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Mon journal en Terre Sainte

  • Soyez joyeux c'est un ordre

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    11-30-2007_rockwell-300x395.jpgComme chaque année en la période des fêtes de fin d'année revient l'injonction habituelle au bonheur matérialiste et obligatoire pour les citoyens consommateurs. Et aussi l'obligation qu'ils acceptent sans aucun problème d'acheter le plus possible des produits et biens désignés par la pub et les médias, ou la pression du groupe, afin de se réjouir aux dates imposées pour tous sans que ces jours gardent quelque signification spirituelle réelle collective ou individuelle que ce soit, excepté celle de retrouvailles en famille même si cela finit rarement aussi franchement que dans « Festen ».

     

    Entre le foie gras reconstitué et le saumon Labeyrie on rumine ses rancoeurs et son ressentiment, l'on prétend prendre des nouvelles des autres convives uniquement pour entretenir tout cela, toutes ces mauvaises choses plus tard, au retour. Il est souvent question de l'oncle tellement « artiste » et « sensible », vieux gars dont on a un peu pitié, de la tenue de l'une et de l'autre, des allusions que l'on croit deviner derrière une phrase ou l'autre de proches que l'on ne reverra surtout pas le reste de l'année.

     

    L'on ira bien pour une fois à la « messe de Minuit », ne l'étant plus que rarement dans nos paroisses depuis fort longtemps, pour faire plaisir aux parents ou aux grands parents, ou à la veillée de lectures pendant laquelle tout le monde ou presque espère surtout que ça se termine vite. Elles rappellent généralement « les trois messes basses » racontées par Alphonse Daudet et dites par un Dom Balaguère pressé de faire bombance.

     

    On sent l'impatience monter au fur et à mesure. L'on s'agite de plus en plus...

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  • Mon "Journal de Jérusalem" dans une petite vidéo

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    A regarder et écouter plutôt en plein écran pour éviter le logo envahissant...

     

    A voir aussi sur Youtube

  • Une pensée ou deux pour les chrétiens d'Orient...

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    10493.jpgimage ci-contre de la Custodie de Jérusalem

     

    Je suis toujours désagréablement surpris depuis que je suis revenu de Jérusalem par l'incapacité presque totale des paroisses, des communautés dites « nouvelles » à accueillir sans volontarisme contraint et forcé, sans paroles lénifiantes les nouveaux venus, surtout quand ceux-ci ne font partie des « bons » milieux car il ne faut pas se leurrer pour beaucoup le catholicisme en France est surtout une manière de conservatoire social ; dans certaines paroisses il n'est pas rare que l'on aille sans se poser trop de questions communier selon l'ordre de préséance au « Rotary ». A Jérusalem et Bethléem, à Ramallah ou Nazareth, si je retrouvais ce comportement souvent déplorable dans les paroisses d'expatriés, j'avais pu constater comme tous mes camarades et amis volontaires et coopérants que dans celles grecques-catholiques de croyants palestiniens, nous étions véritablement reçus sans affectation, sans grands discours ni fioritures inutiles qui ne sont là que pour mettre en valeur ceux qui les prononcent. Pour ces chrétiens palestiniens, cela faisait juste partie de leur Foi, cela allait de soi.

     

    Je suis toujours également frappé, effaré même, par la très molle ferveur dont font preuve les catholiques français lors des célébrations, à de rares exceptions. Le foie et le cœur de beaucoup paraissent déjà englués dans de la mauvaise graisse spirituelle. Ils sont là, ils chantent, ils prient, récitent les prières mais sont déjà finalement absents en vérité, et ce même parfois dans les grands rassemblements de jeunes qui ont au moins le mérite de faire du bien aux cœurs blessés, l'Esprit pouvant aussi s'y trouver derrière le brouhaha sur-affectif. Peut-être ais-je tort de le penser mais bien souvent j'ai l'impression qu'au fond ils croient à peine. Et l'on reconnaît un arbre à ses fruits, or une fois sortis de l'église, ils sont nombreux ceux qui omettent de simplement serrer la main, de laisser un simple sourire à celle ou celui qui était leur voisin,e de chaise. Ils compartimentent, la Foi s'arrête une fois le parvis franchi.

     

    image ci-dessous de l'auteur de l'article (paroisse grecque-catholique de Ramallah)

    280px-2010-08_Ramallah_15.jpgDans les paroisses grecques-catholiques la messe pouvait parfois durer deux heures, sans parler de la célébration de Noël à la Basilique de la Nativité cinq, après trois heures d'attente, mais la joie de ces croyants, leur ferveur, l'intensité de leur Foi étaient telles que cela m'a toujours paru moins long qu'une messe dominicale vite emballée et pesée devenue courante en province ou ailleurs. Je me souviens encore maintenant avec gratitude de cette procession des « Rameaux » vers la Basilique Sainte Anne, de cette messe de Pâques, de Dimanche de Lumière, à Saint Jean du Désert. Je n'en tire aucune amertume mais j'ai simplement du mal à comprendre ce qui retient les catholiques de France à se laisser aller juste un peu plus à la Charité, et en particulier à la Charité divine ?

     

    Chaque année depuis 2000, et mon retour de la Terre dite Sainte donc, je suis de ce fait, et par reconnaissance envers eux, lors de la montée vers Noël et aussi lors de la Semaine Sainte en esprit à Bethléem et à Jérusalem avec les chrétiens palestiniens. Ceux-ci sont prix entre deux feux : ils sont suspects à la fois pour les tarés fanatiques du Hamas et pour les pan-sionistes à tendance autiste ; et de plus ils subissent de plein fouet l'indifférence quasiment totale des chrétiens d'Occident, excepté quelques rares âmes pures, les uns se défaussant en mettant en balance leurs souffrances avec celles d'autres croyants dans le monde, y compris parmi les catholiques, les autres en assimilant les chrétientés orientales à des survivances coloniales somme toute, ce qui est surtout un symptôme de leur ignorance et de leur paresse intellectuelle. Ce n'est pas une question d'érudition, c'est ma mère qui me faisant le catéchisme avec d'autres enfants qui m'a appris leur existence et leurs spécificités.

     

    D'autres encore se soucient surtout de savoir s'ils sont bien catholiques ou non, ce qui est le cas à 60% d'entre eux, comme si la charité supposait des brevets de bonne catholicité. Il y a aussi ceux qui mettent en avant les persécutions des chrétiens orientaux surtout par haine de l'Islam mais qui ne font rien de concret pour les aider car après tout ces chrétiens du Proche et Moyen Orient, ce sont surtout des « bougnoules »...

     

    Le concret à faire, ce n'est pas seulement soutenir l'Oeuvre d'Orient et l'Aide aux Chrétiens en Détresse, ce qui n'est certes déjà pas mal, Mais c'est un combat surtout politique, au sens propre du mot, ces chrétiens portent en eux une bonne partie de notre identité originelle et bien souvent ainsi que je l'ai constaté sur place ils connaissent notre culture française mieux que nous, parlant souvent une langue très pure faisant ricaner les cuistres pour qui le français c'est de l'histoire ancienne. C'est aussi la nécessité impérieuse de la prise de conscience de ce qui fait notre identité, que l'on soit croyant ou pas, ce qui fait partie intégrante de l'Histoire de France, ce « vieux pays » ayant été depuis des siècles le protecteur des chrétiens arabophones, statut qui dérange beaucoup les adeptes du « Grand Israël » qui aimeraient bien faire dégager ces empêcheurs de coloniser en rond de la « Vieille Ville » et des « Lieux Saints », ils y sont presque arrivés au Saint Sépulcre du fait de la désunion honteuse des églises en ce lieu.

     

    J'en ai parlé un jour avec un de ces chrétiens orientaux, de Beit Jalla. Il évoquait son départ car il ne se voyait aucun avenir sur sa terre, entre deux persécutions égales, toujours suspect. Je lui fis part de ma colère face à ses souffrances, l'enjoignant de rester, il me répondit simplement : « Tes paroles sont très belles, mais que feras-tu sur place une fois rentré chez toi ? ».

     

    Ce texte est un début de réponse...

     

    Amaury Watremez

  • L’écrivaillone qui se prenait pour un Renan 2.0

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    Un forum sur une version plus informelle de l'article sur "Critiques libres"

     

    A propos de « Comment Jésus fut créé » aux éditions Tatamis de Thérèse Zrihen-Dvir

     

    christianisme, politique, société, religions, amaury watremezJ'écris tout cela sans grand espoir, étant convaincu que Thérèse Zrihen-Dvir est persuadée du bien-fondé de ses affirmations et de la pureté de ses intentions, sur son blog elle n'hésite pas à citer Maurice Allard qui préconisait la destruction du catholicisme il y a plus d'un siècle, pour la démocratie !, sans voir la contradiction criante au sein de ses propos. Elle a contre le catholicisme sans cesse mis en accusation sur son blog, dont je ne donnerai certainement pas l'adresse, une haine inextinguible revenant sans cesse, comme d'habitude à la Shoah pour justifier sa détestation des chrétiens, dans ce dolorisme pénible qui excuserait tout en somme à l'en croire dans le comportement déplorable de croyants juifs comme elle l'est et pan-sioniste comme elle l'est aussi.

     

    Le Christ en a certes déjà vu d'autres et s'est fait cracher dessus bien avant mais c'est loin d'être une raison valable. C'est également loin d'être la première fois que la vie de Jésus est malmenée et caricaturée : il y eut « la Vie de Jésus » d'Ernest Renan, "l’Évangile clandestin" du XVIème siècle, le documentaire de Gérard Mordillat et Jérôme Prieur et tous les évangiles apocryphes non retenus par la tradition chrétienne, rédigés souvent par des chrétiens hérétiques ou des ennemis du Christianisme.

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  • Les manifs pro-Gaza ou l'obsession du bon côté

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    Ces derniers jours, j'ai relu le livre tiré du blog de « Salam Pax » (chez Hachette littératures) écrit jour après jour durant la deuxième guerre du Golfe, blogueur irakien caustique et fin bien loin des clichés habituels de l'« arabe de la rue » toujours proche d'avoir le cimeterre et, ou le Coran entre les dents. C'est une lecture que je ne saurais trop te conseiller ami lecteur en ces temps d'hystérisation « pro » ou « anti » Gaza (va voir par là, par là aussi ou encore . Salam Pax montrait qu'il n'y avait pas de « bon » ou de « mauvais » côté nettement défini, mais un seul, le côté humain.

    manifestation-propalestienne-interdite-samedi-paris.jpg

    image prise ici

     

    On aimerait bien lire un « Salam Pax » gazaoui, mais malheureusement le « Hamas » tout comme toutes les autres organisations d'assassins à alibi religieux a parfaitement compris l'importance d'Internet dans les nouveaux conflits, et mène dans la bande de Gaza une politique de terreur et d'intimidation de tous ceux qui oseraient émettre un semblant de contradiction quant à la course vers l'abîme dans laquelle il entraîne une bonne partie des palestiniens, la solution éventuelle de conflit interminable, et la seule qui n'implique pas des milliers de morts, étant dans une fédération de deux peuples indépendants.

     

    Salam Pax évoque à un moment une jeune américaine bon teint, toute rose, venue en Irak manifester « pour la paix » au début de ce deuxième conflit, soulignant que celle-ci se signalait par son obsession maladive à être du « bon » côté et qu'elle ne comprit jamais qu'elle servait, elle ainsi que les autres manifestants, sans s'en rendre compte ni même le vouloir les desseins de Saddam encore au pouvoir à l'époque par leur incroyable naïveté et leur candeur de « convertis » du combat pacifiste.

     

    Ainsi sont exactement les manifestants de gauche ou pas, pacifistes et « antisionistes » qui défilent en ce moment régulièrement contre la guerre à Gaza, guerre qui n'en est pas vraiment une car les roquettes « Quasam » du Hamas ne font pas le poids face à l'armement ultra-moderne de « Tsahal ». Ces manifestants qui marchent aux côtés de fanatiques de la pire espèce qui portent bien haut le drapeau noir de l'état islamique d'Irak ou celui, vert, du califat pan-arabe, ne peuvent pas imaginer car certains d'avoir choisi le « bon » côté, que leurs compagnons de route puissent être des judéophobes abjects ou des meurtriers en puissance, impatients du « choc des civilisations » eux aussi, et tout autant que les « néo-cons » évangélistes américains qui financent les colonies d'implantations israéliennes en Cisjordanie pour hâter l'Apocalypse qu'ils espèrent proche.

     

    Comme cela emmerde quand même un peu nos pacifistes d'être avec les « barbus » ils s'appliquent à eux-mêmes un succédané de la méthode « Coué », en employant des éléments de langages permettant de camoufler le réel ; par exemple on parlera non pas de « d'islamistes » mais de « casseurs », terme « fourre-tout » permettant de mettre ensemble dans le même sac tous les manifestants qui pourraient gêner la bonne conscience des brebis, que dis-je, des agnelets paisibles qui ont juste remplacé la figure honnie du capitaliste dans les années 70 par celle du ju...sioniste israélien, israéliens tous mis dans le même sac eux aussi.

     

    Nos gentils agnelets et autres brebis ne se rendent pas compte une seule seconde qu'ils légitiment en même temps qu'ils défilent avec les « ultra-religieux » la violence, la haine et les massacres du Hamas. Pour eux ce n'est pas possible car ils savent qu'ils sont du « bon » côté. Tu noteras malgré tout ami lecteur que lentement, progressivement, quand on parcourt les fils de commentaires sous les articles parlant de Gaza, le vocabulaire des « antisionistes » se radicalise de plus en plus, inclinant de plus en plus vers la bonne vieille dénonciation du « lobby juif » en dénonçant la mainmise supposée du CRIF sur la politique française. Mais alors nos créanciers qataris et saoudiens seraient juifs ? Ces émirs pétroliers cachent bien leur jeu...

     

    C'est aussi une manière pour les musulmans avides de communautarisme, de manifester des revendications identitaires radicales pour se consoler de leur frustration de ne pas arriver à s'intégrer et autres choses, intégration ratée qui ne saurait être de leur fait et de blocages religieux et coutumiers.

     

    Pourquoi croyez-vous également chers moutons que cette association de criminels planquent ces armes dans des quartiers à fort densité de peuplement sachant très bien que « Tsahal » est au courant de ces « planques » ? Et aussi d'ailleurs dans les enclaves chrétiennes de Gaza comme Khan Younès ce qui leur permet de faire d'une pierre deux coups...

     image ci-dessous prise ici

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    On attend toujours d'ailleurs la manif des "pro Gaza" pour les chrétiens de Palestine, pour ceux d'Irak  massacrés à Mossoul juste la semaine dernière, pour ceux de Syrie subissant une épuration ethnique...

     

    Car ça fera de « jolies » photos qui feront pleurer non pas Margot dans les chaumières mais l'agnelet qui fait de « son » combat le thème numéro un de ses statuts « facebook », que cela crée le « buzz » autour de l'horreur que l'on ne peut que ressentir face à ces hommes femmes et enfants blessés atrocement ou tués, et fait d’Israël le seul méchant. Ils savent bien que les agneaux ne comprennent pas la complexité en politiques, qu'ils se fichent complètement des nuances pourtant indispensables à apporter quand on parle de certains sujets. Et puis se dire contre la guerre, montrer des photos de soi en « keffieh » dans les manifs, ça fait tellement rebelle, tellement révolté alors même que l'on est un,e petit,e occidental,e bien nourri,e ayant juste besoin de déculpabiliser en somme (cf la bonne dame à gauche de la photo ci dessus par exemple).

  • Guêpier moral à Gaza

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    Ce qui me stupéfie toujours quand je lis ces commentaires enflammées sur le Réseau qui semblent tous plus ou moins justifier que la seule réponse à la violence et à la haine c'est la violence et la haine, c'est cette légèreté inconsciente ou pas avec laquelle les uns ou les autres parlent de ce qui se passe en ce moment à Gaza, en profitant surtout pour se ranger dans le camp de ceux qu'ils estiment être les « gentils », boutant le feu à la guerre, de loin, bien au chaud, bien planqués, sans se soucier que cette guerre car c'en est une tuent des hommes, des femmes, des enfants, et la plupart du temps des innocents. Il s'agit surtout d'un côté ou de l'autre, excepté quelques âmes sincères, j'espère qu'il y en a une ou deux, de se mettre en valeur sur son « fècebouc » ou « touitteur ».

     

    photo ci-dessous prise sur "Tribune juive"

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    Je les connais bien ces « robins des bois » politiques, je suis allé avec l'un d'entre eux à Gaza qui se conduisait en colonisateur qui du haut de sa grandeur consentait à aider des pauvres bougres en somme, et je me souviens de cet autre qui ne s'émouvait pas plus que ça qu'une vieille dame palestinienne soit mise en joue à un contrôle de police israélien par des gosses que cela faisait rire. Ils virtualisent ces terres violentes, turbulentes et finalement attachantes qui sont « mes » terres saintes, tout comme ces pèlerins qui ne concevaient pas que des personnes vivent et souffrent à côté des Lieux saints, souffrance à laquelle beaucoup était simplement indifférents, comme la plupart des catholiques français sont indifférents au sort des chrétiens orientaux, ne s'y intéressant pas tant qu'on les laissait se balader dans leur Disneyland biblique ou évangélique à leur guise, parmi eux il y en avait pour prétendre que "oui d'accord mais eux se situaient sur un point de vue spirituel", ce qui excusait tout à leurs yeux.

     

    Sur le Net donc mais pas seulement, l'on est sommé par les partisans de l'un ou l'autre côté de prendre absolument parti pour les palestiniens contre les israéliens, ou pour les israéliens contre les palestiniens, d'aller même comme d'aucuns le font à suggérer que l'éradication de tout ou partie des adversaires désignés est la seule solution pour se sortir de ce conflit qui dure depuis des décennies au Proche Orient, conflit totalement absurde sur un territoire grand comme la Normandie, absurde car les peuples qui habitent cette terre sont obligés selon la logique des choses, et la raison, de vivre et travailler ensemble dans une fédération laïque à plus ou moins long terme. Ceux qui font autant de concessions sur le voile, le statut des femmes, les prescriptions alimentaires en France feraient bien d'y réfléchir à deux fois de temps à autres...

     

    Il n'y a pas d'autres alternatives hormis la guerre et une guerre totale, qui touche d'abord comme on le voit à Gaza non les terroristes mais les femmes et les enfants, sans parler des minorités chrétiennes bombardées à Khan Younès ces derniers jours. Rappelons aussi que les tirs de roquettes palestiniens sur Tel Aviv ou Jaffa tuent des personnes toutes autant innocentes.

     

    Je suis toujours effaré d'ailleurs quand j'entends parler dans les médias « des juifs » israéliens, qui sont loin d'être un tout, israéliens qui ne sont pas tous juifs d'ailleurs, mais qui se rassemblent dans quatorze communautés distinctes et parfois antagonistes, et « des » palestiniens très différents dans leurs aspirations d'une région à l'autre, de Ramallah à Gaza et de Gaza à Naplouse ou Jérusalem, les uns plus laïcs que les autres, et subissant plus ou moins l'influence du Hamas qui est une association de criminels qui n'ont pour d'autres visées que l'argent que leur rapporterait la gouvernance des territoires, se servant des aspirations légitimes à la liberté des palestiniens, de leur désespoir.

     

    Le Hamas, tout comme le Hezbollah, deux mouvements financés au départ par le Mossad et les américains, sont d'ailleurs les meilleurs ennemis des israéliens pan-sionistes, leur fournissant en somme l'alibi et le prétexte indispensables aux colonisations et au non-respect des résolutions internationales, les seuls interlocuteurs favorisés par les occidentaux aussi par sottise et ignorance. Montrer les photos des blessés, en insistant sur les plus horribles, montrer les effets des bombardements sur Gaza qui sont effectivement meurtriers, c'est aussi donner un peu plus de pouvoir au Hamas, impliquer des vexations un peu plus grandes pour les travailleurs palestiniens qui chaque jour passent le passage d'Erez. On ne comprend pas, est-ce la bêtise, l'intérêt, l'allégeance aux qataris et aux saoudiens mais les interlocuteurs toujours favorisés par les occidentaux en terre d'Islam sont les musulmans les plus intégristes, comme les frères musulmans en Egypte, les autres mouvements étant toujours dédaignés sans parler des chrétiens orientaux à qui l'armée US envoyait des missionnaires évangélistes...

     

    C'est un peu le même piège dans lequel beaucoup se sont précipités au moment des prémices de la « rébellion » syrienne et autres « printemps » arabes, et dans lequel ils sombrent encore aujourd'hui ramenant la haine sous nos latitudes car en France dans nos banlieues, la question palestinienne est cruciale pour les gosses des « cités » et leurs parents. Elle entraîne de plus en plus dans celles-ci une judéophobie extrême et dangereuse que les beaux esprits refusent de voir la cantonnant à quelques « skins » bas du front...

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    image ci-contre site de la Reppublica

     

    Les israéliens et leurs partisans, dont certains se fichent bien d'ailleurs percevant ce pays comme un « porte-avion » occidental en territoire ennemi, appelant le fameux « choc des civilisations » de leurs vœux, un choc qu'ils souhaitent tant que cela ne les touche pas, restent dans un autisme total ou presque en appelant au souvenir de la Shoah pour éteindre toute discussion, considérant que le désir de sécurité tout à fait légitime de leur état certes justifie tout, et en particulier l'utilisation d'armes lourdes et modernes contre des civils moins bien équipés. On peut douter raisonnablement, sachant que cela est connu, que lorsque les maisons des chefs du Hamas sont bombardées ceux-ci soient encore dedans, on peut penser que les habitants abandonnés dans ces bâtiments sont des « boucliers humains ».

     

     

    Je me souviens très bien de ce que provoquait les prises de positions des uns et des autres, quel que soit le côté, concernant le Proche Orient, quand je vivais à Jérusalem dans la Vieille Ville : la violence, la haine, le chaos, et ce encore une fois quelles que soient les bonnes intentions.

  • Les parfums de l'Orient étrange et mystérieux : laideur des clichés, beauté de la vie

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    politique,société,jérusalem,mon journal terre sainte Si le parfum de la cardamone, du café, les couleurs vives des agrumes à l'étal des marchands de « quatre saisons », encore teintés de vert en Palestine et dans les échoppes israéliennes, les effluves des épices en pyramides vives, l'odeur douceâtre de la viande de mouton exposée à l'air, me ramènent sur la « Via Dolorosa » dans la « Vieille Ville » de Jérusalem, l'odeur d'un moteur diesel mal entretenu, d'une eau de toilette bon marché ou d'un déodorant odoriférant pour hommes, les senteurs du cuir bon marché surchauffé des sièges d'une « Mercédès » hors d'âge dans laquelle on attend parfois trois bons quarts d'heure qu'elle se remplisse, le bruit d'une mobylette pétaradante aussi, les sirènes des policiers israéliens qui sonnent comme dans les feuilletons américains, le soleil au zénith au-dessus du poste-frontière de Gaza qui puait l'eau de javel.

     

    C'est également le goût d'une bière israélienne mêlé à la douceur de l'iode dans l'atmosphère sur le front de mer à Tel Aviv, d'un « Arak » à Jéricho sur la « grand-place », d'un « cocktail » au nez et à la barbe des « hassidim » rue Ben Yehuda ; la saleté des rues dans les quartiers anciens, les poubelles dégorgeant leur contenu fétide un peu partout, les chats « parias » marquant leurs territoires, ces bouquetins venus nous renifler la plante des pieds au cratère de Mitzpeh-Ramon un lendemain de réveillon du Nouvel An....

     

    C'est plus trivial à première vue, à courte vue, moins romantique ou romanesque, loin du cinémascope de « Lawrence d'Arabie » mais plus proche de l'authenticité d'un endroit que d'aucuns verraient plutôt comme leur terrain de jeu religieux, politique ou idéologique favori. Ils viennent faire trois petits tours et s'en vont, font la leçon aux uns et autres morigénant les palestiniens de ne pas être assez durs avec les israéliens, les israéliens de ne pas avoir d'ambitions millénaristes. Une foule d'exaltés attend l'Apocalypse, la Fin du Monde, des destructions qu'elle appelle de ses vœux afin de se consoler de si mal sentir la beauté de la Création tout autour d'elle. Dans le désert du Jourdain, il fallait être d'une sottise remarquable pour ne pas voir la sensualité douce et joyeuse des lieux, la vie qui se manifeste dés qu'un peu de pluie tombe.

     

    Quand j'évoque cette cité cosmopolite dont j'aimais le bruit et la fureur, turbulente, violente, douce, agressive, austère et sensuelle, antique mais qui est pourtant bien aussi de son époque, sa vie, ses peuples, beaucoup parmi ceux qui m'écoutent en sont restés aux clichés, ne supportent que l'on démystifie leurs représentations erronées, de celui pour qui il ne faut considérer cette ville que sous son aspect « spirituel », et ne pas s'occuper du présent, de la « simple » humanité, à celui qui voit une occasion de se prendre pour « Robin des bois » pro-palestinien ou pro-sioniste, exacerbant les tensions internes déjà existantes, plus ou moins consciemment, ce qui a toujours des conséquences visibles, violentes et mortelles.

     

    Ce n'est pas un reproche de ma part à leur encontre, il est normal que lorsque l'on n'est pas allé sur place, que l'on n'a pas vécu dans sa chair ce qui fait la beauté, l'originalité de ses terres, il est difficile de comprendre certaines choses et qu'au fond la vie, la réalité sont plus intéressantes que ces lieux communs parfois grandioses, parfois exprimés avec style sur tel ou tel pays, tel ou tel endroit du monde, ainsi Pierre Loti, à qui je préfère Henry de Monfreid, « Abd El Haï » ce qui implique que tu me trouves incorrigible ami lecteur car c'est aussi un « infréquentable ». Je retrouve chez lui le même amour du Proche-Orient, la même passion pour ces peuples sans pour autant les idéaliser ou les voir plus angéliques qu'ils ne le sont.

     

     

     

    Ces histoires orientalistes contemporaines fortement enjolivées sont souvent racontées par un explorateur du dimanche qui ne peut s'empêcher de se déguiser en « autochtone », ou du moins de revêtir la panoplie qu'ils supposent que les « indigènes » portent ! Certains mettent des sandales aux pieds comme les apôtres, enroulent un « keffieh » noir et blanc autour de leur cou, coiffent une « kippah » qu'ils arborent en toute inconscience dans le quartier musulman, ou chrétien. D'autres se contentent de photos sur fond de soleil couchant...

     

    Ce fût mon cas les premières semaines, ce qui me fit moquer des enfants au Sinaï qui m'appelaient « Camel Bedouin » en rigolant bien et je les comprend...

     

    Cette vie, cette réalité paraissent toujours triviales à ceux qui ne s'y attendent pas, qui leur préfèrent leurs fantasmes et idéalisations hasardeuses, surtout quand ils s'aperçoivent que ce qu'ils découvrent n'a rien à voir avec leurs rêves d'une Terre Sainte de pacotille qui appartiennent à un ou deux peuples bien distincts, bien identifiés, à une ou deux cultures bien reconnaissables et délimitables alors que dans cette ville, le réel est extrèmement complexe et non réductible à quelque slogan que ce soit, inspiré par des intentions certes parfois sincèrement bonnes. Mon souvenir de cette Ville, la nostalgie que j'en ressens encore vient de cet ensemble, de ce quotidien relié à ces paysages naturels grandioses où flottent le souvenir de divers conquérants que parfois l'Histoire elle-même a oublié ce qui fait souvent dire aux vieux palestiniens, se rappelant des empereurs byzantins, ottomans, des rois croisés, des souverains de toutes origines, que « les maîtres d'un jour passent toujours malgré leur vanité... ».

     

    Mon « Journal de Jérusalem » est toujours à ce lien

     

  • On parle de mon "Journal de Jérusalem" dans le "Paris Normandie"

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    Mon journal en terre sainte, Jérusalem, littérature, société, politique, religions, christianismeA ce lien ami lecteur tu trouveras un article concernant mon "Journal de Jérusalem", un article "ronflant" (dédicace à une lectrice mal-intentionnée) et en plus sur la photo je suis "fier comme un bar tabac"....

     

    Voilà qui ne va pas diminuer l'ego déjà bien dimensionné que d'aucuns me prêtent ! Peu importe. Ils ne vont rien y comprendre, comment ? Quoi ? Ce réac, ce facho qui dit son amour du Proche Orient ?

     

    J'avais un rêve d'Orient, je l'ai toujours, de cette vie plus libre, beaucoup plus libre, que j'ai vécu là-bas, avec d'autres, une vie qui nous a redonné le sens de ce qui est réellement important dans l'humain et que des plaisirs qui nous semblent anodins sont là-bas de actes de liberté presque transgressifs. Celles et ceux avec qui j'ai vécu tout cela, dispersés maintenant dans toute la France, le savent aussi mais même si nous ne nous voyons que rarement, nous sommes toujours si proches.

     

    Là-bas, il faut dire, nous n'étions pas "le gros", "le maigre", "le matcho", "la folle" de service, nous avions le droit d'être nous-mêmes...

     

    J'y ai compris que ceux qui n'ont que la haine au cœur détestent tout ce qui permet de louer l'amitié, la convivialité, la bonne chère, le bon vin (dans l'Évangile, Jésus parle beaucoup pendant des repas...), que ce qui comptait en Terre Sainte, ce n'était pas tant les lieux saints, quasiment tous faux historiquement, que les personnes y habitant, les enfants que l'on voit partout, des témoignages évangéliques autrement plus forts que bien des discours savants, et les chrétiens d'Orient, suspects de tous les côtés au Proche Orient, méprisés en Occident et particulièrement en France où on les considère comme des survivances à peine folkloriques.

     

    En cliquant sur l'image, on accède également à l'article (photo prise dans l'édition du 22 Mars 2014 de "Paris Normandie")

  • Publication de mon journal de Jérusalem

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    jerusalem.jpgA ce lien, sur le site de "The Book editions", ami lecteur patient et indulgent, tu trouveras la possibilité de commander mon journal de Jérusalem...

    Si le cœur t'en dit bien sûr.

    A mon tour d'être critiqué et de passer au grill des lecteurs avisés...

     

  • Une Arche de Noé dans Jérusalem – Fragments d'un journal en Palestine 22

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    dscn1800.jpgNul besoin d'aller chercher l'Arche de Noé aussi loin qu'en Arménie sur le mont Ararat, elle est aussi en Palestine, ou Israël, mais pas dans les jardins zoologiques pseudo-bibliques, ou Terre dite Sainte, les animaux revendiquent aussi des droits sur cette région si turbulente du monde vu leur nombre et leur importance dans cette endroit de la planète pourtant tout petit, à peine grand comme deux départements français.

     

    Le rapport aux animaux n'y est pas du tout le même que le nôtre, il est beaucoup plus charnel, beaucoup plus sensuel, terrien au sens le plus profond du terme. Ce n'est pas une société qui préfère les chats en vidéos mièvres et amusantes sur Internet plutôt qu'ailleurs, où les bêtes sont déréalisées, « anthropomorphisées ». Ce sont des compagnons de labeur des professions les plus dures, de malheur des réfugiés et de joies aussi, qu'on laisse à leur juste place, que l'on n'idéalise pas en faisant des versions plus pures de l'être humain qui, certes, y compris en usant des nouvelles technologies en particulier, ou pas, sait très bien faire preuve des pires aspects liés à son animalité.

     

    Quand j'évoque cela, la première chose qui me vient à l'esprit est l'apparition miraculeuse de ces « centaures en plein midi » un jour de janvier 1999 sur l'autoroute israélienne. Attendant le bus rouge et blanc « Egged » non loin du « Mont des français », j'entends soudain un bruit de sabots qui claquent sur la route. Je pense rêver car il n'y a autour de moi que des autoroutes goudronnées ultra-modernes, des panneaux de publicité géants. Trois enfants sont montés sur des chevaux à l'apparence fougueuse, des bêtes magnifiques sur lesquelles ils sont « à cru ».

     

    Ils ne s'arrêtent même pas pour un regard ou un échange de mots, ils sourient sous le soleil de plomb de midi à Jérusalem, largement à notre verticale. Ils ne s'arrêtent qu'un instant avant de traverser la « voie rapide », le temps de caresser doucement l'encolure de leurs montures. Les gosses étaient un peu sales, vêtus de haillons mais ils paraissaient n'en avoir aucune amertume.

     

    dscn1986.jpgLes chevaux traversent un échangeur autoroutier et disparaissent au loin ne laissant derrière eux qu'un léger nuage de poussière sur la route, ils étaient une image de liberté, ne se souciant ni de politique, ni de religion, encore moins de résolutions diverses ou variées, de grandes déclarations d'intentions plus hypocrites les unes que les autres, traversant la ville ultra-moderne et froide, où comme partout ailleurs l'avidité règne en maîtresse exigeante, en l'ignorant ainsi qu'elle le mérite au fond, se moquant d'elle de la meilleure manière.

     

    Ce sont à ces enfants là que les « sionistes » et « antisionistes », qui ne trouvent dans ces cause qu'un dérivatif à leur haine devraient songer quand ils sont prêts à mettre des populations à feu et à sang pour le simple plaisir de flatter le personnage qu'ils se sont construits, la plupart se hâtant de ficher le camp une fois qu'ils avaient mis le « feu aux poudres », s'étant fait plaisir à jouer à « Robin des bois » en grandeur nature.

     

    Des instants magiques comme celui-là j'en ai vécu des dizaines à Jérusalem, qui ont fait que je ne me suis jamais posé la question de la légitimaté de ma présence dans cette ville, que je me suis senti tellement heureux là-bas, malgré les moments parfois difficiles ou plus tristes, la culpabilité de laisser en France ceux que j'aimais parfois souffrir sans que je ne puisse leur venir en aide. Il m'arrive de me dire qu'il aurait peut-être mieux valu que je vive beaucoup moins de ces instants de beauté et de joie, car ils ont un prix, rendant plus libres, plus indépendants, moins soucieux des conventions sociales imbéciles.

     

    Et ce prix, je le paye encore, et cher. Les esclaves de la société d'hyper-spectacle marchande détestent ceux qui ne se soumettent pas leur allégeance matérialiste, à l'avidité générale où l'envie frustre et basse remplace le désir.

     

    Comme dans toutes les villes de Méditerranée l'on trouve également à Jérusalem des dizaines de chats parias, clochards glorieux, sans aucune honte ni scrupules, baguenaudant dans les rues, se nourrissant au bon gré des touristes, des pèlerins, ou des habitants. Ils sont généralement en bande, menés par un vieux mâle ou une vieille femelle plus agressifs que tous les autres. Le vieux mâle, ou la vieille femelle, est généralement borgne ou porte les stigmates de combats violents avec d'autres fauves des rues. Ce sont aussi des tendres, car les chats parias ne dédaignent pas de se laisser caresser par la main de temps à autre maladroite d'un voyageur de passage, lui offrant en cadeau quelques puces et microbes car les chats sont taquins.

     

    Bien sûr, il est d'usage de proposer à l'aimable bête sauvage des rues se laissant approcher avec tant de bonne volonté de donner une ou deux friandises en échange, et de ne pas trop insister quant aux caresses, ce que l'animal de toutes façons indiquera en donnant qui un petit coup de griffe, qui un petit coup de dent, au début amicalement puis ensuite plus sérieusement si l'importun ne comprend pas tout de suite. Les petits voyous abordaient le naïf en ronronnant pour mieux le tromper, et l'égarer dans une sensiblerie de mauvais aloi dans laquelle, remarquaient les chats, les touristes écrevisses avaient la désagréable habitude de tomber ; de ceux qui s'exclamaient « Amazing ! » toutes les deux minutes dans les rues de la ville à ceux qui constataient que « Jérusalem ça leur rappelait leur voyage dans le midi de 82 ».

     

    Les chats ne se souciant absolument pas de la morale des pitoyables primates qui parfois se prétendent leur maître dînaient abondamment le soir de la nourriture chapardée pour eux au marché couvert de la Porte du Damas, ou plus drôle encore à « Mahane Yehuda », le pseudo marché pittoresque côté israélien, par les petits voleurs de la « via Dolorosa ». Les félins de poche étaient en bonne compagnie avec eux, se sentant « entre soi », trouvant dans les enfants perdus qui faisaient les poches des touristes écrevisses sans état d'âme.

     

    Etait-ce donc leur faute si ces idiots se baladaient en ville avec des sacs « banane » et des portefeuilles remplis à ras bord de billets ? Les chats approuvaient ce raisonnement, eux-aussi trouvaient cela parfaitement normal de dérober dans les poubelles d'arrière cour dans les minuscules cuisines des « mixed grill » du quartier musulman un peu de pitance. Je me suis toujours demandé si les petits félins n'étaient pas salariés du syndicat d'initiative local. Étrangement, le touriste humain préfère toujours se donner bonne conscience en aidant des animaux à quatre pattes plutôt qu'en faisant preuve de fraternité avec ses pareils, ses frères en humanité.

     

    Cela n'était rien d'autres à leurs yeux qu'une juste redistribution des richesses de ce monde, de l'abondance de Tyr et de Ninive. Des chats rôdant un peu partout, il y en avait beaucoup en ville mais aussi dans les campagnes, où le gibier ne manquait pas, et l'on pouvait prendre de l'ombre et se détendre affalé au pied d'un olivier, ce qui pour un chat est une chose à prendre en considération.

     

    Il n'était pas si rare de voir des chevaux tirer les charrues et les chariots pour amener les paysans au champ, des équidés qui n'étaient pas des mondains. Comme leurs maîtres, ils avaient un visage buriné et marqué par l'exposition constante au soleil, ils buvaient peu d'eau et ne se plaignaient que si l'on se conduisait brutalement à leur encontre. Ces chevaux de labour, un peu plus trapus, un peu plus courts de pattes étaient bien souvent les compagnons de petits ânes ou de mulets curieusement utilisés aussi comme chiens de berger au milieu des troupeaux de chèvres ou de moutons à la laine poussiéreuse.

     

    L'on peut croiser également un genre de bouquetins dans le Sud du pays, un animal plutôt discret habituellement, aux alentours du cratère de Mitzpeh Rahmon et dans le Wadi rum en Jordanie, deux d'entre eux alors que nous bivouaquions à grand peine juste à côté, nous avions tenté durant plusieurs heures d'allumer un feu, reniflèrent nos orteils et goûtèrent un peu de nos sacs de couchage pour en tester la comestibilité.

     

    Le zoologue amateur (je n'ai pas dit le zoophile amateur) sera surpris que l'on mette ensemble chèvres et moutons, car finalement ce sont des animaux très différents, presque antinomiques. Le mouton suivra n'importe quel imbécile qui montre de l'autorité en avançant droit devant, fût-ce vers l'abîme, dans lequel il se jettera avec le mouton en tête de troupeau en toute connaissance de cause, tandis que les chèvres font ce qu'elles veulent et selon leur bon vouloir, surtout si elles trouvent un coin d'herbe un peu verte, ce qui dans les « territoires » n'était pas choses aisée. Si personne dans le troupeau de chèvres ne trouvait ce coin très recherché, mieux valait encore se contenter pour elles des détritus abandonnés par les hommes, que ce soit les reliefs d'un pique-nique de voyageurs ou de ceux d'un pseudo campement bédouin « very mutch authentic my frriend » (« only Twenty dollars ze place ! Djuste Fore You bicoze you're my frriend ! »). Autour de ces pseudo-campements folkloriques, pour les amateurs de gros clichés bien gras sur l'Orient mystérieux et ses délices, l'on trouvait des chameaux paresseux et languides, économisant non seulement l'eau, en la stockant dans leur bosse, mais leur énergie, tournant leur long cou avec une lenteur tellement exagérée qu'on pouvait être sûr qu'elle était feinte.

     

    En plus d'être vaniteux, ce sont de sales bêtes qui mordent immanquablement la main qui s'approche d'eux pour tenter une caresse, de manière sournoise et imprévisible. Leur maître, arrivé le matin à l'aube en « 4X4 » gueulant certainement toutes fenêtres ouvertes de la variété arabe et pop un rien dégoulinante de kitsch, de la « sheirout music » en somme, bien loin de Fairouz ou Oum Khalsoum, et vêtu non pas d'une djellabah et parfois d'un sabre de fantaisie, mais d'un « djinn » bien occidental et d'un blouson de cuir, le nez chaussé de lunettes fumées pour mieux draguer les jeunes touristes.

     

    Il y a même des cochons en Palestine comme en Israël, malgré les interdictions théoriques des prescriptions alimentaires musulmanes ou juives, et je ne parle pas seulement de ces cochons ultra-orthodoxes sortant d'un bordel qui leur était réservé à Tibériade, à l'endroit même où le « guide du routard » nous recommandait de louer à bas prix des vélos pour des enfants. Les bêtes sont tuées sur une dalle en ciment, ce qui semble convenir aux rabbins et aux imans. On trouvait même rue de Jaffa à Jérusalem, côté israélien, du saucisson « kasher » en sus de l'infâme saucisse de dinde colorée à la carotène vendue dans les supermarchés de la ville. La charcuterie est également monnaie courante au Nord d'Israël dans des villes où le russe est la première langue parlée.

     

    Cela ne date pas d'hier de toutes façons, les cochons en Terre Sainte, on se souvient que ce débauché de fils prodigue en gardait quelques uns et n'avait même pas le droit de manger les baies et racines que l'on donnait aux porcs. Un endroit, non loin du Mont des Béatitudes, face aux rives du lac de Tibériade, ou « Kinneret » en hébreu, porte le souvenir de ce troupeau de suidés dans lesquels Jésus avait envoyé des esprits mauvais et qui se sont jeté dans les flots de rage, noyant les pauvres bêtes.

     

     

    800px-White_horse-Jerusalem.jpgSi manger du cochon est un « péché », un péché certes délicieux convenons en, c'est surtout parce que l'animal lorsqu'il mangeait n'importe quoi autour des campements, manière dont on nourrissait les bêtes, voyait sa viande empoisonnée en conséquence, et impropre à la consommation. Contrairement aux idées reçues, le cochon est un animal délicat, un gourmet raffiné qui n'apprécie que certaines choses, les autres étant mauvaises pour sa santé. Les rabbins en premier n'ont fait finalement que trouver un prétexte quelconque dans leurs écritures afin d'inciter à ce qui n'était rien d'autre qu'une mesure hygiénique.

     

    images du haut, chats parias, empruntées à cet excellent blog de voyage : "Un monde à gagner

    oiseau du zoo de Jérusalem même source

    cheval israélien, wikipédia

  • « Si je t'oublie Jérusalem... » - Fragments d'un journal en Palestine 21

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    jerusalem20.jpg« Si je t'oublie Jérusalem... », ainsi commence le fameux psaume dans lequel les juifs du monde entier exprimaient leur nostalgie de leur Terre Sainte, et leur espoir d'un jour y retourner, et aussi qu'ils n'oublieront jamais cette ville qui a été au fond de leur cœur et de leur âmes pendant les centaines d'années qu'a duré la diaspora. Je partage cette nostalgie de cette terre, non pas pour les monuments, y compris l'amas hétéroclite qu'est le Saint Sépulcre, les souterrains d'Har Meggido, ni même pour le « Kotel », le mur des Lamentations, le temple d'Hébron, ou le « Dôme du rocher », non pas pour les paysages, du désert du Jourdain aux collines de Galilée, le mont des Béatitudes, les rives du lac de Tibériade ou l'eau claire de la Méditerranée, le sommet du Sinaï le soir du 31 décembre 1998, ni même pour le climat incitant à prendre conscience que la création est magnifique, que la beauté est tout autour de nous mais que bien souvent nous ne savons pas la voir.

     

    Les monuments sont tous construits sur les emplacements des lieux réputés saints des trois grandes religions monothéistes. Ces emplacements sont presque tous faux, ils n'ont donc guère de sens, guère de réalité, hormis la prière des croyants au long des siècles, mais ils ne sont que des vestiges d'utopie, de rêve de conquête et de bonheur universel, des lambeaux d'idéaux auquels les croyants confits dans la graisse du sur-consumérisme croient, dans leur grande majorité, encore à peine.

     

    Ce que je retiens de Jérusalem et de ces terres dites saintes, c'est la profonde humanité des personnes que j'y ai rencontrées, une humanité turbulente, à fleur de peau, parfois se manifestant par des accès des violences mais une humanité tangible, de tous les instants, une humanité qui est pourtant méprisée et rejetée en Occident progressiste de progrès et technocratique, festiviste et spectaculaire, libéral et libertaire, certains appelant même de leurs vœux une post-humanité, voire même une trans-humanité enfin libérée des contingences tellement insupportables à leurs yeux des émotions, de l'individualité aussi, ils rêvent de voir leurs semblables fondus dans un « grand tout » aux contours flous leur semblant toujours plus préférable pour eux qu'exercer leur liberté.

     

    Ils sont tout aussi détestables que les fous rêvant de théocratie dominatrice et violente, ces fous qui font mourir à force d'embrigadement et de matraquage le sourire sur les lèvres des enfants qu'ils entrainent dans leur sillage de mort. Je pense particulièrement à toi, Wafa, étudiante qui n'avait jamais assez de travail, qui avait soif de connaissances, qui voulait t'ouvrir à la culture française dont tu aimais passionnément la langue, les livres, les films. Je veux croire que c'est le désespoir qui t'a poussé au début de la deuxième Intifadah à te rendre la taille ceinte d'explosifs à un « check point » pour mourir et tuer un maximum de personnes et obéir à ceux qui détestaient ta soif de connaissance, ton amour de la littérature, les fanatiques ont ceci en commun avec les idéologues de tout poil, les petits bourgeois festivistes et les esclaves volontaires du tout-économique.

     

    Il y avait beaucoup de ces aveugles à Jérusalem, traversant la ville au pas de course les yeux comme chaussés d'oeillères, ne voyant que ce qu'ils voulaient voir, refusant le réel, des touristes-pélerins aux pélerins-touristes. La plupart ne supportait que l'endroit ne soit pas une sorte de crèche vivante figée dans leurs propres fantasmes, dans leur vision erronée du réel, une vision satisfaisant leur haine de l'autre, leur haine de tout ce qui aurait pu les en détacher, à commencer par la douceur de vivre.

     

    Les imbéciles ne percevaient jamais la sensualité étonnante des paysages de Judée, une sensualité lumineuse, ouverte au partage, les myriades d'enfants de Palestine courant dans les rues, riant, s'amusant de tout malgré leur misère pour la plupart. Ces gosses n'ont guère changé depuis la naissance du fils unique d'un homme âgé et de sa toute jeune femme dans la mangeoire d'un caravansérail surpeuplé de Bethléem. On imagine les vieilles dames discutant sans fin du bébé, de sa naissance, de la mère, du père, les bergers riant et partageant du vin de leurs outres, appuyés sur leurs bâtons et les vieux au regard de sagesse millénaire hochant la tête...

     

    Parmi les chrétiens, il en est qui oublient même que si le sauveur auquel il croit s'est incarné, ce n'est pas sans signification. Non, ils se rêvent en purs esprits, et oublient de se rappeler que leur foi devrait les pousser à l'altérité, à l'empathie de tous les instants envers celles et ceux qui en ont le plus besoin. Je me souviens de cet ecclésiastique parisien, grand, mince, très chic, intellectuel distingué, m'affirmant qu'il fallait absolument vivre ce que l'on vivait à Jérusalem d'un point de vue « spirituel » et non de ses sentiments, si l'on suit sa révolte jusqu'au bout, y compris en définitive la compassion et la révolte face aux situations constatées.

     

    Selon lui, on ne pouvait être « simplement humain »...

     

    Sous nos cieux progressistes et modernes, quand un individu voit un pauvre dormant dans la rue, souffrant de la faim, la plupart du temps il passe son chemin en feignant ne rien avoir vu, il n'y peut rien si ce pauvre est à la rue, il n'est pas responsable se justifiera-t-il. Au mieux, il appellera la police ou le « Samu social » et passera son chemin. Dans tous les quartiers de Jérusalem Est, où le salaire moyen est de 200 dollars, il y avait une maison d'accueil des miséreux, leur proposant un toit pour chaque nuit et à manger.

    portrait-photographer-in-jerusalem.jpg

    Le Christ, c'est l'Evangile qui en témoigne, s'est ému de la mort de son ami Lazare, du manque de vin et de la tristesse pouvant saisir les invités d'une noce, de la sottise des marchands du temple, leur avidité aussi. Il n'a pas considéré tout cela d'un œil seulement spirituel et dégagé de tout humanité, il a été « simplement humain ». De plus, il ne considérait pas les repas de fête, ou les festivités auxquels il participe souvent, comme des divertissements insupportablement hédonistes et matérialistes, mais comme des moments de convivialité et de partage d'une profonde humanité que ce soit à l'ombre du sycomore de Zachée à Jéricho, que l'on peut prétendument encore voir à la sortie de la ville en direction de la Jordanie, ou dans le Cénacle sur le mont Sion.

     

    Même si bien souvent, à défaut d'être réellement humain, l'homme est surtout un primate lamentable, rien ne vaut son humanité. Et même « si la vie ne vaut rien, rien ne vaut un être humain » ainsi que le disait Hélie de Saint-Marc dans ses « Mémoires de braise ».

     

    image du haut prise ici (photo de Muslim Harij)

     

     

    image du bas empruntée là (photo de Yael Hermann)

  • Bethléem de Judée et de Palestine – Fragments d'un journal en Palestine 20

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    Alors que nous étions devant la Basilique de la Nativité à Bethléem avec un ami qui se prétend agnostique voire athée mais que je « soupçonne » de croire dans l'intimité de son cœur, celui-ci saisi par la douceur du climat, la puissance de la mémoire du lieu, la sensualité de l'atmosphère, presque charnelle, son humanité, m'a dit la voix vibrante d'émotion « qu'il s'était certainement passé quelque chose d'important pour le monde ici », dans ce tout petit village alors que résonnait juste après les cloches de la paroisse grecque catholique la plainte nostalgique du « muezzin »...

     

    AFP_121224_7102n_bethleem-noel-2012_6.jpg

    J'ai laissé une partie de mon cœur, de mon âme, de ma chair à Jérusalem, où j'ai vécu deux ans, en Terre dite Sainte où l'attitude des croyants des trois grandes religions monothéistes est quotidiennement un scandale, à moins que ce ne soit justement dans cette humanité, j'insiste, certes turbulente exprimée souvent par les peuples vivant là-bas par un accueil que je n'ai jamais retrouvé en France ; on est beaucoup plus suspicieux et méfiant en France, on a perdu l'habitude de l'empathie ou de l'altérité toute simple, on ne sait plus trop comment faire perdant le plus clair du temps à consommer.

     

    Ces peuples de Terre dite Sainte incarnent au sens propre, de manière tangible un des aspects les plus importants de la foi chrétienne, l'Incarnation justement, ce que les chrétiens ont tendance à ne pas voir, les chrétiens d'Occident en particulier qui voient plus leur foi comme une hygiène mentale qui s'arrête au parvis des églises, un « coaching » sympathique qui permet parfois de se défouler dans de grands rassemblements sur-affectifs, mais ils croient à peine en 2013, vivant pour beaucoup dans la terreur de sortir du lot commun, d'avoir une image négative auprès des arbitres des élégances politiques et amorales.

     

    Comme je conchie (c'est pour toi Anne D.) tous ces chrétiens se proclamant spirituels, mystiques « laveurs de vitres », en communication directe avec Dieu à les entendre, qui affirment sans rire qu'à Noël il ne faut pas trop faire la fête, pas forcément manger mieux que d'habitude, encore moins boire, qu'il ne faudrait pas s'offrir de cadeaux car cela est à leurs yeux matérialiste et, je cite, « pervers » ! Ils oublient que les personnes seules, les pauvres, les malheureux c'est justerment ce genre de moment de partage et d'échange matérialistes qu'ils attendent d'eux, et non de belles paroles qui permettent de rentrer ensuite vers son confort l'esprit déculpabilisé afin d'en profiter au mieux.

     

    Si tu réfléchis bien ami lecteur, un être humain sans passions, sans idéaux, sans foi pour le guider, donc prenant le risque de la violence et de l'affrontement, serait paradoxalement un crétin parfait, docile et corvéable à merci. Cela ne signifie pas pour autant que je ne souhaite pas plus de paix, de justice et d'équité, mais dans le respect de cette humanité et non en la niant ou en la rejetant ou nom d'une technocratie ou d'une théocratie qui sont les deux faces de la même médaille.

     

    Et les deux Noëls que j'ai passé sur cette terre du Proche Orient, je les ai vécus à Bethléem qui est encore maintenant un bled méprisé, un patelin de banlieue à huit kilomètres de Jérusalem (j'y allais parfois à pieds). Je n'étais pas très chaud au départ pour la messe de Minuit à la Basilique de la Nativité, vois-tu ami lecteur on ne le dirait pas mais je suis un bien piètre paroissien, les célébrations qui s'éternisent, qui durent des plombes pour qu'à la sortie on quitte son voisin de chaise sans même qu'il pense à vous serrer la main, cela m'a toujours profondément agacé.

     

    De plus, j'appris avec horreur que pour y assister, il faut attendre trois ou quatre heures enfermés dans l'enclos de l'église de la Nativité pour espérer avoir une place à l'intérieur ; inutile d'espérer être assis, les places assises étant pour les « huiles » (d'olive en Palestine bien entendu), dont le Consul de France toujours au premier rang à côté du représentant des palestiniens, en 98 et 99, Yasser Arafat. Comme nous étions juste derrière lui la deuxième année, cela nous a valu de passer en direct sur CNN pendant la retransmission de la messe durant quatre heures et donc a certainement augmenté la durée de notre interrogatoire à l'aéroport « Ben Gurion » à notre départ d'Israël.

     

    Les deux fois, j'ai passé l'après-midi avec Marc, aimable géant débonnaire de deux ou trois têtes de plus que moi, un ogre aimable qui se donnait des airs féroces pour tromper l'ennemi sans tromper jamais personne. Avec lui, le petit Poucet ne craignait rien, Marc aurait eu toutes les attentions délicates dont il est capable pour lui faire plaisir, et je ne suis même pas certain que le sale gosse lui en aurait été reconnaissant. Nous déambulions parmi les échoppes provisoires sur la place de la Crèche, « Manger Square », en nous moquant des touristes-pèlerins se faisant arnaquer par les marchands locaux, avec toute la politesse sucrée dont les orientaux sont capables, pour des babioles soit-disant « artisanales » fabriquées à la chaîne à Beit Jalla, juste derrière la place « de la Crèche ».

     

    Le pape actuel et les prêtres au moment de Noël, les fidèles préparant les textes en France, évoquent beaucoup la joie de cette fête chrétienne, celle du moins que devrait partager les croyants avec leurs semblables, leurs frères. Mais que cela semble difficile à mettre en œuvre, que cela semble titanesque, un travail de Sisyphe. Pendant la célébration que nous suivions debout, dans la cohue des photographes et des caméras de télévision, nous la ressentions, nous la vivions réellement, nul besoin de grand discours, là-bas elle allait de soi pour des chrétiens pourtant entre le marteau de l'armée israélienne et l'enclume du « Hamas ».

     

    Faudra-t-il que les chrétiens occidentaux vivent la même situation pour enfin comprendre ?

     foule_bethleem432.jpg

    La première fois, la toute petite femme de Marc, à la voix toute douce, toute gentille, mais beaucoup plus autoritaire que lui, nous entraîna à une deuxième célébration au « Champ des bergers », nous nous perdîmes en route, ce fut une « Jeep » bleue de la police palestinienne qui nous y emmena, puis à une troisième à la crypte de Saint Jérôme, à l'emplacement historiquement exact de la crèche. Je rentrai au petit matin à pied à Jérusalem, ce qui me permis ainsi qu'à Eric, mon complice parti plus tôt en catimini de la troisième célébration, de voir avec bonheur le soleil se lever tout doucement au dessus du « Haram es sherif » et du « Kotel », juste à la lisière du « Mont des Oliviers ».

     

     

    C'est aussi pour cela que chaque fois que je regarde une image de cette terre, un film, que j'entend parler arabe ou hébreu, j'ai le cœur qui bat un peu plus vite, c'est alors qu'au moins en esprit, j'y suis de retour. J'ai trouvé en cette région du monde pourtant toute petite ma terre sainte, sainte parce que l'on y voit plus qu'ailleurs la beauté de l'être humain et que l'on y goûte un peu plus qu'ailleurs, car face à la haine imbécile, d'où qu'elle vienne, c'est indispensable, la beauté de la Nature.

     

    A celles et ceux qui ont vécu également tout cela, je promets qu'un soir ou l'autre, nous trouverons bien du temps pour nous retrouver à Saint Louis, Sainte Anne ou à l'orée de Ramallah...

     

    image du haut, "Manger Square" le soir du 24 prise ici , sur le site de radio canada

    image du bas, le même endroit un peu plus tard, ou plus tôt, empruntée au site de RFI

  • Hollande en Israël – ni pour ni contre bien au contraire

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     PHOc19c0bba-503d-11e3-b0ab-7cacfcb71a53-805x453.jpgOn m'avait dit : « Tu verras, au bout de quatre ans, cinq ans, tu oublieras Jérusalem », mais ce n'est pas le cas, j'y ai laissé une partie de mon cœur et de mon âme. Il suffit que je ferme les yeux, ou que je contemple un ciel sans nuages et je suis « Via Dolorosa » avec les petits voleurs, ou rue Ben Yehuda à la terrasse d'un café inondée de soleil, que j'entende la plainte lancinante et nostalgique des muezzins ou le son puissant du « shofar ». J'y étais à une période semblant maintenant presque utopique car il n'y avait pas de « Mur » entre Israël et les territoires, et la violence y était moins palpable.

     

    Ce qui montre soit dit en passant que l'apaisement était encore possible...

     

    François Hollande est donc à Jérusalem, il y est fidèle à son attitude habituelle, à savoir qu'il ne sait pas se montrer ferme là où il faudrait, qu'il tergiverse, hésite et finalement se ridiculise ou s'aplatit avec tout le monde, rabaissant la France en passant. Il est comme à son habitude ni pour ni contre bien au contraire ainsi que le disait un comique mort, maintenant saint laïc, quand il voulait se moquer des hommes politiques hypocrites faisant rire dans le même temps les « bobos » de l'époque et le « prolo » du coin, mais pas forcément pour les mêmes raisons.

     

    Cette visite de Hollande en Israël me rappelle celle de Jospin en 2000, que j'avais vécu de l'intérieur, qui avec le même genre de sornettes lénifiantes débitées par paquets de douze avait provoqué dans les territoires des conséquences dramatiques et violentes, détruisant pour se faire plaisir dans un discours, et faire vibrer la « corde sensible » de l'évocation qui ne mange pas de pain des « z-heures les plus sombres de notre histoire » (TM°), des semaines de travail pédagogique avec de jeunes palestiniens, fichant en l'air par son inconscience ce que nous cherchions à mettre en place, en particulier une confiance réciproque plutôt que la défiance.

     

    De toutes façons les pseudo anti-sionistes, et judéophobes, ne manqueront pas de le qualifier d'agent dormant de la Hasbara et les pro-sionistes affirmés, et musulmanophobes de soutien des mollahs, continuant chacun dans leurs niches à bouter le feu à la haine des deux peuples, appelant de leurs vœux une déflagration mondiale, un choc de civilisations, qui satisfera leur goût de la violence. Pour eux, si on ne partage pas toutes leurs haines on est contre eux. Et puis à les entendre, c'est toujours l'autre qu'a commencé.

     

    Hélas, ce sont eux qui sont de plus en plus écoutés et non ceux qui auraient un peu plus de bon sens.

     

    Il est du côté des israéliens, mais pas trop, ne condamnant pas vraiment le « mur » de séparation ni la colonisation qui continue, qui lui sont cependant gré de les soutenir, encore plus que les américains face aux iraniens, et il est aussi avec les palestiniens, mais pas trop non plus ; un dépôt de gerbe sur la tombe d'Arafat et quelques formules bateaux sur les droits des palestiniens, formules sonnant creux qu'ils ont l'habitude d'entendre depuis longtemps déjà, dont ils savent pertinemment qu'elles ne déboucheront sur rien de concret, laissant encore la part belle aux islamistes ou aux pan-sionistes, précipitant l'exil des minorités chrétiennes palestiniennes qui auraient pu jouer un rôle évident de médiateurs.

     

    Ce qui sous-tend tout cela est que finalement, il est encore plus atlantiste que Sarkozy quant à Israël, ayant apparemment complètement oublié les alternatives qui auraient pu mener à la paix durable soutenues par Hubert Védrine ou Chirac (« Aille ouante tout tèque maille plène ! »). En période pré-insurrectionnelle, malheureusement, ce qui est le cas de notre pays, il faut dire que l'on ne suit plus du tout le bon sens politique mais seulement les plus radicaux que le troupeau suit par peur d'être « lâchés » en route et d'en payer le prix fort. En France même, la politique à l'égard d'Israël et la Palestine a des répercussions directes sur les « banlieues » dites difficiles et les « quartiers », cette question y est cruciale, déterminant l'attitude des gosses et des adultes.


    Image extraite du site du Figaro, crédits photo Heidi Levine AFP (et un petit clin d’œil au père Frans Bouwen sur la photo)

     

  • Fragments d'un journal en Palestine 19 – La nuit à Jérusalem

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    Après deux mois d'interruption la suite de mon journal à Jérusalem...


    0211123608.jpgLa nuit à Jérusalem était toute aussi complexe et diverse que la ville. Elle était dangereuse, claire, bruyante, violente, mystique, sacrément profane, délicieuse et dure, douloureuse et joyeuse. Avant l’Intifada les marchés restaient ouverts parfois jusqu'à une heure du matin, la ville continuait à vivre le crépuscule tombé. « Tsahal » et les services spéciaux de l'armée, la police israélienne, avaient imposé un couvre-feu, pas toujours respecté par les petits vendeurs à la sauvette, ou ceux qui marchandaient des paires de lunettes de soleil ou de paquets de cigarettes souvent contrefaits « tombés du camion ». Perdant, je ne sais pourquoi, régulièrement mes lunettes de soleil, je profitais souvent de l'aubaine.

     

    L'avantage d'être du quartier est qu'au bout de quelques temps, j'avais le droit aux prix « locaux » ainsi que je l'ai déjà dit voire que l'on me demandait d'amener des clients supplémentaires à qui l'on me promettait que l'on ferait bien entendu de « bons » prix.

     

    Il ne faisait pas bon pour les « colons » des environs, les ultra-religieux américains ou européens faisant leur « aliyah » et emménageant dans des maison en brandissant parfois des contrats datant de la période ottomane, de se promener tard le soir, l'un d'eux, trois jours après mon arrivée fut retrouvé mort dans une ruelle non loin de « l'Ecce Homo » car il s'était aventuré dans les rues de la Vieille Ville trop tard et sans protection, ce qui m'a dissuadé quelques temps de rentrer à des heures tardives, puis j'ai compris que le « téléphone arabe » n'était pas une légende, et que tout le monde savait qui j'étais, où j'habitais, et ce que je faisais à Jérusalem, et je compris que je ne risquais strictement rien.

     

    Comme tout est là-bas infiniment nuancé, un israélien qui se promène le soir dans la Vieille Ville ne risquait rien non plus, comme nous l'avons prouvé à de nombreuses reprises à des amis venant de « l'autre côté ». Il y avait toujours cette peur, cette terreur des palestiniens dont certains côté occidental ne connaissaient strictement rien. Je me souviens de cette dame en voiture, longeant la porte d'Hérode, nous hélant car elle entendait les pétards de la fin du Ramadan et croyant à la guerre civile nous enjoignait de nous enfuir avec elle tant qu'il était temps. Nous eûmes toutes les peines du monde à la convaincre que c'était anodin.

     

    Je me souviens également de cette soirée où rentrant d'un repas bien arrosé dans un des cafés de la rue Ben Yehuda, zigzaguant un peu dans les rues déjà tortueuses de la Vieille Ville nous rentrions finalement sans encombres chez nous sous le regard réprobateur des deux « hassidim » priant sans relâche pour le salut de notre âme en perdition à la sortie de l'établissement de boissons.

     

    Un des petits voleurs de la « Via dolorosa » constatant notre état éthylique avancé nous offrit obligeamment un café bien serré que nous bûmes à la lueur des étoiles sous la muraille. L'ivresse étant toujours un voyage, nous décidâmes de continuer à en profiter et montant sur le toit des bâtiments de l'ancien séminaire des « Pères Blancs », où j'habitais, et dont je disposais à moi tout seul six mois de l'année, nous attendîmes le lever du soleil et les premiers rougeoiements du soleil sur le Mont des Oliviers et au loin sur le désert de Judée. Nous fîmes de même le premier soir de Noël, nous asseyant face à l'esplanade du Temple et au Dôme du Rocher.

     

    Aller prendre un pot, un verre, ou quoi que ce soit d'autres, à Jérusalem, sans que cela ne soit lié à un militantisme religieux ou politique, sans que cela ne soit lié à un événement communautaire, était de l'ordre de la transgression, voire même de la subversion, même seulement par goût gratuit et désir de convivialité, l'envie de se retrouver ensemble sans raion idéologique ou mystique particulière, ce que nous faisions régulièrement dans des cafés du quartier chrétien, seuls autorisés à vendre de l'alcool dans la Vieille Ville, ou rue Ben Yehuda dans la ville occidentale, dans le quartier dit des « artistes » de Jérusalem, quartier également très marqué par son identité religieuse.

     

    Personne n'a idée de l'importance de ce que certains faits et gestes, dont notre art de vivre, qui nous paraissent quotidiens, anodins, sans gravité peuvent prendre dans des pays marqués par la haine et la violence une signification toute autre. Ceux parmi nous qui sortaient régulièrement en ville étaient considérés par des païens par d'autres pélerins et membres de communautéqs dites « nouvelles » qui perdaient souvent la tête et le sens des réalités à vivre dans un endroit qu'ils fantasmaient, mais dont ils ne voyaient jamais le réel, et qui ne respectaient pas les personnes y habitant sensées se conformer à leur vision de « la Ville ».

     

    Combien de fois avons-nous été sermonnés par ces bons apôtres sur le fait que l'alcool ne fait pas forcément la fête, que l'on peut s'amuser sans, que cela nous mènerait à la corruption de nos âmes mais que « Dieu nous aimait quand même » etc...

     

    Cela ne les empêchait pas ces bons apôtres de venir malgré tout à Sainte Anne ou Saint Louis apprécier les bons produits dont de bons vins que nous partagions à chaque fois que l'un d'entre nous revenait ou arrivait de France, ou bien qu'il recevait en colis souvent « suspect » aux yeux des douaniers étant donné l'odeur s'en échappant de temps à autres lorsque nous recevions des fromages non « kasher ».

     

    Et même, même dans ces quartiers réputés de « perdition », où l'on pouvait aussi fumer à loisir le « nargileh » affalés sur des coussins comme un sultan des « Mille et une Nuits », ainsi à « l'American colony », réputés plus libres, plus ouverts, les jours de fêtes juives, chrétiennes et musulmanes et les interdits rigoureux qui les accompagnent sur le plan alimentaire et celui de la boisson étaient respectés à la lettre.

     

    Les restaurateurs et cafetiers ne le faisaient pas toujours par réelle conviction mais aussi et surtout pour éviter d'être la cible des agressions des milices se réclament de la pureté religieuse et nationale des uns ou des autres. Ces prescriptions allaient souvent jusqu'à l'absurde, y compris dans les officines de restauration rapide où la sauce chocolat des « sundae » était versée à part, en catimini par les employés des « MacDonald's » et pizzerias après que l'on en fait la demande discrète, de même lorsque nous achetions de l'alcool local dans les magasins du quartier musulman.

     

    Il y avait une boîte de nuit à Jérusalem, une et une unique « boîte » dans les anciens sous-sols d'une banque, régulièrement saccagée, régulièrement mise à sac par les « haredim » et ultra-sionistes. Nous nous aperçûmes comme je l'ai déjà dit que ceux-là ne s'interdisaient cependant pas de fréquenter des maisons closes « orthodoxes » où l'apparence des règles était respectée (signature d'un contrat de mariage bidon avec la prostituée, ou le prostitué à l'entrée, signature d'un contrat de divorce tout aussi fictif à la sortie).

     

    shila21.jpgLa nuit était bien sage dans la Ville sainte comparé à Ramallah. Là-bas, tout paraissait calme et silencieux de l'extérieur, mais lorsqu'on empruntait un ascenseur d'immeuble apparemment comme les autres pour le dernier étage de quelques bâtisses du centre-ville, l'on tombait sur des fêtes plus animées, la nuance étant que les palestiniens ont en musique des goûts très « kitsch », très sentimentaux, presque « rose-bonbon ». On n'y buvait pas forcément de l'alcool mais l'ivresse des « nargilehs » le remplaçait aisément. A Ramallah, la fête, la convivialité, étaient plus une urgence, une nécessité pour oublier les « check points », les « barbus », les vexations, la bêtise crasse des uns ou des autres en général.

     

     

    Le ciel au-dessus de la ville la nuit était toujours clair, d'un bleu un peu sombre, les étoiles toujours là au firmament ainsi que du temps des bergers bibliques. Contemplant la voûte céleste, au delà des collines qui entourent la ville dite sainte, on pouvait croire que le monde entier était tout autour, juste derrière la courbure de l'horizon. Aucun endroit sur terre ne paraissait inaccessible. On ne ressent pas cette impression de ville au milieu du monde, au cœur de la planète partout, on ne le ressentait pas pendant la journée, mais le soir, et la nuit claire permettaient de le percevoir un peu mieux.


    image du haut prise ici

    image du bas, café de la rue Ben Yehuda pris ici

  • Fragments d'un journal en Palestine 18 – Le complexe d'invulnérabilité

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    colonie-israelienne-cisjordanie.jpgAu bout d'un an à Jérusalem pour quelques uns, Ramallah et Zabadeh près de Naplouse pour d'autres, tous en Terre dite Sainte, les uns au cœur de la Palestine, les autres à la lisière avec Israël, nous avons fini par développer ce que beaucoup de correspondants de guerre décrivent dans le cadre de leur profession, à savoir une grande inconscience face au danger et un certain complexe de toute-puissance et d'invulnérabilité. Nous prenions parfois des risques insensés, et continuions de le faire même si parfois le réel se rappelait durement à notre souvenir.

     

    Ainsi, l'un de nous, Éric, professeur de français à Ramallah, instituteur en France, traversait les territoires sans aucuns papiers officiels, passeport ou quoi que ce soit, la plupart du temps, ne s'arrêtant à peine aux « check points » qui, certes, le voyaient passer quotidiennement. Et bien entendu, ce qui devait arriver, et un jour il fût interrogé quelques heures et son identité dûment vérifiée. Il dût son salut à beaucoup de chance, à sa personnalité sympathique, selon lui, à son culot monstrueux selon nous, un culot parfaitement calme et tranquille. Je ne le blâmerai pas là-dessus puisqu'au final nous avions tous fini par adopter ce genre de comportement dangereux. En clair, nous faisions ce que nous voulions sans nous soucier des conséquences.

     

    Cette liberté de comportement dans notre travail et notre vie de tous les jours, cette ouverture que nous développâmes, nous allions la payer en rentrant plus tard en France, par bien des manières, et ce pour plusieurs raisons l'une d'entre elles étant d'abord et avant tout une jalousie profonde l'expérience incomparable que nous avions vécus en Terre dite Sainte de la part de toutes les personnes se soumettant pourtant à une routine aliénante sans se poser de questions.

     

    Éric avait parfaitement adopté la phrase « fétiche » des palestiniens : « Inch'Allah Bukra Maalesh », qui signifie à peu près qu'il faut prendre chaque moment l'un après l'autre sans trop s'angoisser et laisser faire les choses sans les forcer. Malgré la violence sans cesse présente, malgré la haine, Éric se baladait et rencontrait, et liait amitié sans se soucier des étiquettes, des préjugés ou des lieux communs sur les uns et les autres, toujours curieux de chacun, ce qui ne l'empêchait pas comme nous tous à certains moment de se mettre en colère face à des injustices flagrantes.

     

    Ce fut d'ailleurs lui qui nous proposa d'aller replanter des oliviers en Galilée dans des villages palestiniens à côté desquels des colonies israéliennes s'étaient implantées, arrachant les cultures sous prétexte d'instaurer un « périmètre de sécurité ». Ce n'est pas que nous étions très doué pour cela, nous étions aidés par les habitants des villages concernés, mais notre présence, par peur de nos futurs témoignages éventuels auprès de nos ambassades respectives, et de nos organes de presse, interdisait un nouvel arrachage par la suite.

     

    Éric, avec un ami palestinien, et l'un d'entre nous, Benoît, alla jusqu'à la porte des colonies demander à dialoguer avec au moins l'un des colons pour qu'il nous explique la raison d'une attitude aussi agressive, mais dut y renoncer la rage au cœur sous la menace du « M16 » d'un des gardes armés dans un des miradors entourant « l'implantation ».

     

    Marc et son épouse, Anne-Marie, qui travaillaient avec des malades en soins palliatifs à l'hôpital Saint Louis, que j'ai déjà évoqué pour le « trafic » de cigarettes auquel je me livrais avec Marc, voyageaient généralement, eux aussi, sans aucun passeport, comptant sur leur « bonne étoile ». Anne-Marie présentait un grand contraste apparent avec son mari, géant costaud, gargantuesque et un peu ogre, elle avait une toute petite voix, un physique menu et un ton toujours d'une grande douceur. C'est évidemment elle qui incarnait l'autorité dans ce couple malgré les apparences.

     

    Et quand d'aventure, ils se faisaient contrôler par un militaire un peu plus tatillon ou un policier un peu plus zélé, elle comptait à chaque fois sur un gentil babil qu'elle avait rôdé les trois premiers mois, et qui donnait des résultats satisfaisants puisque jamais ils ne furent retenus plus de cinq minutes, jusqu'à l'abus de trop où ils durent téléphoner au consulat pour se tirer d'affaire.

    Et comme la plupart d'entre nous, ils furent retenus plusieurs heures en douane...

    1083941_3_fce1_vue-generale-de-la-colonie-israelienne-de.jpg

    Avec Alain, coopérant au collège des Frères de la « Vieille Ville », séminariste français d'une grande pondération, professeur de Lettres, nous fîmes une excursion à Hébron afin de visiter le « souk » traditionnel et la « Tombe des Patriarches », juste après plusieurs émeutes graves réprimées dans le sang dues aux quelques dizaines de colons, protégés par l'armée israélienne, installés en plein milieu de la ville sur la base de titres de propriétés datant pour certains de l'Empire ottoman. Nous avions cru prendre des précautions suffisantes en portant nos « keffiehs » palestiniens, et comptions sur les quelques rudiments d'arabe que nous possédions, et sur ceux d'Alain en hébreu moderne, pour nous aider en cas de problèmes.

     

    Nous déambulâmes toute la matinée dans la vieille ville d'Hébron, suivis par des palestiniens, au départ discrets, et de plus en plus nombreux, nous interpellant au début apparemment en plaisantant, puis de plus en plus sèchement, nous montrant des lapins ou des crustacés vendus sur les échoppes du « souk », denrées non « kascher », pour se moquer de nous, étant convaincus que nous étions des colons juifs en goguette nous camouflant peu discrètement. Alain se rappela soudain qu'Hébron comptait plusieurs milliers d'habitants, tous échauffés par la répression militaire des derniers jours, et nous décidâmes d'opérer une retraite prudente vers la gare routière, ou ce qui en tenait lieu, à savoir un gigantesque embouteillage paraissant inextricable au cœur de la cité, bruyant et puant le gasoil.

     

    Par chance, je rencontrais un des élèves de mes cours de français qui se proposa de nous guider dans sa ville, et aussi de nous protéger. Il fut notre garantie. Nous n'en menions pas large....

     

    Benoît et Florence, également enseignants de français langue étrangère, à Zababdeh, petit village chrétien palestinien avaient pris l'habitude de traverser les territoires également quant à eux sans passeports et un temps ne s'arrêtaient même plus aux « check-points » de par leur plaque consulaire qui les en dispensait selon Benoît. Là encore, il arriva un épisode qui aurait dû leur servir de leçon et qui ne fit que renforcer leur culot. Passant rapidement un barrage dans leur « Renault Express » clopinante mais vaillante qui nous avait emmenés au Sinaï avec le père Alexis, un jeune prêtre expatrié hors des normes, ils entendirent derrière eux deux détonations sourdes, deux coups de semonce des soldats du « check-point ».

     

    835052erez.jpgBenoît, lui aussi de tempérament calme et paisible, ne put s'empêcher, alors que nous attendions le bon vouloir des douaniers israéliens au passage d'Erez à Gaza de montrer sa colère face au « tunnel » en tôle réservé aux palestiniens, semé de tourniquets et de barrières espacées de loin en loin de celles que l'on emploie pour les troupeaux et le bétail, ou face à l'unique cabinet de toilettes à destination des ouvriers gazaouis allant travailler en Israël, un « chiotte » chimique de chantier puant à force, jamais nettoyé bien entendu, ou sinon succinctement. Ces toilettes chimiques devinrent pour nous le symbole des conséquences néfastes et bien réelles de l'aveuglement de certains israéliens, et de leurs partisans, dont les gentils chrétiens « laveurs de vitres » des « Béatitudes », sur les souffrances des palestiniens, la réalité et la cruauté de leur sort étant résumés par cette cabane pourtant triviale par sa destination.

     

    Et je me souviens également de notre excursion avec Jean-Charles, sage coopérant de l'École Biblique, avec qui j'allais constater, avec le père Stéphane, un prêtre engagé à la commission « Justice et Paix » de Jérusalem œuvrant pour le respect des droits des palestiniens, les ravages sur les cultures nourrissant jusque là trois familles dus à la construction d'une route, spécialement réservée aux colons, reliant la colonie de « Newe Daniel », proche de Bethléem, à Jérusalem. Nous ne voulions pas céder à la colère, qui mène ensuite trop facilement à la haine, mais le pourtant doux Jean-Charles et moi ne pûmes nous en échapper, nous allâmes devant l'entrée de la « colonie » « en dur » pour réclamer des explications, et subîmes le même sort que les autres pour les mêmes raisons ; la menace des armes et le refus absolu de tout dialogue de la part des « colons », cela contrairement à beaucoup d'autres israéliens, je le souligne malgré tout au passage.

     

    Comme nous étions suivis par la télévision palestinienne, et filmés, il n'y eut pas de coups de feu, mais je pense que nous aussi l'avons échappé belle.

     

     

    Revenus en France, on nous a souvent rétorqués que la connaissance virtuelle de la situation en Israël et Palestine par les livres, les informations, les journaux et Internet valait finalement autant que d'y avoir vécu même longtemps. Cette confusion qui se fait de plus en plus entre virtualité et réalité, que je trouve terrifiante, méconnait simplement le fait qu'avoir ressenti, parfois durement, les évènements, qu'avoir constaté concrètement le vécu des populations, l'absurde du sort qu'elles ont à subir, est incomparable. Certes, tous ceux qui partent là-bas ne le vivent pas aussi intensément, encore faut-il le vouloir et ne pas se fermer à ce vécu, et accepter de remettre en cause ses idées reçues, ses certitudes et opinions bien arrêtées que l'on a sur la question.


    photo de la première "colonie", "Ma'ale Adumin", prise sur ce site

    photo de la "colonie" de "Migron", prise là

    photo de nuit du passage d'Erez prise ici

  • Fragments d'un journal en Palestine 17 – Quand les bonnes intentions mènent à des tragédies...

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    0624075157.jpgChaque occidental qui arrivait à Jérusalem avait dés son arrivée, ou après deux jours de présence sur le sol de la terre dite sainte, « La » solution pour que palestiniens et israéliens fassent la paix, de la plus fantaisiste à la presque sérieuse. Toutes ces solutions avaient en commun de relever plus ou moins, à des degrés divers, de la condescendance inavouée on l'espère involontaire avec laquelle les européens et américains considèrent tous les autres peuples.

     

    De par leur attachement à leurs traditions, à leur société « organique », israéliens comme palestiniens étaient également considérés comme des peuples encore un peu arriérés à qui il convient de faire la leçon de morale, de donner la becquée de la sagesse moderne et progressiste dont nos peuples font preuve chaque jour c'est bien connu. Je me rappelle quant à moi qu'il y avait Internet dans le moindre petit village palestinien, bien avant que cela n'arrive dans la plupart des grandes villes françaises.

     

    Chaque occidental, qu'il soit un pèlerin ou pas, avait également son idée bien ancrée sur la légitimité ou non de chacun des peuples et des confessions religieuses présents sur cette terre et rien ne pouvait leur faire changer d'avis, entretenant d'un côté le pan-sionisme, pourtant ultra-minoritaire, excepté certains quartiers, et de l'autre la dynamique des fanatiques du Hamas, également minoritaire, sauf dans certains endroits de Gaza.

     

    Pour les uns comme pour les autres, il s'agissait surtout de se donner des sueurs froides en jouant la révolte, la guérilla, voire la « gué-guerre » civile par personnes interposées, tout en rentrant ensuite chez soi bien tranquillement, montrant aux amis restés en France combien on était un individu courageux et exemplaire, un militant du progrès, invitant si besoin s'en ressentait un palestinien, « bon sauvage » de service pour se donner bonne conscience.

     

    Nous avions guidé de ces occidentaux dans la Vieille Ville de Jérusalem, ainsi que je l'ai déjà évoqué, habillés de pied en cap en « fiers nomades du désert » pour les uns, en juifs plus orthodoxes que des « barbus » de Meah Shearim pour les autres, tous à quelques exceptions notables, se plaignant au bout de quelques minutes dans les rues du « souk », qu'il soit juif, arménien, musulman ou chrétien du « bruit et de l'odeur », le réel de cette ville devenant pour eux insupportable car en contradiction flagrante avec leurs préjugés et infiniment plus complexe « de visu » que ceux-ci, qu'il n'y avait une Palestine mais des palestines, toutes différentes, et parfois antagonistes, pas un Israël mais des Israël, et parfois là encore antagonistes.

     

    Par peur de perdre leur confort intellectuel, la plupart préférait dans la majorité des cas s'en tenir à leurs préjugés de départ, qu'ils avaient dés l'origine. Et toujours l'angélisme et les bonnes intentions aboutissaient à des tragédies. Les deux histoires ci-dessous le montrent.

     

    Une petite fille de Ramallah avait une maladie cardiaque sérieuse, les parents, pauvres, en appelèrent à une ONG occidentale, notoirement pro-palestinienne, afin de trouver une solution et de la guérir. Celle-ci suggéra de l'envoyer en Jordanie à Amman afin de recevoir des soins adaptés, sachant pourtant, comme toute personne habitant Jérusalem que les médecins de l'hôpital de Jérusalem, Hadassah, avaient mis en place un système d'ambulances entre leur établissement et les « Territoires » afin de venir en aide gratuitement aux palestiniens en ayant besoin. Il y eut par exemple cette greffe de cœur sur un nourrisson palestinien, beau symbole de paix.

     

    Ces médecins généreux de « Hadassah » étaient d'ailleurs parmi les « bêtes noires » maudites par les intégristes juifs et ultra-sionistes, mais la plupart des israéliens et des palestiniens n'y trouvaient rien à redire, car cela était synonyme de belles promesses pour l'avenir, autres que la guerre civile. La famille et des proches de la petite fille leur ayant fait cette suggestion raisonnable, l'ONG susdite ne voulut rien entendre par peur que les sionistes ne tirent avantage de la guérison de la fillette, préférant faire appel à un pays arabe, « ami » des palestiniens selon eux.

     

    L'administration jordanienne mit beaucoup plus de temps que prévu à traiter le dossier de la petite fille, multipliant les tracasseries diverses, de par l'absence des « pots de vin » nécessaires pour faire accélérer leur travail selon eux comme il est d'usage dans cette monarchie aux allures de dictature personnelle soft. La santé de la petite malade s'aggrava et l'opération devint indispensable le plus rapidement possible. Les parents affolés emmenèrent leur enfant se faire soigner dans l'hôpital de Ramallah, dans une salle d'opérations non stérile, avec l'aide de l'organisation qui devait aider à l'envoyer en Jordanie.

     

    La petite fille mourut trois jours après à cause d'une infection nosocomiale ayant entrainée une septicémie foudroyante. Voilà où mènent les bonnes intentions et un engagement basé sur des postulats caricaturaux et erronés naissant de l'ignorance de l'histoire de cette région du monde et de sa complexité intrinsèque.

     

    L'autre histoire concerne des pélerins, charimastiques, des « Béatitudes », pour qui la légitimité d'Israël ne pose aucune question, ne fait aucun doute partout en Palestine, de par également la conception messianique des israéliens dans leur ensemble dont les actions sont guidées en somme par le dessein de Dieu. Ces pélerins, prenant comme parole d'Évangile, c'est le cas de le dire, les recommandations éminement politiques du ministère du tourisme israélien qui affirment que voyager dans les « Territoires » est dangereux, désiraient se rendre à Jéricho devant le sycomore de Zachée, pour cela ils demandèrent la protection des militaires car ils étaient un groupe assez nombreux.

     

    C'était juste avant les accords d'Oslo, mais le souvenir de cette excursion et de ces conséquences étaient encore vivaces en 1999.

     

    Leur car entouré de véhicules remplis de soldats, ils se rendirent donc à Jéricho. Ils chantèrent les yeux illuminés, le regard vers le ciel des psaumes en hébreu en se tenant par la main devant le sycomore, affirmant « Dieu t'aime à chaque palestinien goguenard qu'ils croisaient, et regagnant leur car un peu plus exaltés, un peu plus convaincus de l'importance du rôle d'Israël, bénissant le Ciel qu'aucun terroriste ne les ait massacré, tout palestinien étant un terroriste en puissance, voire un blasphémateur car refusant au peuple hébreu son rôle de Messie collectif. Cependant, les habitants d'un camp de réfugiés tout proche, qui avaient entendu les psaumes, qui sont autant de chants nationalistes et sionistes également, ont montré leur colère, colère réprimée dans le sang, et ayant coûté trois morts et plusieurs blessés graves.

     

    jericho.jpgLe tout pour que quelques pélerins occidentaux, pour qui la Terre Sainte était juste un immense parc d'attractions religieux à leur disposition, se fassent en somme plaisir. Ces mêmes « pélerins » se sont installés à côté de la pseudo-Tombe de Rachel juste à l'orée de Bethléem, justifiant involontairement et par sottise la politique agressive des pan-sionistes.

     

    L' « engagement » peut-être sincère de ces personnes évoquées ci-dessus nait de plusieurs causes qui n'ont rien à voir de près ou de loin avec les causes qu'ils prétendent défendre. Pour les uns, il s'agira de combler une insatisfaction, une frustration, pour les autres de se mettre en avant, d'obtenir enfin un rôle central dont on estime qu'il est injustement refusé en Occident, ambition affirmée de nombreux génies « méconnus », la plupart à juste titre, croisés à Jérusalem. Je leur préfère encore les malades atteints du « syndrôme de Jérusalem », plus logiques finalement et moins hypocrites.

     

    Il ne s'agit pas de se dédouaner, mais de ne pas donner de leçons de morale à l'un et l'autre. Ce qui n'est pas facile.

     

    Les solutions politiques n'en seront jamais si elles paraissent imposés. Le noeud du problème c'est Jérusalem et les trois religions, et surtout le Judaïsme et l'Islam, un autre problème c'est aussi l'ignorance crasse de la plupart des pays occidentaux de l'histoire de cette région du monde qui favorisent le dialogue avec les islamistes, au départ minoritaires, du Hamas, au détriment des laïcs du Fatah.

     

    C'est aussi que les occidentaux promettent beaucoup disent beaucoup de choses mais ne font rien concrètement ce qui fait que le Hamas s'engouffre dans la brèche en distribuant de la nourriture gratuite dans les territoires en échange de l'allégeance bien sûr, ou le Hezbollah, au Liban, en proposant une école également gratuite mais là aussi en échange de la soumission des populations.

     

     

    Il aurait fallu aider aussi les chrétiens arabes, une minorité qui pouvait faire le lien entre Islam et Occident, qui souffre de l'indifférence quasi totale des européens, et qui est partie, qui émigre ailleurs n'étant pas aidée sur place du tout, y compris par les chrétiens européens d'ailleurs qui s'en fichent. Il est maintenant très tard, presque trop tard.


    image du haut, hopital Hadassah, image prise ici

    image du bas, Jéricho, image prise là

  • Fragments d'un journal en Palestine 16 – Rencontre avec une israélienne patriote ardente, poète sensible, peintre de l'absurde et naturellement complexe, Niki Vered Bar

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    Le site de Niki

     

    politique, Israël, société, religions, christianisme, mon journal en terre sainteJ'ai rencontré Niki à l'accueil de l'Hôpital Saint Louis à Jérusalem où j'allais souvent pour ramener en catimini des cigarettes et autres cigarillos libanais à Marc, coopérant en ce lieu à qui sa femme interdisait théoriquement de fumer. Comme beaucoup d'israéliens, Niki devait avoir un deuxième travail pour vivre et se loger. Comme la plupart de ces compatriotes, et comme les palestiniens, elle était d'une sensibilité à fleur de peau, qu'elle canalisait avec talent par l'écriture et la peinture. Depuis quelques années, elle propose la création de sites et leur mise en images en Israël et en France et continue à montrer beaucoup de créativité.

     

    Celle-ci se traduisait aussi par un humour caustique réjouissant et assez tranchant, et plusieurs de nos conversations et des conversations qu'elle avait avec Marc et son épouse étaient un « ping pong » verbal à fleurets pas toujours mouchetés, surtout quand il était question de la politique israélienne, sujet sur lequel elle était intraitable, et patriote, une patriote ardente qui répondit une fois à une remarque sur les chars de « Tsahal » passant devant l'hôpital, ce qui avait le mérite de la clarté :

     

    « Les chiens aboient la caravane passe ».

     

    Un soir je vis une grosse bosse à la ceinture sous un des amples pull-over qu'elle aimait revêtir les soirs d'hiver, où il ne fait pas si chaud dans la « ville des villes ». Je ne lui demandais pas ce que c'était mais Marc me le dit, Niki, qui était aussi auxiliaire civique de police, portait quasiment en permanence sur elle un « automatique » chargé, au cas où....

    Après avoir lu un exemplaire de ma gazette « le Clairon de Sainte Anne », où je faisais quelques remarques ironiques sur le quotidien des policiers israéliens, elle me fit un avertissement sibyllin sur le fait que cela pouvait me valoir d'être interrogé par la police, et expulsé.

     

    Ce fut elle aussi qui me trouva mon surnom parmi les coopérants et volontaires français qui me resta jusqu'au bout des deux ans : « Boule de suif ».

     

    Elle fit son « Aliyah » en 1971, arrivant de Strasbourg où elle s'appelait Nicole, étudiant à l'Académie des Beaux Arts de la Ville Sainte des juifs, des chrétiens et des musulmans et s'y installant. Elle peint des toiles qui sont souvent des portraits de personnages qui évoquent Tomi Ungerer, en plus doux, et écrit des livres, comme le roman paru en 1999 « les escargots sauvages » (aux éditions Libraires-Racine) qui rappellent des chroniques de Vialatte qui aurait subi l'influence de Kafka, adorant jouer avec les mots, ayant la passion de la littérature et de l'écriture.

     

    Je lui dois d'avoir pu continuer à lire et découvrir aussi de nouveaux auteurs, de nouveaux horizons pendant ces deux ans. Je lui dois aussi la découverte du quartier des artistes à Jérusalem, dont un luthier extraordinaire prèsla rue Ben Yehuda, et aussi à Ein Karem. Elle était également très amie avec Amos Gitaï et des comédiens israéliens de milieux donc très libéraux sur le plan politique et religieux. Rien n'étant simple, rappelons que Ein Karem n'était pas une terre vide, que pour bâtir ce charmant petit quartier excentré d'artistes avec ses cafés tellement pittoresques, il fallut détruire quelques petits villages palestiniens.

     

    Habiter à Jérusalem pour un israélien n'est pas une décision prise au hasard, c'est un choix de vie profond qui engage l'âme et le cœur, l'esprit et les entrailles, car la ville n'est pas des plus agréables ni des plus accueillantes. La tension, même lors de la période où j'y ai vécu, qui était particulièrement apaisée comparée aux deux « Intifadahs », y était palpable, et parfois insupportable pour des personnes se rendant dans cette ville chargée de symboles, d'histoires et de querelles.

     

    Habiter Jérusalem pour un israélien c'est être convaincu que cette ville appartient d'abord et avant tout au peuple juif, même si cette conviction n'exclut pas le partage éventuel de son patrimoine perçu d'un point de vue qui tenait parfois d'un certain messianisme de ce peuple, « lumière des nations », peuple élu guidant les autres peuples vers la compréhension et la paix, l'équité et la justice.

     

    Cependant Niki était également très consciente des questions liées aux droits de l'homme et à la préservation des cultures ou des peuples traditionnels étant également membre de l'UNESCO depuis 1981 et d'« Amnesty International ». A nos yeux, aux miens, cela peut sembler incompatible avec son patriotisme très accentué, et légitime, aux siens cela ne l'était pas.

     

    En bons occidentaux, nous eûmes parfois des discours un rien lénifiants à lui répondre, de ces discours plus ou moins néo-colonialistes où les européens se mêlent de faire la morale aux autres, méconnaissant le plus souvent totalement les sujets qu'ils abordent, comme ce que l'on peut entendre actuellement sur la Syrie, où ce ne sont que 10% des syriens qui soutiennent réellement les « rebelles » qui sont d'abord et avant tout un agrégat de groupes fondamentalistes.

     

    Je crois que cela s'expliquait par cette idée un rien messianique de l'ensemble de son peuple, le tout étant que les autres peuples comprennent, même par la force, ce rôle central et bénéfique, légitimé selon elle, comme beaucoup d'israéliens, par les souffrances effectivement incontestables et dramatiques vécues par les juifs de par la Shoah, dont Niki défendait farouchement la mémoire nous encourageant vivement, ce que nous fîmes, à aller à « Yad Vashem ».

     

    Selon elle, et là encore partageant le point de vue de nombreux de ses compatriotes, des américains pentecôtistes et des catholiques des communautés charismatiques, la construction d'un pays moderne comme Israël était un exemple de redressement extraordinaire de tout un peuple, qui n'avait plus besoin des autres pour se protéger, les autres nations ayant été jugées plus ou moins indifférentes au sort des juifs pendant l'Holocauste, voire hostiles, comme en Pologne, ce qui hélas exact, ou s'étant dans leur ensemble gravement compromis avec les nazis. C'était oublier qu'il y eut aussi des « Justes » et que même lors de la rafle « du Vel d'Hiv », il y eut des policiers pour prévenir de nombreuses familles la veille de fuir, ce que certaines d'ailleurs ne firent pas étant convaincues que la police française n'arriverait jamais à de telles extrémités.

     

    politique, Israël, société, religions, christianisme, mon journal en terre sainteNiki, pour ces raison, ne comprenait pas que l'ambassade de France soit à Tel Aviv et non à Jérusalem, ne comprenait pas qu'il y ait deux célébrations du 14 Juillet pour les francophones : une à Sainte Anne, pour les palestiniens et les expatriés plutôt favorables à la cause de la Palestine, et une au Consulat de France pour les israéliens et les expatriés ayant des sympathies plus du côté hébreu. Nous assistions quant à nous aux deux journées, certes avouons le pas vraiment par volonté de rester neutres mais pour avoir deux occasions de boire du champagne autrement meilleur que le champagne israélien, plus proche du « prosciutto » italien, vin de dessert certes de temps à autre sympathique.

     

    Elle avait également une pratique religieuse plus laïque et apparemment moins intransigeante que les « ultras » du quartier ultra-orthodoxe. Ainsi, elle allait aux offices non pas du « Kotel », le « Mur des Lamentations », qui est un lieu de culte des « ultras », mais à la Grande Synagogue de Jérusalem où l'on peu trouver des femmes rabbins. Elle nous invita même à célébrer « Hanukah » avec elle et quelques amis. Cependant, cela ne signifiait absolument pas qu'elle était plus laxiste sur la question des prescriptions « kascher », comme des amis qui gardaient son appartement purent s'en apercevoir, ceux-ci commettant une négligence à ses yeux en mélangeant des couverts, donc non « purifiés » leur appartenant aux siens.

     

    Pour ses conceptions très pures, idéales et droites, de son peuple, de sa foi, de son art, elle était infiniment respectée par Zidane, que j'ai évoqué plus avant, qui trouvait qu'elle avait de l'honneur à défendre avec une telle constance ses convictions bien différemment des occidentaux qui endormis dans leur confort matériel et intellectuel sont dans leur grande majorité à la fois cyniques, désabusés et surtout soucieux de préserver ce confort tout en jouissant au maximum des quelques privilèges dont ils disposent encore un peu.

     

    Niki portait ses convictions avec la même flamme que la plupart des israéliens, raison pour laquelle on ne peut pas affirmer que Israël est tout à fait un morceau d'Occident implanté en plein milieu du Proche Orient. Même aux yeux d'un militant palestinien comme Zidane, la présence du peuple juif en Palestine avait du sens sauf que lui inversait le point de vue accordant aux musulmans ce rôle de Messie collectif.

     

     

    Cette complexité des motivations des individus israéliens ou palestiniens les pro-sionistes autistes et les anti-sionistes délirants ne la comprennent pas, ne veulent pas la comprendre, préférant jeter de l'huile sur le feu ou jouer à la guerre civile par personnes interposées, le pire étant qu'à Jérusalem parmi les plus acharnés de ces militants d'un bord ou de l'autre on trouvait aussi parfois des religieux, certains allant jusqu'à justifier la haine.


    image de Yad Vashem prise sur "le web pédagogique"


    image du quartier "Ouest" de Jérusalem pris sur le blog de "visceraoul"

  • Fragments d'un journal en Palestine 15 – Histoire du vieux filou

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    mon journal en terre sainte, palestine, israèl, société, guerre, violence, religionsDans mon quartier à Jérusalem, non loin de Sainte Anne, habitait un vieux filou sympathique, qui travaillait aussi pour les « Pères Blancs », Abu Lutfi. C'était une figure de la « Vieille Ville », c'était aussi un vieux filou qui devait savoir parfaitement comment embobiner les uns et les autres avec cet humour et cette conception un peu sucrée de la politesse orientale qui fait qu'on peut se faire plumer très rapidement et y prendre plaisir, que l'on prend vingt minutes pour se dire « bonjour » ce qui n'empêche pas de traiter l'autre de divers noms d'oiseaux une fois qu'il a le dos tourné ou qu'ils ne peut plus entendre.

     

    On ne pouvait lui donner d'âge. A partir d'un certain moment, les vieux en Palestine sont tous des vieillards immémoriaux, des gardiens de mémoire, ils ont tous ce visage tanné par le soleil, ridé comme une vieille pomme. Néanmoins il devait avoir une petite « soixantaine », alerte.

     

    Il connaissait tout le monde, des gosses aux occidentaux, en passant par les policiers israéliens. Il avait la voix rocailleuse du type qui fume trop depuis toujours et qui s'en fiche car cela ne l'empêchait pas de vieillir en forme.

     

    Les jours de Ramadan, il tenait le jeûne deux heures et ouvrait vite une bière après s'être allumé un clope en rigolant, et en prétendant que devant un chrétien comme moi il avait le droit, le tout malgré la désapprobation sévère de ses filles et de sa femme, sur lesquelles il avait peu d'autorité, et de un ou deux employés de Sainte Anne meilleurs musulmans que lui à les entendre, voire des religieuses autrichiennes qui assuraient le service de la maison, linge et repas, pour qui j'étais un de ces jeunes français dévoyés et indisciplinés, une sorte de « libre penseur » qui allait corrompre l'ensemble de la mais, ce qu'elles n'appréciaient guère à une ou deux exceptions, dont une des plus jeunes, qui était à la cuisine qui soignait mes moments de déprime avec un gentil sourire par de la pâtisserie de sa confection qu'elle me faisait passer en douce.

     

    Elle était toute ronde, et rose, des lunettes également rondes posées sur un petit nez en trompette et les joues constellées de tâches de rousseur.

    Elle aurait été à sa place dans une bonbonnière. C'était la petite sœur de Gourmandinet le page gourmand d'un conte de la comtesse de Ségur qui le fait ensuite mourir d'une mort horrible pour le punir de sa gourmandise, la vieille bique.

     

    L'une d'elles, systématiquement, lorsqu'elle et ses consœurs faisait le ménage dans le bâtiment où je logeais, où j'étais seul la moitié de l'année, coupait la petite chaudière à eau chaude alimentant ma douche, prétendant bien sûr à chaque fois l'avoir fait inopinément, sans y penser, ne pas l'avoir fait exprès, sans aucune mesquinerie.

     

    Elles faisaient leurs courses par principe du côté israélien, alors qu'habitant le côté palestinien de la ville, pour la plupart d'entre elles les arabes étaient soit des voleurs, soit des escrocs en puissance, on ne pouvait leur faire confiance. Lors des révélations sur le chancelier Haider, elles invoquèrent un complot, de quelle nature, elles ne le dirent pas, mais n'en pensaient pas moins. Lorsque quelqu'un leur demandait de préciser, elles rappelèrent que nous étions en Israël, et certainement écoutés, et que ce qu'elles pourraient dire pourrait être mal pris.

     

    Le jour de Pâques 2000, alors qu'avec un ami, nous étions censés cuire un agneau entier, acheté dans le souk « sur pattes », ayant tous les deux protestés tous les deux de nos fabuleuses compétences supposées en cuisson artisanale de la viande, Abu Lutfi nous voyant de sa fenêtre dans la cour de Sainte Anne essayant désespérément d'entretenir des braises depuis 7 heures du matin, nous prit en pitié après s'être gentiment payés nos têtes et nous aida à mettre le « méchoui » en route. Depuis, d'ailleurs, nos prétentions sont devenus réellement légitimes. Malgré les réticences des jeunes personnes de la Communauté de l'Emmanuel qui organisaient ce repas de Pâques, nous l'invitâmes bien sûr au repas s'il le souhaitait, voire au moins à partager le dessert ou un café.

     

    Abu Lutfi ne se souciait pas vraiment de politique. Tout ce qu'il voulait, c'était vivre en paix, et pouvoir faire vivre sa famille le plus longtemps possible. Il ne nourrissait pas une grande affection pour les israéliens mais de là à s'engager au Hamas ou dans un autre parti, il y avait loin. Pour lui c'était des politiciens qui voulaient absolument le pouvoir et seulement le pouvoir. Il s'en méfiait comme de la peste, et souriait, goguenard, quand il entendait Zidane, le gardien de l'entrée évoqué juste avant dans ce journal, se lancer dans des discours enflammés, mais le pardonnait de sa naïveté et mettait cela sur le compte de sa jeunesse et de son inexpérience.

     

    Et puis un jour, un de ses fils grilla un feu rouge, ce qui est monnaie courante en Palestine où la seule règle importante dans le code de la route, la seule à vraiment retenir, est qu'il y a ceux qui vont dans un sens et ceux qui vont dans l'autre, et que ceux qui vont dans l'autre sens sont des ennemis qu'il faut contraindre à reculer ou à se pousser quand ils gênent avec forces coups de klaxon et injures diverses et variées. Pour cette infraction, le jeune homme fût jeté en prison après avoir été trainé par deux militaires des services « spéciaux » à béret rouge.

     


    mon journal en terre sainte, palestine, israèl, société, guerre, violence, religionsCandidement, Abu Lutfi crut qu'il pouvait aller voir les policiers et ces militaires avec qui il rigolait souvent dans la rue, qui semblaient l'apprécier, pour plaider la cause de son rejeton dont il blâma le comportement imprudent en voiture, se demandant si au fond ce n'était pas la faute de son garçon qui aurait peut-être mal répondu à un des soldats, ce qui ne se faisait pas pour Abu Lutfi car c'était dangereux ceux-ci ayant la gâchette facile. Il se disait que ce serait l'affaire d'une minute.

     

    Notons que lorsque je m'inquiétais de la disproportion de la peine quant au « délit » commis, un jeune israélien de ma connaissance, s'affirmant pourtant conscient et ouvert aux problèmes des palestiniens, me dit sans rire que « oui mais c'est grave de griller un feu rouge, comme en France ».

    Les deux gosses à peine âgés d'une vingtaine d'années lui répondirent avec mépris, sans aucun égard pour son âge ainsi qu'il est d'usage dans ces régions du monde, lui indiquant de dégager plus loin, qu'ils aimaient bien blaguer avec lui mais qu'il ne fallait tout de même pas se prendre pour quelqu'un d'important. Le vieil homme ne se démonta pas, il savait que ce n'était que des gamins, ce n'était pas si grave et revint à la charge, l'un des militaires le repoussa alors de la main après lui avoir donné une petite tape condescendante sur l'épaule accompagné d'un conseil dédaigneux : « Rentre chez toi Papy ».

     

    Abu Lutfi, à qui cela n'arrivait jamais, se mit en colère, et dit tout ce qu'il avait sur le cœur aux deux jeunes crétins, il leur dit leur arrogance, leur incapacité à faire l'effort d'apprendre ne serait-ce que quelques mots d'arabe, à se comporter d'abord et avant tout en colons, à ne même pas essayer de vivre en paix, en bonne entente. Il leur dit combien ils étaient incorrects avec lui. Il leur rappela qu'à un vieil homme comme lui il devait au moins le respect, qu'il était seulement un père qui venait défendre son fils pour qui il s'inquiétait.

     

    Pour lui répondre, un des « béret rouge » a pointé son « M16 » sur la tête d'Abu Lutfi et l'a obligé à se mettre à genoux le canon de son arme sur sa nuque, ordonnant au vieux filou de croiser les mains au-dessus de la tête, « on ne sait jamais, il pouvait être dangereux ». Pour faire bonne mesure, le deuxième donna un coup de pied dans les côtes au vieil homme qui eut du mal à retrouver son souffle. Il ne fallait pas pousser trop la plaisanterie cependant, ne pas trop exagérer se dirent-ils. Ils se contentèrent de vérifier ses papiers, s'ils étaient en règle dont l'autorisation de sortir de la « Vieille Ville ». Ils s'arrêtèrent là sachant qu'Abu Lutfi travaillait sur un territoire avec statut d'ambassade et qu'ils ne pouvaient pas se permettre de le mettre lui aussi en prison.

     

    Abu Lutfi est resté cloitré chez lui quelques jours, attendant son fils, qui finit par sortir. Il continuait à rire, à blaguer avec tout le monde, mais son regard était beaucoup plus triste et le cœur n'y était plus. Et progressivement, lentement mais sûrement il montra plus de sympathie pour les groupes radicaux. Les guerres ne naissent pas autrement que cela, les pires. Et la haine.


    illustrations, deux photos du quartier autour de Sainte Anne et autour de la piscine de Béthesda

    image du haut prise ici

    image du bas prise là

  • Fragments d'un journal en Palestine 14 – Conversations avec Zidane

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    pic02a.jpg Pour apprendre quelques rudiments d'arabe, au moins quelques expressions idiomatiques pour me débrouiller dans la rue, dire quelques mots de la vie de tous les jours, avoir au moins une conversation simple, ce qui était pour moi un minimum par rapport à mes voisins de la Via Dolorosa, voire connaître deux ou trois gros mots et insultes (je sais dire « nique ta mère » ou « ferme ta gueule » en arabe par exemple ce qui a pu s'avérer très utile même quand je suis parti de Palestine), j'ai suivi le conseil avisé d'un autre coopérant, Alain, présent depuis un an à Jérusalem.

     

    Et j'ai proposé à Zidane, qui vendait les billets de visite à Sainte Anne et surveillait la porte, ainsi qu'Alain l'avait déjà fait, d'échanger des cours de français avec des cours d'arabe dialectal dispensés donc par Abu Ali Zidane, gardien de la Basilique pendant les visites des touristes et pèlerins.

     

    Bien entendu, cet échange de leçons prit très vite un tour très palestinien, très méditerranéen, détendu, sans que nous ne cessions pour autant de travailler. Par exemple, il n'était pas question de commencer les leçons sans un café à la cardamone, ou un thé à la menthe, ainsi qu'une conversation ou futile ou plus profond, entre autres sur nos modes de vie et manières de penser respectifs, ce qui était tout aussi intéressant que l'apprentissage de la langue française ou arabe. Bien sûr, je n'avais pas d'illusions sur mon apprentissage de cette langue, car pour l'étudier réellement il m'aurait fallu de quatre à cinq d'études de plus....

     

    Zidane, dans son apparence, était l'archétype du terroriste du « Hamas » selon la caricature dispensée par le ministère israélien du tourisme, et certains guides un rien subjectifs, de ceux qui ne voyaient pas d'inconvénients majeurs à traverser la Vieille Ville arabe, chrétienne ou musulmane, escortés de policiers et, ou militaires en armes :

     

    Zidane avait sur le nez été comme hiver, si tant est que l'on puisse réellement parler d'hiver à Jérusalem même s'il neigeait tous les deux as, des lunettes à verres « miroir » ou « mercure », pull en « V » et veste bleue, courte barbe qu'il entretenait soigneusement.

     

    Son épouse habillée de bleu, était complètement voilée, et quant à lui il était « Cheikh » de son quartier et donc hautement respecté pour cela, un musulman honoré ayant fait le pèlerinage à la Mecque et satisfaisant les autres piliers de l'Islam avec constance. Il était de cette courtoisie un peu désuète, que d'autres trouvent un rien sucrée, un peu trop enrobée, à l'orientale, dont on se demande si elle est sincère ou si cette courtoisie affectée ne cache pas le dédain que l'on a en fait de l'interlocuteur. Toujours d'un grand calme, je le sentais pourtant à fleur de peau, comme tous les palestiniens et israéliens rencontrés à Jérusalem.

     

    Il affectait un mépris certain et sans équivoque pour les bédouins et les paysans en dehors de Jérusalem, où il était fier d'être né. Quand je lui demandais si telle expression entendue dans le « souk » dans la bouche d'un marchant ou d'une vieille dame vendant la production de ses maigres récoltes était correcte Zidane me répondait parfois avec une moue de dédain :

     

    «  Countryside, Amaury, countryside »,des expressions de « péquenots » en somme à ne pas répéter en concluais-je.

     

    Seulement voilà, il était, et est toujours à ma connaissance soufi, à savoir une communauté musulmane pacifiste par essence, très proche du christianisme à son origine, puisqu'il y eut un monachisme soufi, ainsi que des mystiques qui se rapprochèrent dangereusement, ainsi sur le site d'Abu mussa, des chrétiens avec qui ils fraternisèrent de nombreuses fois, ce qui fut réprimé dans le sang à chaque tentative de fraternisation par les nouveaux maîtres de la Terre dite Sainte après les byzantins.

     

    Bien sûr, à discuter avec lui longuement et souvent, il s'est très souvent avéré que les choses étaient bien plus compliquées, bien plus complexes que les étiquettes, mêmes valorisantes, même sympathiques, que l'on peut coller dans le dos d'un individu sans trop réfléchir. Il n'y a pas seulement du noir, il n'y a pas seulement du blanc dans l'âme des êtres humains, il n'y a que des nuances de gris, une infinité de nuances de gris.

     

    Un jour, un des visiteurs de la Basilique était un français converti à l'Islam, devenu imam, un imam fanatisé à outrance comme le sont beaucoup de convertis, en tenue « afghane », le parfait taliban, se vantant devant moi et Zidane, en arabe, d'avoir cinq épouses soumises et dociles dont une française blonde et pulpeuse, le genre de femmes à faire tourner la tête des palestiniens pour qui c'est le fantasme ultime, les femmes européennes, des « chrétiennes » étant de plus réputées « faciles » et « légères », douées pour le sexe.

     

    Je vis briller les yeux de Zidane, je vis aussi son sourire un rien sarcastique devant mon visage un rien décomposé par la colère froide qui me saisit à ce moment là devant la sottise absolument crasse de la conception des femmes qu'avait l'imbécile pérorant devant nous.

     

    A la suite de cette conversation, alors que l'imam « talibanesque » était parti, je parlais avec lui de son engagement politique et religieux, ce qui pour un palestinien va de pair, et je lui demandais ce qu'il ferait si, un jour, il me tenait au bout d'un fusil après l'affrontement possible entre Islam et Occident, le fameux « choc de civilisations » que d'aucuns appellent de leurs vœux d'un côté et de l'auteur, fort imprudemment, rêvant sur des flots de sang pour satisfaire leurs pulsions de haine et consoler leurs frustrations diverses.

     

    877611_a-palestinian-activist-argues-with-israeli-border-police-officer-during-a-protest-near-ramallah.jpgJe n'ai que du mépris pour ceux-là, quelques soient les justifications qu'ils trouvent.

     

    Sans hésitations, et très calmement, Zidane répondit à ma question me regardant droit dans les yeux qu'il n'hésiterait pas une seconde à tirer si son devoir de bon musulman et de patriote le lui enjoignait de le faire.

     

    Et pourtant quand je lui annonçais mon départ de Jérusalem, Zidane pleurait.

     

    Et pourtant j'avais déjà gagné son amitié.

     

    Pour justifier l'accomplissement d'un tel « devoir », il me décrivit les couvents immenses et vides dans la « Vieille Ville », habités d'un ou deux religieux ou de petits occidentaux venus pour essayer de guérir de leur culpabilité à être autant matériellement favorisés, pleurant des « larmes de crocodiles », les familles habitant à côté se serrant sur deux ou trois générations dans des pièces de dix mètres carrés parfois, leur misère criante et l'indifférence de la majorité de ces occidentaux et touristes religieux.

     

    Tous ces points bien sûr ne peuvent justifier aucune haine, aucune violence, qui n'y trouvent aucune légitimité, mais ils sont parfaitement exacts. Les chrétiens, les européens qui vont à Jérusalem juste pour se faire plaisir, pour retrouver une terre qu'ils ne perçoivent qu'en rêve, ces religieux, ces communautés dites nouvelles qui ne font même pas l'effort minimum d'apprendre au moins quelques mots d'arabe, ne savent pas, n'imaginent pas le mal qu'ils font à la voie qui pourrait mener à la paix entre les peuples israéliens et palestiniens; paix qu'ils mettent à toutes les sauces, qu'ils invoquent bien souvent pourtant.

     

    Toutes ces personnes qui au fond ne pensent qu'à la contemplation de leur nombril ne comprendront jamais que les paroles lénifiantes, les bonnes intentions, les délires mystiques pleins de belles images, de fausse ferveur, et d'exaltation suspecte, ne sont rien s'il n'y a pas d'actes ensuite, et des actes, il en existait fort peu, des actes concrets. Par actes, je n'entends pas ces rassemblements de militants occidentaux « anti-sionistes » qui venaient se donner des sensations fortes en Cisjordanie, excitant les haines pour repartir tranquillement chez eux ensuite, ne se souciant pas vraiment des conséquences.

     

    Zidane pourtant, quand je quittais Jérusalem, comme cadeau de départ, m'offrit une carte de Terre Sainte sans frontières dessus, me disant : « One day maybe... ». Je ne sus jamais ce qu'il entendit pas là, une Terre Sainte enfin unie sous la férule d'un Islam pacificateur, ou bien une Terre Sainte enfin dans la paix, la haine entre les croyants enfin annihilée ? Je suppose hélas que c'est plutôt la première hypothèse qui prévaut pour lui. Mais ce tout petit désir de paix est un tout petit signe d'espoir quant à la fin de la guerre interminable sévissant là-bas....


    image du haut empruntée ici


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  • Fragments d'un journal en Palestine 13 – L'envers du décor à Tel Aviv et ailleurs

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     journal terre sainte, palestine, Israèl, société, littérature, voyagesAu début de mon séjour à Jérusalem, quand les taxis collectifs (« Sheirout » en hébreu, ce qui veut dire « chiottes », ou « Servis » en arabe)) arrivaient à Tel Aviv, ils se garaient encore parfois dans l'ancienne gare routière qui montrait l'envers du décor d'Israël et de cette ville cosmopolite et des plus vivante qui avait des côtés des plus séduisants par ailleurs, comme un décor attirant pour l'œil, un paravent coloré et charmant cachant des réalités plus sombres et plus dramatiques, loin du sable blanc et du ciel si bleu au dessus de la Méditerranée, loin de la sensualité des crépuscules face à la mer.

     

    De nombreux immigrants ayant fait leur « Aliyah » ayant perdus leurs illusions de richesse et de réussite sociale se retrouvaient échoués là, les uns vendant de tout et de rien aux touristes et aux militaires en goguette, d'une paire de lunettes de soleil à de « l'herbe », les autres, moins chanceux, ou moins chanceuses n'avaient plus à vendre qu'eux-mêmes, à savoir leur corps aux michetons émoustillés en mal d'exotisme ou leur force de travail aux patrons peu scrupuleux, quand la manne officielle se tarit, les migrants percevant un temps de confortables revenus, les colons, en particulier les colons intégristes étant favorisés quant à l'octroi de ces pensions, ce qui est un scandale national israélien dont il est peu question en Occident.

     

    L'ancienne gare routière était un rectangle d'une centaine de mètres et tout autour l'on trouvait des petites maisons frustres disposées en « U » qui abritaient au mieux les marchands de babioles pour touristes, au pire les maisons de passe et d'abattage miteuses où se retrouvent des jeunes immigrées éthiopiennes ou russes. Le soir à ces filles se joignaient des prostitués masculins, racolant plus discrètement, derrière les grands immeubles autour de l'ancienne gare, bien souvent entre les poubelles et les excréments animaux et humains.

     

    Allant reprendre à la tombée de la nuit notre « sheirout » pour Jérusalem, nous eûmes la surprise de voir sortir d'un de ces lieux quatre juifs ultra-orthodoxes en grande tenue dont l'un avec un « shtreimel », mais peut-être étaient-ils là pour des controverses théologiques majeures ?

     

    Qui sait ?

     

    Cherchant un loueur de vélos à Tibériade, le tenancier de la maison close louant aussi des vélos (sic), nous assistâmes au même genre de scène cocasse. Celui-ci nous précisa qu'il faisait signer un certificat de mariage express à l'entrée, et un autre de divorce à la sortie aux clients, tous ultra-religieux, pour sauver les apparence, Dieu étant alors fantasmé comme une sorte de super-bureaucrate en quelque sorte.

     

    La prostitution masculine se pratiquait également côté palestinien malgré les dénégations des dignitaires religieux ou politiques quant à l'existence de l'homosexualité en Palestine. Elle était considérée comme une sorte de travail d'intérêt général, une œuvre d'hygiène publique afin de satisfaire au moins un temps les besoins sexuels des jeunes hommes qui souffraient de l'interdiction de fréquenter les femmes alors que non marié.


    Les jeunes hommes les plus défavorisés, s'ils n'étaient pas d'un physique trop viril, sombraient dans ce commerce pour eux seule planche de survie, les enfants de « fille mère » en particulier, les bâtards, les gosses rejetés par les préjugés et la sottise communes.

     

    Entre les cahutes circulait constamment une foule hétéroclite et bruyante, des jeunes appelés de « Tsahal » en tenus de « surfers », avec la chemise hawaïenne « ad hoc » et quand même le « M16 » dans le dos, des filles à leur bras, toujours un peu arrogantes et se donnant le genre inaccessible, des palestiniens en recherche de travail, des vieilles dames bédouines vendant leur ballot d'herbes aromatiques, des millénaristes vantant les mérites de leur messie personnel etc....

     

    Parfois l'un ou l'autre religieux juif croyait bon d'aller sermonner, en plein jour, les prostituées, ne récoltant d'elles que leurs ricanements, certaines leur rappelant qu'ils étaient de leurs clients réguliers. Les moralistes en herbe tentaient alors leur chance devant les débits de boissons ne suscitant guère que l'indifférence des clients ou leur mépris.

     

    En Israël, les nouveaux arrivants originaires de Russie ou d'Éthiopie sont automatiquement soupçonnés d'être des demi-juifs ou des faux représentants de la diaspora, qui viennent surtout en Israël pour échapper à la pauvreté dans leur ancien pays.

     

    Et ils sont également de la « chair à canon » non négligeable pour tous ceux qui en Occident considère le « Choc des Civilisations » avec l'Islam comme inévitable, voire souhaitable, et Israël comme une sorte de super-porte-avions au milieu des pays musulmans.

     

    On ne les considère pas vraiment comme des véritables israéliens mais c'est en l'occurrence un échange de bons procédés aux yeux des théoriciens du pan-sionisme moderne....

     

    Il faut avouer que ce n'est pas entièrement faux et que c'est compréhensible. Les futurs immigrés signaient en URSS ou en Éthiopie un pseudo certificat d'appartenance au judaïsme et le tour était joué ainsi que le rappelle Emmanuel Carrère dans son livre sur Édouard Limonov qui fût tenté un temps par le voyage. Les candidats de l'ex-URSS au voyage désignés comme juifs par l'administration soviétique étaient bien souvent des individus considérés comme « asociaux » ou « bourgeois ».

     

    Dans le Nord de la Terre dite Sainte où la communauté russophone est la plus nombreuse, le visiteur, hormis le climat, peut s'imaginer être à Novossibirsk ou dans une banlieue de Moscou. Il peut trouver des produits qui ne sont pas du tout « casher » dont de l'alcool, et de la charcuterie, la seule contrainte étant demandée aux éleveurs de porcs étant que le sang de l'animal « impur » ne touche pas le sol de « Eretz Israël », le rabbin ayant décidé cela ayant certainement touché en espèces sonnantes et trébuchantes de quoi donner à ses « œuvres », les expatriés comme nous l'étions ne pouvions lui il est vrai lui en tenir rigueur. Nous nous fournissions parfois chez eux.

     

    Cette communauté travaille entre elle, fait affaire entre elle, participant à l'effort démographique du pays, la grande peur des dirigeants étant que les populations arabophones les dépassent un jour sur ce plan, certains colonies « en dur » comme Afula étant conçues comme des places-fortes futures, prévues pour résister à de longs sièges. Les immeubles modernes disposaient tous d'une pièce spéciale réservée aux soldats et volontaires chargés de les défendre plus tard, et chaque locataire ou propriétaire disposaient de volets métalliques blindés en cas d'attaque surprise.

     

    Les migrants éthiopiens avaient pour créneau de réussite autorisé le basket ou le football, les autres possibilités d'intégration leur étant plus ou moins fermées.

    Pas au grand jour, pas officiellement, le tout étant de l'ordre du « non-dit » ou du silence éloquent.

     

    Ce qui n'empêchait pas des incidents à caractère raciste à avoir lieu quasiment chaque mois à l'encontre des joueurs de ces origines africaines, y compris quand ils remportaient les matchs.

     

    journal terre sainte, palestine, Israèl, société, littérature, voyagesParfois l'occidental tenté s'approchait quand même « pour voir » du bordel minable, la gorge sèche, un désir trouble au ventre, puis parfois malgré tout renonçait à franchir les rideaux de perles de couleur signalant l'entrée de ces lieux de plaisir supposés. Le regard infiniment triste des filles vendant leurs charmes, leur épuisement visible d'être sur terre, leur désespoir tangible suffisaient à tuer instantanément en lui toute envie de profiter d'une étreinte rapide même crapuleuse à peu de frais.

     

    Le côté pittoresque de l'ancienne gare routière perdait assez vite de attrait pittoresque pour touriste en mal de sensations fortes, la misère, la pauvreté y étant les mêmes qu'ailleurs. Si le voyageur croyait y voir au départ les couleurs et les parfums de l'Orient millénaire, il se trompait, il n'y avait là que des naufragés....

    image du haut prise ici, immigrants à la gare routière de Tel Aviv

    image du bas, entrée d'une maison de passe de Tel Aviv, prise ici sur le site d'une ONG israélienne aidant les prostituées

  • Fragments d'un journal en Palestine 12 – « c'était dur à Jérusalem ? »

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    Quand j'évoque ma vie à Jérusalem, entre Israël et la Palestine, la première réaction quasiment systématique qui vient est de me demander si « c'était dur là-bas », hochant la tête avec commisération songeant souvent qu'il fallait bien que je sois d'une inconscience totale pour partir ainsi à Jérusalem.

     

    Bien entendu, ils n'attendent pas vraiment de réponse....

     

    14-jerusalem-vieille-ville-2-be4e1.jpg

    Bien sûr, il conviendrait que je réponde comme la plupart des anciens volontaires et coopérants que c'était vraiment très très dur, tellement inconfortable, mais que j'ai tenu bon deux ans sans faiblir parce que je suis tellement courageux et fort, réponse suscitant immédiatement l'admiration et l'approbation des interlocuteurs toute expérience sortant des normes en France se devant d'être forcément difficile, une expérience quasiment insurmontable, ce qui conforte les « braves gens » dans leur conformisme moral et social, réponse me permettant de rester cadré sagement dans le rôle du trublion inadapté qui n'a été capable de supporter l'expérience que par son inadaptation au monde moderne.

     

    C'est un peu comme pour l'artiste et l'écrivain, ou le cinéaste, ils se doivent de forcément souffrir, de ne pas aimer ce qu'ils font, de vivre cela comme un calvaire, cette souffrance étant considérée en somme comme une consolation de la part des médiocres qui ne veulent surtout pas se distinguer du reste du troupeau, et qui ne supporte pas ceux qui y arrivent, qui contredisent leur confort intellectuel, leurs certitudes faciles.

     

    Au début, juste après mon retour en septembre 2000, je répondais en disant à chaque fois la vérité, à savoir que c'était une expérience extrêmement facile pour moi et des plus agréables, malgré la haine, la violence et la bêtise pourtant largement présentes en Terre dite Sainte, malgré les coupures de courant ou d'eau, les petites mesquineries quotidiennes à Sainte Anne qui ne revêtaient déjà quand je m'y trouvais qu'une importance très modérée, ou les jugements à l'emporte-pièce me concernant dans cette maison, d'aucuns parmi les Pères Blancs ayant décidé que j'étais un électron libre absolument insupportable, incontrôlable et parfaitement irresponsable.

     

    J'y appris au moins que personne n'est réellement irremplaçable la vanité dût-elle en souffrir.

     

    Maintenant, je m'empresse bien sûr de souligner combien de difficultés il y avait sur mon chemin, combien de pierres d'achoppement j'ai eu à contourner, combien on vit mieux en France, mais que cela reste néanmoins une « expérience inoubliable », ce qui est certes le cas.

     

    Je raconte les alertes à la bombe dans les cars « Egged Bus » rouge et blanc, dans la gare routière de Haïfa, les cendres vives et rougeoyantes des violences qui ne demandaient qu'à se rallumer, ce moment au début de mon séjour où j'ai été entouré dans la rue par une douzaine de jeunes palestiniens persuadés que j'étais un colon installé dans une maison de leur quartier, ne devant mon salut qu'à mon accent anglais déplorable et à ma proposition de leur prouver que je n'étais pas juif de manière franche et directe.

     

    Je pourrais décrire le bruit que firent les deux coups de feu tirés au-dessus de notre voiture par un soldat avec son « M16 » un jour où nous décidâmes de passer un « check point » israélien sans nous arrêter, croyant bénéficier en être exemptés de par notre plaque consulaire, juste après avoir décrété solennellement que les chargeurs des militaires israéliens étaient toujours vides. Le moment où j'ai eu le plus peur n'était pas dû à la guerre, à la religion, au fanatisme, à une quelconque injustice. Je le vécus en nageant devant la plage de Tel Aviv, pris dans des courants marins très difficiles à remonter alors que je m'étais éloigné imprudemment vers le large.

     

    Je préfère rassurer.

     

    C'est aussi une manière d'éviter de blesser, car mes proches, mes amis ont pu se sentir offensés de m'entendre dire que pendant deux ans je m'étais passé de leur compagnie somme toute avec une grande facilité, et que j'en avais nul besoin.

     

    Je le répète ici, mes amis, mes proches, mes relations étaient toujours avec moi à Jérusalem, ils ne m'ont jamais vraiment quitté, j'ai toujours été avec eux, je n'ai jamais rompu les liens d'affection que j'avais pour eux.

     

    Cette expérience inoubliable je l'ai vécu avec eux chaque instant, chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde, avec le profond désir de la partager, ce qui est un des motifs de l'écriture de ce journal. Écrire ce petit journal n'est pas un acte égoïste, même si d'aucuns prétendront que c'est totalement égocentrique. Ce sont souvent les mêmes qui ne voient pas la contradiction qu'il y a à se dire modeste, à affirmer qu'eux au moins sont d'une grande humilité et ont beaucoup moins de prétentions.

     

    C'est une manière de communiquer les joies, les peines, les colères, les douleurs vécues là-bas et non de thésauriser ces sentiments pour moi tout seul, dans une démarche que j'assume comme pleinement orgueilleuse.

     

    Et alors ?

     

    D'autres se sont enhardis à me dire qu'il ne voyait pas l'utilité de partir ainsi en coopération à l'étranger, tant de choses étant à faire en France, que c'était un luxe de petit bourgeois en somme, sortant des rails parce qu'il en avait les moyens, et non par désir de s'éloigner du commun, ou d'une vie banale. Ruminant leurs frustrations, ils interdisent aux autres de les vaincre, refusant de s'y atteler eux-mêmes, refusant de remettre en question leurs carences, et leurs manques.

     

    Cette vie facile n'avait qu'un seul inconvénient et de taille, décrit par la plupart des correspondants de guerre et des grands reporters. A force d'avoir eu toujours beaucoup de chance dans nos déplacements constants en Israël et Palestine, ayant souvent tenté le diable sans en subir aucunes conséquences, nous avions fini par nous croire invulnérables.

     

    Jerusalem-vieille-ville--220-.JPGLa plupart d'entre nous au bout des deux ans ne voyaient plus l'utilité d'avoir toujours son passeport en poche, y compris lors des jours plus tendu, nous moquant des plantons chargés des contrôlés d'identité. L'un de nous passait les « check points » de Ramallah chaque jour à vélo sans même prendre la peine de freiner, insouciants des avertissements lancés par les militaires. Un autre encore ne respectait plus le code de la route et se garait n'importe où.


    C'était une sensation des plus grisantes.

     

    Nous sachant écoutés et nos mails lus, un jour nous en eûmes la confirmation absolue, nous trouvions formidablement amusants de « charger la mule » en rajoutant à chaque fois les « mots-clés » qui feraient que notre conversation serait analysée, espérant ainsi faire perdre du temps à ces cyber-balances et se moquer d'eux par la même occasion.

     

    L'une d'entre nous entendit un jour, attendant que son correspondant décroche enfin, l'attente durant un peu, un des types chargés de nous écouter râler contre le fait que l'autre ne décroche pas, anecdote qui nous mit en joie. Ces petites taquineries nous ont valu quelques heures de fouille et d'interrogatoire soutenu au retour, voire pour l'un de nous d'être enfermé en celulle deux jours. Tout cela n'était rien, car ce que nous avons vécu méritait bien de faire preuve d'un peu de patience.


    Mais cette liberté, c'est surtout en France qu'on nous l'a fait payée cher....

    image du haut prise ici sur le site "créations mosaiques"*

    image du bas empruntée là

  • Chrétiens enterrés vivants

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    chrétiens d'orient,christianisme,société,indifférence,terre sainteMarie de Varney a écrit « Chrétiens d'Orient – Voyage au bout de l'oubli », paru chez François Bourin en mars 2013. Il n'a pas été du tout question de ce livre dans les médias officiels, bien que ce qu'il décrit ne peut que susciter l'indignation légitime de toute personne juste un peu honnête. Cela n'est guère surprenant, ces minorités ne font pas des victimes acceptables selon les critères habituels de la bien-pensance.

     

    Cet ouvrage décrit pourtant la situation tragique de ces chrétiens en terre d'Islam actuellement et l'indifférence abjecte quasiment totale des occidentaux face aux persécutions qu'ils subissent et ce particulièrement depuis ce que certains ont perçu comme un peu trop rapidement comme un « printemps arabe » des pays du Maghreb et du Machrek dont l’Égypte.

     

    Ainsi que le montre Marie de Varney, ce « printemps » a pour l'instant surtout permis la mise en place de régimes théocratiques et islamiques durs qui voient dans les chrétiens des boucs émissaires bien utiles pour affirmer leur pouvoir et garder sous le coude un dérivatif des éventuelles déceptions des peuples arabes. Les anciens maîtres de ces pays les ayant protégés, aussi pour s'offrir une vitrine présentable, ces chrétiens orientaux sont doublement suspects : suspects d'être des suppôts de l'Occident, de par leur foi, et donc des anciens colonisateurs, suspects d'être des valets des dictateurs.

     

    Ils oublient ou feignent d'oublier que ces minorités sont des parties intégrantes de leur peuple loin d'être négligeables, et qu'elles ont protégé pendant des siècles des traditions, des langages parfois, des œuvres d'art exceptionnelles qui remontent à l'origine de l'histoire des nations qu'ils conduisent maintenant.

     

    Ces chrétiens le sont pourtant depuis plus longtemps que ceux d'Occident, car le christianisme n'est pas né à Rome, mais au Proche Orient. Et ceci les catholiques « romains » l'ignorent complètement, méconnaissant totalement leur propre histoire et les origines de leur foi. L'auteur de ce texte a pu le constater à de nombreuses reprises alors qu'il animait des stands de « l'Oeuvre d'Orient » en différents lieux de rassemblement de croyants ou à Jérusalem même où les diverses confessions chrétiennes arabes sont tout au plus considérées comme des survivances folkloriques sans importance par les pèlerins européens.

     

    Les chrétiens d'Orient sont par la force des choses obligés de fuir leurs pays alors que leur médiation avec l'Europe pourrait s'avérer indispensable afin de jeter des ponts avec l'Islam et d'éviter avant qu'il ne soit trop tard le fameux « choc des civilisations » qui menace pourtant un peu plus chaque jour. Ils fuient car les occidentaux ne les aident pas, en restant uniquement au stade des bonnes intentions et rien d'autres, soutenant jusqu'à l'absurde des militants islamistes jusque dans leurs propres pays, se conciliant leurs bonnes grâces par de multiples reculs et compromis envers une « saine laïcité ».


    image de la couverture prise ici

  • Fragments d'un journal en Palestine 11 – le monde au bout de la rue

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    Ais-je souffert du « syndrome de Jérusalem » ?

    jerusalem-syndrome-2.jpgDans Jérusalem, que ce soit près du Saint Sépulcre ou dans toute la Vieille Ville, il n'était pas rare de croiser des fous mystiques atteints du « syndrome de Jérusalem », une folie douce qui est une affection psychologique réelle, diagnostiquée et étudiée dans les hôpitaux israéliens consistant à sombrer dans un millénarisme délirant, voire un messianisme farfelu, et à se conduire en illuminé extrêmement extraverti :

     

    Ainsi cet ancien pasteur américain qui passait ses journées à lire la Bible à haute voix sur le mont des Oliviers, ainsi ses vieilles femmes en extase embrassant, étreignant farouchement et passionnément les piliers et colonnes des monuments religieux de la ville, ainsi ces étudiants étrangers se mettant à voir dieu en rêve, leur intimant l'ordre de prier pour telle ou telle cause (les ordres reçus semblant tous être dirigés dans un seul but, mettre en valeur celui qui était censé les appliquer en le consolant de ses frustrations) etc...

     

    Précisons que le « syndrome de Jérusalem » ne concerne pas le mysticisme réel ni la foi assimilée parfois par la psychanalyse à une hystérie, ce qui serait réducteur, l'art devenant par conséquent une simple sublimation et rien d'autres. Certains pèlerins et touristes étaient atteints selon moi d'une version plus calme de cette affection, moins démonstrative, mais aux conséquences humaines beaucoup plus dangereuses. A la rigueur, je préférais les vieilles dames folles d'amour pour Jésus Christ au Saint Sépulcre que ces malades atteints d'une version beaucoup plus ennuyeuse du « syndrome de Jérusalem » et visiblement contagieuse.

     

    Ces vieilles folles ainsi que les autres fous rencontrés là-bas font partie de la même « Cour des Miracles » des croyants que moi, pauvres hères, êtres humains certes pitoyables mais capables d'aimer encore, quand même, un tout petit peu....

     

    Généralement totalement ignorants de l'histoire de la Terre dite Sainte, y compris de celle de leur propre foi, mais remplis de certitudes absolues sur le sujet, ils blessaient plus ou moins inconsciemment mais toujours gravement les palestiniens chrétiens ou musulmans, les israéliens par des considérations surtout marquées au coin par leur bêtise affichée sans complexes, légitimée par un pseudo-mysticisme ou la présence de ceux les prononçant sur la terre même des Écritures.

     

    A chaque fois ou presque, cela provoquait des violences, psychologiques et physiques, qui pouvaient être des plus graves. J'ai même en mémoire l'une d'elles qui a conduit à la mort d'une enfant du fait de l'entêtement sans fondement d'un de ces idiots criminels sans même s'en rendre compte alors que la guérison de cette petite aurait pu être un signe d'espoir éclatant.

     

    Des membres du « Chemin néo catéchunénal », « nouvelle communauté » chrétienne vivant selon des règles de vie à la limite du sectarisme comme la plupart des « nouvelles communautés », avaient par exemple décidé de traverser toute la Vieille Ville musulmane et chrétienne en chantant des psaumes hébreux à pleins poumons dont certains sont devenus des chants nationalistes israéliens chantés par les soldats de Tsahal quand ceux-ci sont entrés dans Jérusalem Est en 1967, ou quand ils ont envahi la Cisjordanie.

     

    C'est un peu comme si l'on demandait en quelque sorte à un alsacien d'écouter sans émotions quelqu'un chanter « Deutschland überlalles » à côté de lui sans réagir....

     

    Des touristes religieux du même acabit, ce sont souvent des charismatiques, avaient fait un grand cercle à Jéricho, se donnant la main, se laissant aller à une sur-affectivité mièvre que j'ai personnellement en horreur quand il s'agit de foi, et ceci juste devant une « colonie » israélienne, ce qui avait été pris comme une provocation par les palestiniens, ce qui avait provoqué des émeutes en ville après le départ protégé par l'armée des imbéciles à l'origine de cette poussée de haine qui ne comprirent s ans doute jamais les conséquences de leurs bons sentiments complaisamment étalés.

     

    Je me souviens aussi de la présence de la « Communauté des Béatitudes » à Bethléem non loin de la fausse « Tombe de Rachel », tenant la véracité de ce lieu comme absolue, ne comprenant pas le mal que cela causait à suivre aveuglément les promoteurs de ce lieu historiquement totalement faux.

     

    La sottise de ces gens les poussaient généralement à soutenir une politique israélienne très agressive et à considérer les palestiniens comme des intrus en Terre Sainte, des « immigrés » tout juste bon à servir de manœuvres ou de maçons, à avoir une peur bleue et injustifiée de s'aventurer dans les « Territoires », tout surpris quand ils y parvenaient enfin, surmontant leur préjugés, que personne ne leur tranche la gorge.

     

     A leur décharge, la sottise de certains européens côté palestinien, refusant absolument tout échange, toute possibilité de dialogues avec les israéliens était tout autant problématique. Beaucoup d'occidentaux considéraient la Palestine comme un terrain de jeux politique et spirituel, une sorte d'immense possibilité de jouer aux « gendarmes et aux voleurs » sans remettre en question son propre confort matériel ni intellectuel, et une occasion de se mettre en avant, et de trouver une forme de reconnaissance longtemps recherchée en France, mais jamais atteinte, en jouant les sauveurs des palestiniens.

     

    Je me souviens de deux d'entre eux, tous deux comme d'autres, en tenue fantaisiste, et à leur idée, selon leurs fantasmes, de « fiers nomades du désert », que j'accompagnai avec un autre coopérant dans la « Vieille Ville », nous étions devenus en somme des « fixers » pour les occidentaux désirant un « cicerone », nous sortant au bout de quelques instants, et ce malgré leurs discours grandiloquents sur la fraternité et leur « citoyenneté du monde » le refrain sur « le bruit et l'odeur » des quartiers arabes, et leur inconfort de petits occidentaux sur-nourris et confits dans leurs certitudes arrogantes à supporter cela.

     

    A Jérusalem, point de songe mystique pour moi, point d'apparition divine pendant mes nuits, je faisais par contre souvent le même rêve, la « Via Dolorosa », qui était ma rue remontait jusqu'à celle que j'habitais en France, qui était alors toute proche de celles où habitaient mes amis les plus chers.

     

    Dans mon sommeil, j'étais un peu surpris mais trouvait cela très pratique au fond. Je l'interprète du fait que mes proches, ma famille, mes amis, mes amours aussi, ont toujours été avec moi en cœur ou en esprit, je partais avec tous ces sentiments d'affection filiale, fraternelle, et aussi amicale, qui ne m'ont jamais quittés une seconde. Mes amis, mes parents, mon frère, mes sœurs, mes amours ne m'ont jamais quitté une seconde

     

    jérusalem, palestine, israèl, société, journal en terre sainteD'où la joie que j'ai pu ressentir quand j'ai pu partager mon bonheur d'avoir enfin trouvé ma « terre sainte » sur place, partageant tout cela, malgré la violence et la haine toujours fortement prégnantes. La légèreté et la futilité superficielles aux yeux des cuistres et des personnes atteintes du « syndrome de Jérusalem » deviennent alors une obligation pour montrer que force reste à la vie, à l'humanité, qui se traduisait là-bas par un sens de l'accueil toujours remarquable et des attentions aux autres toujours d'une grande délicatesse pour peu que l'on sache les accueillir.

     

    A « Sainte Anne - Salahyeh » où j'habitais, il m'arrivait souvent de sortir le soir dans les ruines de la piscine antique de Bethesda et de contempler, appuyé sur un reste de mur byzantin, les étoiles innombrables au dessus de la ville, dans le ciel clair. De par la topographie des lieux, l'esprit s'en exhalant aussi, derrière la ligne d'horizon, derrière la courbure de la terre, j'avais vraiment le sentiment profond que le monde entier était juste là derrière et orgueilleusement, ou romantiquement, je ne sais pas, je voyais vraiment Jérusalem au centre non pas de tout l'univers mais de mon monde intérieur.

     

    Je n'entendais plus alors les bruits incessants de la ville : les plaintes douloureuses et nostalgiques des « muezzins », les sirènes de police des policiers israéliens, les chants des croyants au loin, les cloches de la paroisse franciscaine. L'air était empli des parfums des épices, des herbes aromatiques, du café à la cardamone, des agrumes, des oliviers millénaires, selon la légende, du jardin de Gethsémani, lieu qui n'était qu'à cinquante mètres de chez moi. Lors des tentations de me laisser aller au cafard, aux lamentations, il me suffisait pour me ressaisir de faire quelques pas dehors et goûter la douceur paradoxale de l'air,  douceur qui était une idée du bonheur.

     

    Car cette Terre dite Sainte contre toute attente est aussi et surtout une terre très charnelle, les collines de Judée ayant des formes de corps féminins languissamment étendus, en sensualité, sensualité niée par tout les fanatiques, sensualité nous rapprochant de notre humanité car elle incitait à aimer la beauté des choses et des êtres. C'était, il faut dire, une sensualité d'avant le péché originel, sans aucune perversité, une idée de la Vie en somme....


    image du haut, personnes atteintes du syndrome de Jérusalem prise ici

    image du bas, paysage de Judée, image prise ici

  • Fragments d'un journal en Palestine 10 – La rue appartient aux gosses

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    palestine.jpgCe qui frappe le plus en Terre dite Sainte, que ce soit côté palestinien ou israélien, ce sont les gosses, à qui la rue appartient. Certains quartiers de Jérusalem ont quand l'école est finie des allures de jardin du géant égoïste, rempli d'enfants courant dans tous les sens.

     

    La jeunesse de ces peuples turbulents saute aux yeux, jeunesse que les fanatiques et autres imbéciles sinistres veulent embrigader dans leurs délires mortifères, pousser à la violence, ou dont ils essaient de museler les élans au bonheur le plus possible, du jardin d'enfants à l'université, dont celle de Bir-Zeit où hélas de nombreux étudiants se laissaient séduire par les thèses assassines du Hamas et autres imbéciles pontifiants et meurtriers en puissance.

     

    Parmi ces gosses, il y avait les petits garçons et les petites filles en uniforme, en blouses bleues et blouses vertes, car il est obligatoire à l'école, ne rentrant chez eux le soir que pour aller ensuite aider leurs parents, travaillant parfois jusqu'à des heures indues.

     

    La plupart, contrairement aux petits français, qui ont du mal à parler et écrire leur propre langue à cause des effets conjugués de multiples réformes pédagogiques et de vision de spectacles de télé-réalité, parle quatre ou cinq langues de manière -presque- parfaite : l'arabe, l'hébreu, l'anglais, l'italien, la fréquentation de cette langue s'expliquant par la présence des franciscains et de la Custodie dite romaine depuis le XIVème siècle, et le français.

     

    Quant au français, il n'était pas rare d'entendre soudain, côté israélien, un juif à l'apparence traditionnelle se mettre subitement à jurer avec l'accent parisien voire bien parigot du fait d'une contrariété ou d'une autre.

     

    Ces gosses sont cosmopolites de naissance. Jérusalem semble alors réellement au carrefour de tous les peuples, mais pas du tout au sens millénariste du terme, pour cautionner les appétits de pouvoir de tel ou tel dignitaire. C'est bien toute l'humanité qui se retrouve alors dans cette ville, de ces aspects les plus nobles aux plus pitoyables.

     

    Ils n'ont pas peur des prétentieux, des vaniteux, des grands esprits, et se moquent des hypocrites qui confondent leur terre avec un parc d'attractions biblique, pseudo-humanitaire ou politique. Comme leurs parents, et grands parents, ils ont vu défiler nombre de ces bons apôtres qui une fois repartis chez eux, douillettement confits dans leur confort intellectuel et matériel, oublient complètement toutes leurs belles promesses balancées surtout pour se donner bonne conscience, bonne image ou se faire plaisir.

     

    Ces gosses des rues méprisent cordialement les grandes personnes qui ne les voient pas, qui ne voient pas qu'ils manquent de tout, à commencer par un logement décent et de la simple liberté d'être des enfants comme les autres n'ayant que des soucis d'enfants, et non à devoir vendre des cigarettes de contrebande libanaise, contrefaçons de diverses marques, ou des paquets de « Viceroy », la marque locale, toutes ces cigarettes ayant le même parfum marqué que les « gitanes  maïs » ou que le « troupe » gris que l'on donnait autrefois aux soldats en France, ou des lunettes de soleil tombées des camions de livraison.

     

    Les petits voleurs battaient le pavé le soir (battre le pavé peut se dire littéralement à Jérusalem dans la Vieille Ville) et le petit matin, utilisant toujours plus ou moins les mêmes techniques, exerçaient leurs coupables activités : l'un d'eux présente au touriste en « tongs » et « sac banane » qu'il croit prudent, et seyant, de porter autour de la taille, un chapelet de cartes postales, pendant que l'autre détache précautionneusement le dit sac pendant que son propriétaire regarde ailleurs.

     

    Je les ai souvent vus opérer. Au début, silencieusement, ils me demandaient de ne pas alerter leurs victimes, puis voyant que je ne les dénonçais pas ne s'en sont plus donnés la peine par la suite.

     

    Parfois une des victimes se réveillait et avertissait les policiers israéliens qui réagissaient très mollement la plupart du temps, ayant parfaitement constaté que les voleurs étaient en train de dépouiller un hollandais ou un allemand virant à l'écarlate façon homard à la nage, mais laissant faire car le pourrissement du quartier musulman arrangeait les affaires d'Israël qui pouvait ensuite se poser en sauveur de la sécurité des braves gens dans cet endroit de la Vieille Ville, et légitimer ainsi la colonisation progressive des quartiers progressivement désertés.

     

    Je buvais même le thé à la menthe avec eux le soir quand il faisait un tout petit peu plus frais, ce qui je sais suscitera la réprobation par l'immoralité de la situation, il aurait certainement mieux valu que je moralise leur comportement amoral tellement intolérable, à ces pauvres gosses vivant généralement avec leurs parents, grands parents et arrière grands parents dans des cahutes même pas salubres, dans la peur constante d'être expulsés le lendemain par un colon américain ou européen brandissant comme justificatif un titre de propriété datant parfois du XVème siècle.

     

    Il est d'ailleurs étrange et paradoxal, très ironique, de constater que les colons justifient l'expulsion des familles arabes par des papiers portant le sceau de l'empereur ottoman, musulman, pourtant largement raillé, moqué, détesté par toute la tradition talmudique..

     

    Il arrivait de temps à autres que la police veuille faire un exemple et qu'elle en poursuive un pris sur le fait, avec forces bruits de sirènes, comme dans les films américains, et interjections diverses dans les hauts parleurs. Il arrivait que le gosse poursuivi qui croyait jusque là pouvoir poursuivre ses larcins en toute impunité se réfugiait à Sainte Anne, terre française, à statut d'ambassade et donc interdite à la police israélienne que cela faisait enrager, intimant aux "Pères Blancs" de leur livrer les gosses chapardeurs en avançant diverses menaces, ce que les "Pères Blancs" ne firent jamais.

     

    Ce sont ces petits voleurs qui m'appelaient « Bumba », surnom s'appuyant sur les rondeurs confortables de ma silhouette, je n'ai donc pas besoin de le traduire. Bien entendu, d'un accord tacite, mes amis ou relations qui venaient me voir à Sainte Anne, rue du Mouhadjedin, n'étaient jamais dépouillés de leurs biens.

     

    Quand j'étais là-bas, les jeunes palestiniens voulaient simplement pouvoir circuler librement, aller draguer rue Ben Yehouda, avoir un travail, pouvoir fonder une famille sans avoir à amasser une dot énorme, selon la coutume, ainsi que doit faire le marié, ce qui encourage les mariages forcés de jeunes filles, voire très jeunes filles, avec de gros porcs largement plus âgés qui monnaient le silence des parents en les couvrant de cadeaux, coutume et dérive existant aussi du côté israélien dans les quartiers ultra-orthodoxes, des séides du parti "Shas", où l'hypocrisie morale ou sexuelle est rigoureusement la même qu'au "Hamas".

     

    Je songe aussi à ces jeunes qui étaient mes élèves et étudiants en Français Langue Étrangère au CCF de Jérusalem, qui avaient soif de savoir, de culture, de lectures, de tout ce qui nous semble acquis et donc tellement futile. Ils n'avaient jamais assez de travail à faire, jamais assez de devoirs et tous parlaient déjà français couramment mais désiraient toujours et encore se perfectionner. A cause de la première « Intifadah » et du blocus des territoires, ils n'avaient pu avoir une scolarité normale.

     

    221257_des-lyceens-palestiniens-passent-a-cote-d-un-panneau-recemment-pose-indiquant-le-nom-de-la-rue-le-3-novembre-2011-a-jerusalem-est.jpgParmi eux, je me souviens de cette jeune fille voilée, de par la volonté de ses frères, contrairement aux jeunes filles voilées que l'on croise en France qui s'infligent cela pour se démarquer, qui « séchait » une fois ou l'autre mes cours pour retrouver un garçon qu'elle aimait mais que sa famille lui avait interdit de fréquenter. Je me souviens de ces espoirs, de son désir de partir étudier en France, ou au Québec.

     

    Je me souviens de son nom entendu à la radio et à la télévision lors d'un attentat suicide dont elle fut l'auteure après le début de la deuxième Intifadah, quand monsieur Sharon a cru bon d'aller se promener sur l'esplanade des mosquées en septembre 2000 attisant de nouveau la haine, provoquant un nouveau blocus, éteignant tout espoir chez ces jeunes qui avaient cru qu'enfin la paix s'installait, haine attisée également par tous ces pseudo « anti-sionistes » qui ne font que jouer le jeu de ceux qu'ils entendent combattre, par bêtise.

     

    Je ne sais quels abîmes de désespoir ont pu pousser cette jeune femme à se laisser embrigader par des terroristes et à commettre cet acte irréparable, terrible et définitif. La seule chose que je trouve à dire à ceux qui défendent le geste de Sharon ou qui se posant en antisionistes purs et durs ne comprennent en rien le désespoir de ces jeunes est de les traiter de « bande de cons ». Je ne vois pas beaucoup d'autre discours à leur opposer.


    photo du haut prise ici

    photo du bas prise là

  • Fragments d'un journal en Palestine – 9

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     Septembre 2000 – Avril 2013 : être lucide sur son départ

    111802ramallah.jpgLes raisons invoquées publiquement pour partir en volontariat par les volontaires et coopérants sur le départ sont toujours nobles et sur la base d'idéaux grandioses. Ils sont nombreux à se rêver en émules de « Lawrence d'Arabie », en aventuriers de l'Arche perdue. Pendant tout un week-end le responsable de notre formation à Paris ne nous laissa pas une minute de répit sur les vraies raisons de notre départ, essayant de cerner un maximum ce que nous essayions de cacher à grand peine à savoir nos petits défauts.

     

    Ces raisons invoquées, digressons un peu, c'est un peu comme lorsqu'on lit les statuts de nombreuses personnes sur les réseaux dits « sociaux » :

     

    A les parcourir, leurs auteurs ne parleraient que philosophie et haute littérature, ne s'intéresseraient qu'à des sujets élevés, ne verraient que des chefs d'œuvre au cinéma, bref on se demande comment ils trouvent encore le temps d'aller sur « Facebook » ou « Twitter ».

     

    Ressentir le besoin de s'expatrier, même si la sublimation n'est pas forcément négative, se base toujours sur un manque ou mal-être que l'on vit chez soi tout seul ou en couple.

     

    Ou alors c'est juste pour plaire aux filles et se mettre en valeur, ou faire du tourisme avec un alibi vaguement humanitaire. Le don de un ou deux ans de sa vie est la sublimation des frustrations, des carences, des pertes, ce qui ne diminue en rien ce donc que peu de personnes sont capables d'accomplir, don gratuit qui ne rapporte rien une fois revenu à moins de disposer déjà d'un réseau en France.

     

    Chez beaucoup de personnes rencontrées à mon retour, ces deux ans accomplis dans des circonstances parfois difficiles ont surtout suscité la méfiance de mes interlocuteurs qui ne croyaient pas à mon témoignage de vie, et la jalousie, la jalousie de celui qui se soumet à la routine, à une survie qui est abjecte en soi mais confortable, dans le troupeau.

     

    Certes, il ne faut pas que ce manque ou ce mal-être soit trop fort, auquel cas l'expatriation sera très mal vécue, et le retour encore pire. Et il faut aussi se méfier des apparences, nous nous en sommes souvent aperçus. Ce n'est pas le « louque » qui fait l'aventurier par exemple.

     

    Je l'ai constaté un jour avec un autre volontaire dans la bibliothèque du Centre Culturel Français de Jérusalem :

     

    Un doctorant français, un sur-diplômé égaré là, habillé avec toute la panoplie qu'il estimait nécessaire sous ce climat (chéchia, lunettes, chapeau militaire en camouflage « sable » etc...) tentait vainement de séduire une jeune femme en se vantant d'exploits que nous savions tous imaginaires, car il ne quittait pas la bibliothèque, et qui finit de guerre lasse pour séduire, croyait-il, la donzelle, par se moquer de nous qui n'avions pas le physique de baroudeurs, mais plutôt celui de bons vivants.

     

    L'un de nous, enseignant en français langue étrangère, était partie le croyons-nous, pour retarder le moment où il allait devoir faire un choix qui engageait toute sa vie car il resta à Jérusalem un an de plus. Il nous semblait dans un premier temps très sécularisé.

     

    Et puis lors d'un chemin de Croix, l'observant en prière à la dérobée, je compris combien sa foi était intense et fervente, ainsi que son amour de la ville dans laquelle nous vivions, sentiments que nous ne tarderions pas à tous partager, et que de rester participait pour lui de cette foi et non d'un doute quelconque.

     

    J'ai toujours cette photo de lui, elle soutient ma propre foi à chaque fois que j'ai envie de flancher.

     

    Et maintenant je partage avec lui cette nostalgie inconsolable de cette terre violente, contradictoire et sensuelle malgré tout.

     

    Deux d'entre nous, un jeune couple, était parti surtout à l'initiative de la jeune épouse. Elle était petite, douce et menue, mais son autorité était inflexible sur son mari, un colosse de près de deux mètres à qui je passais en douce, maintenant je peux le dire il y a prescription, des cigares palestiniens achetés porte « d'Hérode ». Il avait fait contre mauvaise fortune bon cœur, surtout bon cœur d'ailleurs, car ce fut cela qui en fit une figure aimée de tous dans l'hôpital où il s'occupait des malades en fin de vie.

     

    Alors même si le désir de partir naissait aussi d'un manque à combler dans leur couple, le donc en résultant était exceptionnel.

     

    Il ne parlait pas un mot d'anglais, n'en parlait pas beaucoup plus en partant, tout comme l'arabe ou l'hébreu, exceptés quelques rudiments, mais le langage du cœur lui suffisait pour se faire comprendre.

     

    b-437411-Coffee_Shop_in_Ramallah_.jpgUn autre couple habitait en pleine Cisjordanie, dans un tout petit village chrétien, Zababdeh, où ils enseignaient tous deux le français tandis que lui faisaient également quelques « piges » pour son journal en France. Le jour où je vins les voir, il me proposa « d'aller faire les courses à la mode Zababdeh », ce qu'en bon occidental je compris par faire rapidement les magasins :

     

    « Bonjour, bonsoir, et 10 qui nous font tant et bonne journée messieurs dames ».

     

    A chaque commerce, je fus présenté, accueilli comme un proche, eut le droit même au thé avec mon hôte à Zababdeh. « Les courses » durèrent deux bonnes heures joyeuses.

     

    Plus tard, nous prîmes l'ombre avec un paysan palestinien tout en mangeant avec lui de la « pitâ » avec un peu de « zaatar », des herbes aromatiques, et de l'huile d'olive.

     

    Ce fut avec ces deux couples et un autre professeur de français, travaillant à Ramallah que je partis au Sinaï. L'équipée, que j'ai déjà évoquée, fût rude, et picaresque en même temps, nous dormîmes trois heures en quatre jours, deux attrapèrent une grippe intestinale, mais nous allâmes jusqu'au bout de nos résistances, les masques tombant assez vite sur nos réels tempéraments et surtout sur les défauts que nous aurions voulu cacher.

     

    Nous ne pouvons pas nous mentir quand nous nous voyons, nous connaissant profondément.

     

    Le professeur de français langue étrangère de Ramallah, qui est à une dizaine de kilomètres de Jérusalem, logeait quant à lui juste à côté de deux « check points », israélien, sévère, souvent arbitraire, et palestinien, plus laxiste. Passer le premier avec l'affiche en français et en arabe d'un festival de film au Consulat me valut d'être contrôlé une demie heure, suspecté d'être un séide du Hamas.

     

    La première fois qu'il se fit arrêter au second, il nous avoua avoir été déçu dans un premier temps, puis ravi quand il comprit que si les militaires palestiniens l'avaient arrêté c'était pour partager avec lui le repas de rupture de jeûne de Ramadan.

     

    Ce professeur, instituteur en France, non loin de Grenoble, était un sportif émérite, qui traversa la Palestine et Israël de part en en part à vélo très souvent.

     

    Ses chères montagnes lui manquaient souvent, le mont des Béatitudes, qui est somme toute une colline, même pour des non-montagnards.

     

    Souvent sur son toit, nous organisâmes des soirées qui se terminaient alors que la nuit était tombée depuis longtemps sur la région, n'entendant que le doux murmure des insanités que les militaires israéliens s'échangeaient par hauts parleurs interposés.

     

    Rentrant un soir de chez lui, nous empruntâmes un taxi collectif qui eut la surprise de sa vie. Croyant tomber sur des touristes esseulés, rentrant des boîtes de nuit de Ramallah, entendant notre accent français certes lamentable en anglais, il entreprit de nous faire payer 25 shequels la « course » alors que celle-ci en valait tout au plus 2,5, nous serions montés à 3,5 à cause de l'heure tardive, et car cela restait au fond très peu, mais négociant tant et si bien avec lui, nous ne payâmes l'arrivée que 1,5 chacun.

     

    Quant à moi, si j'ai toujours rêvé de vivre au Proche-Orient, en particulier en Terre dite Sainte, je suis parti d'abord et avant tout car je ne trouvais pas ma place en France, dans mon travail aussi bien que dans mes études, étant toujours dans l'insatisfaction, et aussi pour plaire aux filles, enfin surtout à une, espérant plus ou moins l'impressionner, la faire changer d'avis, ce qui était parfaitement illusoire bien entendu vu ses inclinations personnelles qui ne la portaient pas vraiment vers les hommes.

     

    Et puis, elle était de ces personnes qui n'aiment pas qu'on les perçoive telles qu'elles sont et non le personnage qu'elles jouent.

     

    Elle n'aimait pas que l'on voit ce qu'elle estimait être sa faiblesse, à savoir son empathie et sa sensibilité, sa lippe parfois de petite fille quand elle était contrariée, sa féminité émouvante.

     

    C'est pour elle au départ, on écrit toujours pour deux ou trois personnes tout au plus, avec l'aide d'un ou deux complices, que je rédigeai un petit journal de Jérusalem pour les coopérants et pour les proches en France. Se faisant passer pour un ami proche, à tous deux, elle s'est trahie par son style à l'écrit ce qui fait que je la reconnus assez, car elle en a, du style elle me demanda par mail de raconter ma vie à Jérusalem, ce que je préférai faire de manière un peu plus ambitieuse et plus ludique, avec deux doigts de dérision en créant une petite gazette :

     

    « Le Clairon de Sainte Anne ».

     

    Cette toute petite gazette montrée à une dame qui était aussi auxiliaire de police en civil, il y en avait beaucoup dans Jérusalem, fut jugée par elle digne des services intérieurs par l'impertinence qu'elle crut y déceler. Elle ne la signala pas, car nous étions amis, mais il s'en fut de peu. Elle avait un peu de mépris pour les palestiniens, mépris qu'elle ne montrait pas, elle se comportait correctement avec eux, mais au fond cela transparaissait toujours.

     

    Et un jour que nous critiquions devant elle la colonisation effective de la Cisjordanie elle affirma sans ambages en hébreu que « les chiens aboient mais que la caravane passe » ce qui est sans équivoque pour le moins.

     

    Tous, si nous sommes partis pour des raisons qui n'étaient pas toujours si belles que cela, nous voulions la même chose, avoir une vie un peu moins routinière, un peu moins ronronnante que la vie quotidienne moyenne de citoyen consommateur, qui s'apparente à de la survie sans beaucoup de grandeur.

    Première image prise ici (check point de Ramallah)

    Deuxième image de Ramallah empruntée ici

  • Mon journal de Jérusalem "work in progress" mis à jour

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    Mon journal de Jérusalem, de 1998 à 2000

    mis à jour...

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  • Fragments d'un journal en Palestine – 8

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    Novembre 1998 – Août 2000 : Mes montées au Saint Sépulcre

    jérusalem, politique, société, palestine, IsraèlPendant les deux ans où j'ai vécu à Jérusalem, je suis très souvent passé devant le Saint Sépulcre, pour aller côté Ouest, ou simplement pour faire des courses ou rendre visite à des amis, mais je ne l'ai réellement visité que quelques semaines après mon arrivée.

     

    Et pour visiter cette église la première fois, il convient de le faire à son ouverture vers 6h du matin quand l'homme responsable des clés du saint lieu, de la même famille depuis le XIIème siècle, prenne une petite échelle pour escalader le mur de la basilique.

     

    Cette famille est musulmane, cette tâche lui a été confiée par le sultan face à la discorde des chrétiens ne sachant pas décider qui parmi eux aurait le droit d'ouvrir l'église. Pour se réveiller tôt, le premier appel à la prière du muezzin de la journée suffit amplement, celui-ci étant largement amplifié pour être entendu des « infidèles » en perdition, malgré l'interdiction du Coran.

     

    A l'entrée, on est frappé par les croix mises de côté au début de la journée, toutes à louer pour les pèlerins et touristes, par les vendeurs de colifichets religieux ou réputés tels : chapelets en plastique, images pieuses souvent marquées par beaucoup de « kitsch ».

     

    C'est un festival de Christs aux joues roses, de vierges à la bouche mutine, d'enfants Jésus rondelets et potelés, de dorures surchargées, d'images pieuses dégoulinantes de tons sucrés et pastel.

     

    C'est là que débute le scandale apparent du Saint Sépulcre, qui est marqué par la division, les affrontements picrocholins et l'incapacité des chrétiens à s'entendre sur l'emplacement exact du tombeau vide qui archéologiquement serait plutôt situé dans la crypte de Sainte Hélène.

     

    Il y autant de tombeaux vides certifiés exacts et réels qu'il y a d'églises chrétiennes, du catholique à l'orthodoxe en passant par l'arménien ou l'éthiopien. L'entrée est toujours gratuite mais il n'est pas rare qu'un ecclésiastique ou un religieux demande une obole, parfois conséquente, pour un cierge ou deux à la sortie. L'on croise des vieilles femmes affolées, qui embrassent tous les piliers du lieu saint, des essaims d'illuminés qui ont des visions mystiques derrière chacun de ces piliers, toute une « Cour des Miracles », l'humanité dans toute sa pauvreté.

     

    Et l'on comprend d'ailleurs que l'on fait soi-même partie de cette humanité là, que l'on n'est pas au-dessus, ni d'ailleurs en-dessous mais aussi pauvre.

     

    jérusalem, politique, société, palestine, IsraèlToute cette discorde, toute cette médiocrité étalée choque, mais elle est à relier à l'Incarnation du Christ, qui ne l'a jamais méprisée en ayant adopté la condition hormis le péché. J'avais été prévenu par ce que j'avais appris au catéchisme, fait par ma mère, qui connaissait par l'entremise de ses parents cette désunion scandaleuse, scandale qui en rappelait un autre, celui de la Croix, symbole totalement absurde si l'on y réfléchit bien, car c'est un symbole de cuisante défaite.

     

    Toutes les confessions chrétiennes essaient de gagner de l'espace sur le voisin de manière très souvent des plus mesquines :

     

    Par exemple, cela commence en plantant un clou. Si le clou n'est pas arraché après quelques semaines, on laisse dessus une peinture ou une tenture. Si la tenture et la peinture ne sont pas enlevées on rajoute un tapis au sol, choisi le plus long et le plus large possible.

     

    Et progressivement, on fait comme si le tout avait toujours été là.

     

    Les israéliens jouaient sur ces disputes âpres pour asseoir leur influence sur ce côté de la ville et que la manne touristique leur profite un petit peu plus, ou pour prendre un peu plus d'autorité sur les chrétiens palestiniens sous prétexte d'arbitrage. Il s'agissait aussi de mettre des bâtons dans les roues au patriarche catholique, palestinien à l'époque, Michel Sabbah ou au Vatican pour qui Jérusalem est une ville de statut international et non la capitale israélienne ou palestinienne.

     

    Lors de nos visites du côté occidental, nous avons souvent remarqué que les deux emplacements touristiques mis en valeur par les agences de tourismes israéliennes sont le « Mur » et le « Dôme du Rocher ».

     

    Les touristes y défilent par grappes, s'extasiant en chœur derrière leurs appareils photos, poussant des « oh » et des « ah » au moment où leur guide le leur intime.

     

    J'ai toujours été surpris de constater à quel point ceux-ci aiment regarder leurs découvertes à travers un écran et non directement.

     

    La plupart sont surpris de trouver autour du monument des magasins chrétiens, et une ville arabe, comme ils sont étonnés d'apprendre l'existence d'autres églises chrétiennes, parfois toutes aussi catholiques que l'Église romain, voire depuis plus longtemps qu'elle.

     

    La présence de ces magasins rassure car cela suppose aux yeux des naïfs qu'ils seront moins roublards que les autres marchands, moins enclins à la négociation plus ou moins farcesque, mais autant le dire, ils le sont tout autant que les autres négociants, en majorité musulmans, de la « Via Dolorosa ».

     

    L'auteur de ces lignes s'est fait prendre au piège quand il a voulu acheter un narghileh, cela ne s'est pas reproduit ensuite, mais la première fois resta mémorable.

     

    Le marchand a commencé sa mise à prix à 2000 shequels, soient 450 euros, ayant bien vu qu'il était tombé sur une « bonne poire » à savoir moi-même.

     

    La « bonne poire » a négocié et fait descendre le prix jusqu'à 250 shequels, 35 Euros, le marchand jouant sur la corde sensible, prétendant lui faire un prix à cause de sa nationalité amenant le « pigeon » que j'étais à croire qu'il s'était conduit en redoutable négociateur alors que le prix réel de l'objet acheté était de 25 shequels tout au plus, raison pour laquelle lorsque j'ai appris quelques rudiments d'arabe dialectal j'ai commencé par les chiffres et les expressions à connaître pour discuter les prix avec un peu plus d'habileté.

     

    Au début nous pensions qu'il n'y avait guère que dans un magasin ou deux du quartier moderne, ou dans le quartier chrétien, que nous pouvions faire l'emplette d'alcools divers et variés, pour nous apercevoir assez rapidement un peu plus tard que tous les marchands en vendaient à condition de savoir comment le demander, tout comme il suffisait dans certains restaurants de demander un « Coca supérieur » ou « royal » pour obtenir une bière ou un whisky, dans un gobelet en carton pour rester discret.

     

    La première fois que j'essayai d'acheter de « l'Arak », l'anisette locale, dans un de ces commerces, le propriétaire des lieux qui avait d'autres clients jura ses grands dieux qu'il était un bon musulman, que jamais il ne vendrait d'alcool à un chrétien encore en plus.

     

    Dépité face à ses dénégations bruyantes et surjouées pourtant, j'esquissai une sortie quand celui-ci me rattrapa, me soufflant à l'oreille qu'il fallait entendre que les deux autres clients très religieux sortent, me demandant ensuite combien de litres je désirai.

     

    Je mesurais d'ailleurs plus tard mon intégration au quartier aux prix que l'on me demandait dans les magasins.

     

    Au bout d'un an j'ai eu le droit aux « vrais » prix à charge pour moi d'amener les amis de passage chez les marchands. Selon l'attitude de ces amis, selon leur vœu de se débrouiller ou non, vœu parfois bien dangereux, je laissais le commerçant faire ce qu'il voulait ou appliquer les tarifs « locaux » pour « local people » selon la spécification de la police israélienne concernant les palestiniens.

     

    jérusalem, politique, société, palestine, IsraèlL'une de mes visiteuses décida que j'étais un affreux macho souhaitant prendre l'ascendant sur elle devant les marchands et prit sur elle d'entrer sans moi, l'un d'eux qui prenait le frais me consultant du regard, je levais les bras au ciel, il comprit qu'il avait le champ libre et les suivants.

     

    Elle sortit de la première échoppe avec un keffieh acheté 85 dollars, en valant un, de la deuxième avec un tapis de prières à 250 shequels, en coûtant au bas mot 25 et de la troisième avec un châle à deux dollars lui en ayant coûté 150.

     

    Je ne lui objectai rien lorsque très fière, elle affirma qu'elle savait donc très bien se débrouiller sans l'aide d'un chaperon un rien phallocrate.

     

    Notons que dans le quartier juif de la Vieille Ville, si les prix étaient toujours inscrits sur les objets, les prix pratiqués étaient ceux donnés au départ d'une négociation et dans ces magasins inutile de chercher à les discuter.

     

    Ce qui les frappe le plus au Saint Sépulcre, ce n'est pas le Tombeau vide ou les styles d'architecture qui se superposent de façon des plus hétéroclites, c'est la « pierre dite de la Déposition » à l'entrée qui exsuderait selon les évènements de l'huile sacrée, pierre déjà remplacée plusieurs fois depuis la construction du Saint Sépulcre et du royaume latin d'Orient.

     

    Le « spectaculaire » a envahi également l'endroit.

     

    Ce que je préférais au Saint Sépulcre était le petit « village » éthiopien sur le toit de la basilique, reconstitué là car les éthiopiens, une des plus vieilles chrétientés avec les coptes, étaient trop pauvres pour avoir le droit d'être à l'intérieur du bâtiment comme d'autres.

     

    Ces chrétiens étaient au plus proche des pauvres, sans ressentir la nécessité pour cela d'en parler sans cesse, pour eux cela coulait de source.

     

    Quand j'avais la tentation de céder à la mélancolie, j'allais faire un tour dans cette « cour des miracles » que j'avais appris à aimer malgré le spectacle lamentable qu'elle pouvait offrir.

    image du haut prise ici sur le site du Figaro

    image du centre prise sur ce site

    image des croix empruntée là

  • Samedi Saint

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    feu-sacre-au-saint-sepulcre-de-jerusalem.jpgD'aucuns parmi les chrétiens évoquent beaucoup de théories, de concepts, s'agitent tant et bien et oublient que l'essentiel est dans la radicalité évangélique, illustrée par le "chemin de Lumière" de la "Via Dolorosa" ci-contre, le samedi de Pâques que les chrétiens palestiniens appellent "Samedi de la Lumière". 

    Les chrétiens d'Orient vivent cette radicalité, ceux d'Occident les ignorent pourtant la majeure partie du temps, par ignorance et par arrogance. Alors qu'ils montrent encore la voie à suivre, à vivre, loin des discours sur "l'écologie humaine", par exemple, (je trouve la vocable en soi assez malheureux c'est le moins que l'on puisse dire).

    Et pourtant, coincés qu'ils sont entre la marteau et l'enclume ils auraient des excuses pour sombrer dans le misérabilisme et les déclamations alarmistes. Je n'ai jamais retrouvé la ferveur sans affectation de ces chrétiens de Jérusalem et de Palestine en France. 

    Les chrétiens de France préfèrent passer leur temps à excuser leur indifférence, leur incapacité à réfléchir aux causes profondes de la crise  de Sens que nous vivons, à savoir la société libérale libertaire et l'hyper-libéralisme en intellectualisant, en oubliant de vivre la foi un petit peu au moins...

  • Fragments d'un journal en Palestine – 7

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    Retours à l'Ouest

    palestine, israël, société, religionsA Jérusalem, il était facile de revenir régulièrement en Occident, pour cela il suffisait, sortant de la Vieille Ville, de traverser la place de l'hotel de ville, Safra Square, juste en face de la « Porte Neuve » pour y être, quand nous en avions assez des pèlerins autistes, des fous atteints par le syndrôme de Jérusalem, des militants de ci, de ça, des idiots violents, nous franchissions cette frontière aussi bien physique que mentale pour prendre une sorte de cure de modernité.

     

    Ce n'était pas tout à fait l'Ouest, pas tout à fait l'Europe, mais une sorte de reconstitution presque exacte dans quelques rues où l'on pouvait cependant parfois croiser des intégristes juifs en noir et des femmes en costume traditionnel accompagnées d'une ribambelle d'enfances piaillant.

     

    Cette reconstitution était une sorte de parc d'attractions plus ou moins de perdition pour les plus religieux habitants de Jérusalem, pensez donc, on pouvait y consommer de l'alcool voire en acheter pour plus tard, y trouver de la charcuterie, dont de la charcuterie « kasher », cela existe, fabriquée par des israéliens d'origine russe dans le nord du pays, certifiée « kasher » pour peu que le sang du cochon ne touche pas le sol de « Eretz Israel ».

     

    Pour cela, rien de plus simple, il suffisait de faire couler une dalle de béton sur le sol de l'abattoir.

     

    Ces quartiers « à l'occidentale » ne l'étaient pas tant que ça, si progressistes, puisque les jours de fêtes religieuses, les interdits alimentaires par exemple, que l'on soit juif ou pas, devaient être scrupuleusement appliquées. Et nous avons souvent remarqué que même dans des familles que nous croyions bien au-dessus de tout cela, libérales, même libertaires, ces prescriptions étaient suivies à la lettre.

     

    Celles-ci ne seraient jamais allé prier au « Kotel », préférant les offices de la Grande Synagogue de Jérusalem, réputés plus modernes, en apparence, en apparence seulement car les officiants y étaient tout aussi rigoureux quant à leur identité religieuse, et israélienne.

     

    Ces israéliens de Jérusalem nous l'ont souvent expliqué, vivre dans cette ville est toujours un choix pour eux comme ça l'est pour les palestiniens. Ce n'est pas gratuit de vivre dans la « Ville Sainte », d'y travailler. C'était de temps couplé, nous l'avons maintes fois constaté, avec une vision messianique d'Israël et du sionisme, vision appuyé par les pentecôtistes américains ou les communautés charismatiques catholiques.

     

    palestine,israël,société,religionsIl nous est arrivé, c'était une provocation innocente, de demander dans les restaurants des steacks bien saignants avec une sauce au roquefort, ou un peu de beurre persillé, ce qui est rigoureusement interdit par la « kashrout ». L'art de vivre tellement méprisé en France, cette culture de la table, de la convivialité, est une des composantes importantes de la liberté, qui ne se décide pas par des grandes envolées mais qui se vit.

     

    Un soir où un ami et votre serviteur ressentaient fortement le besoin de se réjouir le ventre autrement qu'avec du « houmous » et des « pitâ », ou des « mixed grill » caoutchouteux servis avec des frites élastiques allègrement trempées dans une dizaine de litres d'huile, nous avons réussi de haute lutte à convaincre un patron de restaurant de la rue de Jaffa de nous servir une entrecôte qui ne réponde pas du tout aux normes religieuses, et qui soit donc bien meilleure à déguster.

     

    Les conducteurs de « l'Express » hors d'âge qui nous servit souvent de voiture ces deux ans; profitant de la plaque consulaire, se garaient n'importe où histoire de taquiner les militaires patrouillant régulièrement dans ce coin de la ville somme toute.

     

    La ville occidentale avait l'avantage énorme pour moi d'abriter quelques librairies en son sein, dont une librairie française, et des livres qui sont autant de produits de première nécessité pour moi, et pas seulement des livres de spiritualité, de mystiques racontant leurs illuminations diverses et variées et plus ou moins fantasmées, les uns se prenant pour des pionniers en droite ligne descendants des hébreux, les autres jouant à Lawrence d'Arabie, ce qui dans les deux cas est une forme de pathologie politique, religieuse et touristique.

     

    J'ai pu me passer de beaucoup de choses pendant mon séjour à Jérusalem, mais il m'aurait été impossible de me passer complètement de livres. Lire « le caporal épinglé » de Jacques Perret ou « la grande peur des bien-pensants » de Bernanos avait une toute autre signification dans cette ville que cela en a sous nos cieux, c'est un geste d'insoumission à la sottise, à la haine, aux manques d'altérité qui nous entouraient.

     

    C'était malgré tout un espace de liberté, où des gestes et attitudes que nous considérons comme tout simples ou allant de soi en Europe étaient, par des tenants des grandes religions, perçus comme autant de transgressions, en particulier par tous ceux que la sainteté de la « Ville Sainte » rendaient fous.

     

    Je m'étonne encore du fait que parmi ces illuminés tous persuadés de vivre pour la première fois des émotions extraordinaire l'on trouve surtout des personnes ayant des problèmes personnels à surmonter, ou compenser quelque frustration ou complexe enfoui bien soigneusement derrière une affectation mystique parfois pénible. A nous rendre régulièrement dans un café de la rue Ben Yehuda, nous provoquions l'horreur de ces fous, leur colère parfois, car nous cédions à des plaisirs matériels tellement vulgaires à leurs yeux.

     

    Combien de fois ais-je été choqué d'entendre ces purs esprits déclarer que selon eux ces moments de joie « simplement » matériels étaient des barrières à la foi, étaient inutiles, n'ayant pas compris que c'est justement dans ces moments qu'ils dédaignent que celle-ci s'incarne au mieux, car ce n'est pas ce que l'on mange ou ce que l'on boit qui est le plus important mais ce que l'on partage autour de soi.

     

    Combien de fois les ais-je entendu suggérer avec mépris, de la même manière que des hygiénistes « bio », végétariens, ou végétaliens, les esprits étroits se ressemblent, qu'apprécier la bonne chère du bon vin entre amis était une espèce de beuverie immorale ?

     

    palestine,israël,société,religionsLa plupart était incapable de ressentir la beauté de l'accueil qui nous était la plupart du temps réservé, également du côté occidental, les plus doués pour cela étant paradoxalement les ultra-religieux de Mea Shearim, le quartier ultra-orthodoxe.


    J'ai vécu dans ces quartiers des moments parfois surréalistes, petits et plus importants, de cette caissière de restaurant nous proposant de nous servir la sauce chocolat demandée sur nos glaces par la porte arrière de l'endroit, pour que personne ne puisse le voir, à ces instants où tout s'arrête, les êtres humains, leur activité, leurs véhicules se figeant complètement lors des minutes du souvenir de la « Shoah » cimentant les communautés nombreuses, souvent antagonistes, et hétérogènes composant Israèl.


    On pouvait observer alors des touristes complètement perdus dans une ville devenue pour eux un musée de cire grandeur nature, se postant parfois sous le nez des personnes immobiles, résistant pour certains à l'envie de les toucher du doigt pour éprouver leur réalité sujette dans ces moments là à un questionnement.


    Il était fréquent que je rencontre dans cette partie de la ville un ou plusieurs taxis-man palestiniens me saluant d'un sonore "Hello Abunah" me rendant immédiatement suspect aux yeux des israéliens à kippa noire du quartier de complicité avec des terroristes. Ils ignoraient que bien loin de songer au terrorisme, les jeunes palestiniens ne rêvaient que d'une chose, pouvoir travailler, circuler librement et aller draguer les jolies filles rue Ben Yehuda ou sur le front de mer à Tel-Aviv, Jaffa....

    image du haut prise ici

    Safra square image prise ici

    passants dans le quartier de Mea Shearim, image prise ici

  • Fragments d'un journal en Palestine – 6

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    Juillet 2000 : l'angoisse de la routine

    jérusalem, politique, israèl, palestine, nostalgieEn Juillet 2000, nous étions partis depuis bientôt deux ans, nos deux ans de contrat, et l'angoisse du retour, du retour de nos routines se fit plus pesante. D'aucuns parmi nous pour se rassurer savaient qu'en rentrant ils termineraient qui un cursus universitaire, qui un parcours professionnel, et retrouverait un cocon plus ou moins douillet. Afin de retarder au maximum ces retrouvailles, la plupart choisissait le « chemin des écoliers » pour rentrer, préférant le bateau et de multiples escales.

     

    Quand je suis rentré, j'ai choisi quant à moi l'avion pour rentrer d'un coup, avaler le calice rapidement.

     

    Pour moi il était très difficile de songer ne serait-ce qu'un peu à cette routine sans angoisse en ayant devant moi chaque jour la munificence du « Dôme du Rocher », la sensualité des paysages du Jourdain par la fenêtre et en ressentant à chaque instant la douceur du climat et l'accueil généreux des habitants.

     

    Pour les gens du quartier, j'étais devenu un des leurs, y compris pour les petits voleurs de touristes hollandais, que la police israélienne laissait faire afin d'entretenir l'impression d'insécurité perpétuelle dans la « Vieille Ville » et affirmer de temps à autres leur présence en procédant à des arrestations spectaculaires et violentes de délinquants qu'ils laissaient courir le reste du temps.

     

    Un soir où des pèlerins français assistaient à la messe à la basilique Sainte Anne, messe présidée par un jeune évêque parisien, un de ces ecclésiastiques se situant pudiquement et exclusivement comme il le dit lui-même sur le plan spirituel, laissant de côté la réalité de ce qu'il voyait autour de lui, préférant rêver d'un Jérusalem idéalisé, peuplé seulement de purs esprits, et non cette ville où la plus grande pauvreté côtoyait la richesse la plus insolente, richesse justifiée le plus souvent hypocritement par des traditions qui ne justifient absolument rien, je compris à quel point je m'étais intégré au quartier.

     

    Un des pèlerins m'apostropha dans un anglais très hésitant :

     

    jérusalem, politique, israèl, palestine, nostalgie« You ! Canne You openeune Ze doure plize » dit-il non sans une certaine fébrilité, et quelques gouttes de sueur perlant sur son front, car il avait certainement lu et entendu les recommandations concernant la dangerosité supposée de la Vieille Ville.

     

    Quand je m'exécutai, lui et son épouse n'osèrent cependant pas sortir, il y avait l'agitation habituelle de la rue palestinienne dehors, des terroristes le couteau entre les dents à tous les coins de rue c'est certain. Il suggéra à sa femme d'attendre leur taxi à l'intérieur, ce qu'il me signala :

     

    « Oui ouile ouaitine ze taxi ine zi housse ».

     

    Je leur répondis en anglais, en rajoutant dans l'accent marqué que cela ne posait pas de problèmes.

     

    Ils me remercièrent en chœur, rassurés :

     

    « Sanque iou sœur ».

     

    Leur taxi, israélien, nous le comprîmes après le coup de fil qu'ils passèrent à la loge de Sainte Anne, ne voulait pas venir dans la Vieille Ville, ne voulait pas s'aventurer dans un quartier si mal famé à ses yeux.

     

    Le pauvre homme et son épouse étaient désespérés, se voyant déjà vendus au marché aux esclaves sur la Côte Barbaresque quand je répondis à leur anglais chaotique en français, un des Pères Blancs présent appelant rapidement un taxi arabe qui vint les cueillir juste à la sortie et qui les ramena à bon port..

     

    Ce n'était pas les seuls à être aussi terrifiés dans la Vieille Ville. Nous avions croisé des israéliennes un soir de rupture de jeûne de Ramadan qui passant tout près des murailles et entendant des bruits de pétards éclatant crurent la guerre faire rage. Nous eûmes toutes les peines du monde à les convaincre de ne pas appeler la police et l'armée, que c'était juste des gosses musulmans fêtant la rupture du jeûne.

     

    L'une d'elles nous dit, elle ne portait aucun signe distinctif, qu'ils allaient les reconnaître comme juives et les tuer. Nous essayâmes de leur faire comprendre que cela n'était pas inscrit sur leurs fronts, et que rien n'arriverait, ce fût peine perdue.

     

    Ces personnes subissant la plus grande pauvreté matérielle dans Jérusalem étaient capable par contre d'une générosité d'accueil plus extraordinaire que celui de bien des communautés religieuse confites dans leurs habitudes mortifères.

     

    Ainsi, je me souviens de ce petit boulanger qui tint à m'offrir le café, me fit visiter son logis ou ce qu'il appelait logis. Je profitais de la seule chaise valable de l'endroit, pendant que lui s'asseyait sur une caisse ayant contenu des sacs de farine. Comme je buvais son café en grignotant un des « knaffeh » qu'il m'offrit, je pus constater qu'il dormait sur un galetas immonde, poussiéreux et mangé aux animaux parasites. Il n'avait aucune amertume, il aurait bien voulu vivre confortablement mais « Inch Allah, Bukra, Maalesh ».

     

    En deux ans, je n'ai jamais eu de moment réellement de cafard. Il me suffisait de sortir la nuit au cœur des ruines de la piscine de Bethesda près desquelles j'habitais, et de rêver en regardant la voûte céleste, le ciel clair et les milliers d'étoiles, j'avais comme le sentiment que le monde entier était tout proche dans toutes les directions, que mes amis, que la France n'étaient pas si éloignés.

     

    Je faisais régulièrement le rêve suivant : au bout de la Via Dolorosa juste en bas de chez moi, juste après un petit minaret commençait la rue que j'habitais en France, qui aboutissait étrangement sur toutes les rues de ma vie

     

    Bien souvent, les personnes n'ayant pas vécu cette expérience de l'expatriation se demandent bien comment l'on peut tenir le coup du fait de l'absence de repères stables, d'une situation locale explosive, sans routines en somme. On peut d'ailleurs retrouver une routine très pesante à l'autre bout du monde. L'habitude ce n'est pas seulement dans nos pays.

     

    L'habitude peut être exotique.

     

    La réponse est assez simple, la plupart des personnes qui partent sont bien souvent inadaptés à la vie moderne, au désir de performance roi, à la loi de l'argent le plus fort, se lassent vite d'une vie apparemment bien équilibrée, voire un peu trop. Il est évident qu'ils fuient toujours quelque chose par peur de s'y confronter, cherchant dans l'extraordinaire une réponse à des questions tout ce qu'il y a de plus ordinaire.

     

    Ces questions, on pense d'ailleurs les avoir laissées en route, mais on les retrouvera au retour, aussi pesantes, voire plus, aussi douloureuses, provoquant les mêmes blessures.

     

    Les personnes qui partent, ou qui ont ce désir, ne sont pas pour autant des paumés, ou des dépressifs, mais la banalité qui a aussi ses charmes, n'est pas pour eux. Ils ont d'autres désirs, des désirs souvent d'absolu, un absolu qui au Proche Orient s'incarne dans les paysages désertiques, que ce soit celui du Negev ou du Jourdain, ou celui liquide de la Mer Rouge.

     

    Il ne s'agit pas de mépriser pour autant le quotidien, le banal, l'habituel pour autant, ce n'est simplement que ce n'est pas pour eux aussi. C'est aussi s'habituer à tout qui rend la vie insupportable, qui aliène, lorsque l'on a abdiqué face à de multiples petits compromis, tout petits mais suffisants pour se laisser vaincre et renoncer à vivre vraiment.

     

    Un ami qui était parti depuis un an de la « Ville Sainte », mais qui revenait nous voir de temps à autre, un jeune prêtre d'origine colombienne me proposa pour calmer l'angoisse un week-end à la plage à Tel Aviv, avec une visite souvenir des cafés en front de mer pour tenter de comparer une dernière fois les vertus des bières israéliennes comparées aux palestiniennes.

     

    Cet ami, ancien étudiant à l'École Biblique, se promenait là-bas sans aucune vergogne nanti d'un « keffieh » autour du coup, mais son aplomb hors-normes aplatissait curieusement toutes les velléités de violence des personnes croisées, qui lui pardonnaient ce détail vestimentaire.

     

    jérusalem, politique, israèl, palestine, nostalgieA l'aéroport, il paya son insolence (là-bas constater simplement des faits était considéré comme insolent ou transgressif) et son irrespect total des règles absurdes par huit heures de fouille, un ordinateur mis en pièces, avec une thèse, fruit d'un travail de longue haleine irrémédiablement perdue, et deux heures dans une cellule, qui furent pour lui les deux heures les plus lentes de son existence, et surtout son refus des compromis grotesques, en vigueur à Jérusalem parmi nombre de chrétiens expatriés qui ne voulaient surtout pas voir le réel, que cela avait également choqué, à commencer par les membres de la plupart des communautés charismatiques qui allaient jusqu'à emboîter le pas à des fous en pleine sublimation de leurs frustrations, ayant des visions compensant la grisaille de leurs existences mornes.

     

    Je le remercie encore de m'avoir donné quelques bonnes adresses à Jaffa, Jérusalem, Haïfa, non loin du temple des pacifiques « Bahai », tenants d'une secte farfelue mais sans haine dans ses comportements, ou Tel Aviv sur le front de mer, où les jolies filles ne manquaient pas (dans son cas, il m'affirmait que l'on peut admirer la création divine, dont font partie les jolies filles, qui sont comme des fleurs que l'on n'a pas forcément besoin de cueillir, mais aussi à Ramallah, où il m'indiqua une fumerie de narghileh en haut d'une tour de béton, Jénine, où nous mangeâmes un vrai « mezze » palestinien, Naplouse, nous dégustâmes des « mixed grill » près d'une fabrique de savon ou Gaza, nous bûmes du café dit « turc » affalé comme des sultans de l'ancienne Bagdad sur des coussins aux couleurs vives.

     

    Il trouvait ça normal, cherchant à ce que « rien de ce qui est humain ne lui demeure étranger », n'y voyant pas de contradiction avec son sacerdoce dont il respectait scrupuleusement toutes les exigences morales. Il n'y a pas besoin « d'avoir l'air » de quelque chose pour l'être vraiment, ou pas.

    Temple des BaHa'is pris ici

    "Star et Bucks café" de Ramallah pris ici

    Marché aux puces de Jaffa emprunté à ce site