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histoire - Page 4

  • Histoire de France - Jacques Bainville

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    L'histoire est-elle une science ?
    medium_Bainville-pf.jpgCe livre est l'un de mes préférés, un des livres d'histoire les plus clairs et les mieux écrits que j'ai lu. Voilà bien l'un de mes premiers sujets de dispute avec un ami, historien distingué. Car, l'histoire n'est pas une science, sauf pour ses données immédiatement quantifiables. Sinon, peut-on réduire les êtres humains en poudre et les analyser en labo ? Peut-on analyser objectivement la Shoah ou tout autre génocide ? La quantification de l'histoire est une scorie que les diverses théories positivistes - j'allais dire matérialistes- ont laissé échapper : du libéralisme au marxisme. Certains iront même jusqu'à opposer le nombre de morts dans leur camp pour justifier leurs idées, on va même parfois jusqu'à mettre en balance les massacres. Alors qu'un medium_bainville2.jpgmassacre est injustifiable en lui-même au premier mort. Bien sûr, Jacques Bainville n'est que peu fréquentable pour certains de nos beaux esprits (c'est eux qui le disent). Il faisait partie de l'Action Française et, faut-il rappeler, est à la base d'un des plus beaux canulars ayant ridiculisé les ancêtres de nos beaux esprits : le drame de la Poldèvie. Jacques Bainville était aussi un diplomate et son oeuvre est surtout une histoires des relations internationales. Son livre, comme sa biographie de Napoléon, ou "Les dictatures", belle dénonciation du système totalitaire, est cependant passionnant et remarquablement bien écrit. C'est à noter car les doctes historiens de nos belles universités poussent souvent le snobisme à rédiger leurs livres le plus mal possible.

    Titre : Histoire de France | Auteur : Jacques Bainville | Editeur : Marabout

    Site ici sur "le drame poldève" 

  • Le discours de Malraux au Panthéon lors du transfert des cendres de Jean- Moulin

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    Je le connais par coeur, écoutez le...

    « Monsieur le Président de la République,

    medium_jean-moulin-1.jpgVoilà donc plus de vingt ans que Jean Moulin partit, par un temps de décembre sans doute semblable à celui-ci, pour être parachuté sur la terre de Provence, et devenir le chef d'un peuple de la nuit. Sans la cérémonie d'aujourd'hui, combien d'enfants de France sauraient son nom ? Il ne le retrouva lui-même que pour être tué ; et depuis, sont nés seize millions d'enfants...

    Puissent les commémorations des deux guerres s'achever aujourd'hui par la résurrection du peuple d'ombres que cet homme anima, qu'il symbolise, et qu'il fait entrer ici comme une humble garde solennelle autour de son corps de mort. Après vingt ans, la Résistance est devenue un monde de limbes où la légende se mêle à l'organisation. Le sentiment profond, organique, millénaire, qui a pris depuis son action légendaire, voici comment je l'ai rencontré. Dans un village de Corrèze, les Allemands avaient tué des combattants du maquis, et donné ordre au maire de les faire enterrer en secret, à l'aube. Il est d'usage, dans cette région, que chaque femme assiste aux obsèques de tout mort de son village en se tenant sur la tombe de sa propre famille. Nul ne connaissait ces morts, qui étaient des Alsaciens. Quand ils atteignirent le cimetière, portés par nos paysans sous la garde menaçante des mitraillettes allemandes, la nuit qui se retirait comme la mer laissa paraître les femmes noires de Corrèze, immobiles du haut en bas de la montagne, et attendant en silence, chacune sur la tombe des siens, l'ensevelissement des morts français. Ce sentiment qui appelle la légende sans lequel la résistance n'eut jamais existé et qui nous réunit aujourd'hui c'est peut-être simplement l'accent invincible de la fraternité.

    La suite ici

  • Qui était "collabo" en 1940-44 ?

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    medium_brinon.jpgUn exemple : De Brinon (à l'extrême gauche sur la photo), journaliste en vogue dans l'entre-deux-guerres, d'allliance juive par son épouse, s'engage à corps perdu dans la collaboration nazie. A la Libération, surnommé "le traître intégral", il sera fusillé. En 1933, Daladier chargea De Brinon d'une mission secrète auprès de Hitler. Le journaliste tomba en admiration devant le Führer et milita pour une alliance franco-allemande. Après l'armistice de 1940, il devint haut fonctionnaire et resta à son poste durant toute l'Occupation. Les archives ayant aujourd'hui cinquante ans, Gilbert Joseph y a puisé des tas de renseignements sur le personnage de De Brinon. On comprend un peu mieux comment fonctionnait son univers de la collaboration. Ardu mais instructif. (Note de Sahkti sur zazieweb)

    medium_vichy.gifQui était collabo à l'époque si ce n'est tout le monde, excepté de très rares hommes et femmes libres, qui ont d'ailleurs souvent payé de leur vie cette liberté, ceci quelles que soient leurs opinions. Il est vrai qu'il y eut la collaboration de personnages en vue, comme de Brinon, et celle, banale et quotidienne du "bon" peuple, les "salauds de pauvres" de la traversée de Paris, qui ont tout accepté, y compris l'étoile jaune pour les juifs, sans sourciller (excepté un texte de Marcel Aymé). Au Danemark, où il y avait un "Gauleiter", gouverneur d'occupation, je crois, la reine a porté l'étoile jaune par protestation, la majorité des danois avait suivi, le lendemain, plus aucun juif ne l'avait sur lui alors qu'en France, la police française raflait au Vel d'Hiv, sur dénonciation de "bons" français.

    medium_resistance.2.jpgIl n'y eut pas d'insurrection populaire contre Vichy comme il y en eut dans d'autres pays contre des régimes du même acabit (en Yougoslavie par exemple). Personnellement, j'en ai un peu assez du mythe de la résistance "cachée" de tous les français et de l'ignominie de quelques personnages comme de Brinon, bouc émissaires de la, lâcheté du troupeau. La réalité était plus dure à avaler (cf les ouvrages de Robert Paxton sur le sujet). Cela rend la résistance de quelques uns d'autant plus méritoire, de Jean-Pierre Vernant à Hélie de Saint Marc en passant par Jean Moulin ou tout autre membre de "l'armée des ombres". Cela montre aussi combien de bassesses nous sommes prêts à commettre pour conserver ne serait-ce qu'une parcelle de confort matériel.

  • Genet en Palestine

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    Les paravents de la civilisation
    medium_GenetChicago.jpgDe Genet, on retient souvent l'homosexuel affirmé et en rupture de société, le militant anti-bourgeois contre l'hypocrisie morale. Ce fut aussi un des premiers écrivains à s'intéresser aux souffrances des palestiniens. A Gaza, à Jérusalem, à Ramallah, on ne compte pas les salles Jean Genet, les centres du même nom, qui rendent hommage plus qu'en France à ce littérateur. Il affirme déjà dans les années 70 qu'il y a une colonisation des terres par des européens et des américains en Palestine, que les palestiniens ou les arabes israéliens y sont des citoyens de seconde zone...

    C'est certainement extrême et plus ou moins juste car cela ne fait finalement que bouter le feu à la haine et à la violence et comme beaucoup de pro-palestiniens, il ne se rendait pas compte des conséquences. La raison de cette passion est peut-être dans le fait qu'en Palestine, Genet a trouvé sa vraie patrie, "sa" terre sainte où on l'acceptait tel quel. 

    Titre : Jean Genet et la Palestine - Revue d'études palestiniennes | Auteur : Collectif | Editeur : Minuit

    Photo prise à Chicago en compagnie d'Allen Ginsberg lors d'une manifestation pro-palestinienne

  • Taine en Italie

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    Loin de tout académisme
    medium_taine.gifTaine parcourt l'Italie et s'intéresse à l'art en général, peintures, sculptures et architecture. Il en parle non en érudit, ou en historien un peu froid, mais sensuellement et charnellement. Pour lui, les monuments ne sont pas des boîtes vides, seulement des musées. Il les rattache au présent, s'amuse de certains paradoxes, des palais magnifiques peuvent cacher medium_Florence.jpgdes familles faméliques, où les parents paient le boire et le manger en prostituant leurs enfants. Il a l'amour du Sud en général et de "sa" Méditerranée, chaleureuse, bruyante, cosmopolite, accueillante. On la retrouvera d'ailleurs, vu sous d'autres sensibilités, chez Visconti dans ses souvenirs, ou Braudel.

    Titre : Voyages en Italie. Tome 1 : Rome | Auteur : Hyppolite Taine | Editeur : Complexe

    Taine chez Wikipédia

  • Au milieu du désert

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     Je lis tellement de bêtises sur certains blogs à ce sujet que j'ai envie d'aller un peu à contresens...

    medium_ie.jpg"Encore dans les grisailles du temps présent, encore un rêve, encore une ivresse nouvelle...
    Quelle en sera la durée ? Quand en sonnera le glas ? Quel en sera le lendemain ? Cependant le souvenir de ces quelques jours meilleurs et plus vivants me demeurera à jamais cher, car voilà encore quelques intants arrachés à la désespérante banalité de la vie, quelques heures de sauvées du néant."
    Isabelle est morte lors d'une catastrophe comme il en arrive dans le désert notamment quand il y a trop d'eau d'un seul coup. J'ai vu aussi le phénomène en Jordanie. Elle était si jeune encore, et déjà si riche de mille expériences que des vieux sages beaucoup plus respectables n'ont jamais vécues. Sa courte vie en remplit trois ou quatre autres. A notre époque de médiocrité assumée et triomphante, où les gens hors-norme passent au mieux pour des casse-pieds, elle se serait sûrement ennuyée comme Lawrence l'auteur des Piliers de la Sagesse. Elle a des petites soeurs, je connais des jeunes femmes européennes qui sont parties vivre à Gaza, et d'autres en Iran et en Irak, et n'en partiront certainement jamais, ce qui serait un déchirement. Peut-être Isabelle a-t-elle évité cette blessure ?
    medium_ie2.3.jpgElle se passionne aussi pour l'Islam et l'arabe (ce qui semblera paradoxal à beaucoup de gens, une femme s'intéressant à cette culture), dont elle apprend la calligraphie minutieuse, les usages, le rythme. Elle en comprend le fond, tellement plus complexe que ce que l'on en dit, si différent du nôtre, mais pas tant que ça finalement.
    Il faut rappeler que ce sont des lettrés musulmans qui ont été les premiers à permettre la redécouverte des philosophes antiques en Europe (en passant par l'Espagne mozarabe). Ce sont eux qui ont souvent sauvé le côté méditerranéen de notre société. Cela montre aussi pour notre époque que certains amalgames sont des plus medium_ie3.2.jpgdangereux car cette culture est d'une richesse sans pareil et multiculturelle (comme en témoigne par exemple la construction du Dôme du Rocher à Jérusalem-al Quds : des artistes arméniens, palestiniens, byzantins, italiens...)
    C'est aussi une femme libre, sensible, indépendante et totalement détachée des biens matériels, sans avoir besoin de se justifier par une religion ou une idéologie (pour elle cela va de soi) ou d'une vaine gloriole attachée à un statut social. Elle lit, écrit, profite des plaisirs si sensuels de la culture arabe : à commencer par les parfums, les tabacs, les medium_ie4.jpgplaisirs des thermes (ou hammam), l'art de ne rien faire, de contempler la nature. Elle apprend sans cesse de ses rencontres, comme celle avec Liautey, général et colonisateur que l'on caricature trop souvent comme baderne d'extrême-droite, ce qui n'est pas tout à fait le cas.
    Il ne m'a fallu qu'une nuit pour lire ce livre qui prend à la gorge, à l'esprit, aux tripes de celles et ceux qui ont fait cette expérience unique du désert, qui n'a rien d'un lieu mort et ressemble aussi à la page blanche de l'écrivain, car on le remplit de méditations, de rêves et de cauchemars.

    Titre : Lettres et journaliers | Auteur : Isabelle Eberhardt | Editeur : Actes Sud

  • Paris crapuleux

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    medium_crime1.jpegLe Paris criminel de Claude Dubois a disparu, les voyous ne sont plus les mêmes. Parfois, il arrive qu'on ne les distingue pas des honnêtes gens ou réputés tels. Pour sortir de la misère, et narguer les autorités incapables de les aider, certains choisissaient des voies radicales pour s'enrichir : dévaliser le bourgeois, lui faire les poches, faire "travailler" des filles, ce qui permettait de "relever les compteurs", obtenir un crédit au bout d'un revolver. Tous ces criminels faisaient partie du vrai Paris populaire d'antan, une ville moins frelatée que maintenant par le goût de l'"authentique". De l'authentique, le Paris canaille en avait à revendre, de manière quelques fois très dure. Les truands ont d'ailleurs inventé d'autres langages très rapidement pour ne pas être compris des flics ou de leurs sbires : "verlan", argot et javanais.

    medium_crime2.jpegIl y avait aussi une mémoire politique, les souvenirs de ce quoi les bourgeois sont capables quant on conteste leur autorité, à commencer par la répression "versaillaise" contre les "communards". Le banditisme se doublait alors de revendications politiques, du moins au départ, ensuite ce n'était souvent que vénal. Ce livre est excellent car il montre qu'une ville, ce n'est pas seulement les monuments, ce qui est considéré canoniquement comme "beau", mais ce sont aussi ces marges, dont la fréquentation, bien que dangereuse pour la santé, est passionnante. Ces truands participent du brassage social et sont de temps en temps moins immoraux que bien des gouvernants...

    Titre : Paris Gangster. Mecs, macs et micmacs du milieu parisien | Auteur : Claude Dubois

  • Femmes à poils et normalité

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    medium_barbe.jpgPour répondre à la demande générale de la souris qui trouve que ce blog n'est pas assez sexy et comme je suis un petit malin, je mets en ligne derechef deux photos de femmes "à poils" dont une tirée du film fantastique le plus réussi qui soit, c'est-à-dire "Freaks". Cela me rappelle la définition actuelle complètement totalitaire de la normalité et que celle-ci est toute relative, on peut se medium_barbe2.jpgdemander si elle existe même. A la place de normalité, je mettrai bien la notion d'humanité, plus importante. Les "phénomènes de foire" en sont des révélateurs, des miroirs pour notre âme. Nous croyons y voir parfois nos pulsions malsaines les plus secrètes alors qu'il ne s'agit que d'incapacité à regarder en face notre propre faiblesse. J'aime beaucoup "Freaks", très difficile à voir cependant, pour toutes ces raisons. 

    La compagnie des femmes à barbe en lien

  • Etre historien - critique des mémoires de J.P. Vernant par Adeline David

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    « Je hais les indifférents. Pour moi vivre veut dire prendre parti. Celui qui vit vraiment ne peut pas ne pas être citoyen et partisan. L’indifférence est apathie, elle est parasitisme, elle est lâcheté" Antonio Gramsci – 11 février 1917 - Oltretorrente - Pino Canucci - Christian Bourgois 2005

    medium_sphinx_V.jpgJean Pierre Vernant revient sur son parcours, sa vie au service d'une passion pour l'histoire, l'histoire grecque ancienne. De sa première visite en terre grecque, jeune homme avide de découvertes et de partage, constatant que l'accueil est encore dans certains endroits un honneur, une occasion unique d'ouvrir les yeux sur l'autre, à son engagement dans la résistance, son refus obstiné de la médiocrité et de la crapulerie promises par Vichy, puis à son entrée en antiquité grecque, en rationalité, en éternel apprentissage, c'est à un voyage au coeur de la qualité d'un homme auquel nous sommes conviés. Sur la mémoire et ses pièges, sur les sources et leur artificialité, Jean-Pierre Vernant nous convie à une réflexion afin de sortir des passions stériles qui ont conduit à des attitudes ignominieuses de la part de spécialistes totalement oublieux de l'humain et de revenir longuement sur la cas Aubrac avec en fin d'ouvrage l'interventions de Jean Pierre Vernant à la Table Ronde qui en 1997 devait permettre aux époux Aubrac de confronter leurs souvenirs à l'Histoire.

    Si la mémoire est en permanente reconstruction, doit-elle être niée pour autant ? Les sources sont-elles contingentes de leur époque ? Oublier de les relier à leur environnement, c'est leur ôter tout intérêt et toute fiabilité. Les exemples de Vernant sont à cet égard particulièrement éclairants. on retrouve aussi la passion de l'historien et cette qualité merveilleuse qui fait un grand prof, comme Tulard, Contamine, Favier et d'autres, savoir devenir conteur. L'exigence mais aussi l'imprégnation dans l'imaginaire de ces époques. Le professeur qui devient conteur pour son petit fils et qui démontre la puissance d'une Histoire science humaine. L'anthropologie de l'Histoire ou la fabuleuse voie qui donne à cette matière sa puissance d'évocation et son attrait jamais démenti.

    Titre : La traversée des frontières : entre mythe et politique | Auteur : Jean-Pierre Vernant | Editeur : Seuil

    Adeline David alias Hécate 

    Son espace sur Zazieweb 

    Sa page perso 

  • La mort de Jean-Pierre Vernant - revue de presse

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    Je ne partage pas certaine convictions de Jean-Pierre Vernant mais on ne peut qu'admirer son parcours remarquable. On ne peut que louer son esprit de résistance, de liberté, de ne pas accepter l'inacceptable. J'ai lu de lui la plupart de ses ouvrages d'Histoire à l'Université sur la Grèce antique, fondement de notre civilisation, et qui a essaimé dans toutes les cultures. La lecture de ses livres m'a fait regretter de ne pas avoir approfondi mes connaissances sur la question. On en trouve des traces partout y compris dans les trois religions monothéistes. Enfin, comme le note quelqu'un qui le connaissait bien, c'était un "bon vivant" ce qui nous aurait rapproché un peu plus. C'était aussi un grand-oncle aimé et admiré.

    Article du Monde 

    medium_jpv1.jpgJean-Pierre Vernant est mort mardi 9 janvier, à son domicile, à Sèvres (Hauts-de-Seine). Celui dont les travaux ont bouleversé le regard sur l'homme et le monde de la Grèce antique, du CNRS (1948) à l'Ecole pratique des hautes études (1958), puis au Collège de France (1975), venait d'avoir 93 ans.

    Né à Provins (Seine-et-Marne) le 4 janvier 1914, Jean-Pierre Vernant reste orphelin à 8ans, après la mort de sa mère, puisqu'il n'a pas connu son père – ce qui lui fit dire qu'il ne savait pas trop ce qu'est le complexe d'Œdipe. Une boutade, puisque, même recomposée, la figure paternelle fut décisive. Engagé volontaire dans l'infanterie aux premières heures de la Grande Guerre, Jean est mort au front en 1915. Cet agrégé de philosophie, qui avait dû renoncer à la carrière universitaire pour reprendre l'entreprise de presse que son père avait fondée à Provins à la fin du XIXe siècle, sut défendre avec Le Briard les options éthiques d'une lignée d'intellectuels engagés dans le siècle, anticléricaux, voire antireligieux, et dreyfusards de la première heure. Un héritage que ses deux fils, Jacques et Jean-Pierre, reçus tous deux majors de l'agrégation de philosophie – un exploit inédit ! – n'eurent de cesse d'assumer. Quand l'aîné, Jacques, dénonce à l'été 1939 la signature du pacte germano-soviétique, Jean-Pierre, le cadet, rappelle que "le vrai courage, c'est, au-dedans de soi, de ne pas céder, ne pas plier, ne pas renoncer. Etre le grain de sable que les plus lourds engins, écrasant tout sur leur passage, ne réussissent pas à briser". Partager cette profession de foi suffit à vous faire adopter comme frère d'armes, puisque la résistance ne peut qu'être un combat, pour soi et les autres.

    La suite ici 

    Article de "l'Express" 

    medium_jpv2.jpgC'était un des plus grands spécialistes français de la Grèce antique. Jean-Pierre Vernant est décédé hier à 93 ans. Helléniste de renommée internationale, mais aussi philosophe et anthropologue, il était professeur honoraire au Collège de France.

    Il laisse de nombreux ouvrages, notamment Les origines de la pensée grecque (1962) ou Mythes et religion en Grèce ancienne (1990), un de ses sujets de prédilection.

    Compagnon de la Libération
    D'abord élève en philosophie, Jean-Pierre Vernant avait été reçu premier à l'agrégation, dans cette discipline, en 1937. Adhérent aux Jeunesses communistes, il entra dans la Résistance dès 1940 et rejoint le réseau Libération-Sud, fondé par Emmanuel d'Astier de la Vigerie. Il commanda par la suite les Forces françaises de l'Intérieur (FFI) de Haute-Garonne sous le pseudonyme du "colonel Berthier". Compagnon de la Libération, Jean-Pierre Vernant était
    aussi membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence. Il soutenait, depuis sa création en 2001, le fonds associatif Non-Violence XXI.

    Bibliographie non exhaustive : 

    Chez Maspero : Mythe et pensée chez les Grecs (1965) ; Mythe et société en Grèce ancienne (1974) ; Religion grecque, religions antiques (1976) ; Religion, histoires, raisons (1979).

    Chez d'autres éditeurs : Les Origines de la pensée grecque (PUF, 1962) ; La Mort dans les yeux (Hachette, 1985) ; L'Individu, la mort, l'amour (Gallimard, 1989) ; Mythe et religion en Grèce ancienne (Seuil, 1990) ; L'Univers, les dieux, les hommes. Récits grecs des origines (Seuil, 1999).

    Les Mémoires : Entre mythe et politique (Seuil, 1996) et La Traversée des frontières (Seuil, 2004).

    Avec Pierre Vidal-Naquet : Mythe et tragédie en Grèce ancienne (tome 1 : éd. Maspero, 1972 ; tome 2 : La Découverte, 1986) ; Travail et esclavage en Grèce ancienne (Complexe, 1988).

    Avec Marcel Détienne : Les Ruses de l'intelligence (Flammarion, 1974) ; La Cuisine du sacrifice en pays grec (Gallimard, 1979).

    Sous la direction de Jean-Pierre Vernant : L'Homme grec (Seuil, 1993) ; Mythes grecs au figuré, de l'Antiquité au baroque (Gallimard, 1996).

  • Le bon mot qui tue

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    medium_18.jpgA la fin du XVIIème siècle, la civilisation française était en manque de raffinement, le premier de ces raffinements étant celui du langage. Ce fut l'époque des "précieuses", ne ressemblant en rien à celles de Molière, de l'âge classique de Versailles et du roi danseur, des tragédies écrites en une langue si pure, du jansénisme reflétant un désir de profondeur spirituelle, celle-ci ne tenant pas seulement pour les jansénistes, et certainement à raison, au décorum de la "Contre Réforme".
    L'auteur de cet essai décrit et analyse les multiples fondements qu'il y a entre toutes les écoles, medium_versailles.jpegtous les courants de pensée de cette période passionnante.
    Dans les salons, à la cour, les bons mots fusaient et on prétendit quelques fois qu'ils pouvaient tuer (cf : "Ridicule" qui fait cependant l'erreur de présenter Louis XVI comme un nabot sans cervelle, qu'il n'était pas). On parlait de l'un ou de l'autre par allusion, un mot suffisait à détruire une réputation ou à la rehausser de plusieurs degrés. Ce n'était pas que l'amour de la conversation à bâtons rompus, mais surtout l'amour de la langue, du beau langage, dont Proust est certainement un descendant en droite ligne.

    Titre : L'âge de la conversation | Auteur : Benedetta Craveri | Editeur : Gallimard

  • La philosophie dans le living room

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    medium_rousseau.jpgAttention, il s'agit de dérision...
    "Si Louis XIV, par son talent, avait suscité un Grand Siècle, Louis XV, malgré sa paresse, peut signer son siècle des Lumières. Il s'agit non pas de l'éclairage au gaz, qui viendra un peu plus tard, mais des lumières de la connaissance et de la raison, allumées par les gros cerveaux des philosophes qui se multiplient au XVIIIe siècle.
    L'un des plus volumineux est Diderot qui, avec son équipe de chercheurs socialistes, rédige de 1751 à 1772 l'Encyclopédie, manifeste de l'idéologie optimiste et rationaliste qui donnera au monde la démocratie libérale, le communisme et Bernard-Henri Lévy.

    Autre cerveau de première catégorie, spirituel et méchant : celui de Voltaire qui, avec son affaire Callas (une obscure erreur judiciaire), donne une avant-première de l'affaire Dreyfus.
    medium_voltaire.jpgVoltaire est surtout le premier intellectuel de gauche, dans la mesure où il est très à l'aise dans la haute société qu'il dénonce.
    Esprit universel, il est aussi l'ancêtre du fascisme avec ses considérations sur les juifs et les Noirs.
    Enfin, il peut être considéré comme un pionnier du capitalisme actionnaire avec les dividendes qu'il retire de la traite des esclaves. Avec ça très spirituel, bien de chez nous.
    Autre grosse pointure, Jean-Jacques Rousseau, qui malgré des origines modestes et protestantes, conquiert Paris vers 1750 avec son Discours sur l'origine de l'inégalité parmi les hommes, best-seller des salons aristocratiques.
    La grande idée de Rousseau, c'est que l'homme est naturellement bon et que c'est la société pourrie qui le corrompt. Cet axiome peut sembler simple et même faux, mais c'est quand même lui qui a donné le pouvoir à Pol Pot et à François Mitterrand.
    medium_14juill.jpgDans l'immédiat en tout cas, personne ne songera à contester le mythe du bon sauvage - sauf peut-être l'explorateur La Pérouse, dévoré en 1788 par des indigènes polynésiens.
    RÉSUMÉ : Le siècle des Lumières est le triomphe des intellectuels de gauche, parasites talentueux de la société d'Ancien Régime. Voltaire et Rousseau, par leurs écrits et leurs plaisanteries, préparent la Révolution tout en vivant dans un cadre agréable. Les libertins se cultivent grâce à l'Encyclopédie de Diderot et, entre deux lectures, ils font beaucoup l'amour et boivent du chocolat."

    La suite ici chez "Jalons"

  • "Les ruines sont muettes"

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    medium_oradour.jpgVoilà un livre qui montre le vrai visage de la guerre, qui montre que la gloire militaire, la grandeur des armes ne devrait avoir aucun sens, que les frontières changent mais pas les hommes, que tout ce qui excite la haine est mauvais, que ce sont toujours les plus faibles qui subissent la loi des plus forts, après plusieurs milliers d'années de philosophie, de réflexion, de théologie, que la conscience de l'homme n'a pas progressé d'un iota. Il y a pourtant urgence : il y a eu des Oradours kurdes, irakiens, iraniens, chiliens, afghans, palestiniens, polonais, français, italiens, allemands, anglais, irlandais, salvadoriens, russes, lituaniens, tchèques, croates, serbes, bosniaques, roumains, américains, vietnamiens, cambodgiens etc...etc...etc...
    medium_oradour2.jpgC''est aussi le premier livre d'histoire abordant enfin le sujet. Ce n'est pas non plus un énième livre sur les massacres de la deuxième guerre, il y a toujours un devoir de mémoire, de compréhension de cette mémoire au moins pour les juifs, tziganes, slaves, chrétiens, musulmans, africains, homosexuels exterminés à cette époque.

    Titre : Oradour | Auteur : Jean-jacques Fouché | Editeur : Liana Levi (Editions)

    Lien permanent Catégories : Histoire
  • Historiquement correct - L'Histoire est-elle une science ?

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    medium_1224_71historiquementcorrect.jpgCroyant flairer un de ces livres qui, sous couvert de dénoncer le "politiquement correct", ne ferait qu'imposer un point de vue -disons - "traditionnel" sur l'histoire de France, j'avais laissé cet ouvrage de côté. C'était un tort, car il démontre, même si, par ci, par là, on sent bien les opinions de l'auteur, que l'histoire n'est pas monolithique et qu'elle est loin d'être une science. On constate aussi que l'histoire, telle qu'elle est enseignée, à tous les niveaux, est un ensemble de dogmes intangibles, à droite et à gauche, sur certains régimes passés, mais que la réalité était beaucoup plus complexe et moins manichéenne. Maintenant, il est vrai qu'il y a beaucoup de choses que l'on sait déjà et que l'on apprend dans les cours d'histoire des universités françaises. Il faudrait aussi éviter la tentation d'idéaliser une époque ou de la comparer à la nôtre. Le XVIIème siècle français et le XXIème, c'est un peu deux planètes très différentes. Enfin, chaque époque a apporté quelque chose : l'humanisme a permis une pris de conscience, minime au départ, contre l'esclavage. Même si Rousseau n'a pas reconnu ses enfants, il n'en reste pas moins que ce qu'il a écrit a permis de les protéger des adultes beaucoup plus qu'avant. Je trouve que jean Sévilla devrait parfois relire Jacques Bainville que, personellement, je préfère.

    Titre : Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique | Auteur : Jean Sévillia | Editeur : Perrin

  • Juifs de Russie

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    medium_yid1.jpgUn peuple sans terre, mais cultivant presque maladivement ses racines avec la tradition, vivait en Europe. Il subissait depuis des siècles des lois iniques le ravalant au rang de peuple de seconde zone, méprisé et jalousé, souffrant des moqueries, des railleries et de la sottise en général. Pourtant il y avait de grands philosophes et d'extraordinaires musiciens dans ce peuple. Le XXème siècle, un des plus noirs de l'histoire humaine, fut le point culminant de l'antisémitisme. On accuse souvent seulement les nazis en oubliant qu'il y eut aussi un antisémitisme de gauche, communiste, qui, en Russie soviétique, comme le rappelle l'auteur, valait bien celui du IIIème Reich et des tsars de l'Ancien Régime impérial. L'auteur de cet ouvrage raconte les progrès et les medium_yid2.jpgbutoirs des rapports entre les juifs et les russes, les communistes d'avant 1989, la méfiance, les incompréhensions, les envies de liberté. On se rappellera que la première vague d'émigration vers la Palestine pour tenter le rêve de construire un nouvel Israël, au départ état laïc et d'inspiration utopique, vient de Russie (A ce sujet, et à cause de l'actualité, on s'aperçoit que Israël, au moins dans les villes où la laïcité existe, a réussi l'intégration d'immigrés de plusieurs peuples très différents, même si encore beaucoup de jeunes filles russes finissent dans les "lap dancings" de Tel Aviv).

    Titre : Deux siècles ensemble, 1795-1995. Tome premier | Auteur : Alexandre Soljénitsyne | Editeur : Fayard

  • Article de Gérard Silighini sur le 11 novembre 1918

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    Cette photo que je publie, je l'ai prise à Gentioux, sur le plateau de Millevache.

    medium_monument_gentioux_pour_web.jpgCe monument aux morts que j'avais découvert il y a une trentaine d'années m'avait touché et étonné aussi. Cet enfant en sarrau qui crie tout simplement: "Maudite soit la guerre", on ne le retrouve pas si souvent sur nos monuments !

    Journée de commémoration ce samedi. J'aurai participé aux cérémonies d'Aulnay sur Iton, d'Evreux, de Claville et enfin de Saint Sébastien de Morsent où j'ai d'ailleurs pris la parole, évoquant cette grande guerre qui devait être la der des ders et son cortège de souffrances.

    Les millions de morts, de blessés, de mutilés finissent par ne plus évoquer qu'une abstraction tant le nombre en est grand... C'est pourtant très concrètement 1 français sur 10 qui est blessé à dans cette guerre... 1 Français sur 20 qui va désormais vivre avec un bras, une jambe en moins ou aveugle, ou la gueule cassée... 1 Français sur 35 qui perd la vie dans cette absurdité... Pas une famille qui ne soit pas touchée...

    Ce devait être la der des ders et cela ne l'a pas été puisque 20 ans après (Ce n'est pas long 20 ans ! ) c'était une nouvelle explosion mondiale. C'était la naissance d'une nouvelle barbarie. C'était des dizaines de millions de victimes. C'était le massacre industrialisé de millions de civils que condamnait le regard fou d'un racisme largement partagé

    La guerre, c'est toujours l'échec du politique et le traité de Versailles sur fond de partage d'un monde colonialiste entre les vainqueurs de 1918 porte en germe déjà la seconde guerre mondiale. Il faut s'en souvenir... Il ne faut pas que ces millions de morts, que ces souffrances n'aient servies à rien...

    medium_douaumont.jpgC'est de notre capacité à règler les relations entre les nations mais à affirmer et à consolider surtout des règles de solidarité en la matière que dépend la paix... L'idée de l'Europe et la construction européennes vont dans ce sens... C'est mieux d'Europe qu'il nous faut; c'est toujours mieux d'Europe... C'est une Europe qui ne soit pas qu'un immense marché... C'est une Europe politique... C'est une Europe solidaire.

    Tiré du blog de Gérard Silighini 

  • 11 Novembre 1918

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    medium_11nov.jpgLe lundi 11 novembre 1918, à 11 heures, dans toute la France, les cloches sonnent à la volée. Au front, les clairons bondissent sur les parapets et sonnent le «Cessez-le-Feu», «Levez-vous», «Au Drapeau». La «Marseillaise» jaillit à pleins poumons des tranchées. Même soulagement en face, dans le camp allemand.

    Pour la première fois depuis quatre ans, Français et Allemands peuvent se regarder sans s'entretuer. Un armistice a été conclu le matin entre les Alliés et l'Allemagne, dernière des Puissances Centrales à rendre les armes. Il laisse derrière lui huit millions de morts et six millions de mutilés.

    Les survivants ont perdu la foi dans les valeurs morales et spirituelles qui ont fait la grandeur et l'unité de l'Europe. Mais ils veulent croire que cette guerre qui s'achève restera la dernière de l'Histoire, la «der des der»...

    La suite du texte et plus encore ici sur Herodote.net excellent site historique

  • 17 octobre 1961

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    medium_charonne.jpgA cette date, après une manifestation pacifique d'algériens pour l'ndépendance, les policiers français ont fait plus de trois-cent victimes dont beaucoup ont été jeté à la Seine, on retrouva des corps jusqu'à Rouen. Je ne suis pas spécialement fanatique de la repentance et vient d'une famille où l'on était plutôt Algérie Française mais là ce sont des faits objectifs que l'on ne peut contester tout comme le massacre des "harkis" restés en Algérie à la fin de la guerre, autre évènement que l'histoire officielle oublie. 

    Il y a une très belle chanson de Juliette Gréco sur l'évènement.

    Article de Libération sur le sujet

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