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époque

  • Modiano -toujours- comme dans un dessin de Pierre le Tan

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    littérature, patrick modiano, amaury watremez, société, époque, nostalgieillustration par l'auteur de l'article

     

    J'ai parlé de Pierre le Tan, illustrateur des couvertures « Folio » des romans de l'auteur maintenant « nobélisé », en espérant qu'il n'ait pas été « chaptalisé » par ce prix. Pierre le Tan était un parfait complément de l'écriture de l'écrivain, ses dessins reflétant parfaitement l'atmosphère des livres de Modiano, leur âme. Oser parler d'âme à notre époque est une sorte de provocation, j'en ai conscience, mais je n'ai pas peur, et tant pis pour les cuistres qui croiront y déceler quelque chose d'inavouable. Que Modiano ait reçu le prix Nobel de Littérature est une heureuse surprise, un pied de nez moral de ces messieurs aux convenances littéraires, de celles qui couronnent un auteur qui défend des « causes » importantes, qui ne fait pas, lui, de littérature.

     

    Tu ne m'en voudras pas fidèle lecteur, je crois que j'ai déjà employé ce titre, mais je ne fais pas de recyclage, je suis un citoyen soucieux de développement durable. Ce texte d'ailleurs consomme très peu d'équivalent carbone. Je connais Modiano depuis l'enfance, ma mère le lisait toujours avec attention dans le train de banlieue que nous prenions régulièrement, et lorsque l'on le voyait à la télévision, ce qui arrivait souvent dans les années 70 et 80, il nous était intimé nous ses enfants d'être attentifs à cet homme dont les mots se bousculaient un peu mais ce qu'il disait finalement dépassait toujours la cime des immeubles des grands boulevards. Modiano était un peu de la famille, il est né dans le IXème arrondissement comme ma mère, ainsi que d'autres auteurs, Marcel Aymé par exemple, l'auteur de « Clérambard » étant un genre de grand oncle, de fantôme familier, avec Antoine Blondin et d'autres.

     

    Je ne sais pas si tu as remarqué ami lecteur mais les écrivains de talent sont tous pour la plupart des infatigables piétons de Paris, en plus d'être marqués par leur enfance et les blessures qu'ils ont vécues lors de cette période. Patrick Modiano est de ceux-là, ainsi que Bernard Frank ou Marcel Aymé, et d'autres. Alors, certes, il écrit toujours le même livre, où il cherche son père, ou un père, mais l'on aime sa petite musique, sa manière bien à lui de s'exprimer. Quand le Nobel de Littérature avait couronné Le Clézio, cet auteur pour jeunes filles de gauches romanesques, cela ne m'avait pas surpris, Le Clézio est un écrivain pour cours d'éducation civique, sur la diversité et la richesse des cultures exotiques, excepté son remarquable texte sur le désert. Modiano a des soucis de petit bourgeois hédoniste réactionnaire, pour reprendre la formule « ad hoc », il aime la beauté des avenues bourgeoises, des immeubles en pierre de taille et de leurs cariatides toujours silencieuses sous le ciel parfois un peu gris.

     

    Notre époque préfère les cieux toujours bleus, ripolinés, des cieux couleur piscine comme dans une publicité pour détergent ou un film crétin censé faire rêver le brouteur de « pop-corn » (TM°). Les « modernes » se font des villes et de la ville un peu plus ville que les autres qu'est Paris, la même idée que les inspirateurs de la « Révolution Nationale » de Vichy, la ville est corruptrice pour les purs esprits et les petits garçons bien élevés par leur maman, dans la nature l'homme est meilleur, sa nature est moins vile alors que les Tropiques aussi peuvent être bien tristes également. Exposer sans honte son amour de Paris, de ses artères, de sa vie nocturne, de sa population c'est encore maintenant risquer l'excommunication immédiate, l'anathème sans autre forme de procès, l'on se doit de ne louer que l'état de nature, le vert, le naturel, la ville ne pouvant être qu'artificielle. Les « modernes » ne peuvent donc comprendre Modiano et ses personnages qui aiment à se perdre « rue des boutiques obscures » ou feuilleter des heures durant des livres dans des librairies ouvertes toute la nuit ainsi qu'il l'évoque dans « dans le café de la jeunesse perdue ».

     

     

    Adulte, j'ai un peu perdu de vue Modiano quelques temps, comme on perd de vue quand on mûrit un oncle que l'on chérissait pendant son enfance. Sans doute n'étais-je pas assez mût pour goûter ses errances et celles de ses créations de papier dans les rues parisiennes. Je l'ai redécouvert quand il a écrit son livre sur Maurice Sachs, son « père » fantasmé, ce type complexe, homosexuel futile et fêtard, auteur de faux journaux des « années folles » (« Au temps du bœuf sur le toit » a longtemps été pris pour une autobiographie ce qu'il n'est pas), écrivain dilettante néanmoins brillant et au style ciselé, mari d'une épouse trop riche, trafiquant louche avec les nazis qui finiront par l'assassiner après l'avoir martyrisé au sens strict du terme. Sachs rappelle si on l'avait oublié que l'être humain n'a l'âme ni noire ni blanche, on y perçoit plutôt une infinité de nuances de gris (et je ne fais pas allusion ici à « l'histoire d'O » « light » pour ménagères dépressives qui vient de remporter un succès de librairie énorme, hélas...). Je me suis alors replongé dans les courts romans de Modiano, il m'est apparu comme un proche, un de ceux que l'on peut ne pas voir pendant des années et retrouver un jour en ayant l'impression de s'être quittés la veille, de ceux avec qui l'on s'est fâchés « pour la vie » et à qui l'on a juste envie de faire l'accolade lorsqu'on les revoit.

  • "Zone Xtrème" - le document qui fait froid dans le dos

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    Pour dénoncer les méfaits de la téléréalité, entre autres, un producteur, Christophe Nick, a reconstitué l'expérience de Milgram : un quidam pose des questions à un comparse, et lui envoie des décharges électriques -fictives- à chaque erreur, les candidats de ce pseudo-jeu sont allés à 80% jusqu'à la décharge mortelle, parce qu'ils passaient à la télé, parce que la télé leur disait de le faire.

    L'indocilité est de plus en plus rare, et la capacité à réfléchir tout seul visiblement.

    Ce documentaire fait extrêmement froid dans le dos.

    Voilà où nous en sommes...

    Voilà précisément où en est notre société.

  • « Et merde, revoilà les éducateur sociaux ! »

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    je-sais-rien-mais-je-dirai-tout-1973-05-g.jpgQuand nous étions jeunes (et larges d'épaules), à la fac de Nanterre, quand un imbécile balançait un lieu commun vaguement humanitariste sur le racisme, l'histoire, les colonies ou l'antisémitisme, nous disions « Et merde, rev'là l'éducateur social » partant d'un film comique des années 70, chef d'œuvre impérissable : « Je sais rien mais je dirais tout » avec Bernard Blier, Pierre Richard, Luis Rego, Victor Lanoux. De nos jours, l'imbécile qui a un peu lu, vu quelques films, entendu deux ou trois émissions politiques n'en revient pas d'avoir assimilé ce qu'il a entendu et est persuadé d'être devenu d'un seul coup d'un seul l'égal des plus grands savants. Disposant du confort moderne, il est abonné à l'eau courante, au gaz, et à l'électricité, et en plus il a des chiottes personnelles, il est persuadé d'être le zénith de la civilisation ne craignant pas les raisonnement hasardeux ou de passer pour un con comme le prouvent de nombreux sondages : ainsi 50% de sondés ont prétendu il y a deux jours que, eux aussi, auraient maîtrisé le pirate de l'air qui se réclamait d'Al Quaïda sur le vol Detroit-Nigeria, 80% disent qu'Arte est leur chaîne préférée, 1% la regarde, 99% veulent de la culture sur les chaînes publiques, mais quand il y en a ils se collent devant une niaiserie TF1 ou M6 comme d'habitude. Ou, quand certains, sur un fil, mettent en parallèle, Johnny Clegg (qui n'était qu'un leurre commode des maisons de disques pour vendre leur camelote) et Barrès. On croit rêver.

    je-sais-rien-mais-je-dirai-tout-1973-4420-1408607180.jpgL'éducateur social comprend tout de la misère dans le monde, des guerres entre communautés, il a les solutions : il faut que les pauvres il mangent à leur faim dit-il, et il faut que les gens ils arrêtent de se haïr renchérit-il, sans se soucier une seconde de la réalisation de ces beaux idéaux (en fait il s'en fout) et sans prétendre une seule seconde partager et son fric et son confort matériel pour y arriver, il ne faut pas exagérer. Le mal absolu pour lui c'est le racisme, qui le contredit dans ses certitudes est soit anti-sémite, si on critique la politique d'Israël, islamophobe, si l'on remet en cause la burqua, raciste, si l'on ose parler des difficultés d'adaptation des minorités visibles ou pas (par exemple, un africain ou un arabe qui truande les assurances chômage c'est normal, dans les autres cas c'est malhonnête). Il pratique en somme un racisme inversé, angéliste, qui fait de la personne issue des minorités un être faible et irresponsable, donc pas aussi civilisé que lui. J'en ai rencontré beaucoup lors de mon séjour en Israèl/Palestine, croyant jouer les bons apôtres de l'humanité, la paix, l'amour, puis au bout du compte ne supportant pas comme d'autres « le bruit et l'odeur ». J'en ai vu d'autres se conduisant, à Gaza, en terrain conquis, comme si c'était eux les bâtisseurs de la ville, des phares de la sagesse ; allant jusqu'à l'irresponsabilité comme de chercher à faire chanter à des palestiniens un chant nationaliste israélien par ignorance ou bêtise.

    En ce moment, l'éducateur social trouve drôlement courageux de s'en prendre à Pie XII...

    L'antisémitisme virulent dans nos banlieues ou dans l'Islam, il n'en a cure, pour lui de toutes manières, ça n'existe pas, ce serait être islamophobe.

  • Critique très critique de l'« instant critique » (il y a un jeu de mot dans le titre, c'est pas vrai, mais si)

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    124615.106.jpgJe regarde de temps en temps ce que les critiques interrogés dans cette chronique clippée du « Grand Journal » de Canal+ ont à dire des films de la semaine, quand j'ai envie de m'agacer ou de me laisser aller à la causticité à haute dose (Ouh, qu'il est méchant ! Que c'est méchant de ne pas voir le monde à travers des lunettes roses). On est dans la rapidité, pas dans la réflexion s'agit pas de trop gamberger, d'ailleurs on résume le film en une note et une phrase lapidaire genre slogan de pubeux chez Danone. Généralement, on a un équilibre, un critique intello-bobo et deux critiques prolos-rien dans le citron, ou l'inverse. On reste dans l'idée d'un cinéma conçu comme seulement un divertissement et rien d'autres, faudrait pas qu'en plus ça apporte quoi que ce soit à l'enrichissement du cortex. Comme par exemple « la Route », le film de John Hillcoat adapté de Cormac Mac Carthy (dont on parlait ici sur ce blog) : à part Jean-Marc Lalanne, des z-inrocks, qui n'a pas trop mauvais goût, on trouve ça long, ça parle trop, et une blondasse de je ne sais plus quel journal dont un SDF ne voudrait pas pour se réchauffer affirme même : « les deux personnages sont trop christiques », avec une moue dégoûtée comme si on lui avait proposé de la merde sur un plateau. Que voulait-elle dire par là ? la-route_2_ok.jpgPersonne ne sait, même pas elle je suppose. Elle ne serait pas risqué à une autre allusion religieuse, un petit coup sur les chrétiens en passant, ça donne un air affranchi. Les trois braves gens portent au pinacle une comédie française qui si elle se mangeait serait aussi lourde et bourrative que de la joue de bœuf un soir de canicule (radical pour faire des rêves bizarres et délirants). En trois minutes, c'est emballé, à la fin on présente un film alibi, genre drame serbo-croate ou mélo iranien, et c'est pesé direct en direction du consommateur. J'ai pensé à eux en voyant le film en question dans une salle à demie remplie de brouteurs de pop-corn et autistes du portable qui ont fini au bout d'un moment par fermer leur clapet.

    Sinon, allez voir « la Route », superbe méditation, comme le livre, sur le Mal, la mort, le Bien, l'Humanité, l'Espoir, la vacuité de notre société (je pense que c'est ça qui les a ennuyé le trio de têtes de poires). Le film permet de se réveiller de sa torpeur.

  • "Pollution Pride" à Evreux

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    ou Grand rassemblement d'abrutis à Evreux...

    mi29_1110381209_two_boys_bikers_.jpgAujourd'hui des milliers de motards se rassemblent à Evreux, un jour par an c'est bien suffisant, pour montrer leurs gros cubes, prothèses compensant leur virilité ou la taille minuscule de leur cortex cérébral. On est fier de faire "tut, tut" avec le klaxon de la moto, de faire hulluler des sirènes comme celles des flics américains, d'arborer qui une bannière étoilée, qui même des bannières sudistes qui ont ce petit côté transgressif limite gros con raciste qui semble faire jouir l'imbécile quand il se déplace en meute. Les plus privilégiés, ceux qui ont la plus grosse moto, ont des filles trophées sur le siège arrière ou dans le baquet du side-car. Des djeuns en ticheurtes rouges chargés semble-t-il de l'édification de ceux qui ont horreur du bruit et des exhalaisons nauséabondes de pots d'échappement nous disent : "On est simples", "on est pas des intellos chez les motards", (ça on l'avait remarqué), "on est pas prétentieux" croient-ils bon d'ajouter car un type intelligent est vaniteux pas vrai ? Ils sont tellement simples que certains parmi eux paraissent manifester une envie de régresser vers l'animalité en se parant de peaux de bêtes. Plus l'être humain est en nombre, plus son intelligence diminue, elle est ici proche du zéro absolu, comment peut-on être fier de polluer par le bruit, l'essence ou la laideur ?

  • Quand la mer se retire...

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    pt15731.jpgHier après-midi j'étais à Cabourg. J'aime bien cette ville qui est très littéraire. L'hotel est celui de "la Recherche du temps perdu" de Proust, on y voit encore l'ascenseur "arts déco" avec ses vitraux à la manière de Mucha, la plage est celle où les amants désunis et irréconciliables d'Armand Lanoux se retrouve. Dans les films et les livres, les amants désunis se retrouvent toujours à la fin et tout rentre dans l'ordre. Dans la vie, c'est moins confortable, lui est souvent marié et veule, elle, elle se fait des illusions et le tout finit romantiquement par des histoires de pension alimentaire. Nous étions seuls sur la promenade du bord de mer. Et la plage était un peu celle de "Mort à Venise". 

    On entendait seulement le bruit du ressac et de quelques oiseaux marins, loin des automobilistes, des haut-parleurs envahissants qui vomissent de la musique dégoulinante et autres calamités bibliques et vulgaires. C'était comme le gigantesque décor d'une pièce de théâtre qui s'était jouée il y a longtemps, mais les acteurs en avaient déserté la scène depuis un moment. Ensuite, nous avons fait les choses logiques que l'on doit faire quand on est dans une station balnéaire : manger une gaufre avec un peu de chantilly, boire quelque chose dans un café typique avec les poutres normandes apparentes. La jeune fille qui vendait les gaufres ne semblait pas s'inquiéter de l'absence de promeneurs dans les rues, tout comme le serveur du café qui était lui aussi tout à fait proustien. grand-hotel-cabourg1.jpgC'était presque comme dans un rêve, quand le panorama que l'on voit est comme figé, c'était "le pays des merveilles" avec en guise de chat de Cheshire une vendeuse de glaces, ou celui de la Belle au Bois Dormant.

    Il y a deux jours un ami me parlait du "monde d'avant", celui où les choses étaient plus simples, plus humaines. Cabourg permet de le visiter un peu, on a l'impression que rien n'a bougé depuis une éternité, depuis notre enfance. Mais cette expression m'agace toujours un peu même si c'est vrai que nous avons perdu beaucoup d'humanité en route, depuis que consommer est devenu presque notre seul but, mais personne n'en a conscience, car "ce monde d'avant" était tout aussi médiocre quant à ses aspirations. J'avais une correspondante qui m'écrivait souvent de Cabourg, pendant toute notre adolescence, j'imaginais cette ville, je la voyais parfois comme au cinéma, d'autre comme dans un dessin de Dubout : mémères énormes avec leurs maris minuscule tenant en laisse de tout petits roquets.