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édition

  • La fin de la littérature est-elle possible ? - A propos de "Premier bilan après l'Apocalypse" de Frédéric Beigbeider

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    Frédéric Beigbeider est horripilant, très agaçant, parfois pénible. « Né coiffé », il a bénéficié des privilèges que lui offrait son milieu pour s'y épanouir et faire ce qu'il veut quand il le veut : lire, beaucoup, écrire, beaucoup, sortir, beaucoup, boire, beaucoup, faire un boulot qui fait rêver les filles et la société consumériste, s'amuser. C'est une tête à claques télévisuelle, un parangon de la connivence dite germanopratine, dont il est conscient, qu'il assume, qui règne dans les milieux culturels en général, et littéraires en particulier, où tout le monde se connait, se coopte, se dispute pour de rire, où l'on couche les uns avec les autres, où les polémiques les plus dures sont en fait des farces grotesques que l'on joue au gogo pour lui faire plaisir.

    image prise ici

    frederic_beigbeder_reference.jpgEt surtout, surtout, Beigbeider est un dilettante à qui tout semble réussir sans qu'il n'ait à trop se fatiguer.

    Voilà son crime aux yeux des bonnes gens qui jalousent plus la réussite matérielle de cet auteur que sa culture littéraire authentique et profonde.

    Car ce qui sauve ses précédents romans, et Beigbeider lui-même, c'est qu'il aime les livres passionnément.

    Actuellement, on n'aime pas beaucoup la littérature, les prophètes d'un monde nouveau, prêt à éclore selon eux, les circonstances préludant à cette éclosion différant selon l'idéologie qu'ils ont à vendre. Ces prophètes, la plupart de temps de malheur, ils promettent l'enfer et la dévastation à qui ne suit pas leurs recettes miracles qui passe la plupart du temps par la destruction de toute littérature qui ne sert pas leur cause.

    Dans la tyrannie des imbéciles qui se profile dangereusement à l'horizon, la littérature est considérée comme inutile, obsolète. Beaucoup de cuistres affirment ne pas lire de romans mais des « livres sérieux », comme si la faculté de créer des mondes avec des mots, comme si l'imagination, comme si ce don consistant à exprimer la joie, la peine, la colère, la réflexion, ce n'était pas vraiment sérieux.

    Beigbeider fait aussi dans son bilan des choix extrêmement subjectifs, parfois agaçants encore, il place par exemple des copains dans son bilan, (après tout on lui pardonnera de défendre ses amis), mais en bon littéraire il ne prétend pas à la sagesse omnipotente, et invite le lecteur à faire comme lui.

    Dans la tyrannie des imbéciles l'on prétend à l'objectivité, on fait mine de se placer au-dessus de la mêlée. Autre pointe d'agacement que l'on ressent, c'est quand l'auteur de ce bilan parle de son expérience d'éditeur et de son enthousiasme pour « Hell » de Lolita Pille, qu'à l'entendre il aurait traité comme tous les autres manuscrits qu'il reçoit, ou pour Simon Liberati, le deuxième écrivant certes mieux que la première, maintenant recluse chez sa mère, surendettée et abandonnée par le milieu de rebelles à mèche mondains qu'elle fréquentait auparavant, mais tous deux étant des compagnons de virées pas toujours « tziganes » de Beigbeider.

    Beigbeider fera hurler sur le net et ailleurs les défenseurs du livre numérique censé être moins cher, plus indépendant, et moins enclin à favoriser le clientélisme, le copinage, le népotisme, et en plus être écologiquement plus admissible, plus correct. Les défenseurs du livre traditionnel sont traités de « fétichistes », de réactionnaires nostalgiques d'une époque où la culture était réservée à une oligarchie.

    Si personne ne conteste le copinage et le fait que les manuscrits qui parviennent à un éditeur sont surtout lus par des stagiaires débordés qui se contentent de les parcourir distraitement, tout écrivain non édité n'est pas forcément un génie méconnu qui mérite de plus l'être.

    De plus, il y a une différence majeure entre la lecture sur papier et la lecture sur support électronique, plus diffuse, plus superficielle, moins concentré quoi que l'on en dise. Enfin, les livres ont une âme, une histoire, quelque chose qui les relient directement au lecteur, ils ont une odeur, une sensualité, totalement absente d'un écran impersonnel, celui-ci si perfectionné soit-il.

  • Le parcours du combattant du premier roman

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    Quand un auteur écrit un premier roman (note personnelle : on n'est jamais si bien servi que par soi-même, voir par là le mien) pas trop mal ficelé, pas trop mal écrit, qu'il se décide à l'envoyer à un éditeur après avoir pris l'avis de diverses personnes, ce n'est que le commencement d'un parcours éreintant. Il reçoit au bout d'un ou deux mois, parfois plus, une lettre-type lui indiquant combien son oeuvre est passionnante blabla mais qu'elle ne convient pas à la politique des collections de la maison d'édition et tout le blabla habituel. Il peut le comprendre, il y a un gros paquets de manuscrits qui doit arriver tous les mois, écrits par des personnes qui pensent toutes que leur bouquin n'est pas loin du chef d'oeuvre. De plus il y a plus de 700 livres paraissant chaque année, dont de plus en plus des témoignages poignants, de moins en moins de fictions, et bien sûr sans compter les "locomotives" qui écrivent un "bon" livre et ne cessent ensuite de le réécrire toujours et encore sous de multiples formes, sans bien sûr prendre le temps pour la plupart de retravailler leur texte (ça se voit de plus en plus).

    1775.jpgDe plus, son manuscrit est rarement lu par le directeur éditorial, qui sait par contre très bien lire les juteux contrats qui lui rapportent, mais plus par un ou une stagiaire débordé/e, sous-payé/e et méprisé/e. Cela, il peut le comprendre, il veut bien, après tout c'est la règle. Il peut même comprendre que ce soit du commerce et que l'éditeur doit vendre ce qu'il édite. Ce qu'il ne comprend pas, l'auteur de premier roman, c'est quand quelques semaines plus tard, après sa lettre-type de refus, il voit paraître le livre-confession d'une fille de philosophe télévisuel sur ses amours, ou celui d'une clubbeuse qui parle de ses soirées, ou encore celle d'un vieux pervers développant sur plus de 150 pages ses pulsions pour les petites filles ou les petits garçons. L'auteur de premier roman se demande ce que cela a à voir avec la littérature, et pourquoi ce milieu est-il si endogame, le lèchage de culs y est un sport prisé, et si étanche ? Ou alors les éditeurs sont finalement restés d'une grande frilosité et aussi étroits d'esprit qu'un garde-champêtre de village. Car un éditeur devrait a priori lire les livres qu'il édite, mais allez dire cela aux diplômés des écoles de commerce qui gèrent ce business pour la plupart des maisons d'édition.

    L'auteur de premier roman dit-il ça qu'on le soupçonne aussitôt de jalousie,  d'amertume ou de méchanceté, selon la réthorique habituelle de ceux qui profitent du système, à moins qu'on ne lui en veuille d'être lucide et de dire la vérité. On lui conseille souvent de se tourner vers les sites d'édition électronique mais c'est plus ou moins du compte d'auteur déguisé, ou alors vers les petites maisons d'édition indépendantes qui ont un mal fou à subsister.

    En photo, les frères Goncourt dont le prix du même nom sert maintenant à récompenser les vieilles gloires fumeuses ou les écrivains bien vus par le système qui s'auto-alimente alors...