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écrivains

  • Ces sales menteurs d'écrivains

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    écriture.jpgAussi sur Agoravox

     

    Une jeune fille me l'a confié il y a quelques temps avec beaucoup de sincérité. Elle ne comprenait pas comment on pouvait aimer les livres de fiction alors que les écrivains n'y racontaient pas des choses vraies. Elle, elle aimait les livres n'évoquant que le réel. Qu'une petite comme elle dise cela est on ne plus excusable. C'était dit dans l'idée que les écrivains ne sont que de sales menteurs qui racontent des histoires. C'était prononcé dans un souci d'intégrité candide après avoir dû lire en classe un livre de Ray Bradbury.

     

    Par contre, quand ce sont des adultes réputés raisonnables (Nota Bene : je ne peux rédiger cette phrase sans sombrer dans un fou rire immédiat, la plupart des adultes étant tout sauf raisonnables), majeurs et vaccinés, c'est beaucoup plus insupportable, toujours à la limite du grotesque. Cela relève aussi du complexe culturel, on sait que l'on est inculte donc on se justifie en arguant que de toute manière la fiction n'est que superficialité. Cela montre également que la fiction littéraire, le romanesque sont toujours et encore considérés comme du superflu, de l'inutile, du facile.

     

    On la tolère pour se divertir à la rigueur, mais la fiction présente un risque intolérable. Elle incite le lecteur à se poser des questions sur sa vie, la société, le monde, ses joies, ses tristesses. Elle l'encourage à penser par lui-même après que des auteurs lui ait ouvert des univers entiers sous ses yeux, l'ait fait rêver, imaginer, frémir ou rire.

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  • La routine ronronnante de la rentrée littéraire

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    J'essaye à chaque fois, sans trop me forcer non plus il est vrai, craignant l'embolie intellectuelle, de m'intéresser à la rentrée littéraire, mais j'ai toujours autant de mal, et c'est souvent en vain, car on a à chaque fois l'impression de regarder un encéphalogramme plat ou d'écouter une chanson de Céline Dion. Incidemment, j'ai lu deux, trois articles sur la rentrée des écrivains, ceux qui vendent et qui font du bruit médiatique, dont Michel Houellebecq, du dossier enamouré des « z-Inrocks », qui m'a fait rire, malgré l'auteur de l'article, très sérieux, très grave, compassé moderne, qui ne semble pas percevoir le grotesque de la scène à laquelle il participe, entre autres parlons de l'épisode où Michel qui picole un peu trop, s'endort sur la table comme un clodo qui cuve, à l'interview vidéo de ce site, savante, policée et intelligente (ceci dit sans ironie aucune) mais je ne trouve aucune ampleur, et peu de résonnance, dans les propos de Houellebecq.

    houellebecq.jpgCertes, il a du talent, il aurait même une certaine humilité quant à l'écriture (ou du moins il a eu cette humilité). Certes il eut peut-être des fulgurances, mais un auteur qui ressemble à un employé de bureau dépressif, baladant son ennui, de plus en plus absent au monde qui pour lui va à sa perte, aux autres, à l'humanité. D'ailleurs il a un physique de plus en plus fragile, de plus en plus léger comme s'il disparaissait progressivement de ce plan d'existence, effacé au fur et à mesure. Il joue son rôle, sa partition, et les phrases définitives qu'il écrit, qu'il voudrait que l'on prenne pour des formules, comme celle-ci : « Pendant la première partie de sa vie, on ne se rend compte du bonheur qu'après l'avoir perdu », on les trouve aussi dans des cahiers d'adolescentes en fleur, tout comme celle-ci : « Et si je n'ai pas compris l'amour, à quoi me sert d'avoir compris le reste ? ».

    Tout cela ne m'enthousiasme guère.

    Je préfère un écrivain qui vit, ressent, pleure, rit, s'enthousiasme, flamboie, se trompe même, qui se soucie du monde. La littérature engage tout le corps et l'esprit, le cerveau, les entrailles, la sensualité. Houellebecq est pour moi tout sec. J'ai lu de lui « Extension du domaine de la lutte » et « les Particules élémentaires », qui ressemblent un peu à du Don DeLillo sous prozac, et ses livres n'ont pas la même portée universelle que les livres de l'auteur américain. Et à « la possibilité d'une île », je préfère largement les romans de Philip K. Dick qui explorent exactement les mêmes thèmes avec infiniment plus de talent et plus de style. L'excès inverse consistant à charger Michel Houellebecq de tous les fardeaux pesant sur la littérature actuelle française me paraît également disproportionné, et tout aussi commercial. Les « provocations » de l'écrivain me semblent bien dérisoires, de sa phrase sur l'Islam en passant par sa considération sur Jean-Pierre Pernaut, une sorte de génie, le truc dit pour emmerder un ou deux bobos mais ça n'ira pas plus loin, et on n'est pas très loin du café du commerce. Houellebecq ne remet rien en cause, il ne fait que prendre des notes, aligner ce qui ressemble beaucoup à des lieux communs de boutonneux mal dans sa peau, qui rêve de profiter de ce qu'il dénonce vaguement mais n'y arrive pas.

    Certains parlent de lui comme du dernier dandy mais je ne suis pas certain qu'ils savent ce que c'est exactement, un dandy, ou l'Art en général. Il me rappelle cette citation d'Avita Ronnell : « Nous risquons de devenir tous et partout des bêtes à concours sans espoir et, comme disait Nietzche, sans joie. Ce type de rapport à la vie pourrait amener à un sérieux appauvrissement de l'existence. Les évaluations impliquent un monde déjà en place et connaissable. Un monde dont l'incertitude inhérente à l'avenir est bannie »

    (Avita Ronell dans un entretien paru dans « Marianne » du 13 au 19 juin 2009, page 80-82).

    Et Houellebecq manque au fond de courage, car finalement il n'y a jamais de véritable transgression, encore moins de subversion contre les sottises sans nom qui fondent notre société. Il a trouvé sonc créneau, il l'exploite.

    Jusqu'au trognon.

    Il y a un tout autre courage à écrire sur l'époque comme Fabrice Hadjaj ou Alexandre Jollien qui embelissent la vie et lui redonnent de la joie quant à eux. Il y aurait aussi encore pire que Houellebecq ce sont les « vieux routiers » de la littérature, les pensionnaires les plus âgés, comme Jean d'Ormesson. Sur lui, je ne vais pas dire que je me réjouis de la gifle qu'il a flanqué à Sébastien Lapaque, qui avait eu l'outrecuidance d'écrire que ses livres ne « resteraient pas », mais elle révèle le personnage tel qu'il est, triste Trissotin réincarné, vieux courtisan poudré, perruqué et parfumé, vieux libertin nostalgique des plaisirs passés qui compense ses problèmes de prostate en se tressant constamment des couronnes à lui-même sans remords ni scrupules.

    Comme tout le monde, de même que les cinéastes chics, comme Wong Kar Waï, qui réalise un ou deux chefs d'oeuvre, « In the mood for love », puis se perd ensuite pour cause de ce que l'on ne peut qu'appeler un pétage de plombs carabiné. Ce qui est assez intéressant, et ironique, est que les critiques qui encensent Houellebecq se permettent de parler de Brett Easton Ellis comme d'un auteur surfait n'est-ce pas, dont le talent est exagéré n'est-pas, qui écrit quand même des bons livres, n'est-ce pas, « maisbon » (à prononcer très vite d'un air désabusé, en accompagnant ce vocable d'un geste, comme lorsqu'on manifeste son impuissance).

    amelie-nothomb-10541.jpgAmélie Nothomb a un côté plus flamboyant certes, ou dirons-nous clinquant, avec tout le folklore lié à son personnage : la pourriture qu'elle aimerait manger, ses chapeaux loufoques et son maquillage de gothique qui aurait beaucoup pleuré au dernier concert de « Death Metal » où elle s'est rendue, ses problèmes psys de petite fille sage et gâtée, les promenades dans les cimetières.

    Je me souviens de sa première apparition télévisée, dans « Nulle Part ailleurs », pour « Hygiène de l'assassin », une interview qui m'avait donné envie de lire son livre car elle était naturelle, donnant l'impression à l'époque de se moquer radicalement de l'impression qu'elle laisserait, les deux mains crispées sur les accoudoirs de son fauteuil, par nervosité ou timidité, ou les deux. Et puis elle a pris de la bouteille, et a fini par devenir « une bonne gagneuse » qui vend chaque année un roman que l'on devine écrit au fil de la plume, ce qui semble normal en France et n'étonne personne à part deux ou trois écrivains qui ne le sont pas pour de rire. Elle sort les cahiers au fur et à mesure d'un tiroir de son bureau. Ce qu'elle écrit n'a même plus beaucoup d'importance, ses lecteurs s'identifient à elle et la lisent seulement du fait de cette identification, ressentant étrangement les critiques adressées à Amélie Nothomb comme autant de critiques contre eux et leurs choix de vie, comme des fans post-pubertaires de « Tokyo Hotel » avec qui ils partagent le même goût pour les sourcils charbonneux et les mèches en pointes. Tous spécialistes du nihilisme de Prisunic pour jeunes personnes mal dans leur peau, comme cette phrase extraite de « Mercure », « Pourquoi est-il impossible de faire du bien à quelqu’un sans lui faire de mal ? Pourquoi est-il impossible d’aimer quelqu’un sans le détruire ?» , le tout prononcé d'un air pénétré le petit doigt sur le menton, penser à terminer par « hein ? » ou « n'est-ce pas ? » tout comme cette sentence sur l'orthographe et la grammaire : « Seuls les grammairiens sont assez naïfs pour penser que l’exception confirme la règle. »

    Ce n'est pas comme Sagan qui dit tranquillement un jour à un jounaliste que les critiques de certains ne l'impressionnaient guère puisqu'elle n'écrivait finalement que pour trois ou quatre personnes qu'elle aimait et qui l'aimaient, l'argent gagné gràce à son succès utilisé surtout pour faire plaisir à qu'elle appelait son « phalanstère ». Sans être vulgaire, on dira que ça avait quand même une autre gueule, une allure tout à fait différente. De toutes façons, les médias ont trouvé plus « trash » qu'Amélie Nothomb, plus « sexe » aussi, Virginie Despentes, qui a le mérite également d'être féministe donc admissible par la bien-pensance, et comme en plus elle parle souvent de cul, elle a le mérite d'être une bonne cliente des « Tôlque chauds » et autres émissions à la parole réputée libérée. Il semble que cela ait toujours existé, mais les médias amplifient encore peu plus la médiocrité des écriveurs qui polluent la littérature sans l'élever.

    Article également sur Agoravox