Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

air du temps

  • Réponse à quelques renaniens 2.0

    Imprimer Pin it!

    En discussion aussi sur Agoravox

    Sur le Net ces derniers jours, mais pas seulement, on a pu lire quelques articles de renaniens (en photo, Ernest Renan, ci-dessous, ci-contre un article sur sa "Vie de Jésus") de supermarché qui répètent les mêmes clichés sur l'Évangile, entendus et rebattus depuis des lustres, sur les croyants, considérés comme une masse abâtardie de débiles ignares et crédules, et 2105575308_a2ec40d630.jpgbien sûr sur l'Église, perçue comme dans « le Nom de la Rose » et la foi, dont on parle surtout comme une idéologie, ce qu'elle n'est pas et ne sera jamais, même si elle a pu servir de prétexte au cours des siècles pour que l'un justifie son pouvoir ou l'autre son statut privilégié. Enfin, en contradiction à la foi chrétienne, en opposition à l'Église, on opposera toujours des certitudes, totalement arbitraires, d'autres genres de dogmes et surtout beaucoup de haine, un flot de haine et de bile se caractérisant par les attaques les plus basses, les plus lâches et les plus dégueulasses possibles.

    C'est à qui descendra le plus bas dans l'ignominie.

    Paradoxalement là encore, ce genre d'attaques est lié à une grande naïveté, les mêmes portant aux nues des auteurs de romans, des artistes, ou des poètes encore considérés comme scandaleux par les mêmes qui jouent les hérauts de la liberté contre l'Église. Cela en dit long sur eux, finalement dans leur rapport à la culture ce sont encore des petits bourgeois : ils lisent Genet ou Proust parce que c'était des homosexuels, et non parce que ce sont de grands auteurs, de Bataille ils ne retiennent que la description de scènes scandaleuses et j'en passe.

    Il n'est donc jamais question de littérature. Un chrétien n'est choqué par aucun des écrivains sus-cités, comme l'a montré Fabrice Hadjaj qui a dégagé ce qui est mystique chez Bataille par exemple, sans parler de ce que Nietzsche lui-même peut apporter à la foi chrétienne, ainsi qu'en témoigne les livres d'Alexandre Jollien, qui rappelle que pour un croyant « rien de ce qui est humain ne devrait lui être étranger ».

    Ce genre de justification par la foi n'est d'ailleurs pas l'apanage de la foi catholique, on les trouve aussi dans l'Islam ou dans le Judaïsme, certains n'hésitant pas à brandir leurs livres saints en guise de titres de propriété d'une terre qui ne leur appartient pas de fait.

    On les trouve aussi dans le bouddhisme qui avant d'être une religion pipeaule et branchée, drôlement coool, engendrait, entres autres au Tibet, des théocraties sanguinaires.

    Cela est bizarrement très souvent oublié, passé à la trappe, pudiquement rangé dans les armoires des vérités gênantes.

    Notre époque déteste le réel, celui-ci contredisant la dynamique du système qui assure le confort matériel et intellectuel des contrées réputées développées.

    32291724.jpgIl se peut, ce genre d'articles se multipliant au moment de Noël, que leurs auteurs soient des personnes isolées, des vieux gars ou des vieilles filles aigris, ne voyant jamais personne et préférant incriminer Dieu et le jour de commémoration de la naissance du Christ plutôt que de sortir de chez eux et mettre le nez dehors. Un peu comme ces socialistes utopiques vivant tout seuls avec leur Man-man rêvaient de phalanstères et de tablées communautaires géantes pour compenser leur solitude. Les croyants qui se rassemblent dans de grands rassemblements sur-affectifs mais extrêmement superficiels n'en sont pas éloignés, certes.
    Il se peut aussi que les auteurs de ces textes n'aient pas eu les cadeaux qu'ils avaient commandé au petit Jésus quand ils étaient plus jeunes et qu'ils en aient conçus une grande rancœur, beaucoup confondant Dieu, certains croyants aussi me dira-t-on justement, avec Mandrake le magicien qui peut exaucer les désirs de tout le monde d'une passe magnétique.

     Les premiers à remettre en cause l'historicité des Évangiles, qui ne sont pas un témoignage historique de toute façon, ce sont les chrétiens eux-mêmes, à travers des institutions comme par exemple les travaux de l'École Biblique de Jérusalem, des dominicains, ou ceux des « Pères Blancs » à travers la revue « Proche Orient Chrétien ».

    Grâce à eux, on sait parfaitement que Jésus n'est pas né en l'an 0, mais en -4 ou +6, qu'il n'est probablement pas né à Bethléem, mais à Nazareth.

    On sait aussi que c'était loin d'être le seul rabbi itinérant sur les routes de Palestine de l'époque, à prêcher une foi eschatologique ni même à faire des miracles.

    La seule question se posant ensuite devrait être : Pourquoi lui ? Lui qui n'est même pas le seul à finir torturé par les romains.

    On sait aussi qu'il n'est pas né un 25 décembre, date choisie par l'Église des premiers temps pour concurrencer les fêtes païennes du solstice d'hiver.

    Et chaque chrétien sait que l'histoire de l'Église est chaotique et douloureuse, marquée par le doute, les polémiques violentes, sanglantes mêmes (il devrait savoir aussi que l'histoire du christianisme commence au Proche-Orient, que les premières églises sont égyptiennes, ou de Terre Sainte, ou turques,  mais cela de nombreux croyants ont hélas tendance à l'ignorer).

    Cette histoire est chaotique car l'Église est humaine, et qu'elle a connaissance de sa faiblesse par l'Évangile, le Christ le disant dans les textes, la foi des apôtres eux-mêmes étant minuscule, plus petite qu'une graine de moutarde.

    Cela ne remet pas en cause la foi d'un croyant, qui croit que Jésus est ressuscité le troisième jour après avoir été crucifié, ce qui est indémontrable rationnellement, bien sûr, c'est logique aussi, c'est bien pour cela que ça s'appelle la foi.

    La foi n'est pas une seconde la certitude de l'idéologue ou du militant qui croit détenir une vérité, le plus court moyen d'atteindre le bonheur, quitte pour cela à chercher à l'imposer aux autres par la coercition.

    C'est surtout pour un chrétien un lien avec une personne réelle, comme un ami que l'on ne voit que rarement mais dont on sait qu'il sera toujours là dans les instants les plus douloureux.

    Cette confusion, les chrétiens l'ont faite aussi.

    Mais ils ont aussi un outil à leur disposition qui s'appelle l'exégèse, comme leurs frères aînés juifs avec le Talmud, et celle-ci les aide à comprendre les textes et éviter de sombrer dans une interprétation trop littérale sur certains sujets ou erronée (même si parfois, il est tout à fait possible de comprendre les Évangiles littéralement, par exemple ce qui est dit de ceux qui font du mal aux plus faibles, aux plus démunis). Cela ne veut pas dire que la foi est mouvante, qu'elle doit changer au gré du vent et s'adapter à l'air du temps, selon les caprices conjoncturels des êtres humains qui cherchent le plus souvent à ce que leurs croyances valident leurs travers les moins avouables. Si celles-ci ne le font pas, ces croyances deviennent insupportables.

    Si on considère la foi chrétienne seulement comme idéologie, c'est d'ailleurs un échec cuisant.

    A commencer par les évènements fondant cette foi, le Christ finit sur une croix, ses disciples claquemurés chez eux, terrifiés. Et depuis deux-mille ans, il y a toujours des pauvres, la nature humaine est toujours autant marquée par le mal, la violence et la corruption facile. Les foules, même virtuelles, sont toujours aussi lâches, face aux minoritaires.

    Et les innocents malhabiles à se défendre sont toujours beaucoup moins bien considérés que les salauds très doués pour parler d'eux et justifier leurs saloperies. La foule les adule, elle adore les crapules.

    st_sepulchre_700.jpgLes chrétiens eux-mêmes sont bien souvent hypocrites, ne se fréquentant qu'au sein du même milieu, se refusant à vraiment partager ce qu'ils ont, priant avec componction, promettant tout et n'importe quoi après une confession, et oubliant tout la seconde d'après. Et le Saint Sépulcre (photo ci-contre) à Jérusalem est à courte vue un indice flagrant de ce lamentable échec apparent.

    Cependant, en théorie, tout cela un chrétien le sait, à lui de reconnaître qu'il est faible et de se laisser aller à être enfin humain, sans se soucier de sa place dans les rapports de force dans la société, ce qui est le sens premier de l'incarnation du Christ et donc le fondement de la foi pour une bonne raison. Les peintres mettant en scène de nombreuses fois l'« Ecce Homo » au Moyen Age en avaient peut-être plus conscience que nous, chrétiens modernes, parfois tentés de croire que nous comprenons beaucoup mieux l'Évangile que ceux qui ont vécu avant nous. On note que la plupart des évènements importants dans l'Évangile, dont la Cène, sont des festins ou du moins des repas, que le premier miracle du Christ se passe pendant une noce et consiste à donner plus de vin aux convives qui allaient en manquer.

    On note aussi que tous les apôtres sont loin d'être des hommes ou des femmes recommandables, ce sont des voyous, des pêcheurs (profession équivalente quant à son manque de considération à l'époque à celle d'éboueur maintenant), des prostitués, des collecteurs d'impôts des types pas très honnêtes, comme Zachée, qui est plus du genre, avant de monter sur son sycomore, à chercher surtout à s'en mettre plein les fouilles plus qu'à se sanctifier.

    Sans oublier la femme adultère ou la Samaritaine, dont le Christ ne condamne ni juge les errements moraux (il se borne à conseiller à la première d'arrêter les bêtises déséquilibrant sa vie, et à rappeler à la seconde qu'elle a vécu avec cinq types, sans pour autant l'obliger à la repentance, il l'amène à considérer simplement sa vie en face. C'était d'ailleurs un double scandale, puisque les samaritains étaient pour les juifs des ennemis ayant sombré dans le mal).

    Une note pour les quelques renaniens qui liraient cette note : le fait que le Christ aille dans des festins est ce qui a frappé le plus l'auteur d'un rapport de police daté de l'année 32 envoyé au procurateur de Judée).

    Un chrétien devrait pour toutes ces raisons douter de toutes les idéologies car il sait bien ce qui se cache toujours derrière, la soif de pouvoir y compris quand elle se pare de la soif de vertu, ou de générosité, l'avidité et son corollaire, l'hypocrisie, l'appât du gain, et rien d'autres.

    Il n'y a rien d'autres de réel que l'amour que l'on se porte à soi et que l'on donne aux autres, l'autre majuscule étant dieu pour un croyant.

    Ci-dessous, Jésus tel que d'aucuns le voient en 2010.