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histoire - Page 3

  • Tous les Bousquet du monde

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    16710.jpgJ’ai regardé avec intérêt le téléfilm sur René Bousquet avec Daniel Prévôt, qui l’incarnait avec talent. On semble y découvrir que les monstres y sont des êtres humains comme les autres, des fonctionnaires dociles voire serviles qui veulent faire une bonne carrière tout simplement. René Bousquet était comme François Mitterrand, un temps au moins, et d’autres de cette période, prêts à obéir et appliquer des décisions iniques et inhumaines si cela doit asseoir leurs intérêts, ce n’était pas un fanatique, encore moins un extrémiste ou un exalté. Ce sont les grandes écoles et les fabriques d’élites qui en sont responsables, les élites de la nation fabriquent ces robots administratifs qui ne connaissent aucune compassion, des cyniques qui agitent de grandes idées mais ne sont pas sincères une seconde, y compris au plus haut sommet de l’État ou des états : j’ai lu une déclaration de Warren Buffet assez intéressante à ce sujet, il affirme que si les gouvernements voulaient vraiment moraliser les dividendes des traders, ils leur suffiraient de taxer à 100% certains produits financiers à court terme, mais qu’aucun ne le fera car la plupart de ces braves gens, bienfaiteurs auto-proclamés de l’humanité, tiennent finalement trop à leur train de vie assuré par leur carnet d’adresses. Bousquet n’a même pas conscience d’avoir fait du mal, tout comme les traders irresponsables ou les politiques français qui changent de camp (suivez mon regard), il reste tout du long sur ses rails de lèche-cul endiplômé, au pancréas surchargé de bile du fait de l’insatisfaction. A la fin, une de ses anciennes victimes vient le voir pour le regarder en face, lui parler de ses crimes, mais elle est presque déçue par la petitesse du personnage, son aveuglement, sa médiocrité de nanti du système qui comme d’autres a fini par croire qu’il était vraiment un phare de la nation démocratique et que cela lui donnait tous les droits.

  • « L'Amérique » de Joan Didion - chroniques

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    Je suis en train de terminer ce recueil d'une dizaine de chroniques sur l'Amérique principalement des années 60 au début des années 90 bien plus intéressants que les souvenirs de jeunesse et de coucheries d'autres auteurs.

    didion_pic.jpgJe me demande comment il se fait que les écrivains anglo-saxons arrivent à être aussi fins et d'une telle acuité sur leur époque, sur ses illusions et ses faux-semblants quand un écrivain français contemporain ne sera souvent capable que de se répandre sur son nombril, sa taille, sa forme, son odeur ou son goût, ainsi Marie D. ou encore Anna G.. Quand un écrivain anglo-saxon écrit ce genre de livres, il est capable d'y insuffler du romanesque, même s'il ne s'agit que de « non-fiction ». Il aura moins de scrupules à utiliser le style du roman noir, du polar, ou du livre de genre en général, pour parler de leur monde, qui est le socle du notre, un monde déjà consumériste à l'excès, jusqu'à la boulimie et la nausée. A rebours de tout le reste de la société, l'auteure prend le temps de réfléchir, contempler, parfois admirer, railler et se moquer, mais sans haine ni violence. Elle ne fait que constater la petitesse des aspirations, la médiocrité des rêves, très matérialistes, l'absence de grandeur.

    Joan Didion explore les marges des États-Unis, et ses figures emblématiques comme John Wayne voire celles que l'on craint mais qui fascinent comme Charles Manson et sa famille de tarés criminels, face sombre du mouvement hippie qui était surtout une mode au départ, si l'on excepte les « Diggers » de San Francisco qui avait de vrais points de vue, allant plus loin que « Peace and Love ». Elle traverse le pays dans sa Ford Gran torino, autre symbole de l'« americana » des années prospères, des grandes déclarations de principes qui ne mènent pas à grand-chose ; Kennedy reste la grande figure inattaquable, un président qui ressemblait à un personnage d'Hollywood, qui avait l'air tellement généreux, alors que déjà ce n'était que de la communication, ce qui transforme ce livre en « road-movie », et annonce les années de plomb, les années 70, beaucoup plus pessimistes. Elle choisit d'écrire dans un style dense et sec, mais l'on perçoit derrière les lignes toute la sensibilité et toute la passion dont elle semble capable, sa sensibilité à un monde qui rejette le vrai ou le beau pour ne retenir que les apparences : il n'y a pas besoin d'être vraiment hippie pour que les autres le croient, il n'y a pas besoin de vouloir réellement changer le monde, il suffit de donner le change en maintenant les apparences encore une fois.

    pretty2.jpgElle rencontre John Wayne au summum de sa gloire, persuadé qu'il a vaincu le grand C (le Cancer) contracté sur le tournage de « Gengis Kahn » filmé sur un site mal désaffecté d'essais nucléaires. Il est un peu comme le cow-boy Marlboro, une icône immédiatement identifiable, il rappelle les grands espaces, ce nouveau monde complètement vierge qui ne l'est plus depuis longtemps à la fin des années soixante, idéal que tout américain conserve au fond de son âme, avec l'esprit de la « Frontière », des pionniers en chariots. Elle monte sur les collines de Burbanks rencontrer les privilégiés du miroir aux alouettes, dont certains finiront mal, minés par l'autodestruction, comme Robert Evans, flamboyant et narcissique loser hollywoodien ; Tous terrorisés par le meurtre de Sharon Tate qui clôt dans le sang ce que l'on croyait être l'été de l'Amour universel, c'est la fin de l'utopie qui se termine dans un bain de sang. Avant l'assassinat de la jeune épouse de Roman Polanski, il était « hype » de laisser entrer des « freaks » comme Manson et ses enfants dégénérés, ou encore d'autres hippies, après les riches ont bâti des barrières un peu plus hautes, électrifiées, surveillées par vidéo, pour maintenir coûte que coûte le joli paravent laissant l'illusion d'un paradis résidentiel dans le vent. Joan Didion décrit ensuite les refuges des naufragés de luxe des « sixties », perdus au Maroc, vers Tanger ou ailleurs, passant leurs journées au bord de plages privées, faisant mine de penser à un livre qu'ils n'écriront jamais, singeant les autochtones, avides de retrouver une authenticité et une vérité perdue qu'ils sont bien incapables d'identifier quand ils la trouvent cependant.

    Photos : Joan Didion, en haut, Sharon Tate, en bas

  • Sexe, drogues et pantalons à franges

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    c9_full.jpgAlain Dister - « Oh Hippie Days » (chez "J'ai lu")

    J'aime bien la littérature dite « rock », les livres de Nick Tosches, Greil Marcus ou encore Nik Cohn. A partir de l'analyse d'une musique, ces auteurs en disent beaucoup sur notre époque, ses ruptures, ses désillusions, ses espoirs, ses problèmes, même quand ils traitent d'une autre période. Et l'écriture de ces livres qui ressort aussi de la « Non-fiction », genre initié par Truman Capote avec « De sang froid » est toujours étonnamment énergique. C'est un peu en songeant à ces livres que j'ai commencé « Oh, Hippie Days » d'Alain Dister. Malheureusement, ce récit a un sérieux handicap qui est qu'il a le cul entre deux chaises. D'un côté, l'auteur veut raconter les communautés hippies, les années 60 sans mythe ni légende, de l'autre il égrène ses souvenirs de coucheries, bitures et soirées drogues dont on a franchement pas grand-chose à faire dans le propos. On a l'impression d'une petit bourgeois favorisé, propret qui s'est offert deux ou trois années sympathiques sans trop se poser de questions et en testant la véracité du fameux slogan « sex, drug and rock and roll ». Il rencontre beaucoup d'enfants perdus, d'héritières en rupture de ban, de fils à Papa en révolte post-pubertaire. Certains vont trop loin dans l'expérience psychédélique et sombrent dans l'hébétude des « Junkie hotels » où des gosses ne font rien d'autres que se piquer toute la journée, n'attendant que la prochaine dose et rien d'autre.

    On parle beaucoup de fraternité, d'amour et de tolérance, mais on se contente de fumer du « hash » en guise de réponse ou de projet, à une exception près qu'est le groupe des « Diggers », qui n'avaient pas besoin de franges, de fleurs dans les cheveux ou de combi Volskwagen pour rêver d'un tout petit peu plus d'équité. Il y avait une différence entre les enfants sages qui ne faisaient que sacrifier à la mode et se défouler sexuellement et moralement, sachant très bien que ça finirait par un « costume trois pièces » et un attaché-case, et les « freaks » qui y croyaient vraiment, s'imaginant pour de bon entrant enfin dans l'ère du Verseau. L'instinct grégaire y était tout autant développé que de nos jours, avec son corollaire habituel qui est l'absence totale de réflexion intellectuelle individuelle, ainsi un après-midi d'euphorie, un jeune auteur avait lu devant un public de hippies un texte sur la jeunesse, dont l'auteur était en fait Hitler qui avait lu ça devant les « Hitlerjugend » en 1935, ceci afin de démontrer la vacuité du mouvement. Après les réactions exaltées des auditeurs, l'auteur du canular avait vendu la mèche. Malgré les autocollants « Peace and Love », il manqua de se faire lyncher : « Gare à celui qui dit la vérité... », on connait la suite. L'auteur s'engage dans une communauté anti-guerre du Vietnam à la fin de son séjour, beaucoup s'enfuiront pour échapper aux combats, à la différence des noirs pauvres qui constitueront une « chair à canon » de substitution en somme. Quelques icônes entrent déjà au panthéon des héros universels, alibi des amateurs de lieux communs, prophètes sans grandeur d'un empire du Bien encore à venir. Kennedy à l'époque ou Obama maintenant, c'est un peu le même cliché.

    J'aimerais trouver ce livre sympathique mais je ressens un peu cela comme le témoignage d'un quinquagénaire pleurant à chaudes larmes sur un passé idéalisé pour une bonne raison, il l'a vécu, ce genre de personnages à catogan qui fait dans la culture après avoir glandé plusieurs années ou en université ou en pantouflant ailleurs, quitte à ce que ce soit la boîte de Papamaman. De leur expérience hédoniste de jouisseur bourgeois, il tirent parfois la croyance qu'ils sont là pour guider le reste du monde, l'amener au bonheur, parfois malgré lui, et finissent idéologues communs, dogmatiques sans pitié, ennemis de toute contradiction qui les amène pour certains à se comporter en miliciens de la pensée morale ou politique.

    Janis Joplin pour incarner l'esprit de cette époque...

  • Négationisme(s)

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    libe_auschwitz_enfants.jpgLa première chose à dire serait qu'il n'y a pas qu'un seul négationnisme. Les polémiques autour des déclarations stupides de Monseigneur Williamson m'ont remis en mémoire la visite de Georges Boudarel à la fac de Nanterre en 1991, visite à laquelle j'assistais puisque nous étions venus à quelques uns pour chahuter un peu tout ça. Boudarel nous expliquait qu'il n'avait pas du tout été kapo ni même qu'il avait torturé des prisonniers, en gros c'était une sorte de camp de vacances un peu rude certes, mais qu'il "fallait remettre les choses dans le contexte" selon la sacro-sainte formule. De l'autre je me souviens également d'une conférence organisée par l'autre rive qui nous affirmait que, bien sûr, Pinochet était un militaire un peu dur, mais que son pays était prospère, c'était donc tout ce qui comptait. Ce qui était intéressant était que Boudarel avait été invité par un professeur de Paris X qui nous répétait que l'histoire doit être objective.

    Je ne parle pas bien sûr des ministres et hommes politiques actuels qui étaient maos qui écrivaient à l'époque que la Révolution culturelle était une sorte de monôme sympathique bien que parfois un peu violent, ou encore de ces historiens qui nous disent que les vendéens, parmi les premiers à avoir accepté la Révolution justement, étaient des misérables superstitieux et sans esprit, que les nobles avaient manipulé contre la Révolution (on rappellera que le premier à en avoir parlé est Gracchus Babeuf, plus révolutionnaire encore que Robespierre), rappelons l'existence de fours crématoires à Angers et Nantes en 1795, on pourrait parler de toutes ces dictatures d'Amérique du sud, des massacres de Nankin, ou de Deir Yassine, et ce qui s'est passé à Gaza qui a tout d'un massacre, avec la complicité objective du Hamas, la liste est longue. Les tenants d'une idéologie, fût-elle généreuse au départ, ont tous une conceptions infantile de leurs convictions : un massacre qui semble remettre en cause leurs certitudes est à minimiser, et ceux qui remettent en cause leur idéologie, qui veut toujours le bien de l'humanité malgré elle, sont des fous ou des malades mentaux. Dans le cas de Williamson, c'est aussi le problème des multiples groupes qui composent actuellement l'Église, protestant tous de leur bonne catholicité, alors qu'ils sont à peine catholiques, et que c'est une question de partage des pouvoirs, les responsables de ses communautés ne voulant pas en céder une parcelle au souverain pontife.

    goulag.jpgSur quoi se base le négationnisme relatif aux camps de la mort nazis ? Il se base principalement sur une source qui sont les déclarations du médecin-chef d'Auschwitz qui prétendait, après la guerre, bien sûr, que les chambres à gaz étaient un traitement contre le typhus et d'autres maladies, "bien sûr un peu rude mais enfin c'était la guerre". Là-dessus, tous les livres révisionnistes se sont greffés sur ce témoignage en partant de deux axes de réflexion (si j'ose dire) : on le pense donc on a raison, cela contredit la version de l'histoire du pouvoir bourgeois (la plupart des premiers révisionnistes sont d'extrème-gauche) donc c'est la bonne. C'est tout, c'est donc extrèmement léger. De toutes façons,  l'existence des chambres à gaz a été largement prouvée par les journaux des SS et des responsables des camps eux-mêmes qui étaient fiers de leur tâche affreuse et méticuleux au point de tout noter. Le négationnisme part aussi d'un point de vue sur l'homme plus ou moins rousseauiste qui veut qu'une telle chose n'est pas possible car l'homme étant bon par nature, il n'a pas pu commettre cela, à savoir tuer des personnes juste parce qu'elles sont nées ou parce qu'elles contredisaient les opinions de la majorité, ou tout simplement par haine de la différence physique ou mentale. On sait bien pourtant que l'horreur se banalise rapidement, ainsi nous tolérons que des êtres humains dorment par terre dans nos rues quand il fait un froid polaire. Malheureusement aux yeux du tenant d'une idéologie, ou d'un révisionniste, ce que je dis n'a aucune valeur, la réalité, la confrontation au réel est pervertie par son point de vue uniquement tourné vers la satisfaction ressentie au triomphe de ses idées. Et il n'est de pire sourd que celui qui ne veut pas entendre...

    En photos, des rescapés d'Auschwitz et des prisonniers du goulag de Sibérie orientale

  • Claire obscure

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    Les bobos avant les bobos – Claire Bretécher sociologue ?

    bretecherclaire.jpgIl y a quelques jours est passé sur France 5 un excellent documentaire portant sur Claire Bretécher, sa vie, son œuvre en raccourci. Au départ un peu rebuté, j'avais peur de tomber sur une bobo type ou une nostalgique de « Maisoissantuite » j'ai découvert une femme qui me plaît bien, incisive, ironique, très juste dans ses points de vue sur la bêtise de l'époque depuis les années 60 justement. Elle démystifie complètement les années 70, qu'elle trouve d'une « incroyable bêtise » par des comportements immatures et égoïstes qui montrent bien que rien n'a changé des rapports humains en général, de ceux des hommes et des femmes en particulier (en clair ou « en claire », l'autorité incombe toujours aux maris et les épouses en plus de travailler à l'extérieur se tapent toujours les tâches domestiques). La « nouvelle » liberté sexuelle n'était pour elle qu'un paravent hypocrite de la société des bourgeois ou des consommateurs qui avait enfin abandonné son moralisme de façade pour enfin vivre ses pulsions amorales au grand jour . Comme elle le dit, ses frustrés « pensent à gauche et vivent à droite », comme les bobos actuels qui quant à eux se sentent de moins en moins coupables de gagner du bon pognon. A son époque, la politique était déjà une fumisterie dans la plupart des cas, des communautés néo-babas du Larzac aux lofts mondains de Saint Germain des Prés.

    J'ai un peu de mal avec Agrippine qui est aussi agaçante que ses modèles du monde réel, bien qu'attachante par certains côtés, ces ados de milieu plutôt privilégié où l'on vit toujours à droite et où l'on pense toujours à gôche, où l'on a de gros problèmes existentiels relatifs aux fringues et aux garçons, à l'argent de poche, où l'on voudrait bien se rebeller mais dans une boîte à bac des beaux quartiers c'est plus dur. Le portrait que Claire Bretécher fait de cette ado est donc très juste. Le seul point irréaliste est la culture d'Agrippine, qui connaît beaucoup mieux les classiques et la littérature actuelle que la plupart des élèves de son âge qui lisent un livre quand ils ont -presque- le couteau sous la gorge de peur de passer pour plus intelligents ou originaux. Et son langage, qui est une invention de Bretécher due à son ras-le-bol du verlan mis à toutes les sauces ou du langage pseudo-rap, est plus complexe que celui de ses congénères qui ne savent pas pour la plupart aligner trois mots sans faute de syntaxe (je sais là c'est mon côté vieux con qui ressort je suis sûr). Agrippine est toute autant obsédée par le louque et l'apparence que ses contemporains/es, tout aussi bêtement. Ce n'est donc pas le talent de Bretécher qui est en cause, mais sa trop grande justesse dans la caricature.

    Dans le documentaire on aperçoit des peintures de la dessinatrice, qui a aussi ce talent là, des portraits qu'elle a fait éditer il y a quelques temps mais qu'elle a refusé d'exposer. Ses portraits sont étonnants de sensibilité et d'émotion, reflétant au mieux semble-t-il la personne peinte, elle ne cherche pas la ressemblance mais la justesse psychologique. J'aime bien ses couleurs en aplats et pastel, l'ambiance en mineur des toiles, la nostalgie et la mélancolie que l'on y perçoit, l'humour aussi, un peu de douleur résiliente dont la certitude d'être laide et de l'être restée alors qu'elle ne l'est pas, son amour de la beauté où qu'elle soit. Elle est très amie avec la comédienne Dominique Lavanant qui a le même sens de la dérision, du grotesque et des prétentions stupides de ceux que l'on appelle les bourgeois bohèmes mais aussi les bourgeois tout court. Elle fait quelque chose que j'aime bien les jours de fête qui est de descendre de chez elle (elle habite dans le XVIIIème) avec une bonne bouteille de vin qu'elle partage avec les clochards du coin.

    son site

    une planche des frustrés

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  • "Les anciens combattants font suer les consommateurs"

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    les%20poilus%2014-18.jpgAndré Kaspi, un historien, trouve qu'il y a trop de commémorations et qu'elles deviennent inutiles (l'Algérie, jeanne d'Arc, le 11 Novembre...). Je suis presque d'accord sur les fournées de repentance hypocrites que l'on nous refourgue avec constance depuis des lustres. A force de se repentir, ce qui ne change pour l'instant strictement rien au racisme ordinaire, il faudrait plutôt encourager et revoir l'enseignement de l'histoire toujours biaisé d'un bord ou de l'autre, je sais ce que je dis, j'ai eu pour ma part en licence des cours d'histoire économique par Jacques Marseille, entre autres, libéral-libertaire parfaitement assumé, et d'autres par un ou deux archéo-marxistes gardiens du temple. Sinon, il me semble que les soldats de 14, ceux de 40, ceux de la guerre d'Algérie aussi (à mon avis il manque là une commémoration quant aux harkis, mal-traités depuis 40 ans, dans les camps, je ne vois pas d'autres mots pour les baraquements qu'on leur a réservé, autour de Montpellier ils ont l'électricité seulement depuis 1997), se sont battus pour que nous puissions continuer à vivre en nous souciant surtout de futilités et à garder quand même à l'esprit que la liberté n'est pas un vain mot. Bien sûr, c'est pas sympââ à se souvenir car la nature humaine n'est pas faite de guimauve en tube ou de pain d'épices par paquets de douze. Ce brave Kaspi (auteur d'une dispensable "histoire des États Unis") croit d'ailleurs utile de terminer en affirmant qu'il faudrait des fêtes au niveau européen, pour "aller de l'avant", et qu'il ne faut plus embêter les jeunes avec le passé, merde quoi, ces anciens combattants, ces grands pères que nous n'avons pas connu, ces citoyens qui sont allés se battre non pas pour le capital mais pour des valeurs plus grandes que la piscine d'un trader, il faudrait qu'on enfouisse leur souvenir sous plusieurs couches de bons sentiments, d'égotisme de bas étage, de narcissisme de petit bourgeois repu et amoral (se disant parfois de gôche tant qu'il n'a pas à partager son magot) qui veut pouvoir continuer à baisouiller à droite et à gauche sans trop se farcir le crâne de scrupules et de réflexion, continuer à consommer, c'est fatigant de réfléchir sur le passé, ça empêche de profiter de sa vie étriquée et de continuer à pratiquer le genre d'hédonisme ennuyeux qui semble être devenu la norme...

    On rappellera qu'un régime sans mémoire est un totalitarisme, relisez Orwell...

  • Que s'est-il passé le 14 Juillet 1789 ? - sketch des "Inconnus"

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    Qu'est-il arrivé à Louis croix-vé-bâton et ses potes en 1789 ? Louis croix-vé-bâton aurait-il pu s'en tirer s'il avait filé une targette à Robespierre avec son copain Mouloud ? Dans ce sketch des "Inconnus", un valeureux serviteur de l'Éducation Nationale tente de l'apprendre à de jeunes voyous qui ne savent même pas tout ce que Djack Lang a fait pour eux. Le jour du 14 Juillet, les sans-culottes qui sont allés à la Bastille portaient une effigie d'Henri IV. Dans la citadelle sombre et menaçante, les révolutionnaires ont trouvé des canons obsolètes, qui ne servaient qu'à marquer de temps à autres les célébrations, les gardes, au nombre de 21, étaient équipés de pétoires à un coup, et le gouverneur de l'endroit a ouvert la porte du château sans méfiance. Ont été libéré un pervers sexuel, un pédophile fébrile que l'on a repris quelques temps après soliloquant dans la rue contre le monde entier, deux jeunes cons aristocrates fichus là par leurs parents.

  • Si seulement, Rosa, si seulement...

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    Rosa_Luxemburg.jpg"C'est un fait absolument incontestable que, sans une liberté illimitée de la presse, sans une liberté absolue de réunion et d'association, la domination des larges masses populaires est inconcevable. […] La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d'un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n'est pas la liberté. La liberté, c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement."
    Rosa Luxemburg - 1870-1919 - La Révolution russe - 1918

    Des éléments de biographie sur cette révolutionnaire en cliquant sur sa photo

  • "Le crabe-Tambour" - Pierre Schoendoeffer

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    Histoire d'amitié
    987116020.jpgCe genre d'histoire, en ce moment, c'est marcher sur des oeufs, vite caricaturée comme "tout ça c'est facho et compagnie, macho et tutti quanti, des trucs de mec". C'est pas bien en plus de parler de l'armée, l'armée c'est un truc de réactionnaire, de fana-mili qui s'ignore. C'est ne pas comprendre que les livres de cet auteur sont des livres hustoniens qui renvoient à des images de quête d'absolu parfois vaine car désordonnée.

    Un capitaine d'un croiseur français recherche dans le Pacifique un ancien soldat qu'il a connu, Wilsdorf, un soldat perdu qui a été dégoûté des ordres reçus quand il est parti avec ses camarades d'Indochine (tirer sur les populations, taper à coups de crosse sur les mains de ceux qui s'accrochaient à eux pour demander une simple protection), on lui demandera la même chose en Algérie.
    Depuis, il a accompli quelques travaux inavouables pour l'armée, en sous-main, puis a décidé de ne plus vivre qu'en restant seul sur son bateau au milieu de l'océan, rejetant l'humanité presque entièrement, sauf pour l'amitié et l'esprit d'enfance, le goût de l'aventure au grand large. L'équipage du navire de guerre est des plus hétéroclites, tous ont connu Wilsdorf cependant et lui doivent quelque chose, tous ont fini par faire des compromis avec leurs idéaux (Wilsdorf est peut-être une image idéalisée de Hélie de St Marc). Ils voudraient lui dire merci, ce qu'ils feront au cours d'une tempête qui résoudra leurs atermoiements.

    Ce livre montre que ce sont des gens qui ne sont pas différents de nous qui font la guerre et commettent des actes que les bons apôtres réprouvent. Nous n'éviterions peut-être pas les mêmes travers. Il y a aussi ceux qui poussent à la guerre et qui ne la feront jamais : dans le groupe des parlementaires faucons aux États Unis, il n'y en a que quatre dont les enfants font la guerre, Donald Rumsfeld, comme Ari Fleischer, n'a pas fait son service et ses enfants ne sont pas partis en Irak où vont par contre des hispaniques pauvres et des afro-américains, en masse.
    NB : Rappelons que le film qui en a été tiré était produit par Jacques Perrin, homme de gauche...

    A noter aussi que son fils est un excellent auteur de polars... 

    Titre : Le Crabe-Tambour | Auteur : Pierre Schoendoerffer | Editeur : Grasset

    Un extrait du film

  • Vérités utiles sur le Tibet

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    727666743.jpgComme le rappelait Jean-Luc Mélenchon, le Tibet n'a pas toujours été ce paradis de la non-violence et de moines bouddhistes tellement pacifiques ou un havre de paix pour "has been" hollywoodiens en quête de sens. Dans le boycott ou non des J.O. ce n'est pas ça le problème le plus grave d'ailleurs mais l'esclavage organisé du peuple chinois. Avant que la Chine de Mao ne l'envahisse indûment, le Tibet était un pays de castes étanches les unes aux autres dans lequel 1 ou 2% de la population possédait la quasi-totalité des richesses, en l'occurrence les moines bouddhistes. C'était un féodalisme théocratique poussé à l'extrême dans lequel le servage était encore une réalité concrète. Il y avait aussi des massacres perpétrés contre tous ceux qui étaient de religion différente : il y eut des chrétiens et des musulmans, des incroyants massacrés dans les années 20, à coups de bâtons. De plus les émeutes contre la Chine ne sont pas tant des émeutes politiques que des émeutes xénophobes contre les chinois habitant au Tibet (Bien sûr cela n'excuse pas pour autant la répression policière). Quand on fait de l'histoire, il vaut mieux éviter l'hagiographie, cela permet de dire moins de sottises et de se laisser gouverner par ses émotions.

  • Le 22 Mars 1968 à Nanterre - le début de "mai 68"

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    209922225.jpgLe 22 Mars 1968, les étudiants de Nanterre mâles ont demandé à pouvoir rejoindre leurs copines de couettes passé 22 heures ce qui était strictement interdit auparavant. Devant le refus de la présidence de l'université de changer les règles et la visite maladroite du ministre de la jeunesse et des sports qui conseilla aux jeunes présents de "piquer une tête" dans la piscine pour "calmer leurs ardeurs", les étudiants se sont entêtés, le mouvement s'est radicalisé, a pris de l'ampleur et a atteint toutes les couches de la société, cela n'a été qu'un révélateur de changements de société déjà existants. Certes, le mouvement qui s'est étendu au monde ouvrier a amené l'instauration du SMIC et puis que la morale desserre un peu son col de chemise, ce n'est pas si inutile que ça, mais quarante ans après, il s'agit toujours somme toutes d'histoires de copines de couettes, la libération des moeurs ayant surtout bénéficié à une classe favorisée en fait. Il y en a qui vont jusqu'à parler de 794058098.jpgrévolution, ils se trompent, les mêmes hommes politiques, à peu de choses près, sont toujours là, Hortefeux par exemple vaut bien Poniatowski, et les meneurs de ce monôme un peu plus long que d'habitude "pantouflent" dans les ministères ou au Parlement européen (idem pour ceux qui manifestaient contre Devaquet en 1986). Beaucoup, étrangement, oublient qu'ils ont été maoïstes et qu'ils se sont comportés en véritables commissaires politiques bornés et sans pitié ensuite. 

    Cependant, personellement, malgré tout, j'aurai toujours beaucoup plus de sympathie pour un gauchiste tel que l'on pouvait encore en croiser dans les couloirs de Nanterre quand j'y étudiais, un naïf rêvant de changer le monde, l'un d'eux qui étudiait l'ethnologie de la Chine, par exemple, vend maintenant du poisson à Auchan, qu'un jeune con libéral et sûr de détenir la bonne parole monétariste m'expliquant pourquoi il est indispensable qu'une partie du monde crève de faim pour que l'autre se goberge ou un idéologue ranci prêchant pour son maître à penser et sa théorie mortifère. Et le situationnisme est plus que jamais d'actualité (voir image ci-contre). Il faut relire Guy Debord et Raoul Vaneigeim qui, malgré leurs excès, étaient doués de plus d'acuité que d'autres qui n'ont toujours rien compris à ce monde.

    Un extrait de "la sociéte du spectacle"

    Thèse n° 12
    Le spectacle se présente comme une énorme positivité indiscutable et inaccessible. Il ne dit rien de plus que « ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît ». L'attitude qu'il exige par principe est cette acceptation passive qu'il a déjà en fait obtenue par sa manière d'apparaître sans réplique, par son monopole de l'apparence.

  • Quelques justes pendant la guerre...

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    639032366.jpgPour ne pas tout à fait entretenir la légende noire des français, en particulier catholiques, sous l'Occupation, je publie la lettre pastorale de Monseigneur Saliège en 1942, un exemple de courage impressionnant, que l'on peut méditer à loisir encore maintenant, que l'on soit catholique ou pas, de gauche ou de droite. Et rappeler les bonnes oeuvres de Mère Marie-Aimée de Jésus non loin de Toulouse ou l'existence du village de Dieulefit, où la majorité catholique et la minorité protestante vivaient en paix depuis le XVIIIème siècle, qui accueillit pendant la guerre beaucoup d'enfants juifs, de réfugiés politiques de toutes obédiences. Selon Aragon, Dieulefit, "village de justes" au mémorial de Yad Vashem à Jérusalem, était la vraie capitale de la France de 1940 à 1945...

    Lettre de S.E. Monseigneur Saliège archevêque de Toulouse sur la personne humaine

    Mes très chers Frères,

    595106843.jpgIl y a une morale chrétienne, il y a une morale humaine qui impose des devoirs et reconnaît des droits. Ces devoirs et ces droits, tiennent à la nature de l’homme. Ils viennent de Dieu. On peut les violer. Il n’est au pouvoir d’aucun mortel de les supprimer.

    Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarqués pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle.

    Pourquoi le droit d’asile dans nos églises n’existe-t’il plus ?
    Pourquoi sommes-nous des vaincus ?
    Seigneur ayez pitié de nous.
    Notre-Dame, priez pour la France.

    Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils font partie du genre humain. Ils sont nos Frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier.

    France, patrie bien aimée France qui porte dans la conscience de tous tes enfants la tradition du respect de la personne humaine. France chevaleresque et généreuse, je n’en doute pas, tu n’est pas responsable de ces horreurs.

    Recevez mes chers Frères, l’assurance de mon respectueux dévouement.

    Jules-Géraud Saliège
    Archevêque de Toulouse
    13 Août 1942
    Photos : Monseigneur Saliège et le village de Dieulefit
  • Une société de contrôle : la nôtre

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    380d11a99df8b05fc435de3da90b79c4.jpgAinsi que je l'ai vu à Tel Aviv, ville en situation de guerre, les gens sont prêts à supporter bon nombre de contrôles et de -petites- humiliations, à abandonner tout ou partie de leurs libertés, pour garantir et sécuriser un confort matériel. Chez nous, l'on trouve normal de payer la délation, car "ce sont des coupables" que l'on dénonce, et si un délateur se trompait et dénonçait un innocent, qu'est-ce qui se passe, en sachant qu'il n'y a rien de pire que la rumeur ou les ragots ? Dans les pays en paix, on pourrait croire que pouvoir vivre librement est considéré comme une telle chance que personne ne la 467c1cc98cf82cd2beab03d84e1d5071.pngremettrait en question. C'est tout le contraire, les populations réclament toujours plus de contrôles de leur comportement : alimentaire, pas bien de manger de bonnes choses, sexuel, l'amour est un risque et la grossesse une maladie, et hygiénique, la cigarette et l'alcool punis d'avance, la plupart des moutons bêlants du troupeau se laissant faire, ceci afin de réfléchir le moins possible et de continuer à consommer en toute irresponsabilité.

    8741540427dafaf6657dd507c664656b.jpgCe n'est pas les caméras, ce n'est pas le fait que maintenant on peut suivre quelqu'un à la trace à la seconde près rien qu'en épluchant ses dépenses par carte, ce n'est pas le fait que l'on peut s'introduire sur l'ordinateur personnel de n'importe quel citoyen qui est effrayant en soi maintenant, c'est que tout cela est intériorisé sans aucun problème par la majorité des habitants de cette planète, certains se vantant même d'encore plus de subir encore plus de contrôle que les autres en se faisant implanter des puces dans le bras, puces qui les pistent mieux qu'un satellite espion de film 4575c58dc159ae76d2b3e19240221d71.jpgd'espionnage parano. Les auteurs de dystopie, Orwell ("1984") et Harry Harrison ("Soleil vert"), ou Matheson (plusieurs nouvelles sur ce thème de l'anti-utopie), sans oublier Philip K. Dick, (tous ses livres...), ou les réalisateurs comme Peter Watkins ("Punishment park") ou Antonioni ("Zabriskie Point"), Fritz Lang ("Métropolis") et John Carpenter ("Invasion Los Angeles", "Escape from New York") se sont bien trompés, il n'y a même pas besoin de coercition brutale, de virus, ou de conflit interminable, quoique l'on puisse se poser la question quant à la guerre en Irak, pour que l'esprit totalitaire s'installe, les êtres humains ne demandent que ça, perdus dans leurs rêves avides. 

    Nous croyons toujours qu'il est encore temps de remédier à ce fléau, mais il est déjà là, bien implanté dans les consciences. Aujourd'hui, cette prise de conscience nécessaire, cette liberté réelle de penser (qui ne consiste pas seulement à ne pas payer ses impôts) est faussée car la rébellion contre l'inique, contre le règne de l'argent est également cadrée par le système où elle devient parfois une posture et rien d'autres.

    Les photos : "Métropolis", Georges Orwell, le plan final d'"Invasion Los Angeles" et les héros de "Zabriskie Point".

  • Un bien beau documentaire... - portrait flatteur des français sous l'Occupation

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    df0d1e6f90ac40d7c051844386b1a52d.jpgOn se demande pourquoi les français ont perdu la guerre, ou du moins comment ils ont fait, quand on regarde ce genre de documentaire, comme celui diffusé hier soir et ce soir sur France 2, qui a autant de profondeur politique que, disons, "La grande vadrouille". Dans ce film, rappelons le, tous les français de l'époque sont plus ou moins résistants et l'occupant nazi est tellement grotesque que l'on se demande comment il a fait pour gagner quelques batailles en 1940. Dans le documentaire, la France semble couverte par des centaines de milliers de résistants, et tout le monde écoute le message du 18 juin, alors qu'ils étaient tout au plus quelques centaines en 1940 et cela jusqu'au STO en db4971f39e85448f2619ac31b4a65a0e.jpg1943. Sous la botte, les personnes ont essayé de survivre, de manger tous les jours et de ne pas se faire tuer par les bombardements, c'est d'ailleurs d'autant plus à l'honneur de ceux qui ont eu le courage de résister. On comprend que ce film plaise et qu'il ait eu 5 millions de téléspectateurs se sentant rassurés et flattés, finalement nous ne sommes pas si lâches se disent-ils, nos ancêtres étaient résistants mais sans le dire, c'est déjà mieux que rien se rassurent-ils. Ce sont les mêmes qui refusent de voir les dégâts d'une politique économique ultra-libérale et la pauvreté. Il faut dire que la France n'en sort pas de la Seconde Guerre Mondiale, que ce qui s'est passé entre 1939 et 1945, nous le payons encore et encore, dans une auto-flagellation mêlée curieusement à un déni de la vérité des faits, ce qui devient de plus en plus pénible. On oublie aussi de parler de tous ces résistants et de ceux qui ont sauvé des juifs non pas par idéologie ou pour servir une cause mais parce qu'il fallait tout simplement le faire et qu'il n'y avait pas d'alternative. Je m'étonne aussi que l'on célèbre la Résistance alors que l'on est en train de détruire les idées qu'elle a engendrées au sortir de la guerre et qui ont permis de créer la Sécurité Sociale ou les Caisse d'Allocations Familiales ?

  • Ce qui est remis en cause c'est le programme du CNR

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    6f62ffade36693e417f3ef50ce017333.jpgAu sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, l'on a appliqué le programme du CNR ou Comité National de la Résistance composé de politiques de la droite gaulliste aux communistes. S'il y avait dedans des absurdités et quelques non sens, il y avait également des acquis indéniables et la création d'institutions engendrant plus de solidarité dont la Sécurité Sociale, bien que l'on nous serine sur tous les tons qu'elle est en dettes, qu'elle coûte cher, c'est la meilleure du monde, la Caisse d'Allocations Familiales, même constatations que pour la Sécu. Cela a permis de développer un évident lien social entre tous les français, d'empêcher que seuls les plus riches soient bénéficiaires du système. Or, Denis Kessler, ancien "mao", ce n'est donc pas la moitié d'un imbécile, et Charles Beigbeider, le frère de l'écrivain, pas la moitié d'un abruti, l'ont annoncé clairement, le but des "réformes" du gouvernement Fillon et de Nicolas Sarkozy, tous deux héritiers prétendus du gaullisme, est de liquider  le programme mis en place par le CNR au lendemain du conflit. Le fait qu'il y ait eu des communistes dedans ne devrait pas choquer les citoyens00f497fe14158f255da99ce850542b01.jpg de droite car c'est le bien commun qui était en jeu, l'est toujours et qui a été garanti par quelques unes des institutions nouvellement créées. Il ne s'agit donc pas de "réformes" mais de la casse de tout le système social français que l'on veut rendre rentable alors qu'il n'a pas à l'être ceci afin de rentrer dans les cases du traité/forfaiture de Lisbonne.

    Le programme du CNR en lien ici 

  • Bernanos et la gauche

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    882ea17484bbcf089e0daa41af3c1c34.gifQuand Bernanos est parti en Espagne vivre à Palma de Majorque pour faire la chronique louangeuse de l'Espagne franquiste ainsi que lui demandait son journal, "l'Action Française", Maurras et Daudet le voyait comme leur digne héritier. Après avoir vu les franquistes commettre plusieurs exactions, après avoir entendu le témoignage de son fils qui s'était engagé dans la Phalange, après avoir vu les feux de dizaines de charniers au lieu des feux de la Saint Jean qu'il croyait trouver, il a décidé de dire la vérité, toute la vérité. Comme il était intègre, il ne pouvait donc plus supporter de rester dans un journal en contradiction profonde avec ses opinions, ses idéaux, ses aspirations, y compris si sa survie alimentaire eût été en jeu. Or, je lis sur plusieurs blogs, sites et publications de gauche, que Bernanos aurait donc ainsi changé d'avis quant à ses rêves, pas du tout, il ne passe pas sur l'autre bord, si tant est qu'on puisse dire qu'il fût d'une rive ou de l'autre, il garde intactes sa foi et ses opinions monarchistes, son goût ardent pour la Liberté et l'équité sociale mais si pour dire la vérité il doit se brouiller avec son camp, il n'hésite pas. C'était simplement un esprit libre, comme Simone Weil ou Georges Orwell, de gauche et capable de dire leurs désillusions et leurs déceptions quant aux dérives totalitaires et sanglantes de ceux se réclamant de leurs propres idéaux, somme toutes assez proches de ceux de Bernanos : la Vérité, l'Intégrité, le Courage, la Paix et la Justice. De ceux qui poussent à oser remettre sa sécurité matérielle en jeu pour faire triompher tout cela.   

  • Lecture de la lettre de Guy Môquet - le Père Fouettard est désillusionné

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    30044f74a3c2b53e6b26976c5e90aedd.jpgJ'ai lu la lettre, ce que cela a provoqué sur les élèves est simple :
    Ricanements ("Il était con, m'sieur, il savait qu'il allait mourir, l'était fou !") sourires au mieux, incompréhension, moqueries quand Guy Môquet parle de ses frères et soeurs en utilisant les surnoms qu'il leur donnait habituellement.
    Certes, il faut séparer l'icône du jeune homme, un jeune homme capable d'idéalisme, dire que c'est l'éloge d'un communiste est d'ailleurs une grosse erreur de la droite (beaucoup de personnes de droite oublient de rappeler le souvenir de Honoré d'Estienne d'Orves, catholique et le premier fusillé pour actes de résistance), il avait un idéal c'est tout, chose dont la plupart des élèves, que ce soit des lascars en baskets ou des petits bourgeois, ne peuvent pas comprendre en ces temps de cynisme. Certes, ils sont impressionnés par la visite des anciens résistants ou des déportés survivants, mais cela se joue uniquement sur le terrain d'une émotion superficielle et non sur celui d'une prise de conscience réelle, excepté peut-être une ou deux exceptions, on ne sait jamais. C'est toute la société qui est à revoir, non en lisant une lettre mais en revoyant les exigences éducatives à la hausse.

  • La période sombre de la Libération - à propos de "l'affaire Sacha Guitry"

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    c5278561da6e920fc415942fdf4a9eea.jpgJ'ai regardé hier ce film avec Jean-François Balmer qui a eu l'intelligence de ne pas chercher à imiter son personnage mais l'incarne avec talent. Sacha Guitry a été arrêté sans motif, si la rumeur publique. Avoir l'esprit un peu plus complexe que les autres, le commun déteste car il ne comprend pas et ce qu'il ne comprend pas il en a peur et le rejette, il trouve que ce n'est pas "normal" car il voit le monde en noir et blanc. C'est à partir de la Libération que s'est développé le mythe des français tous résistants en secret. Les résistants, les vrais, n'ont jamais été très nombreux, même après le STO. La majorité attendait la fin des combats. Cela ne diminue en rien l'honneur de ceux qui ont résisté, encore pour beacoup anonymes, bien au contraire c'est d'autant plus méritoire car souvent sans retour et à conduit la plupart d'entre eux vers les camps de la mort. A l'inverse, je suis toujours agacé par ceux qui joueraient du cor sur les toits pour montrer combien ils ont été courageux mais après coup.

    386e1462f3bd5b4ecbd4e528070f9dc5.jpgOn ressent beaucoup de dégoût devant ces rebelles de la vingt-cinquième heure qui tondaient les femmes soupçonnées d'avoir couché avec un allemand, qui cassaient la gueule de ceux que les ragots dénonçaient alors que quelques mois auparavant les mêmes se terraient au fond de leur terrier comme les autres, rien de pire que les ragots et les préjugés. On est écoeuré par cette époque de victoire des idéologues sans courage, du dernier moment, qui en ont profité pour imposer leur arbitraire au moins un court moment, ces beaux parleurs sans courage qui parfois ne faisaient que venger de vieilles rancunes sans rapport avec l'époque, et qui se sont la plupart du temps autant compromis que les autres. Sacha Guitry n'était pas un saint mais il a fait comme tout le monde et a sauvé quelques personnes ce que nombre des "libérateurs" n'ont jamais fait qu'en rêve.

  • "Maus" pour mémoire

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    "Maus" est indispensable cependant quant à la mémoire des camps comme tout témoignage de la Shoah. pour agrandir, cliquer sur l'image.

    45c814f17f72c485609a975ed2d4cb01.jpg

  • L'univers concentrationnaire - deux témoignages

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    Avant l'oubli
    4f3df7aefa46e7c217c222fd53d57974.jpgDavid Rousset est un ancien déporté, un des premiers qui ait témoigné sur le sujet et décortiqué le système concentrationnaire, véritable assemblement d'usines à tuer. Comme beaucoup d'autres déportés, ainsi que le signalaient les participants d'une émission littéraire qui traite de ce thème il ya quelques mois-qui conseillait la lecture de cette oeuvre-, ou paradoxalement comme le montre le dérapage "contrôlé" d'un homme politique français ce matin au sujet de l'Occupation et d'Oradour-sur-Glane, il y a urgence à témoigner avant de mourir pour les témoins des camps et qu'il n'y ait plus personne pour montrer un le tatouage du numéro de prisonnier sur l'avant-bras. On voudrait bien oublier cette période de l'histoire, gênante pour beaucoup car il est facile de se demander ce que l'on aurait fait à la place des Allemands ou des Français de l'époque, certainement aussi peu qu'eux. Il y a des films qui apportent à la compréhension de cette période, qui montrent son horreur rationnalisée et qui sont aussi de grands films, et des films dangereux qui favorisent la bonne conscience et l'oubli.

    c3bb141b3849d9fe5022bda597489017.jpgA vingt-cinq ans en 1926, Margarete Buber-Neumann entre au PC allemand. Elle doit fuir l'Allemagne avec un des leaders du parti qui est aussi son compagnon, en 1937, Heinz Neumann. Réfugiés à Moscou, ils sont arrêtés et envoyés dans un camp de travail, pudiquement appellé "camp d'amélioration, pour "déviationnisme". En 1940, juste avant le fameux pacte germano-soviétique, elle est livrée avec d'autres à Hitler par Staline. Elle est alors envoyée à Ravensbrück où elle cotoie Milena Jesenkà, célèbre journaliste tchèque à qui Kafka avait envoyé les fameuses "lettres à Milena".
    cb26592f109d06b1bdb914e54c57f9b4.jpgComme d'autres, son témoignage montre les conséquences réelles du nazisme et de l'arbitraire en général, quelque soit la théorie dont il se réclame, que tout un peuple aveuglé ne sût voir, ainsi qu'en témoigne aussi d'ailleurs August Von Kageneck dans ses conversations avec Hélie de Saint Marc. Plutôt qu'un film qui montre, ou prétend montrer qu'Hitler, Goebbels et les autres étaient finalement aussi des êtres humains, entraînés du mauvais côté, ce que nous savions déjà, je préfère relire ce livre, témoignage d'un autre être humain, une femme chaleureuse qui ne cèda pas au mal qui marque l'humanité, à la bêtise, aux préjugés, à la haine.

     L'Univers concentrationnaire | Auteur : David Rousset | Editeur : Hachette | Thème : Histoire et sciences politiques

     Déportée en Sibérie | Auteur : Margarete Buber-Neumann | Editeur : Seuil (Editions du) | Thème : Journaux et carnets

  • Pas de meilleur des mondes

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    J'avais l'intention, au départ, de causer des feuilletons allemands de l'après-midi dans une note facétieuse et d'un humour glacé et sophistiqué mais cet article s'est imposé tout seul...

    c8a958475b2410128ea3df325eb13f67.jpgEn face du monde, il y en a qui le voit tel qu'il voudrait qu'il soit, selon leurs idéologies, ou leurs rêves, d'autres le voient pire qu'il n'est vraiment ou meilleur, le nihilisme et la pensée positive finissent par se rejoindre, ce sont les deux faces du même handicap. Généralement, les mêmes rêvent à un monde idéal, qui les mettent bien sûr eux en valeur dans leurs aspirations, un monde dont ils sont le centre comme dans les rêves quand tous les personnages sont nous.

    Quand la belle mécanique se détraque, quand les rêves s'effondrent, quand le grand homme que l'on soutient s'avère être un tyran comme les autres, il y en a beaucoup qui deviennent cinglés, qui s'enferment dans leur névrose, dans leur aliénation, et qui ne comprennent pas que la lucidité les rendraient plus forts. La plupart courent vers l'abîme, le néant de leurs opinions qui ne mènent à rien. Je me souviens à Jérusalem de ces pro-sionistes occidentaux et des pro-palestiniens boute-feu de la haine entre les deux peuples simplement par narcissisme.

    121250aa9b0189c6d4773ee67a47baca.jpgOn a beau disposer de tous les moyens de communication les plus sophistiqués, la solitude est le mal de l'époque. C'est normal quand on pousse autant à la satisfaction immédiate des désirs individuels, pour justifier le consumérisme, l'autre devient virtuel, on l'enferme dans un rôle et son comportement doit obéir à des normes strictes, à un standard de vie qui ressemble à celui défini par des créatifs de pubs. L'on s'imagine pour beaucoup être obligés de ressembler ou d'agir comme les candidats de jeux télévisés, de téléréalité, des icônes de pubs ou de feuilletons à la mode. On n'y voit jamais de physique sortant un peu de l'ordinaire, de la norme, il n'y a jamais de bouquins dans les intérieurs des émissions de "coaching", ou de "témoignages".

    3ba07cbddc97b75ae48dabb4c9e5606f.jpgLe spectateur est constamment infantilisé, déresponsabilisé, et il en demande toujours et encore un peu plus car la mentalité d'ilote se développe comme jamais elle ne s'est développée.

    Parmi certains privilégiés, ou membres d'une classe d'âge plus mûrs, du moins en théorie, l'on imagine que se tourner vers plus de nature, du moins l'idée que l'on s'en fait et qui correspond à celle de réclames pour jambon dit naturel, fromage non pasteurisé ou eau minérale. Mais on s'arrêtera là, on achètera du savon "naturel", de la lessive "naturelle", des produits "naturels" sans pourtant remettre véritablement en question les bases de la société qui poussent justement à la destruction systématique et progressive de la nature.

    Et connaissant la nature profonde de l'être humaine, il est difficile de croire que celui-ci sera capable de s'amender de lui-même, sans coercition, afin d'éviter cela.

    a12f990c629ea587722786b2f452348c.jpgIl y en a d'autres qui appellent angoisse existentielle leurs addictions, leurs faiblesses, leurs petitesses, confondent leurs histoires de coucheries avec des grandes amours contrariées croyant par là échapper à la routine et au commun. Pour d'autres encore, c'est leurs complexes, parfois sociaux, qui les rendent malades, malades de jalousie en particulier, comme un venin qui remplit toute leur personne et qui devient le socle de leurs actes. Cela n'est pas un déni des affections psychologiques, véritable fléau qui d'ailleurs se développe considérablement depuis quelques décennies de société post-industrielle. La psychologie, la psychiatrie et la psychanalyse ont soulagé bien des malades qui en avaient besoin, et continuent à le faire.

    J'ai souvent rêvé de "virée tzigane" depuis la vision du film de Mario Moniccelli, de dérives sans but, échevelées et agréables. J'en fait quelques unes, mais les virées tziganes ça fait mal au crâne, et ça augmente la consommation d'aspirines ou d'eau gazeuse sans pour autant apporte quelque satisfaction. C'est même pire ensuite.

    beda168456d0cde0611cd659c29893bb.jpgIl arrive que ces personnes rencontrent l'amour vrai mais elles le refuseront, pas par inquiétude métaphysique ou du fait de désordres amoureux complexes, simplement par peur du "qu'en dira-t-on" ou de l'impact que cela aurait sur leur vanité ou l'image que les autres semblent refléter de leurs personnes. Ils préfèrent la médiocrité en somme, c'est aussi peut-être qu'on ne leur aura pas appris à s'aimer, ils sombrent dans la dépression et le déni. Ils s'enferment dans un mensonge et l'apparence y est primordiale.

    Je le sais au fond de ma chair. Beaucoup ont du mal à comprendre qu'une personne ayant une apparence différente, puisse être sensible, puisse avoir des passions, des idéaux, une certaine culture, des sentiments élevés. Et même, on aura beau saisir tout cela, comprendre que l'on aime cette personne, qu'elle a une richesse en elle, il y en aura toujours pour avoir peur de sortir de l'anonymat confortable de la foule et se laisser aller simplement à être heureux.

    0c343451d9ac58d29736e7595b816a3e.jpgMalgré ma foi qui me pousse à l'inverse, je ne peux m'empêcher d'incliner au mépris pour celles et ceux qui contentent de si peu, qui suivent la horde comme nos ancêtres préhistoriques suivaient le chef de la tribu et la tribu elle-même. Cela, beaucoup de croyant l'oublient, ne se rendent plus compte que chaque personne est un être unique. Il n'y a pas de panacée au bonheur, pas de recette-miracle à appliquer en baume ou en lotion, mais je crois que la connaissance de soi et l'amour peut y mener, pas l'amour pour la façade sociale, d'aucuns épousent un diplôme, une belle apparence, un statut, je crois aussi que l'amour est la seule chose vraiment subversive car il abat tous les préjugés et remet en cause le conformisme, ou plutôt le grégarisme social.

  • "Strange Fruit" - Histoire d'une chanson de jazz

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    Strange fruit grows on Southern Trees
    medium_billieholiday1949.jpgCe sont mes disques les plus rayés... Billie Holiday, "Lady Day" comme l'appelait le saxophoniste ténor Lester Young, ne chante pas très bien, du point de vue technique, elle a une tessiture très peu large. Mais elle a le blues profondément enraciné en elle et le transmet : ce sentiment de rejet, de solitude, de parias, de ghettos, de subir la ségrégation plus ou moins hypocrite des blancs. C'est ce qui fait son talent et pourquoi il est indispensable de l'écouter encore aujourd'hui. Elle chante la détresse du monde, la sienne, devant la drogue, l'alcool, la prostitution adolescente, les coups qu'elle recevait...

    Un fruit étrange pousse sur les arbres du Sud, des noirs que l'on lynche, des "nègres" qui servent de défouloir pour le mauvais temps, un coup de colère. C'est aussi une chanson de Billie Holiday qu'elle chante de sa voix traînante, un peu éraillée, empreinte de sa blessure profonde. Elle a été écrite par un "liberal" (au sens américain du terme), également membre du "cafe society", de son pseudonyme Lewis Allan, de son vrai nom Abe Meeropol. Billie séduisait d'ailleurs même les racistes de l'Alabama quand elle devait faire un tour de chant de plus pour vivre. Elle n'aimait pas vraiment ça, un jour elle refusa. Elle a souffert de la connerie, comme femme et comme afro-américaine, prostituée très tôt, et "junkie" aussi. On aurait cru que tout ça était fini, mais déjà on entend les bruits de bottes... Beaucoup s'étonnent de la violence des minorités en ce moment, mais elle est des plus compréhensibles devant la peur systématique, devant un visage d'une autre couleur que la sienne, une personne d'une autre religion, d'un autre milieu. Combien de jeunes de banlieues qui ne trouvent pas de boulot du fait de ce racisme plus ou moins avoué ? Combien travailleront en "invisibles", en clandestins ?

    Titre : Strange Fruit | Auteur : David Margolick | Editeur : 10/18

    Cliquer sur l'image permet d'aller sur un site qui lui est consacré 

  • L'antisémitisme nouveau est arrivé...

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    Mauvaises consciences
    medium_vel14.jpgCe livre analyse les nouvelles formes d'antisémitisme de notre époque, nouvelles d'ailleurs si l'on veut puisque selon l'auteur, ce racisme spécifique n'a jamais disparu tout à fait. Selon Drai, la résurgence de ce phénomène est liée surtout à la situation entre Israël et la Palestine, à l'inégalité sociale en banlieue et au racisme ordinaire subi par différentes populations qui finissent par se trouver un bouc-émissaire pour toutes les vexations rencontrées. Cela amène donc à faire preuve de prudence lorsque l'on traite ce sujet délicat. C'est le mérite de Drai d'être dépassionné. Contrairement à ce que l'on pense souvent, analyse l'auteur, l'antisémitisme d'extrême droite n'est pas forcément le plus inquiétant, quoique toujours inadmissible en soi. Raphaël Drai relève aussi toutes les nouvelles formes que prend la lâcheté et l'acceptation de la violence faite aux juifs. L'auteur ne traite que partiellement, mais ce n'est pas son sujet il est vrai, de la mauvaise conscience française concernant l'Occupation, qui n'était pas une période, contrairement à ce que montre les commémorations actuelles où tout le monde était résistant, bien au contraire.

    Titre : Sous le signe de Sion. L'antisémitisme nouveau est arrivé | Auteur : Raphaël Drai | Editeur : Michalon

    En cliquant sur la photo, on va sur un article de Wikipédia traitant de la Rafle du Vel d'hiv 

  • Comme des lions...

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    Le masochisme français
    medium_marey_jean.jpgLes Français sont masochistes, ils aiment bien se faire mal, toujours se rappeler les périodes les plus sombres, se frapper la poitrine pour expier et se doter de pères fouettards comme gouvernants et ce depuis Napoléon ou Boulanger, le général. Il y a donc beaucoup de clichés historiques qui perdurent. L'un d'eux est que la défaite militaire de 1940 fût une débâcle absolue, exceptées quelques poches de résistance glorieuses et symboliques comme celle des cadets de Saumur (sabre au clair et gants beurre frais contre les "panzers"), ceci parfois en rajoutant que c'est la faute du Front Populaire. Ce livre montre qu'il n'en est rien, que les soldats français, certes dotés d'un matériel inférieur aux allemands, se sont battus souvent avec courage sans céder d'un pouce devant la Wehrmacht et que le message du Maréchal Pétain demandant l'armistice a été une erreur monumentale car la guerre n'était absolument pas perdue. Certains soldats ont d'ailleurs continué de se battre sur le sol français ensuite avant de rejoindre De Gaulle à Londres ou les Forces Françaises Libres d'Afrique du Nord (dont les ressortissants combattirent en 45 pour la Libération sans avoir été vraiment récompensés ou remerciés mais cela mériterait un autre livre).

    Titre : Comme des lions, mai-juin 1940 | Auteur : Dominique Lormier | Editeur : Calmann-Lévy

  • Atlantide et autres civilisations perdues

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    Continent perdu de tous les fantasmes
    En attendant que toute notre civilisation soit effectivement perdue elle aussi..

    medium_atlantide.gifDepuis Platon, pour qui c'était surtout une fable philosophique, l'Atlantide fascine ainsi que toutes les civilisations disparues. Il a certainement permis le regain d'intérêt des archéologues et des scientifiques envers les peuples à la base de la civilisation méditéranéenne dont Cnossos ou l'ancienne Troie, ou les ruines nabatéennes de Jordanie. La réalité dépasse l'imagination.
    Selon les époques et les sociétés, les préoccupations et les inquiétudes, le continent disparu a connu, littérairement et cinématographiquement, diverses localisations toutes plus fantaisistes les unes que les autres, des Canaries (E. P Jacobs) au Sahara (Pierre Benoît), l'Amérique du Sud. Cette medium_atlantide_bis.jpglégende est aussi reliée à celle du peuple des géants de Thûlé dont parle Pauwels et Berger dans "Le Matin des magiciens".
    Selon les époques et les angoisses conjoncturelles, les atlantes subissent différents cataclysmes : ils sont punis de leurs débauches, de leur trop grande sagesse, de la technologie, certains les font même disparaître à cause de la bombe atomique, (etc...). Ce mythe apparaît souvent comme tout à fait réactionnaire pour certains auteurs du moins : rien ne vaut les traditions et l'obéissance, où bien peut-être que l'Atlantide cristallise la peur des peuples devant une société rêvée, libre et utopique ?

    Titre : Atlantide et autres civilisations perdues. De A à Z | Auteur : Jean-Pierre Deloux, Lauric Guillaud | Editeur : E-dite

  • Le crime de Napoléon

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    Place des grands hommes
    medium_napo1.jpgPersonellement, je n'ai jamais très bien compris la fascination que certains grands personnages exerçaient et continuent d'exercer sur les français, dont Napoléon Ier. L'auteur de ce livre a écrit un pamphlet et le reconnaît, ce qui simplifie les choses à la lecture de son livre sur Napoléon et l'esclavage. La couverture, faite pour choquer, ou toucher, le lecteur, c'est selon, rapproche Bonaparte d'Hitler. Claude Ribbe reproche au petit caporal d'avoir édicté des lois ségrégationnistes, réinstitué l'esclavage, et de s'être conduit en exterminateur de peuples comme les nazis du fait du massacre de 1802 en Haïti. Il exagèrerait selon certains mais en fait il ne creuse pas assez profondément finalement. On se dit qu'il exagère car on dira qu'on ne peut comparer que ce qui l'est en histoire et on ne peut pas appliquer un concept du XXème siècle à des évènements du XIXème, c'est de l'anachronisme. Comme on va le voir, ce n'est pas si exagèré que ça.

    Car il ne va pas assez loin et il omet -volontairement car ce livre est surtout un pamphlet ?- plusieurs faits :

    medium_napo2.JPG - Les bourgeois, entrepreneurs et armateurs qui ont financé les loges de réflexion s'étaient tous d'abord enrichis par le commerce triangulaire à Nantes et Bordeaux (cf le livre d'Henri Bangou, "La Révolution et l'esclavage à la Guadeloupe : 1789-1802", éditions l'Harmattan, ouvrage historique universitaire). Rappelons aussi que l'abolition de 1791 n'a été votée que d'une courte majorité. Napoléon est également arrivé au pouvoir pour sauver la Révolution et ses dirigeants. Après avoir destitué un roi qui était loin d'être un tyran sanguinaire, Louis XVI, on a amené au pouvoir un despote certainement plus dur. - En Espagne, les troupes impériales ont commis un autre génocide contre les opposants à la conquête : villages pillés, rasés, les habitants massacrés jusqu'au dernier, brûlés dans des fours à pain, jetés au fond des puits. Plusieurs des généraux de Napoléon ont participé aux "colonnes infernales" de Turreau qui ont commis en Vendée le premier "populicide" de l'histoire selon Gracchus Babeuf.
    Titre : Le Crime de Napoléon | Auteur : Claude Ribbe | Editeur : Privé

  • La mémoire assassinée de l'Afghanistan

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    Le patrimoine afghan en danger
    medium_bouddha.jpgLes extrémistes nient le passé pour asseoir leur autorité car réfléchir au passé c'est aussi peser leurs guerres saintes, leurs guerres justes et leur haine. C'est d'ailleurs le rôle de l'histoire, analyser le passé pour comprendre le présent, ce n'est pas une nostalgie. Ce livre est le résultat synthétique du colloque "Patrimoine d'Asie Centrale" organisé à l'UNESCO le 2 mars 2001. Il réunit plusieurs auteurs pour témoigner de l'urgence -absolue- de lutter contre l'ignorance entretenue, l'intolérance et medium_b66dc7fadde65aa74b2029cb869b0415450Large_Buddha_niche_-_photo_UNESCO.jpgl'obscurantisme. S'est-on posé la question de savoir pourquoi l'extrémisme religieux est à chaque fois lié à la négation du passé, au rejet de l'art en général et de la littérature en particulier. J'ai cette image possible des livres de Thomas Mann et tant d'autres, Proust, Balzac, Zola, Maupassant, Ionesco etc...brûlant sur les bûchers des salauds, des sectaires, des fondamentalistes. Des musiciens afghans se sont également réfugiés au Pakistan. Pourquoi ? Parce que les talibans interdisent la moindre note de musique sur le territoire.

    Titre : Afghanistan, la mémoire assassinée | Auteur : Alain Boinet, Jean-Pierre Faye

    Photos : L'oeuvre avant et après la bêtise destructrice 

  • Henri III - Jean-François Solnon

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    Drag Queen King ?
    medium_Henri_III.jpgLes rois de France sont les mal-aimés de la monarchie française, pas de Légende dorée ni de monuments magnifiques et beaucoup de préjugés. Sur la folie de l'un, la soif de pouvoir de l'autre voire les tentations homosexuelles de l'autre, en l'occurrence Henri III. C'est pourtant lui qui eut l'ouverture d'esprit et l'intelligence de désigner Henri de Navarre, protestant et rejeté des puissants, comme successeur.
    C'est lui qui eut l'intelligence de confier des tâches de conciliation à des hommes d'exception, comme Montaigne, prototype de l'"honnête homme" ou Michel de L'Hospital. De historiens comme Michelet ou des romanciers comme Michel Zévaco leur ont causé beaucoup de tort. Il est également intéressant de voir qu'un homosexuel, aimant le travestissement en femme (comme le prouve des gravures), ait été à la tête du pays le plus puissant de l'époque sans ce que cela n'y voit à redire. C'est notre société et notre monde qui s'en moquent ou le raillent. Ce qui est amusant également de constater c'est que sous son règne, rites formels du pouvoir et fêtes se mélangent, comme si c'était lui le maître de ballet.

    Titre : Henri III, un désir de majesté | Auteur : Jean-François Solnon | Editeur : Perrin

  • Paroles de poilus - Librio

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    Aveuglement général
    medium_poilus04.jpgCe livre est important et passionnant à lire, cependant, les poilus ne sont pas tous lucides sur ce qui les attend, et ceux qui le sont acceptent leur sort, ils s'y résignent, même ceux sur le champ de bataille. La plupart d'entre eux sont partis en 14 en criant "Nach Berlin", comme côté allemand on chantait "A Paris". De plus, personne ne les obligeait à continuer la guerre, une guerre absurde, la première boucherie moderne, il y eut des mutineries certes mais moins que ce que l'on aurait pu attendre. En dehors de ces livres de témoignages, il n'y a pas de meilleurs livre sur cette guerre inutile en plus, car vingt ans après cette "der des der", on a remis ça, que "le Voyage" de Céline et sur le guerre en général :"Johnny got his gun" de Dalton Trumbo. Ou plutôt si, le sacrifice de ces hommes, toute une génération fauchée, aurait pu avoir une utilité, c'est qu'il n'y a pas de guerre juste, ça n'existe pas. On le voit bien en Afghanistan, on prévoyait des combats très durs, c'est déjà la débandade des talibans, on prévoyait un nouveau Vietnam et c'est déjà fini.

    Titre : Paroles de poilus | Auteur : Collectif | Editeur : Librio