorités humanitairement plus acceptables que d'autres (certes on voit bien avec les chrétiens d'Orient qu'il y a deux poids deux mesures). Si ils sont restés aussi longtemps loyaux envers la France, c'était pour beaucoup d'entre eux par loyauté envers la personne de De Gaulle.

    Alors, oui, l'Algérie a eu son indépendance, se hâtant de ne pas donner suite à ses promesses de coopération, De Gaulle a eu son destin grandiose, mais à quel prix ?

    Cela les gaullistes de 2010 l'ont oublié, ils retiennent du général une image d'Épinal, un personnage qui n'a jamais existé en réalité, qui leur donne l'impression de se réconcilier avec leur passé qu'ils ont encore peur d'affronter en face. Il serait pourtant grand temps de se confronter vraiment à ce passé idéalisé par confort, car au bout du compte dans la vie politique française c'est comme si nous étions encore en 1945.