Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

écriture

  • Dans la tête des jeunes filles sages - « Et devant moi le monde » de Joyce Maynard

    Imprimer Pin it!

    à propos de « Et devant moi le monde » de Joyce Maynard

     

    littérature, écriture, société, joyce maynard, amaury watremez, et devant moi le mondeLe sujet de ce texte n'est plus tellement d'actualité. Les jeunes filles sages ne lisent plus, elles rêvent plus en parcourant les « tweets » des « pipeaules » et autres « statuts » facebook mais ne se passionnent plus du tout pour la littérature et les auteurs. Elles ne peuvent donc pas vivre de grandes passions qui risqueront de les mener au bord du gouffre dont elles sortiront par l'écriture telle Joyce Maynard. J'avais bien aimé « une adolescence américaine » de cet auteur dans lequel la jeune fille qu'elle était se racontait et racontait sa génération des années 60 un peu à la manière d'une Holden Caufield au féminin. Ce roman faisait suite et développait un article du « Times » dans lequel elle avait esquissé ce portrait en creux des jeunes de juste avant la « parenthèse enchantée ».

     

    Elle était de ces jeunes filles sages capables de passion, capables de brûler et se brûler pour un amour sans y réfléchir aucunement avant...

     

    Les femmes y sont plus hardies quoique les petits garçons sages également partagent cette qualité ou ce défaut jusqu'à risquer d'en mourir.

     

    Il demeurait quelques scories dues à son immaturité mais j'avais largement préféré ce livre à « l'Attrape Coeurs ». Dans « Et devant moi le monde », elle a quarante-quatre ans et raconte l'amour à sens unique qu'elle a vécu avec le père d'Holden Caufield, la rupture brutale s'en étant ensuivi et les années qu'elle a passé à se reconstruire. Elle avait dix-neuf ans. Elle aborde tout crûment et de front, sans aucune vulgarité, y compris la sexualité avec un homme à l'époque de trente-cinq ans son aîné. Elle était une de ces adolescentes inadaptées brûlant d'un feu intérieur que personne ne voyait ou ne voulait voir, déjà passionnée par les lettres comme tous les gosses qui ont du mal à s'adapter à la société des êtres humains. Elle avait des parents très artistes et largement excentriques dont le couple était déséquilibré, un père peintre raté et une mère flamboyante mais frustrée de reconnaissance envers ses dons.

    Lire la suite

  • Le plaisir démodé de la lecture

    Imprimer Pin it!

    lecture, société, écriture, bibliothèque, plaisir démodé, amaury watremezSur Agoravox aussi

     

    J'ai trouvé la technique parfaite pour avoir de la place dans le train de banlieue. J'ouvre un livre et je lis. Un lecteur semble plus suspect aux yeux des autres voyageurs qu'un type le regard rivé sur son Smartphone. On le regarde avec circonspection. Il en inquiéterait presque. Comment peut-il se couper de "sa communauté" ne serait-ce que le temps du trajet ? Car je pousse le vice à éteindre mon téléphone portable. Mais enfin pour tout vous avouer moi je m'en fiche un peu car comme ça j'ai de la place et je suis tranquille. Alors certes, je ne suis pas le seul dans un train à lire des livres mais nous sommes de plus en plus rares. Il y en a aussi certainement quelques uns lisant sur leur tablette, sur une liseuse ou leur téléphone.

     

    Cela ne veut pas dire d'ailleurs que la lecture demeure au même niveau qu'auparavant, ceux qui lisent sur écran lisant déjà avant ces inventions. Celles-ci n'amènent et n'amèneront jamais aucun nouveau lecteur à l'exemple des livres à deux euros en particuliers "Librio" "inventés" il y a une vingtaine d'années...

    Lire la suite

  • Dalton Trumbo une vie pour l'écriture

    Imprimer Pin it!

    Un film de Jay Roach sorti aujourd'hui

     

    politique, cinéma, dalton trumbo, écriture, littérature, amaury watremezMa cinéphilie doit beaucoup aux « équipes Notre Dame ». Mes parents en faisaient partie et deux fois par mois se réunissaient avec d'autres couples chrétiens. C'est ainsi que chaque jeudi ou vendredi je pouvais regarder un film passant ce soir-là, en douce. Du moins le croyais-je car les lampes de la télévision étaient encore brûlantes quand mes parents rentraient. J'ai pu voir de cette manière « Johnny s'en va-t-en guerre » de Dalton Trumbo, le film sorti en 1971 qu'il réalisa d'après son roman écrit en 1939. Cette œuvre extrèmemement originale racontant l'histoire d'un jeune soldat américain se faisant atrocement blesser durant la Première Guerre Mondiale transmet le mépris de la haine, de la violence et de toute guerre. Le spectateur se promène dans les souvenirs, rèves et fantasmes du jeune homme alors qu'en parallèle une infirmière s'aperçoit avec horreur qu'il est encore vivant et conscient....

     

    Dalton Trumbo a été victime de la « chasse aux sorcières » lancée dans les années 50 contre toute personne soupçonnée de sympathie pour les communistes. Il fut l'un des fameux « Dix » qui refusa de dénoncer ses amis, d'autres n'ayant pas les mêmes scrupules, tel Elia Kazan ou Edward Dmytryk. Trumbo le dira plus tard, cette épuration de l'Amérique ne mena à l'arrestation d'aucun agent de l'étranger ou d'agitateur au service de Moscou mais elle détruisit de nombreuses personnes, familles et communautés. Il a été envoyé en prison et à sa sortie a recommencé à travailler pour le cinéma anonymement et souvent pour des boîtes de production de séries B dont celle des frères King qui produisirent néanmoins « Les clameurs se sont tues », un scénario de Trumbo pour lequel il récoltera son deuxième « Oscar » sous un faux nom après celui obtenu pour « Vacances Romaines » mis en scène par William Wyler....

    Lire la suite

  • Ortograffe

    Imprimer Pin it!

    politique, société, littérature, écriture, orthographe, amaury watremezLa réforme de l'orthographe si décriée part de bonnes intentions. Constatant que celle-ci est un « marqueur social » de plus en plus appuyé, et que la dysorthographie est endémique dans les écoles françaises, l'Académie est les institutions décident de la réformer et de l'adapter à l'ère des « essèmesses ». Comme cela, croient-ils, les plus précaires, les français de fraîche date ne se sentiront plus stigmatisés par leur ignorance d'une langue qui leur serait maintenant beaucoup plus accessible car recelant beaucoup moins d'exceptions.

     

    Rien n'est plus faux.

     

    Bien loin de combler le fossé, que dis-je l'abîme, existant entre ceux maîtrisant un registre soutenu de la langue et les autres, cela l'élargira, le creusera un peu plus. Ils croient lutter contre l'élitisme mais ne font que le renforcer et en créer un bien pire. Les « classiques », Stendahl, Flaubert, Maupassant, Corneille, Racine, et Proust ou Céline ne seront plus accessibles qu'à quelques favorisés bénéficiant d'une éducation plus exigeante en matière culturelle pendant que les enfants des pauvres continueront à regarder « Touche pas à mon poste » et ses succédanés sur différentes chaînes....

    Lire la suite

  • Une Holden Caulfied des années 60...

    Imprimer Pin it!

    Joyce Maynard - « une adolescence américaine » en 10/18

    C_Une-adolescence-americaine_5465.jpeg

    Généralement lorsqu'on lit un auteur de talent, doué pour mettre en branle son « métro émotif », on entend littéralement sa voix en tournant les pages de ses œuvres qu'il raconte ou non une histoire personnelle. En lisant les premières pages de « une adolescence américaine » de Joyce Maynard, acheté pour se désennuyer un jour d'été morne et dépeuplé dans une ville de province, la chose est arrivé de suite. Cela s'appelle le style. Il est bien oublié par la plupart des auteurs français actuels qui se piquent même pour certains de faire de la « non littérature » voire de la « non écriture » en prétendant rédiger de « l'autofiction » moyen comme un autre d'économiser le prix des séances chez un « réducteur de têtes » et de faire de l'argent avec des névroses de pauvre petite fille ou pauvre petit garçon riche.

     

    Dans ce livre traduit en français en 2012, Joyce Maynard raconte sa vie d'adolescente dans les années 60, une jeune fille un peu hors normes et mal dans sa peau et se croyant la seule à l'être alors que ce mal-être est sans doute une constante chez la majorité des jeunes ainsi qu'elle l'écrit dans sa préface à cette édition. Sa voix est presque la même que celle de son moi de dix-huit ans, âge auquel elle écrivit cette chronique douce-amère en partie à cause du succès d'un article qu'elle écrivait pour le New York Times après avoir eu le culot sympathique -ou l'inconscience- de demander à pouvoir le faire au rédacteur en chef de ce journal....

    Lire la suite

  • Vivre sans Pourquoi ?

    Imprimer Pin it!

    51YaUl1Ty9L._SX258_BO1,204,203,200_.jpgÀ propos du livre d'Alexandre Jollien « Vivre sans pourquoi – Itinéraire d'un philosophe en Corée » aux éditions du Seuil – édition Iconoclaste

    (le lien mène au site de l'éditeur où l'on peut lire un extrait du livre)

     

    Le livre est accompagné d'un CD où le philosophe donne quelques unes de ses « pharmacopées », l'avantage étant que celles-ci ne sont pas des panacées imposées par l'auteur comme obligatoires pour bien vivre.

     

    J'ai toujours eu horreur de ces personnes qui dans la vie s'improvisent à la fois psys et directrices de conscience, analysant chez les autres chacun de leurs faits et gestes impitoyablement. Bien souvent elles finissent alors par toujours donner leurs recettes pour échapper à ce qu'elles considèrent comme des blocages, des manques, recettes étant généralement autant de lieux communs d'une bêtise et d'un conformisme insondables, car finalement ce qu'elle reproche à l'autre est surtout de « ne pas être comme tout le monde » au lieu d'accepter la personne telle qu'elle est. Et ces recettes miracles toujours une manière de se mettre soi-même en valeur : « Moi je sais ce que tu dois faire pour être heureux car moi je suis parfait »....

     

    image de la couverture amazon.fr

    Lire la suite

  • La lecture de Truman Capote - un plaisir toujours trop bref

    Imprimer Pin it!

    « Un plaisir trop bref » - Truman Capote

    9782264063540.jpg« 10/18 » publie la correspondance de Truman Capote. elle est une sorte d'autobiographie en creux de l'écrivain, offre un point de vue intime sur son travail de création. Le recueil commence par une lettre qu'il écrit à son père biologique alors qu'il n'a que douze ans. Les lettres sont présentées chronologiquement par Gerald Clark, universitaire américain qui le fait avec humilité et finesse. On y apprend que « To kill a mockingbird », le roman émouvant de Harper Lee, grande amie de Truman, raconte aussi leur enfance à tous les deux (Dill c'est lui). Mal aimés par son père et sa mère, il les aidera cependant jusqu'à leurs morts.

     

    Il envoyait quotidiennement des lettres à ses amis pour leur raconter les anecdotes les plus croustillantes sur son entourage et se moquer des salonnards, c'est aussi l'auteur d'un des romans anglo-saxons les plus réussis, une « novella » d'une centaine de pages, « Petit déjeuner chez Tiffany ». J'ai lu ce livre racontant les errements sentimentaux de oisifs new-yorkais une quinzaine de fois, et suis tombé amoureux de Holly Golightly dés la première lecture. Les imbéciles n'y verront pas un livre sérieux, il ne comporte aucun message ni admonestation politique.

     

    Il écrit également « De Sang Froid », chronique hallucinée de l'envers du rêve américain, une famille à la Norman Rockwell se fait massacrer par deux petits voyous sans envergure. D'aucuns n'y ont vu qu'une dénonciation de la peine de mort, d'autres n'y perçoivent que le récit clinique d'un faits divers atroce. Le livre était tout cela à la fois et beaucoup plus, en particulier une réflexion sur le mal implanté dans l'âme humaine.

     

    C'était aussi un livre monstre qui a certainement fini par complètement dévorer son auteur.

     

    A cause de l'enquête et du travail immense que ce roman a demandé, l'auteur a fini par sombrer dans une dépression qui l'a amené à trop boire, consommer beaucoup trop d'alcool et essayer quelques drogues. Le triomphe que lui offre cette œuvre fut aussi le début de sa chute. Il écrit beaucoup moins ensuite, excepté des chroniques parfois intéressantes que l'on retrouve dans « Musiques pour caméléons ». Il devient, comme Norman Mailer, Hunter Thompson, ou Gore Vidal un « bon client » des émissions d' « infotainement » de la télévision américaine dont celle de Letterman (à l'époque, on prenait la littérature beaucoup plus au sérieux).

     

    Cependant, même du plus profond de sa déchéance, Capote ressentait instantanément la qualité d'écriture d'un texte, ou sa médiocrité. Que n'aurait-il dit à une époque où n'importe quel génie méconnu à juste titre, peut se prétendre écrivain en déversant à l'aide de son clavier ses frustrations, sa bile des plus amères, ou ses fantasmes et oser appeler ça son œuvre hurlant à l'injustice si personne ne lit ses divagations sans style, le plus souvent pompées sur Céline, mais pas pour des raisons littéraires, ou Brett Easton Ellis pour ceux qui ont grandi dans les années 80.

     

    La littérature se noie en 2014, pour celle dont on parle car il existe des auteurs passionnants qui ne sont pas forcément là où on les attend, dans le déni de hiérarchisation des goûts et des couleurs. Ainsi que sur les rayons d'un supermarché, les chefs d’œuvre sont mis au même range que les « blockbusters », les livres demandant un tant soit peu d'ambition intellectuelle sont qualifiés de prétentieux et les auteurs que l'on voit encore sur les écrans invoquent sur tous les tons leur simplicité, leur proximité des « vraigens », leur « simplicité » , écrivant des livres flattant la fierté, si tant est que l'on peut parler de fierté à ce propos, d'être banal .

     

    Truman Capote, « Ca-po-tie », le nom du deuxième mari de sa mère, était un ludion extraverti, potineur et ragoteur, apparemment un mondain superficiel et un écrivain exigeant pour qui l'écriture engageait sa vie, son cœur, ses tripes, quelque chose que notre époque qui aime bien tout quantifier a du mal à comprendre. Il était en quête de l'affection de ses amis et proches, toujours inquiet de leurs sentiments. Finalement naïf, et candide, il s'imagine qu'en mettant en œuvre « Prières exaucées » son roman qui sera selon lui sa « Recherche du Temps perdu », il ne se fâchera avec aucun de ses amis dont il décrit les vices par le menu dans ce manuscrit.

     

    Il est notoirement homosexuel, sans aucune ostentation superflue, à une période où cela n'est pas si évident. Il rencontre en 1948 Jack Dunphy, vétéran de la guerre du Pacifique, son exact contraire, qu'il aimera et qui l'aimera jusqu'à la fin en 1984. Le dernier courrier de l'écrivain sera pour Jack, un télégramme court et déchirant...

     

    D'aucuns s'étonneront peut-être que l'auteur de cet article, moi-même ami lecteur, porte aux nues un auteur qui semble contredire par sa vie, et ses écrits, ce que je dis parfois sur la crise morale que nous traversons. En littérature, comme dans la vie, j'ai toujours eu horreur de la moralisation et des esprits étriqués qui s'interdisent pour les uns d'ouvrir un livre de Drieu car collabo, et qui ne liront pas Capote par peur de brûler en enfer car celui-ci leur rappellerait que c'est tout ce qui leur paraît superficiel et léger dans cette vie qui est le plus important, raison pour laquelle ils débutent toujours la mise en place de leurs idéaux par un bon petit autodafé, motif essentiel pour lequel je ne serai jamais de ceux qui veulent absolument faire le bonheur de l'humanité même contre son gré..

     

    image prise sur le site de 10/18

     

    ci-dessous la scène d'ouverture de l'adaptation remarquable de "Petit déjeuner chez Tiffany"

     

  • le "vieux dégueulasse" chez les hurons d'Europe

    Imprimer Pin it!

    Charles Bukovski - « Shakespeare n'a jamais fait ça », en « Points Seuil »

    shakespeare-n-a-jamais-fait-ca-de-charles-bukowski-974818823_ML.jpgCharles Bukovski, écrivain sulfureux et « underground » dans son pays, est allé non sans curiosité en 1978 en Europe à la rencontre de ses nombreux lecteurs français et allemands. Ce n'est pas lui le « persan », le « huron », dans l'histoire mais toutes les personnes qu'ils croisent, de son traducteur allemand à son éditeur français dont il ne retient jamais le nom, est-ce Rodin ou Jardin ? On ne sait pas trop et peu importe au bout du compte. Bukovski s'en fiche de faire des courbettes à son découvreur français, tout ce qui compte pour lui c'est d'écrire, le nombre d'exemplaires vendu ensuite n'est pas son souci.

     

    Il est accompagné dans son périple par sa compagne Linda Lee, sa bonne âme aux faux airs de Diane Keaton, attentionnée, fine, toujours derrière lui, qui l'aide à écrire, à ne pas trop se laisser aller à la boisson, à la noirceur et la misanthropie, la nostalgie des bars de L.A et de ses champs de courses. On aperçoit la figure de Barbet Schroeder, réalisateur talentueux et conducteur téméraire.

     

    « Buk » ne se cache pas dans ce livre, ainsi que dans « Hollywood », derrière son alter-ego de papier, Henry Chinaski, il se livre tel que, sans masques, observe ce qui n'intéresse pas les écrivains officiels, les auteurs concernés : les petites gens, les clochards dans les gares, les putains de Hambourg ou de Pigalle, les poivrots qui ressassent vingt fois par jour leur histoire à la tête des passants qui passent, à l'époque pas encore tout à fait noyés dans les gadgets informatiques qui les encouragent au narcissisme. Bien sûr, et contrairement à ce que d'aucuns parmi les lecteurs s'imaginent, un écrivain qui fait mine de se livrer ne le fait pas entièrement, il garde toujours une part de pudeur, de jardin secret, d'enfances au sens classique du terme, et comme chez tous les écrivains intéressants cette part d'enfance est fondamentale.

     

    L'auteur raconte entre autres son passage catastrophique, amusant et finalement dans la veine de ce qu'en aurait fait l'Ignatius de « la Conjuration des Imbéciles », à « Apostrophes » avec Pivot, que vin blanc et « sunlights » télévisuels ne font pas bon ménage quand il s'agit de rester cohérent, et que les « anars syndiqués » comme Cavanna, invités à la même émission, sont plus des sujets de pendule pour intérieurs bourgeois, et parfois des baudruches, des auteurs bien sages au fond, qui pensent qu'aligner des gros mots et un vocabulaire ainsi qu'un style finalement artificiels suffit à faire populaire et authentique.

     

    L'argot et les expression qui se veulent « vraies » chez ces auteurs effectivement bien proprets sonnent toujours faux, on sent qu'ils les utilisent comme à regrets, contrairement à Audiard ou Dard qui connaisaient le « jus de la rue », tout comme Céline ou Marcel Aymé, tous deux piétons de Montmartre, de la « Butte » où l'on disait son fait au bourgeois fat et prétentieux, où l'on n'hésitait pas à remettre à sa place les beaux messieurs se donnant le genre cultivé et les belles dames lettrées. « Buk » aussi vient de la rue, il y a grandi, exercé de multiples boulots avant que de devenir célèbre, et presque riche.

     

    L'expérience de la rue ne se singe pas, ne s'imagine pas, même par procuration, elle se vit. Et elle n'est ni pittoresque, ni drôle, ni charmante...

     

    tumblr_mb4a7blxsq1r93a64o1_1280.pngLes ivrognes ne sont pas tous des philosophes en devenir, balançant des paroles de sagesse, la plupart du temps ils puent de la gueule, éructent des banalités sans queue ni tête, ils insultent les mères de famille, les péripatéticiennes ne sont pas toutes des « filles de joie » au regard clair, pétulantes, la plupart du temps, elles ont toutes le même regard triste, qui sombre progressivement, au fur et à mesure que leurs traits s'affaissent l'âge venant, les travestis au petit matin sont souvent d'une tristesse à pierre fendre, le bourgeois égrillard qui les croise d'aventure ne s'en rendra jamais compte.

     

    L'on devine aussi que ce qui compte vraiment pour « Buk » ce n'est pas tellement les lectures en public, les articles de journaux, les interviews agrémentées de questions souvent ridicules, mais surtout de revoir Andernach où il est né en 1920, son oncle Heinrich âgé de quatre-vingt dix ans avant qu'il ne meurt. « Buk » redevient alors un gosse turbulent, un gosse qui a commis de nombreuses bêtises, en ayant un peu honte et voulant se faire pardonner, un gosse en recherche de simple tendresse.

     

    Il est un gosse certainement non désiré par son père, souffrant de plus dans son enfance et d'une bonne partie de son adolescence d'une acnée qui a dévasté son visage et son corps à l'âge où les garçons ont envie de plaire aux filles. « Buk » a développé sa colère envers les grandes personnes, sa révolte, se gardant bien d'accepter les compromis sociaux obligatoires, ne s'inquiétant que d'écrire. L'écriture est pour lui un enjeu existentiel ainsi que pour les écrivains qui ont quelque talent. Il est des imbéciles qui ne lisent jamais de romans, jamais de poésies, encore moins de livres dits de genre, ils n'ouvrent que des « livres sérieux », tant pis pour eux.

     

     

    Ils ne liront jamais ces chroniques...

     

    couverture du livre prise sur "priceminister.com"

    photo du bas sur "novaplanet"

  • Ecrire, vivre, être soi-même : tribut à Manchette, "Buk" et d'autres

    Imprimer Pin it!

    littérature, politique, société, écriture, Manchette, BukovskiFinalement, la manière idéale d'écrire un blog selon moi serait de le faire un peu à la manière du fabuleux « Journal 1966-1974 » de Jean-Patrick Manchette dont j'attends avec hâte le deuxième tome, un type qui sait très bien qui il est, quels sont ses défauts, ses qualités aussi, qui se livre mais pas trop restant lucide sur l'espèce humaine. Comme toutes les personnes réputées un peu trop sensibles elles sont en fait clairvoyantes sur leurs semblables et elles-mêmes, empathiques et généreuses dans ce désir qu'elles ont constamment de partager leurs enthousiasmes, leurs peines, leurs colères que d'aucuns assimilent trop souvent à de l'égocentrisme, l'auteur, ou l'auteur-e serait forcément un, une narcissique qui chercherait surtout à faire parler d'elle, de lui, raison pour laquelle elle écrirait, ce que les médiocres disent de la plupart des autres, certes c'est exact pour ces auteurs pour qui la traversée du Périphérique est une aventure.

     

    Chez Manchette, tout comme chez d'autres personnes qui écrivent, dont ceux avec qui j'écris, qui me fait grandir, qui me ramène vers qui je suis, ce que je vaux, ce que je pense, qui me montre que tout cela me construit, je perçois les cabossages de la vie, les blessures qui font que contrairement à l'adolescent ou au jeune adulte que l'on a été, l'on n'a plus le désir d'être quelqu'un d'autre, une princesse, un super-héros, un policier, un pompier, mais d'être soi-même jusqu'au bout et d'épanouir ses dons, comme l'écriture, ce qui est certes une quête difficile mais hautement salutaire dans une société qui ne s'est pas beaucoup améliorée depuis trois ou quatre décennies, célébrant l'apparence, le mensonge et la fausseté de sentiments, les faux-semblants.

     

    littérature, politique, société, écriture, Manchette, BukovskiC'est concrètement subversif de vouloir être soi-même, de vouloir être authentique et refuser absolument les compromis qu'imposeraient ce monde dans lequel nous vivons qui souffre d'abord et avant tout d'une grave crise morale. Bien sûr, de ceux qui aspirent à cette vérité individuelle et collective on dira que ce sont des emmerdeurs, des emmerdeuses, des empêcheurs de tourner en rond, de jouer la comédie sociale, comme Bukovski racontant dans « Shakespeare n'est pas obligé » son périple de 1978 en Europe à la fois nostalgique, il est né en Allemagne, et picaresque, et grotesque. « Buk » s'en foutait complètement de plaire aux critiques qu'il convenait, aux journalistes en vue, pour peut-être plus tard devenir un de ses « bons clients » insupportables de la télé.

     

    Bukovski ne pouvait pas faire autrement d'être complètement lui-même sans se compromettre à cause de son histoire personnelle, de sa peau grêlée et de sa trogne d'alcoolo, ce qu'il n'a jamais essayé de cacher. Il est normal que ceux qui sont plus enclins à voir le monde tel qu'il est aient besoin de s'envoyer des boissons fortes et du vin dans le cortex, de clopes, comme Manchette, et d'autres, voire de se comporter en ogres, il faut bien ça pour tenir parfois face à la sottise que l'on ressent un peu plus que les autres, à la banalité du mal.

     

    A contre-courant de ces emmerdeurs, je pourrais écrire par exemple des phrases comme celle ci-dessous, des phrases hyper-positives et rose-bonbon, dans le genre du père Hugo en beaucoup plus affadi en me prenant pour le modèle de cette toile romantique bien connue, de Caspar Friedrich, qui pose avantageusement sur fond de montagnes toutes blanches, de ciel tout bleu et de nuages cotonneux comme il faut :

    littérature, politique, société, écriture, Manchette, Bukovski

    « L’Amour est révolution, l'Amour est comme une orbe flamboyante et frémissante qui surgit brûlant de l'aurore et se couche au crépuscule à l'orée de la nuit sombre et froide ».

     

    C'est beau, non, ami lecteur, tu ne trouves pas ? Et en plus c'est vraiment de moi, (se vante-t-il) Mais moi, ton auteur préféré j'en conviens et toi aussi, j'aurais l'impression de ne pas avoir écrit grand chose, ou ce genre de déclamations que les adolescents font quand ils pensent aimer alors qu'au fond ils ne songent qu'à faire l'amour avec la personne qu'ils désirent en enrobant les sentiments avec un peu, beaucoup de sucre.

     

    C'est donc se leurrer. Il n'y a pas que les adolescents qui se leurrent, les grandes personnes aussi. Elles veulent vivre des expériences sans s'inquiéter des conséquences, aller voir chez le voisin ou la voisine si l'herbe est plus verte, se prendre pour ce qu'elles ne sont pas tout en espérant que cela ne grève pas trop leur confort matériel, et intellectuel, moi y compris qui souffrait il y a quelques années du fameux complexe du chevalier blanc. Au pire, ensuite ces grandes personnes rentrent bien sagement au bercail et acceptent bien sagement ces compromis rappelés plus haut (tu suis ami lecteur?) qu'on leur présente comme obligatoires, nécessaires pour assouvir malgré tout leurs pulsions égoïstes ne serait-ce qu'un petit peu.

     

     

    L’Amour prétendu, sincère ou pas, de l'Humanité ou de la personne aimée « comme dans les livres », pourtant les auteurs classiques nous ont suffisamment averti, si cela existe il mène surtout à la folie solitaires ou avec plusieurs, la passion dangereuse et les passions tristes, la souffrance, il occasionne de nombreuses blessures en plus, tout comme l'utopie mène le plus souvent au cauchemar. Il amène au désespoir, qui lui n'est pas « comme dans les livres », le désespoir est sédentaire et une fois installé ne bouge pas d'un pouce. On arrive à le faire partir en apprenant à vivre les bonnes choses, à les accepter simplement sans plus de cérémonies, à se laisser emmener par celles ou ceux qui vous aident à progresser et non ceux qui vous tirent par les pieds vers le bas, avec le risque de tomber dans l'abîme.

     

    Toile de Caspar Friedrich prise ici

  • Pourquoi écrit-on -vraiment- sur le Net...

    Imprimer Pin it!

    Il y a quelques jours, ami lecteur, je participai à un échange qui t'aurait certainement passionné, toi qui aime les questions existentielles tant qu'elles sont posées par de jolies filles pas trop farouches ou du moins s'en donnant le genre. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais ce que dit une jolie femme semble toujours largement plus intéressant que ce qu'exprime une moche, tout en sachant qu'une jolie femme qui a des prétentions intellectuelles est souvent une emmerdeuse qui trimbale avec elle des névroses chics de pauvre petite fille riche. 


    société,net,blog,écriture,politiqueNe me fais pas dire ce que je n'ai pas dit, ami lecteur, je n'ai pas dit que les filles intellectuelles étaient toutes des chieuses, simplement celles qui ont une certaine tendance à la vanité et à se surestimer culturellement car elles ont fait deux ans de « psycho » ou de « Lettres modernes ». Et pour t'avouer une chose, je crois que j'aime bien les chieuses, elles ont quelque chose de plus.

    Ce soir-là, une brune séduisante inspira une bouffée de sa cigarette d'un air réfléchi, prit une pose et demanda à l'assistance presque exclusivement masculine présente :
    « Pourquoi écrit-on sur Internet ? Et pourquoi s'engage-t-on parfois en écrivant, sur les réseaux sociaux et sur le Web ? »

    Les mâles présents, tous blogueurs émérites, metteurs compulsifs de liens d'actualité brûlante sur leur profil « facebook » (à défaut d'autre chose si tu me permets cette allégorie hardie ami lecteur), prirent les attitudes qu'ils estimaient convenir pour signifier que cela les interpellait profondément, comiquement torturées et concernées par ce que disait la jeune femme, ( concernés où ça ? Quelque part, au niveau du vécu bien entendu selon les termes consacrés ).
    Le premier dit avec conviction :

    « Pour remplir un vide existentiel », le deuxième affirma : « C'est comme une catharsis, c'est une thérapie en fait pour affronter le monde ». Votre serviteur passa encore pour un méchant cynique lorsqu'il suggéra benoîtement :

    «  Pour plaire aux filles ? ».

    Cela fit rire la jeune femme qui posait la question, qui se fichait au fond complètement de la réponse, voulant simplement voir qui serait le plus empressé autour de la table à concocter une réplique qui le ferait passer pour un prince charmant. Mes congénères masculins me fusillèrent du regard, faussement outrés par cette sortie triviale qui réduisait les grands discours qu'ils balançaient au tout venant ou livraient à leur blog à de banales parades nuptiales en somme.

    Le discoureur, le militant, quel que soit son camp, reste au fond un mâle alpha comme les autres qui a besoin de se démarquer et d'affirmer sa virilité ou ce qu'il imagine être sa virilité, de montrer qu'il domine le reste du troupeau. Il finit toujours par se vanter d’entraîner une petite partie du troupeau avec lui. Le militant, personnellement, d'où qu'il parle, finit toujours par me casser les pieds, car à un moment ou l'autre il faudra bien qu'il fasse des compromis avec ses idéaux supposés, qui pour un chef, qui pour une idéologie.

    Les jeunes et jolies femmes ayant quelques prétentions intellectuelles aiment ce genre de discoureurs, elles savent très bien quel au final leur véritable motivation mais elles apprécient que ceux-ci l'enrobent sous des dehors chevaleresques et idéalistes car la plupart ne rêvent encore que du prince charmant, sont encore des petites filles, ont des désirs d'intérieur bien « popotes » qu'elles ne veulent pas s'avouer, supportant des sales types et des salauds longtemps car elles continuent à croire que le salopard se transformera en amant de conte de fées, en Tristan dont elles seraient les tremblantes et rosissantes Iseult.

    Écrire pour combler un vide, c'est au fond essayer d'écrire sur du vide, donc sur du rien, du pas grand chose, cela ne présente pas grand intérêt. Écrire et s'en servir comme catharsis, cela n'aura d'intérêt que si l'auteur a du style, et si son propos tend à l'universel, qu'il concerne le lecteur. On me dira, ce genre de catharsis permet de rédiger les nombreuses autofictions qui plaisent beaucoup au public mécheux et en scooter germanopratin pour qui dépasser le « périph » c'est déjà une aventure...

    Ce texte t'est dédié à toi qui me lis encore après toutes ces années, qui aimait bien réunir autour de toi des poètes « maudits » rejetant la pensée « bourgeoise » tout en bénéficiant du sens du confort de cette classe sociale, des révolutionnaires en goguette qui rentrèrent bien sagement dans les clous une fois leurs diplômes acquis, des jeunes femmes libérées qui ont pour la plupart toutes finies en « ménages monoparentaux », progressistes au fond par jalousie des familles nombreuses, tous là autour de toi surtout car tout comme moi ils auraient aimé se perdre dans tes yeux gris, certains tout comme moi s'y étant perdus.


    photo, l'auteur en vacances

  • HG Wells, barbe bleue aimable de la Science Fiction

    Imprimer Pin it!

     « Un homme de tempérament » de David Lodge

    220px-H_G_Wells_-_Sandgate_-_Project_Gutenberg_eText_13715.pngDavid Lodge évoque dans ce livre l'écrivain et ses créations, son processus de travail, ses sources d'inspiration, et il parle aussi de l'homme privé, de sa vie sensuelle. Dans les premières pages, le lecteur a d'ailleurs un peu peur, car les attributs naturels de Wells qui était un séducteur compulsif semble une obsession pour le biographe, puis ensuite, pris par la vie chaotique, tourmentée, pleine de paradoxes de « HG », comme l'appelait familièrement ses proches, on tourne les pages presque sans pouvoir s'arrêter.

     

    Wells est né dans une famille pauvre des environs de Londres, à la fin de l'ère victorienne. C'est à la faveur d'une fracture du genou alors qu'adolescent qu'il commença à s'intéresser à la littérature, son père lui amenant pour le distraire des romans d'aventures, des illustrés humoristiques et progressivement des livres plus sérieux. Le jeune homme de frêle constitution, persuadé qu'il n'en pas pour longtemps, sent alors grandir en lui sa soif d'instruction, obtenant de ses parents de commencer des études, financé en partie par un travail d'aide aux plus jeunes élèves.

     

    Dans le même temps, grandit en lui une autre soif, car Wells a des appétits sexuels tout aussi importants que ceux concernant le savoir. Il théorisera sur ceux-ci plus tard en théorisant sur l'Amour Libre dont il devient un des promoteurs au sein de la société dite « fabienne », ce qui n'évitera pas chez lui les contradictions, car il est aussi un amant jaloux et possessif, et un mari somme toute autoritaire imposant à sa première femme des arrangements dont elle ne veut pas, et qui lui conviennent surtout à lui pour se donner bonne conscience. Enfin, il ne conçoit l'Amour libre que réservé bien entendu aux hommes.

     

    Les « fabiens » sont des socialistes à la mode victorienne, à savoir, dans les déclarations d'intentions de leur société, le socialisme n'est qu'une idée vague, éloigné de la théorie marxiste, et ils évitent soigneusement de spécifier les modalités par lesquelles ils souhaitent y parvenir, les « fabiens » étant aussi des propriétaires aisés qui ne souhaitent pas renoncer aussi rapidement que cela à leurs biens et à leur personnel de maison.

     

    Wells est un ogre, qui a de multiples compulsions, qui étouffe vite pris dans le carcan des habitudes ménagères, qui pour satisfaire ses élans a toujours besoin de beaucoup plus qu'un petit peu de satisfactions, raisonnables pour le commun des mortels, largement insuffisantes pour lui. Comme beaucoup d'autres, cela se comprend par le fait qu'il voudrait en somme faire tenir le monde entier dans ses rêves et sur les pages qu'il noircit chaque jour car le besoin d'écrire est chez lui existentiel.

     

    C'est un « Barbe bleue » aimable qui consomme quelques épouses et maîtresses dont les deux filles d'une de ses amies proches, écrivain elle aussi, Edith Nesbith, célèbre auteur pour enfants. Il n'en conçoit guère de scrupules et prétend faire leur éducation littéraire et social, ce qui compenserait à ses yeux de donner libre cours à ses désirs d'amoureux non pas romantique mais un peu brutal, Wells n'est pas exactement un cérébral. « Il a des besoins » ainsi qu'il l'avoue évasivement à sa première femme le soir de leur nuit de noces catastrophique.

     

    On peut préférer quant au titre de cette biographie romancée de Herbert Georges Wells le titre anglais « A man of parts », à la fois très fin et trivial en même temps. Je te laisse, ami lecteur, le soin de traduire, « parts » ayant une autre signification que celle indiquée dans ton dictionnaire.

     

    Comme tout gosse peu doué pour la vie sociale, j'ai grandi en lisant beaucoup, et évidemment, j'ai lu les classiques de Wells que sont « la Guerre des Mondes », « la Machine à voyager dans le temps », et « l'Homme invisible », après avoir dévoré une bonne partie des romans de Jules Verne. Dans ces livres, Wells offre un point de vue sur le progrès et l'être humain beaucoup moins optimiste que celui de l'auteur du « Tour du monde en 80 jours », moins marqué par le positivisme de la bourgeoisie industrielle, Verne qui cependant en dira toute la désillusion qu'il en concevra à la fin de sa vie dans « le Nouvel Adam ».

     

    Et Wells évite les descriptions instructives qui sont parfois chez son confrère français un peu longues. Il a un sens littéraire parfois plus aigu.

     

    Si les trois romans classiques que j'ai cité conservent encore un aspect passionnant de par les fables qu'ils sont aussi, plus que des récits d'anticipation purs, ou de science-fiction explicite, il est permis d'apprécier également les nouvelles fantastiques de Wells dont la plus intéressante est sans doute « la porte dans le mur ». Dans cette histoire, un homme maintenant d'âge mûr se souvient d'une porte cochère qu'il a ouverte étant enfant un jour qu'il s'était perdu, donnant sur un jardin extraordinaire, où il se retrouve entouré de bêtes sauvages d'une douceur singulière et de jeunes filles diaphanes.

     

    A chaque fois que sa vie prend un tournant d'importance, il retrouvera la porte, mais à chaque fois il choisira le confort de la vie quotidienne. Il regrettera toute sa vie ce jardin étrange et n'aura de cesse de le retrouver.

     

    Une autre des nouvelles intéressantes de Wells raconte le don par un aventurier de la pomme de l'arbre de la connaissance à un jeune étudiant plein d'avenir et de promesses qui l'abandonnera sur un siège de train par peur du « qu'en dira-t-on » et aussi car il n'y croit guère. Après un cauchemar qu'il fera la nuit suivante, il comprendra ce qu'il avait laissé derrière lui et en perd le sommeil à jamais.

    2012+01+18+T%25C3%25A9l%25C3%25A9rama+HG+Wells+p68.jpg

     

    Wells n'est par contre pas très intéressant quand ses livres ne servent qu'à vendre un discours lénifiant un rien « prêchi-prêcha », se traduisant par exemple par son roman « Au temps de la Comète » qui inspirera cependant le très beau classique de cinéma britannique, « Things to come », décrivant une utopie concrète, poétique et grandiose tout à la fois. Il s'oppose plusieurs fois à Orwell dont on est en droit de penser que la vision politique a plus d'acuité.


    Quand il meurt, il ne croit pas que l'être humain atteindra jamais l'âge des Elois et des Morlocks de l'an 800 002 que son explorateur du temps découvre, étant persuadé que les pitoyables primates que nous sommes se seront détruits d'une manière ou d'une autre bien avant. Il est dans l'état d'esprit d'un de ses personnages qui rêve la nuit d'un autre temps, une guerre future encore plus meurtrière que celle que l'Angleterre vivait en 1944, dans la terreur des « V2 », tout en subissant le « Blitz » le jour.

     

    Il meurt insatisfait également de sa vie amoureuse car la dernière femme qu'il aima refusa toujours de se marier avec lui, suprême ironie pour un chantre de l'amour libéré des contingences.

    image du haut emprunté ici

    image du bas, de Loustal, empruntée là


    ci-dessous l'intégralité de "Things to come" et la bande annonce de "The Time Machine" de Georges Pal beaucoup plus intéressant que le "remake" pâlot de 2005

  • Article sur Céline et Léautaud sur "Aventure Littéraire"

    Imprimer Pin it!

    648418694.jpgUne ville sans concierge ça n'a pas d'histoire, pas de goût, c'est insipide telle une soupe sans poivre ni sel, une ratatouille informe.

    Extrait de "Voyage au bout de la nuit" de Céline

    PaulLautaud3.jpg«Le mensonge compte bien plus que la vérité. La preuve : n'est-il pas répandu à bien plus d'exemplaires ?»

    de Paul Léautaud dans "Propos d'un jour"

    Un article de votre serviteur sur le site Aventure Littéraire qui met en lien les deux écrivains.

  • La routine ronronnante de la rentrée littéraire

    Imprimer Pin it!

    J'essaye à chaque fois, sans trop me forcer non plus il est vrai, craignant l'embolie intellectuelle, de m'intéresser à la rentrée littéraire, mais j'ai toujours autant de mal, et c'est souvent en vain, car on a à chaque fois l'impression de regarder un encéphalogramme plat ou d'écouter une chanson de Céline Dion. Incidemment, j'ai lu deux, trois articles sur la rentrée des écrivains, ceux qui vendent et qui font du bruit médiatique, dont Michel Houellebecq, du dossier enamouré des « z-Inrocks », qui m'a fait rire, malgré l'auteur de l'article, très sérieux, très grave, compassé moderne, qui ne semble pas percevoir le grotesque de la scène à laquelle il participe, entre autres parlons de l'épisode où Michel qui picole un peu trop, s'endort sur la table comme un clodo qui cuve, à l'interview vidéo de ce site, savante, policée et intelligente (ceci dit sans ironie aucune) mais je ne trouve aucune ampleur, et peu de résonnance, dans les propos de Houellebecq.

    houellebecq.jpgCertes, il a du talent, il aurait même une certaine humilité quant à l'écriture (ou du moins il a eu cette humilité). Certes il eut peut-être des fulgurances, mais un auteur qui ressemble à un employé de bureau dépressif, baladant son ennui, de plus en plus absent au monde qui pour lui va à sa perte, aux autres, à l'humanité. D'ailleurs il a un physique de plus en plus fragile, de plus en plus léger comme s'il disparaissait progressivement de ce plan d'existence, effacé au fur et à mesure. Il joue son rôle, sa partition, et les phrases définitives qu'il écrit, qu'il voudrait que l'on prenne pour des formules, comme celle-ci : « Pendant la première partie de sa vie, on ne se rend compte du bonheur qu'après l'avoir perdu », on les trouve aussi dans des cahiers d'adolescentes en fleur, tout comme celle-ci : « Et si je n'ai pas compris l'amour, à quoi me sert d'avoir compris le reste ? ».

    Tout cela ne m'enthousiasme guère.

    Je préfère un écrivain qui vit, ressent, pleure, rit, s'enthousiasme, flamboie, se trompe même, qui se soucie du monde. La littérature engage tout le corps et l'esprit, le cerveau, les entrailles, la sensualité. Houellebecq est pour moi tout sec. J'ai lu de lui « Extension du domaine de la lutte » et « les Particules élémentaires », qui ressemblent un peu à du Don DeLillo sous prozac, et ses livres n'ont pas la même portée universelle que les livres de l'auteur américain. Et à « la possibilité d'une île », je préfère largement les romans de Philip K. Dick qui explorent exactement les mêmes thèmes avec infiniment plus de talent et plus de style. L'excès inverse consistant à charger Michel Houellebecq de tous les fardeaux pesant sur la littérature actuelle française me paraît également disproportionné, et tout aussi commercial. Les « provocations » de l'écrivain me semblent bien dérisoires, de sa phrase sur l'Islam en passant par sa considération sur Jean-Pierre Pernaut, une sorte de génie, le truc dit pour emmerder un ou deux bobos mais ça n'ira pas plus loin, et on n'est pas très loin du café du commerce. Houellebecq ne remet rien en cause, il ne fait que prendre des notes, aligner ce qui ressemble beaucoup à des lieux communs de boutonneux mal dans sa peau, qui rêve de profiter de ce qu'il dénonce vaguement mais n'y arrive pas.

    Certains parlent de lui comme du dernier dandy mais je ne suis pas certain qu'ils savent ce que c'est exactement, un dandy, ou l'Art en général. Il me rappelle cette citation d'Avita Ronnell : « Nous risquons de devenir tous et partout des bêtes à concours sans espoir et, comme disait Nietzche, sans joie. Ce type de rapport à la vie pourrait amener à un sérieux appauvrissement de l'existence. Les évaluations impliquent un monde déjà en place et connaissable. Un monde dont l'incertitude inhérente à l'avenir est bannie »

    (Avita Ronell dans un entretien paru dans « Marianne » du 13 au 19 juin 2009, page 80-82).

    Et Houellebecq manque au fond de courage, car finalement il n'y a jamais de véritable transgression, encore moins de subversion contre les sottises sans nom qui fondent notre société. Il a trouvé sonc créneau, il l'exploite.

    Jusqu'au trognon.

    Il y a un tout autre courage à écrire sur l'époque comme Fabrice Hadjaj ou Alexandre Jollien qui embelissent la vie et lui redonnent de la joie quant à eux. Il y aurait aussi encore pire que Houellebecq ce sont les « vieux routiers » de la littérature, les pensionnaires les plus âgés, comme Jean d'Ormesson. Sur lui, je ne vais pas dire que je me réjouis de la gifle qu'il a flanqué à Sébastien Lapaque, qui avait eu l'outrecuidance d'écrire que ses livres ne « resteraient pas », mais elle révèle le personnage tel qu'il est, triste Trissotin réincarné, vieux courtisan poudré, perruqué et parfumé, vieux libertin nostalgique des plaisirs passés qui compense ses problèmes de prostate en se tressant constamment des couronnes à lui-même sans remords ni scrupules.

    Comme tout le monde, de même que les cinéastes chics, comme Wong Kar Waï, qui réalise un ou deux chefs d'oeuvre, « In the mood for love », puis se perd ensuite pour cause de ce que l'on ne peut qu'appeler un pétage de plombs carabiné. Ce qui est assez intéressant, et ironique, est que les critiques qui encensent Houellebecq se permettent de parler de Brett Easton Ellis comme d'un auteur surfait n'est-ce pas, dont le talent est exagéré n'est-pas, qui écrit quand même des bons livres, n'est-ce pas, « maisbon » (à prononcer très vite d'un air désabusé, en accompagnant ce vocable d'un geste, comme lorsqu'on manifeste son impuissance).

    amelie-nothomb-10541.jpgAmélie Nothomb a un côté plus flamboyant certes, ou dirons-nous clinquant, avec tout le folklore lié à son personnage : la pourriture qu'elle aimerait manger, ses chapeaux loufoques et son maquillage de gothique qui aurait beaucoup pleuré au dernier concert de « Death Metal » où elle s'est rendue, ses problèmes psys de petite fille sage et gâtée, les promenades dans les cimetières.

    Je me souviens de sa première apparition télévisée, dans « Nulle Part ailleurs », pour « Hygiène de l'assassin », une interview qui m'avait donné envie de lire son livre car elle était naturelle, donnant l'impression à l'époque de se moquer radicalement de l'impression qu'elle laisserait, les deux mains crispées sur les accoudoirs de son fauteuil, par nervosité ou timidité, ou les deux. Et puis elle a pris de la bouteille, et a fini par devenir « une bonne gagneuse » qui vend chaque année un roman que l'on devine écrit au fil de la plume, ce qui semble normal en France et n'étonne personne à part deux ou trois écrivains qui ne le sont pas pour de rire. Elle sort les cahiers au fur et à mesure d'un tiroir de son bureau. Ce qu'elle écrit n'a même plus beaucoup d'importance, ses lecteurs s'identifient à elle et la lisent seulement du fait de cette identification, ressentant étrangement les critiques adressées à Amélie Nothomb comme autant de critiques contre eux et leurs choix de vie, comme des fans post-pubertaires de « Tokyo Hotel » avec qui ils partagent le même goût pour les sourcils charbonneux et les mèches en pointes. Tous spécialistes du nihilisme de Prisunic pour jeunes personnes mal dans leur peau, comme cette phrase extraite de « Mercure », « Pourquoi est-il impossible de faire du bien à quelqu’un sans lui faire de mal ? Pourquoi est-il impossible d’aimer quelqu’un sans le détruire ?» , le tout prononcé d'un air pénétré le petit doigt sur le menton, penser à terminer par « hein ? » ou « n'est-ce pas ? » tout comme cette sentence sur l'orthographe et la grammaire : « Seuls les grammairiens sont assez naïfs pour penser que l’exception confirme la règle. »

    Ce n'est pas comme Sagan qui dit tranquillement un jour à un jounaliste que les critiques de certains ne l'impressionnaient guère puisqu'elle n'écrivait finalement que pour trois ou quatre personnes qu'elle aimait et qui l'aimaient, l'argent gagné gràce à son succès utilisé surtout pour faire plaisir à qu'elle appelait son « phalanstère ». Sans être vulgaire, on dira que ça avait quand même une autre gueule, une allure tout à fait différente. De toutes façons, les médias ont trouvé plus « trash » qu'Amélie Nothomb, plus « sexe » aussi, Virginie Despentes, qui a le mérite également d'être féministe donc admissible par la bien-pensance, et comme en plus elle parle souvent de cul, elle a le mérite d'être une bonne cliente des « Tôlque chauds » et autres émissions à la parole réputée libérée. Il semble que cela ait toujours existé, mais les médias amplifient encore peu plus la médiocrité des écriveurs qui polluent la littérature sans l'élever.

    Article également sur Agoravox

  • Le Petit Prince et la planète du petit homme tout rond

    Imprimer Pin it!

    d'après Saint Exupéry, que l'on me pardonne ce pastiche que j'ai essayé de faire dans l'esprit du livre...

    LePetitPrince.JPGCe matin-là, j'avais encore passé du temps dans le moteur de mon avion, les mains pleines de cambouis, il faisait très chaud, le soleil du désert était juste à la verticale au dessus des dunes. Je ne vis pas le temps passer, j'avais beaucoup de travail, sale et pénible.

    Cependant, j'étais plus serein car je n'eus pas le temps de penser à des souvenirs désagréables ou nostalgiques. Les montagnes toutes proches commençaient tout juste à étendre leurs ombres sur le sable que le petit prince vint me voir, il me dit que ces formes immenses tracées par le crépuscule sur le sol lui rappelaient une planète qu'il avait visité, il en avait un souvenir ému et amusant.

    Il souriait en me la décrivant. Et pourtant, me dit-il, au début il n'aimait pas beaucoup l'unique habitant qu'il y rencontra, il était très sauvage et bourru.

    Cette planète était habitée par un petit homme tout rond, un cercle pour le corps, un autre pour la tête, deux petits pour les yeux, deux bâtons pour les bras et les jambes. Il était habillé d'une redingote en velours vert avec un gilet émeraude assorti, de la poche droite dépassait une montre à gousset toute dorée. Il portait un pantalon noir ; il avait aux pieds ce qui semblait être des bottes de fourrure qui ressemblaient à des pattes d'ours.

    Celui-ci grogna et lui dit :

    - Je n'ai pas le temps pour les visites, si je suis trop gentil avec toi, tu vas encore me demander de l'argent, comme les autres, ou que sais-je encore ? Je me laisserais prendre à mon amitié pour toi, et je serais encore blessé, j'ai bien assez de cicatrices comme ça.

    Le Petit Prince s'avisa alors que les mains du petit homme tout rond en étaient couvertes. Celui-ci continua son explication :

    - C'est pour cela que j'habite tout seul ici, je ne risque rien, on ne peut pas me faire de mal. Mais je ne sais pas pourquoi, je me transforme tout doucement en ours.

    Le Petit Prince comprit que les bottes étaient en fait les véritables pieds du petit homme. Il remarqua également une ombre immense derrière eux, à laquelle il n'avait pas fait attention tout d'abord, un coeur presque aussi grand que la petite planète sur laquelle ils se trouvaient battait dans une gigantesque cage pour oiseaux. Le petit homme lui expliqua :

    - Mon coeur prenait déjà beaucoup de place quand j'étais un petit garçon, et il n'a jamais cessé de grandir. Il battait tellement fort quand je voulais rencontrer des amis comme si il cherchait toujours à s'échapper. J'ai dû l'enfermer dans cette cage comme me l'a conseillé le businessman propriétaire d'étoiles. J'ai demandé conseil à tous les habitants des astéroïdes environnants, le marchand de pillules voulait m'en vendre qui me ferait oublier mon sort, l'allumeur de réverbéres n'avait pas le temps de m'écouter et quant à l'aiguilleur, il me conseilla de rester dans la direction indiquée par les rails alors qu'il n'y a même pas de trains sur ma planète. Je suis alors revenu ici et depuis, je deviens lentement un ours car je suis trop seul et mon coeur ne cesse de grandir, et bientôt la cage ne sera plus suffisante.

    Le Petit Prince lui expliqua qu'il avait fait les mêmes rencontrés mais qu'elles ne lui avaient pas beaucoup apporté. Il confia au petit homme qu'il était amoureux d'une rose et qu'il la cherchait. Le petit homme tout rond lui dit alors qu'il était lui aussi amoureux d'une rose enfermé dans un jardin mais qu'il avait eu peur de le dire car il craignait qu'elle le trouve trop rond. Alors qu'il prononçait ces paroles, le Petit Prince ouvrit la cage qui contenait le coeur qui emplit tout l'espace autour d'eux.

    Le petit homme lui confia qu'il n'en avait jamais remarqué la beauté. Et pourtant c'était son coeur.

    Le Petit Prince me confia qu'il pensait que le petit homme était tout simplement aveugle depuis que son coeur était prisonnier de la cage. Il m'expliqua que la planète de l'homme tout rond était toute proche. Et il se tut, il écoutait quelque chose, et moi aussi dans le calme infini du désert et sous le ciel plein d'étoiles, j'entendis soudain au loin comme un battement de coeur tranquille et régulier.

  • L'amour au temps de la « nervous breakdown » – Torrents d'amour

    Imprimer Pin it!

    Histoire de Prosper, suite...

    nervous-breakdown.jpgProsper aimait les femmes qui se confiait à lui car ainsi il pouvait se poser en sauveteur, et en sauveur. Quand il les avait guéri de leurs problèmes, qu'il les avait aidées à progresser, à mûrir, d'un certain point de vue, elles l'intéressaient beaucoup moins. Tant qu'il était leur chevalier blanc, tout allait bien, ensuite les choses devenaient problématiques. Il ne savait plus comment faire quand il s'agissait de construire une vie de couple normale, banale et agréable. Cela aurait été plus simple au temps de Tristan et Iseult, il n'aurait pas eu à changer d'un iota son comportement avec Iseult, il n'aurait pas eu besoin de tant de complications avec quelque soubrette ou fille de corps de ferme. Et Prosper bovarysait plus ou moins, avouons le.

    Prosper n'était pas le seul homme à être extrêmement compliqué dans ses relations avec le beau sexe ou à être dans le syndrôme du héros romantique. Il fut ami un temps avec Arnould qui était encore bien pire. Arnould tombait fou amoureux de donzelles souffrant de névroses sophistiquées et chics, il les emmenait au cinéma ou au restaurant. Elles pleuraient beaucoup avec lui, sur leurs problèmes, sur leur nombril, sur elles. Il en rajoutait pour entretenir le tout, allant voir un mélodrame plutôt qu'une comédie. Dés qu'elles lui avouaient leur amour, qu'elles exprimaient leur désir, il les laissait tomber et n'en voulait plus. Il reconnaissait bien volontiers que seule la séduction, du moins telle qu'il l'entendait, lui suffisait.

    Prosper fut ami aussi avec Gontran. Gontran était flamboyant, il « clinquantait » de mille feux, bien que taillé comme une ablette et le nez chaussé de lunettes bien sages, sa flamboyance semblait parfois bien fragile aux mauvais esprits qui était aussi pour Gontran des jaloux, des malfaisants, des êtres vils. Gontran flamboyait aussi dans ses amours.

    Women%20On%20The%20Verge%20Of%20A%20Nervous%20Breakdown.jpgComme les deux autres, il avait le syndrôme du chevalier blanc, mais poussé bien plus loin, exprimé bien plus fortement. Cultivé, sensible et fin, mais doté d'un ego profond comme les sept cercles de l'Enfer, il aimait les maniaco-dépressives en fin de droits, les anorexiques sur le fil du rasoir, les Electres inconsolables, les passionnarias introverties à l'extrême, au regard brûlant de fièvre et de désir inassouvi, désir qui restait inassouvi mais qu'il entretenait, un temps du moins.

    Pendant toute la durée de leur passion, elles étaient sa chose, son instrument, le vénéraient tel un ancien maître zen, ne juraient que par lui, que par ses paroles, quitte à tout sacrifier de leurs amitiés, de leur anciens amours, de leur famille. Elles le faisaient en toute conscience, aimant ça au bout du compte, être esclaves, des femmes réputées libres sous la coupe d'une sorte de "maquereau" plus vindicatif que ceux qui relevaient les compteurs rue Blondel aux temps bénis des « maisons ». Elles l'idolâtraient, puis un jour, elles se réveillaient de leur rêve de midinette, ce qu'elles étaient au fond. Il tempêtait, rageait, se mettait terriblement en colère, les vouaient aux gémonies, se conduisait comme un charretier, demandait pardon, se tapait la poitrine. Elles faisaient alors une rechute, ou étaient totalement guéries.

    Il les rejetait, tout comme les amitiés perdues, dans son enfer personnel. Elles devenaient ses nemesis, des esprits mauvais, succubes impurs, qui voulaient le perdre contre son gré. Il se voyait alors comme un chevalier errant retrouvant sa solitude grandiose, un ermite romantique, un dandy désespéré dans le genre de la dame aux camélias, celle qui crachait ses poumons par amour pour un salaud.

    L'amour au temps de la nervous breakdown, ce n'était pas une mince affaire...

    à suivre...

  • La vie comme dans un feuilleton – Torrents d'amour

    Imprimer Pin it!

     drwho.jpgComme le docteur Who, il y a un univers entier entre toi et moi, et pour communiquer je serais obligé d'utiliser l'énergie d'une supernova. Comme lui, je souris, j'ai l'air heureux mais je suis seul et perdu. Je voyage dans le Tardis en imagination, franchissant des galaxies, visitant des bibliothèques géantes, qui ont la taille d'une planète et dont les ombres sont mortelles, discutant avec un être millénaire d'une sagesse telle qu'il pardonne tous les égarements des êtres humains qui sont tout aussi faibles de ce point de vue en 2009 qu'en l'an 5 Milliards et trois ans. Le docteur a l'air si juvénile et les yeux si vieux, comme les tiens, me semble-t-il, comme tous ceux des amours que l'on a perdues. Je suis comme lui quand il perd Rose, derrière un mur immense, à guetter un signe, une parole. Le docteur sait bien qu'il finit par toujours perdre ceux qu'il aime, qu'il doit les laisser derrière lui. Comme Sam Beckett il peut rectifier le passé, il suffirait parfois de toutes petites choses.

    jarod-and-miss-parker-the-pretender-388222_370_250.jpgComme Jarod, qui peut malgré tout adopter n'importe quelle personnalité et se fondre dans tous les milieux, et comme Greg House, je ne suis pas très doué dans mes relations avec les autres. Comme je suis vulnérable, je ne peux m'empêcher de me protéger en élevant une cuirasse de sarcasmes, d'humour caustique et de dérision. Jarod réserve toute sa colère pour les méchants, est toujours ému par l'injustice, et punit ceux qui le méritent vraiment, ce qui arrive rarement dans notre monde, moi je suis comme le docteur diagnosticien du Plainsboro Hospital, je n'en suis pas capable, voyant les faiblesses surtout, y compris les miennes qui me révoltent encore plus. Bien sûr, je ne suis pas certain d'être aussi intelligent que l'un et l'autre qui sont deux hommes très intelligents, et deux gosses quant à leur affectivité. House préfère que l'amour de sa vie le quitte pour un autre car il n'est pas sûr de mériter qu'on l'aime, et est perdu par son ironie.

    Et comme House, mon corps trahit ma vulnérabilité, mais je l'accepte.

    1240969017081Il m'arrive de rêver être aussi riche et de réussir aussi bien que Christian Troy et Sean MacNamara, de séduire les femmes quasiment en claquant le petit doigt, de conduire des bolides rouges ou verts sur les autoroutes de Miami, d'avoir des problèmes compliqués. J'aimerais presque, quand je n'aime plus du tout l'humanité, quand le monde ressemble à un cauchemar terrifiant sous un soleil de plomb, être Escobar, le trafiquant de drogues qui est certes un salaud fini mais aussi l'être le plus lucide qui soit qui choisit le mal en sachant très bien ce qu'il fait, qui choisit d'entretenir l'iniquité du monde parce que c'est comme ça que cela fonctionne, pour que quelques uns soient insouciants. Il finit par révéler aux deux chirurgiens toute la vanité et toute la vacuité de leurs vies, de ce qu'ils tiennent pour indispensables et indestructibles, et qui n'est que cendres. Somme toute, c'est un salaud moraliste.

    cosmos1999.jpgPlus jeune, je croyais que l'amour était comme celui de François Vidocq pour la baronne de Saint-Gély, une sorte de ping-pong verbal tellement drôle et charmant, où la séduction se réinvente sans cesse. J'étais persuadé que c'était comme la relation de John Steed avec Emma Peel, un jeu passionnant et qui donne un piment indispensable à l'existence. Mais ce qui est attirant dans un monde de rêve peut se révéler insupportable quand on se réveille, et pousser au désespoir. Les feuilletons sont trompeurs, on se sort des pires situations avec un tout petit morceau de sparadrap sur la tempe, tel le commandant Koenig qui ne garde aucune trace d'une explosion thermonucléaire à grande échelle, ou les naufragés de l'île mystérieuse sur lequel s'écrase le vol Oceanic 813 qui sont artistiquement décoiffés. J'aimerais bien que la prochaine fois que nous nous verrons ce soit comme la première, tu voulais que nous regardions la télévision, celle-ci a explosé, nous l'avions laissé mourir de sa belle mort et j'ai pu commencer à t'aimer.

    À suivre...

  • Torrents d'amour - en banlieue

    Imprimer Pin it!

    Quand je pars d'Evreux en train pour aller à Paris, il suffit que je passe la gare de Mantes la Jolie pour me sentir immédiatement chez moi, en terrain connu. Je ne me sens pas du tout de province, et pourtant ça fait longtemps que j'y demeure. Rien n'y fait, je n'ai pas l'esprit, pas la mentalité, pas les habitudes. J'aime bien être dans un train quasiment vide du matin, après la transhumance des travailleurs pendulaires comme on les appelle. Et puis je regarde les rues des villes de banlieue qui défilent.

    tardinestorburma1dd9.jpgEt pourtant la banlieue c'est moche, c'est souvent gris, ça pue l'essence mais je me sens à la maison. Il faut être insensible pour ne pas voir la poésie qui se cache sous le béton ou le goudron du bitume, car il y en a une ainsi qu'un onirisme surréaliste. J'aime bien même la Défense et ses tours pourtant esthétiquement affreuses. Et puis il y a aussi que chaque étape, ou presque, des lignes de banlieue, m'évoque un prénom, une personne.

    Petit inventaire de souvenirs :

    A Versailles-Rive Droite : J..., sa silhouette pulpeuse sous ses salopettes en djin, ses lunettes rondes, sa guitare et le boulevard du maréchal Foch. A la guitare, elle joue les "gymnopédies" de Satie.

    A Saint Germain en Laye : A... et ses amours contrariés, les matchs de rugby dans le jardin, la lune au-dessus du château les soirs d'ivresse, les quartiers piétons sans piétons, les filles en poulovère pastel, les bouteilles de prune.

    A Courbevoie : P... et les nuits blanches, à attendre que le jour se lève sur les bancs du square et N... avec qui je composai des coquetèles jusqu'à pas d'heure pour aller ensuite regarder les péniches passer sur la Seine sous le pont de Levallois, les verres de rhum parfumé, l'odeur de la ville, son bruit, Paris qui ne s'arrête pas de remuer, transpirer et donner de la voix là en face.

    A Saint-Denis bien sûr, il y avait toi, la Basilique, le "Khédive" et ses banquettes rouges, le cinéma comme un pont au-dessus de la rue, les racailles, les vieilles en boubous, la zone, les théâtreux et les résidences utopiques, les peintres et leurs modèles par la baie du salon, mais je ne m'étendrai pas sur le sujet.

    Sur le quai d'Asnières, V..., ses tenues improbables, ses airs de femme fatale, son regard triste, ses deux amoureux, le bon père de famille qui veut la payer pour qu'elle vive avec lui.

    Au Vésinet, il y avait C..., ses yeux bleux, ses tâches de rousseur, ses cheveux très bruns, son ironie, son air de se moquer du monde en douceur, sa gentillesse malgré tout.

    Et à Nanterre-U...niversité, F... qui attendait que j'arrive sur le quai du RER pour repartir à Paris boire un expresso devant la fontaine farfelue de Niki de Saint-Phalle à côté de Beaubourg. Je lisais le journal en commençant par la fin, ça énervait F... qui me trouvait futile.

    5_tardi0.jpgUne tête con rurale vaut bien une tête de con citadine me dira-t-on. C'est vrai. Mais le genre de la première m'est encore beaucoup plus insupportable que la seconde : du petit bourgeois friqué qui se prend très vite pour un notable, avec toute la panoplie de monsieur Homais, et un peu des Verdurin, s'il a plus de sous, au lumpen-péquenot, la casquette "américaine" vissée sur le crâne, le clope au bec, et le portable à la main qu'il triture et malaxe comme s'il espérait en faire jaillir un peu du contenu de la corne d'abondance à moins que ce ne soit un symbole du machin à Onan et qu'il ne lui rend en somme une sorte de culte. La tête de con rurale sait très bien qu'elle est stupide, et elle s'en fout.

    En banlieue, comme à Paris, du moins pour ce qu'il en reste, on peut dire à un vaniteux qu'il est vaniteux, à un con qu'il est con, à un poète local qu'il est nul, à un érudit de sous-préfecture qu'il est ignare, personne ne s'en offusque. On ridiculise aussitôt les bons apôtres, les chefs de rayon qui jouent les esprits avancés, tous ceux qui aimeraient bien être sortis de la cuisse de Jupiter alors qu'ils ne sont qu'à peine ses rognures d'ongles.

    à suivre...

    illustrations de Tardi (en haut tirée de "Nestor Burma", en bas de "Tardi en banlieue"

  • Torrents d'amour...

    Imprimer Pin it!

    Torrents d'amour ruisselants

    anna19.jpgElle m'a dit :

    - J'aimerais bien rester dans ton petit paradis.

    Je lui dis :

    - Reste alors. Qu'est-ce qui t'en empêche ?

    Elle me regarde de ses yeux gris, comme la mer des marées d'équinoxe qui charrient des noyés, d'un seul coup je me sens ému, comme à chaque fois, j'ai envie de prendre dans mes mains son petit visage de chat, elle dit :

    - Ce n'est pas si simple.

    Je précise que je vis dans un roman de Roger Nimier, que ce n'est pas la vie, que c'est de la fiction. Les femmes y sont compliquées, mystérieuses parfois, des emmerdeuses distinguées qui ont des névroses distinguées qui leur donnent encore plus d'attraits. Rien n'est simple. On se pose beaucoup de questions élégamment et on s'ennuie avec raffinement et distinction. C'est agréable la plupart du temps, quand ça ne porte pas à conséquence bien sûr, quand la souffrance acquiert des vertus volatils.

    Les passagers dans le train me disent « bonne chance » après que je parle de mes amours avec l'un d'eux, une sorte de clochard céleste africain qui n'arrête pas de se marrer, lui vient d'un film de Cassavettes plein de joie extravertie.

    Finalement, elle est remontée prendre le train, je l'ai accompagnée jusqu'au quai, tout le long elle m'a pris le bras comme si nous étions un vieux couple. Je sentais son parfum mêlée à une délicate effluve de l'odeur de tabac blond de ses cigarettes pour dames chic. Elle était en jupe droite et en manteau court, des chaussures à talons hauts aux pieds, de fins bas noirs gainant ses jambes. Elle fait une lippe de bambin, elle soupire. C'est une gosse trop gâtée aussi. Elle voudrait tout avoir en même temps.

    Le soir, elle sera à côté d'une fille (pour le côté moderne -et clinquant- de l'histoire), dans un café snob mais confortable et rassurant, comme un cocon de petites habitudes. Bizarrement, c'est plus facile que d'aimer jusqu'au bout, c'est plus sûr. Et on ne devient pas adulte trop vite. Bien sûr, on oublie que le couple à la mode deviendra vite un couple de vieilles filles qui s'enverront des piques de plus en plus venimeuses mais ne se quitteront pas, parce qu'elles sont trop habituées l'une à l'autre.

    Le train part. Le lecteur tourne la page. L'histoire finit un peu en queue de poisson se dit-il. On aurait pu imaginer une autre fin. Elle et lui à Paris, dans un Paris de pacotille, un peu genre Doisneau, mais en moins sentimental. Ou alors, plus tard, proches de la maturité, on les retrouve sur une plage de Trouville ou une de ces plages de la mer du Nord, où l'on peut être nostalgique sans être triste, mais là, ça deviendrait une sorte de roman d'Armand Lanoux, de l'élégance encore mais plus mesurée, avec moins de désespoir.

    Il y a un carton qui indique : « seize ans après... »

    Elle a les traits un peu plus accentués, quelques petites rides. Mais elle a toujours la même silhouette, celle d'Anna Karina dans les films de la Nouvelle Vague. Elle a des petites lunettes rondes qui lui donnent l'ai d'une étudiante. Elle a presque le même manteau que la dernière fois qu'ils se sont vus. Lui se trouve usé, vieilli et beaucoup plus cynique. Il n'y a personne sur la promenade des bords de mer, les cabines bleues et blanches en bois sont toutes fermées et rangées sagement devant les hôtels « art déco ».

    Et là dans le soleil pâle, enfin, ils se retrouvent et s'enlacent. Bien sûr, ça contredit l'ironie du début du livre mais c'est mieux.

  • "Memento vivere" - le cinéphile amoureux quatrième partie

    Imprimer Pin it!

    Le cinéphile amoureux – quatrième partie

    illustrations : "Shock Corridor", un film d'horreur hospitalière (tout un genre dont David de Coteau fût le maître un temps) des années 80 et "Vol au dessus d'un nid de coucou"

    Troisième partie et début de l'histoire ici 

    « Memento Vivere »

    357280341.jpg         Il se réveilla dans une chambre d’hôpital. Dans les films, comme dans les livres, le héros se réveille toujours dans une chambre d’une blancheur immaculée, il y a des jolis rideaux translucides aux fenêtres et les infirmières sont en blouse. Dans sa chambre, les murs étaient jaune pisseux, pas blanc cassé ou d’un jaune peu soutenu. Il n’y avait pas de rideaux aux fenêtres mais un store vénitien cassé, il y avait un autre lit, et de la salle de bains lui venait des effluves d’odeurs douteuses.

             Il s’en était bien tiré, il n’avait qu’une jambe cassé et quelques douleurs lombaires, il ne finirait pas en chaise roulante lui avait dit un médecin. Celui-ci lui avait dit aussi qu’ils avaient choisi de ne pas l’attacher au lit car dans son cas, il n’y avait pas de risques de rechute névrotique car on le soignait pour ça. Il conclut en lui affirmant qu’il était entre de bonnes mains  

             Chaque jour, une psychologue venait lui parler pour essayer de comprendre les raisons de son geste. Cela lui faisait du bien de parler à quelqu’un, même une personne qui lui était parfaitement inconnue et le resterait sans doute. Un matin, il la vit regarder subrepticement sa montre. Il lui demanda si elle s’ennuyait à l’écouter. Elle rougit, bredouilla une sorte d’excuse et se leva, prétextant qu’elle devait aller chercher un document important dans le bureau du directeur.

             Ce n’était même pas comme dans les polars ou les thrillers qu’il affectionnait une fille excitante, mettant des bas sous un tailleur strict caché par sa blouse entrouverte, le nez chaussé de lunettes d’écaille, ressemblant à Madeline Stowe dans « l’Armée des Douze singes » ou à l’amante du personnage de Michael Douglas au début de « Basic Instinct ». C’était une jeune femme sage en tunique rose, comme on en porte maintenant dans les hôpitaux, les cheveux au carré, sympathique et normale, équilibrée et parfaitement fade à ses yeux.

    1512904792.jpg         Comme une consolation, il avait souvent rêvé de la visite de ses proches comme dans un grand film romantique, une histoire de guerre ou de vétéran de la guerre du Vietnam, un peu une scène du genre que l’on trouve dans « Né un quatre juillet ». Il n’était même pas dans « M.A.S.H », les infirmiers et les médecins qui se succédaient à son chevet ne faisaient preuve d’aucune dérision subtile, ils faisaient leur boulot et entre leurs mains, il se sentait comme un bout de viande.

    *

             Ses parents étaient venus le voir, sa mère pleurait, son père avait le visage à la fois grave et agacé. Il ne comprenait pas. Sa mère lui prit les mains. Il aurait voulu la prendre dans ses bras mais n’y arrivait pas. Son père regardait l’heure. Avant de partir, il l’embrassa et ce fut tout. Il s’aperçut alors que ses parents avaient essayé de l’aimer, de le comprendre mais qu’ils n’y étaient jamais arrivés. Une voix insistante lui suggérait que c’était justement pour cela qu’il s’était construit tout un monde imaginaire. Ce n’était pas de leur faute, ce n’était pas la sienne. Il regarda le paysage par la fenêtre, c’était comme un écran en somme.

    *

             Les voitures passaient et repassaient, il apercevait le bus de ville, les gosses qui allaient à l’école, qui en revenaient, les vieux avec leur cabas, des pauvres hères transportant leur vie dans des sacs d'une chaîne de supérettes "hard discount". Il entendait les infirmiers et leurs collègues féminines discuter, il sentait l’odeur de la cuisine juste en dessous, il se sentit très seul. Il n’arrivait plus à évoquer telle ou telle scène afin de continuer à vivre. Il n’arrivait plus à rêver à ce qui pourrait bien lui arriver demain ou un autre jour. Il n’y avait que le présent.

    *

             Le lendemain, il avait particulièrement mal au dos, une infirmière vint pour le mettre sous perfusion de morphine. Il sombra très vite dans le sommeil, luttant quelques secondes puis il eut l’impression de tomber dans un puits de lumière éblouissante.

             Quand il se réveilla, Elise était devant lui. Elle était habillée comme la dernière fois qu’ils étaient allés au cinéma ensemble. Il se dit qu’il devait délirer mais elle lui prit la main, et il sentit ses doigts dans les siens. L’air était cotonneux, étrange. Elle ne pleurait pas, elle lui dit qu’elle l’aimait, qu’elle l’avait aimé dés la première fois qu’ils s’étaient rencontrés mais qu’ils étaient sans doute incapables de vivre ensemble. Elle lui dit qu’il n’avait pas vécu jusque là. Elle l’embrassa.

    2019219499.jpg         De sa main il lui caressa la joue, elle l’embrassa encore doucement, et elle se pencha en lui murmurant :

    - Tu te souviens de ce film que nous avions aimé : « Memento mori », « n’oublie pas que tu vas mourir », il y a une suite à la phrase : « Memento vivere », « n’oublie pas de vivre ». C’est ce que tu dois faire maintenant.

             Et elle sortit de sa chambre et de sa vie.

             Il s’endormit, d’un sommeil sans rêves et à son réveil il se sentait presque vivant.

    Fin (peut-être, car j'ai envie de développer...)