dimanche, 25 septembre 2011
« Je » est toujours un autre en 2011
Article sur Céline sur Agoravox
L'article ci-dessous est aussi sur Agoravox
Photo ci-dessous empruntée ici
"Car Je est un autre. Si le cuivre s’éveille clairon, il n’y a rien de sa faute. Cela m’est évident : j’assiste à

l’éclosion de ma pensée : je la regarde, je l’écoute : je lance un coup d’archet : la symphonie fait son remuement dans les profondeurs, ou vient d’un bond sur la scène.
Si les vieux imbéciles n’avaient pas trouvé du Moi que la signification fausse, nous n’aurions pas à balayer ces millions de squelettes qui, depuis un temps infini, ! ont accumulé les produits de leur intelligence borgnesse, en s’en clamant les auteurs !"
Extrait d'une lettre à Paul Demeny, la suite ici
J'ai toujours été profondément sceptique devant les idéologies globalisantes, de gauche ou de droite, les belles intentions claironnées par les uns ou les autres, fût-ce en invoquant la foi religieuse, à commencer par la foi chrétienne, car il y a quasiment toujours une distance importante entre les bonnes intentions et les actes concrets. Ce n'est pas à moi de sonder les reins et les cœurs, et il n'existera jamais une cohérence parfaite entre les grands discours et les réalisations concrètes. De plus, je m'inclus dans le lot, n'étant pas, moi non plus toujours cohérent avec mes idéaux, le tout c'est d'en avoir conscience, déjà me semble-t-il.
Mais, il n'est pas interdit de demander juste un peu plus de cohérence, juste un tout petit peu plus, et un tout petit peu moins d'hypocrisie sociale, ce rendrait le monde plus vivable très rapidement. Surtout en une époque qui multiplie les déclarations ronflantes sur l'accueil, la convivialité, l'échange, la rencontre, et ne cherche pas à réellement corriger les choses.
Or, on constate surtout à notre époque la solitude de ceux qui vont mal ou très mal, inadaptés, isolés, malades, en détresse, et l'incapacité des uns ou des autres, à quelques exceptions, à aller à la rencontre de ceux qui sont blessés et qui ont besoin d'être aidés et soutenus qui se retrouvent progressivement abandonnés et désarmés alors qu'ils auraient besoin de soutien.
Il est plus facile d'aller vers ceux qui nous mettent en valeur, d'aller à la rencontre de ceux qui nous ressemblent, ou qui flattent notre égo, et beaucoup moins vers les accidentés de la vie en grande demande de fraternité humaine, de solidarité, d'affection, ou d'amitié, ce qui est évidemment plus exigeant il est vrai.
Beaucoup se donnent des excuses, la personne en souffrance n'est pas assez gentille pour se faire aider, on prétend qu'elle ne veut pas être aidée. C'est ce que l'on entend souvent dans la rue quant aux sans abris qui seraient des individus mal embouchés refusant qu'on leur donne un toit et de la nourriture.
Pour être aidé, il faudrait donc être exemplaire ?
Sans tâches ni défauts ?
C'est ainsi que les personnes d'origine étrangère deviennent souvent les « autres » majuscules, complètement différents, exotiques, qui donnent l'impression de faire un effort alors que beaucoup sont incapables d'aller vers ceux qui déjà leurs sont le plus proche, comme il est plus facile d'aller vers des handicapés télégéniques que l'on côtoie une fois par an à la télévision que d'aller vers eux plus régulièrement, au quotidien, y compris dans les moments les plus triviaux.
C'est plus facile d'aller vers quelqu'une de très différent, moins vers quelqu'un qui a besoin d'aide et qui nous ressemble beaucoup. C'est en somme humain, car l'on a peur de se retrouver dans la même situation, l'on a peur de souffrir, de partager les souffrances de l'autre, de sortir du confort intellectuel et moral qui fait que l'on garde de soi une image positive et que l'on estime honorable.
Ou alors, c'est exactement l'inverse, l'« autre » intéressant n'est que celui qui est comme nous, agit, pense et vit comme nous, dans lequel on se retrouve, l'« autre » n'est plus qu'un miroir réfléchissant, un miroir là encore flatteur. Et c'est plus confortable, moins anxiogène. En dehors du groupe que l'on se choisit, point de salut ! Ceux qui ne sont pas dans le petit cercle sont impitoyablement rejetés.
En fait, pour arriver à un minimum de cohérence, il n'y a pas besoin de grands discours ni de grands mots, il suffit d'agir sans se poser de questions.
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samedi, 13 août 2011
Journal de vacances 10 – La difficulté d'être catholique en 2011
En réfléchissant à cette question, je me suis rappelé d'une anecdote : dans une rue de Paris, je vis avec une autre personne une dame laisser son chien faire tranquillement ses besoins sur le trottoir, bien au milieu. Nous lui avons fait remarquer que c'était assurément dégoûtant, mais elle ne trouva qu'à répondre remarquant la croix en or que j'avais au cou : « Oui et bien moi, j'ai vu des chrétiens chier dans la rue, alors, hein, gardez vos sermons (crut-elle dire finement) ». Avec la personne qui m'accompagnait cela nous a fait beaucoup rire, nous avons imaginé des personnages en longue robe noire, avec une grosse croix pectorale, sortant nuitamment en ricanant diaboliquement pour aller déféquer un peu partout dans les rues de Paris.
photo prise ici
L'anecdote est parlante. Les chrétiens sont perçus comme des survivances d'un passé indigne, des moralisateurs insupportables, des caricatures grotesques.
La question qu'implique le titre se pose assez abruptement dans notre société en 2011, et ce même si les catholiques ne sont pas rejetés ni persécutés en risquant leur vie dans les pays occidentaux, contrairement aux chrétiens d'Orient. Cette société aime bien les catholiques, quand ils pensent comme tout le monde, ne sont plus catholiques au fond d'eux finalement, ou qu'ils sont les « cathos de service ». Un « catho de service », on en trouve dans divers milieux, est là pour que les autres lui exposent leur point de vue et lui montre combien il est naïf et crédule, il sert de faire-valoir. Bien souvent le « catho de service » parle beaucoup d'amour et énoncent quantité de lieux communs sur la paix, la justice, la mort, la souffrance qui ne mangent pas de pain et font plaisir à exprimer pour garder de soi une image confortable.
Dans notre société qui confond allègrement modernité et progrès, la foi fait tâche, elle est incompréhensible car en plus elle n'est même pas quantifiable, mesurable, réductible à des équations.
Ontologiquement, intrinsèquement, la foi ne peut donc se justifier rationnellement. C'est donc à la fois une idiotie et un pléonasme de le reprocher aux chrétiens en général, aux catholiques en particulier.
Pour les incroyants, c'est la plupart du temps une croyance magique, une superstition sans fondement. Il y a d'ailleurs quelque chose de paradoxal, notre monde a souvent à la bouche les mots de tolérance, de liberté de conscience, voire même de liberté des cultes, mais ne tolère pas ce qui contredit le dogme sacré de la modernité toute puissante qui aurait apporté le bonheur aux populations ravies qu'on leur enjoigne de rêver à la possession de gadgets tous plus inutiles les uns que les autres plutôt que de réfléchir aux fins de leur existence ou du monde, ou à leur inculquer quelques valeurs leur permettant de vivre en harmonie avec les autres, celles-ci fussent telles d'ailleurs areligieuses.
En 2011, les catholiques pratiquants représentent en France de 1 à 2 % de la population. Par pratiquants, s'entend ceux qui vont à la messe chaque dimanche, une définition plus restrictive, mais plus juste que celle des statisticiens pour qui y aller une fois par mois c'est pratiquer.
Certes, un pourcentage plus important de français reconnaît croire en Dieu et avoir une foi chrétienne, mais ne croient pas à la Résurrection ou croient dans la réincarnation. Ces français n'assistent pas non plus à la célébration dominical, car la plupart estiment qu'il n'y a pas besoin de médiation entre eux et le divin.
A ce lien, on pourra lire les résultats d'un sondage mis en ligne sur un site que l'on ne peut vraiment suspecter de complaisance envers les croyants quels qu'ils soient (atheisme.free.fr).
Et pourtant quand on parle de laïcité, d'atteintes à celle-ci, c'est la plupart du temps les catholiques qui sont visés par les clameurs et plaintes des belles consciences prétendant défendre les droits de l'homme, la liberté, l'égalité, la fraternité, ainsi dans cet article qui fait de nombreuses confusions sur la foi, la ramenant à une sorte de gymnastique mentale et spirituelle sans grande importance somme toute. Quand il s'agit de pratiques d'autres religions, le discours est tout autre. On parle alors de pratiques culturelles que l'on se doit de respecter.
Photo du jardin de Gethsémani prise ici
On ferme les yeux sur celles qui sont en contradiction flagrante avec les droits de l'homme, la liberté, l'égalité, la fraternité. Curieusement des médias qui se font fort de dénoncer l'islamophobie partout dans notre société sont eux-mêmes pointés du doigt comme l'étant parfois.
Les catholiques n'ont rien contre la laïcité, tant que celle-ci facilitent les rapports sociaux, sans privilégier l'un ou l'autre, et qu'elle ne serve pas d'argument pour attaquer les croyances de l'un ou de l'autre, qui sont un droit fondamental.
A ce lien, un texte de la Ligue des Droits de l'Homme que l'on ne saurait suspecter de complaisance envers le catholicisme.
En passant, on peut noter qu'il y aurait des choses à dire sur la manière dont les belles consciences parlent de l'Islam, ou du Judaïsme, en France, qui se veut anti-raciste, mais relève à la base du néo-colonialisme, un discours plein de bonnes intentions où l'on prend le croyant musulman pour un « bon sauvage » un peu lent à comprendre mais duquel on se sent finalement supérieur.
Ce néo-colonialisme est aussi un racisme au bout du compte.
Très vite, celles celle et ceux qui se posent des questions sont traités de tous les noms, sont des nazis, des fascistes, voire des émules de Breivik, le tueur d'Oslo. Ce taré haineux et criminel devient l'alibi tout trouvé pour ne pas discuter, ne pas polémiquer, ne pas chercher à réfléchir ou trouver des solutions.
On remarquera que les pseudo-défenseurs de la laïcité se posent en gardiens du dogme beaucoup plus que les catholiques eux-mêmes qui sont plus souples sur ce sujet. De même ces héraults, c'est eux qui le disent, de la sacro-sainte laïcité, ont souvent tendance à moraliser les croyants qu'ils estiment être des moralisateurs, alors que moraliser c'est toujours moraliser lorsqu'il est question de leur vie sexuelle qui se doit d'être nécessairement débridée et sans limites, ce qui les regarde et les concerne eux uniquement.
Les libertins, au sens premier du terme, et non sa déformation moderne qui en fait des jouisseurs primaires, ne se souciaient pas du jugement de l'Église, ils le défiaient même pas leur comportement et ne passaient pas leur temps à se justifier sur leurs actes. Ceux qui réclament d'un comportement moral qu'ils assurent libertaire et varié ont donc du libertinage son acception moderne, ils ignorent que cette pensée s'inspire d'Épicure qui inspira aussi les stoïciens et Saint Paul qui n'a rien du « Père la pudeur » que l'on montre comme tel habituellement.
Enfin, les catholiques sont sans cesse renvoyés au passé de leur église, aux fautes, aux massacres commis par leurs ascendants. A commencer par l'antisémitisme. Un peu partout, il est de bon ton d'assimiler nazisme et catholiques pendant la Seconde Guerre, de mettre la responsabilité de la Shoah sur le dos de l'Église, et j'en passe, sans évoquer bien sûr toute la polémique absolument nauséeuse autour du comportement de Pie XII.
Ce qui est paradoxal est que ces reproches sont parfois adressées aux catholiques par ceux-là mêmes qui n'ont de cesse de clamer leur antisionisme et qui voient des agents de la Hasbara et du lobby juif partout sur Internet.
Un catholique évoque-t-il les souffrances vécues par les chrétiens en Orient qu'on lui parle de l'Inquisition, en se demandant d'ailleurs comme l'Inquisition excuse-t-elle ou justifie-t-elle les massacres commis sur des croyants de pays où celle-ci n'a pas existé de toute manière ?
Cela témoigne tout d'abord d'une incompréhension manifeste de ce qu'était vraiment l'Inquisition, à savoir une forme embryonnaire de justice rendue à l'origine, spécialisée ensuite dans le jugement des cas d'hérésie, les jugements pour hérésie étant des jugements exceptionnels, et le « jugement de Dieu » une légende (qui a inspiré les cadres dynamiques actuels qui adorent marcher sur les braises pour se montrer qu'ils sont capables de se comporter en « tueurs » sur les marchés financiers).
On reproche également aux catholiques actuels les croisades, on oublie que ce ne furent pas les seules « guerres saintes », puisque dés 622 le prophète Mahomet déclare le premier Djihad, le tout rappelé sans reproches rétroactifs aux croyants musulmans qui n'en sont pas responsables non plus.
Photo prise ici
Un catholique ne peut concevoir la guerre sainte, qui contrevient à sa foi, qui n'est pas une idéologie de pouvoir, qui n'a pas à mener à une théocratie, mal aussi peu souhaitable que la technocratie. J'ai évoqué la question de l'idéologie, bien souvent beaucoup de gens qui se disent séduits par le message de l'Évangile semblent percevoir celui-ci comme une sorte de pamphlet révolutionnaire, ce qu'il n'est pas, même si une société qui insisterait ne serait-ce qu'un tout petit peu plus sur l'amour du prochain serait une société déjà largement plus vivables, si cette belle intention se transformait en acte.
Comme les catholiques le savent, l'enfer en est pavé...
Pour conclure, je ne saurais rappeler encore que l'auteur de ces lignes est le premier à dénoncer les dérives sectaires de certaines communautés dans l'Église et la sur-affectivité superficielle et dangereuse de certains grands rassemblements, entre autres, et n'hésite pas à aborder la question de la pédophilie (d'autres articles à ce lien)...
17:14 Publié dans Art de vivre, Article, feuilleton, Foi, Spiritualité, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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vendredi, 22 juillet 2011
Ésotérismes post-modernes
ainsi qu'un article sur les adeptes de la zizanie
C'est l'été, enfin en théorie, vu le temps qu'il fait sur toute la France depuis quelques jours, c'est la période des tests « psycho » dans les magasines, et les journaux dits sérieux, le temps des horoscopes des vacances, des amours de vacances et de rentrée. Ce qui est paradoxal est que les
français sont par ailleurs réputés cartésiens alors qu'ils adorent s'adonner à tout cela.
Qui n'a jamais eu la tentation de regarder son horoscope ?
En 2011, dans nos sociétés il n'est plus de bon ton de croire en Dieu ou en une transcendance quelconque de nos existences, en premier lieu car cela engagerait des contraintes morales, à commencer vis à vis de son entourage, et cela l'individu moderne s'en fiche, et il trouve ça insupportable en plus de devoir le faire.
Ne compte que son propre intérêt dans la société spectaculaire et consumériste dans laquelle nous vivons, et surtout de ne jamais prendre la moindre responsabilité quant à ses actes.
Pour compenser, car il faut bien combler le vide que cela laisse, il n'y a jamais eu un tel engouement pour l'astrologie, les horoscopes (on en trouve un ou plusieurs sur tous les portails internet), les voyants, médiums, gourous « vibratoires » et autres numérologues, ou les ésotérismes de pacotille qui trouvent sur Internet un terrain de chasse aux naïfs et aux crédules très fécond, tout comme les adeptes de l'eschatologie post-moderne qui se voient comme le parangon de l'évolution et sont persuadés que le monde va crouler avec eux.
Bien sûr, s'opposer à ses ésotérismes de pacotille c'est lutter contre les « moulins à vent », c'est combattre le géant qu'est l'irrationnel toujours solidement implanté dans nos esprits, c'est lutter contre le béhaviorisme impliqué par les ésotérismes de pacotille, contre des certitudes sans aucun fondement mais rassurantes telle celle-ci :
« Je ne suis pas responsable de ma destinée et encore moins de mes actions puisque dans les astres, il est inscrit ceci ou cela »...
Peu se pose des questions de bon sens ainsi qu'exposées dans un épisode des « X-Files » écrit par Clive Barker, « Clyde Bruckman's Finale repose » (voir ci-dessous une vidéo de l'épisode), qui montre un voyant véritable, Clyde Bruckman, qui perçoit vraiment le futur des personnes qu'il côtoie. Évidemment, logiquement, ce qu'il voit en premier c'est leur mort, l'évènement le plus rude de leur avenir.
Il en profite pour faire peur aux gens à qui il vend des polices d'assurance et vivre une petite vie tranquille sans faire de vagues ni éveiller l'intérêt des médias ou des dirigeants.
Pourtant, ceux qui consultent les voyants, les autres, les charlatans, qui sont en fait des personnes très psychologues capables de répondre à leurs clients ce que ceux-ci veulent entendre, finalement, ne se posent jamais cette question :
Pourquoi le voyant n'est-il pas richissime ?
Car s'il voit l'avenir, il voit les numéros du loto avant tout le monde.
Et il verrait aussi, comme Clyde Bruckman, la mort des gens et pourraient les avertir des dangers qu'ils courent. La plupart du temps, le voyant se contente de généralités lénifiantes, bien mièvres, un peu comme les personnes rédigeant les horoscopes, les astrologues.
L'univers étant en expansion, les constellations sur lesquelles ils se basent n'existent pourtant plus, donc leur base de travail est fausse en elle-même.
Parmi eux, certains sont sincèrement persuades que notre avenir est écrit dans les astres et les constellations, ces étoiles dans lesquelles l'être humain, par la puissance de son imagination, a cru voir des animaux fabuleux ou des créatures mythiques censées représenter une forme de caractère ou de tempérament, un avenir. Finalement, d'ailleurs, l'astrologie n'est rien d'autres que de la psychologie là aussi, sous forme embryonnaire.
C'est tellement général que ça tombe parfois juste.
Car qui est totalement et sincèrement satisfait de son existence ?
Pour compenser cette insatisfaction, il en est qui croient dur comme fer à la réincarnation, qu'ils sont le fruit de diverses réincarnations. Ils adaptent les spiritualités orientales, comme celle-ci à leur sauce.
Car on constate que leurs anciennes incarnations ne sont jamais anodines, on ne compte pas les réincarnations de Cléopâtre, de tel ou tel souverain, de telle ou telle actrice. Ou alors les anciennes incarnations reflètent les frustrations très actuelles, les complexes, les fantasmes de ceux qui assurent y croire. Ainsi, telle vieille fille se verra en prostituée, telle autre en courtisane ou en vestale, tel vieux garçon s'imaginera avoir été guerrier, chevalier, fort et courageux. Le petit employé, le VRP en aspirateurs, le vendeur de charcuterie, se rêvent aventuriers. Etc...
C'est à la fois grotesque, pathétique et touchant.
Cela permet aussi à des malins, opportunistes et cyniques, de s'improviser descendant par alliance d'un personnage saint de l'histoire, gourou cosmoplanétaire ou copain des aliens, ce qui permet à d'anciens chanteurs minables de s'assurer de l'argent et des femmes à volonté, par la ruse. En naviguant un peu sur le net, on constate d'ailleurs que ces gourous s'avancent toujours masqués, avec des sites qui révèlent toujours au dernier moment leur filiation sectaire.
Il est fort regrettable de constater d'ailleurs que dans les fois traditionnelles, certaines communautés croient bon d'adopter des conduites à la limite du sectaire pour recruter de nouveaux fidèles, en misant sur une affectivité à outrance, et un conditionnement par la transe mystique (au bout de trois jours en mangeant et buvant peu, tout le monde a des visions mystiques).
Ce qui est particulièrement gênant dans les mouvements de ce type issus du catholicisme ou du protestantisme, souvent confondus en France, c'est qu'ils adoptent le même forme de fonctionnement que celui des sectes : un gourou, des initiés, ce qui est un non-sens dans la foi chrétienne, des « guérisseurs » par l'imposition des mains et des dérives inévitables dues à l'ignorance de la théologie, de la spiritualité chrétienne.
Et je ne parle même pas du succès des évangélistes et des mouvements évangéliques un peu partout dans le monde, en particulier dans les pays pauvres.
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dimanche, 19 juin 2011
La haine modern-style
"L'homme ne s'avise jamais de se mesurer à son cercueil, qui seul néanmoins le mesure au juste."
« Sermons » de Jacques-Bénigne Bossuet
Image, toile de Francis Bacon intitulé "Figure with Meat" prise ici
La haine est un des sentiments les plus effrayants dont les êtres humains, ces primates lamentables, « sans qualités », sont capables, beaucoup plus que l'amour d'ailleurs, qui est systématiquement porté en dérision de nos jours. C'est d'autant plus effrayant que l'on a peur de s'y laisser aller, et que l'on y prenne garde.
L'amour est perçu comme étant ridicule, vaguement incommodant, inconfortable car il coupe de la fausse douceur du troupeau, peu respectable. La haine, l'agressivité, la violence, la dérision aussi, qui en est une autre forme, sont au contraire vues comme étant le privilège des esprits forts, de ceux qui sont des vainqueurs, qui savent se faire respecter.
Je ne parle même pas des croyants qui osent parler d'un Dieu d'Amour voire des idéalistes qui parlent de partage, de fraternité, de gestes de charité concrets, ils sont tout de suite moqués, jetés comme le bébé avec l'eau du bain. Ce qui est au fond incompréhensible pour le monde moderne, c'est justement l'amour de Dieu pour sa créature.
Si elle est terrifiante, la haine moderne est aussi vraisemblablement séduisante, malgré sa facilité, peut-être justement à cause de celle-ci, terriblement fascinante aux yeux de tout le monde.
La haine de soi mène rapidement à la haine de tous les autres.
Si l'on est incapable de s'aimer, comment pourrait-on aimer les autres ?
On ne s'aime que rarement soi, on aime bien le personnage que l'on joue, qui permet d'oublier combien l'on est faible et médiocre au fond, et facilement gagné par la boue dans laquelle on se roule au bout du compte avec délices plutôt que de chercher à s'élever.
Image ci-dessous, montrant les violences au stade du Heysel prise ici
Jouer la comédie, se fabriquer un personnage, c'est tellement plus facile que d'affronter sa propre vérité, que de regarder en face ce que l'on voit dans son miroir chaque matin. La haine de soi implique le dégoût de la vérité toute nue, de la vérité des faits, de s'apercevoir qu'au fond l'on se fait beaucoup d'illusions sur soi. En un sens, c'est normal, voire légitime, ou humain, sauf quand ces illusions mène au dégoût de soi et de l'entourage. Les moins protégés contre ces illusions que le désir inassouvi entretient sont les plus jeunes qui sont devenus depuis quelques années des cibles pour les marchés.
Comme le dit Robert Musil dans « Les désarrois de l'élève Törless » (1906) :
« Les sentiments empruntés aident les jeunes gens à franchir le terrain psychique si dangereusement mouvant de ces années où l'on voudrait tant être quelqu'un alors qu'on n'en a pas encore les moyens. »
Ce qui est étrange est que cette haine réelle, concrète, tangible, va de pair avec l'affirmation d'un humanitarisme béat et universel reposant sur deux ou trois clichés et l'affirmation exaltée de lieux communs bêtifiants qui n'ont jamais rien changés à quoi que ce soit. L'individu moderne a le culot de justifier sa haine, sa rancœur, sa frustration en se faisant pour le champion du bien, seul contre tous.
A notre époque de moyens de communication de plus en plus développés et performants, on pourrait croire que la haine, que les haines reculent. Finalement, il n'en est rien, c'est même plutôt l'inverse, elles circulent encore plus rapidement qu'avant et elles se diversifient un peu plus chaque jour, elles se cristallisent, se cuisent et se recuisent, finissent par sentir de plus en plus mauvais, en particulier grâce à l'Internet.
Ces haines vont dans tous les sens, elles ne sont pas l'apanage d'un parti ou d'un autre, d'une idéologie ou d'une autre. Elles conduisent à abandonner toute nuance, à nier toute possibilité de contradiction à celui qui ne pense pas de la même manière.
Certains parlent souvent du danger du retour des heures les plus sombres de notre histoire, selon la formule consacrée, du fait de déclarations souvent bénignes et de bon sens quant aux causes de l'insécurité, et sur l'intégrisme le plus dangereux, qui cause souvent des victimes dans l'indifférence quasi-générale surtout si celles-ci n'entrent pas dans la grille de lecture du « storytelling » politique dans le vent ces temps-ci, qui permet de raconter et de se raconter beaucoup d'histoires pour se mettre en valeur.
La société hyper-consumériste fait de l'être humain un puits sans fonds de désirs sans limites, de désirs qui doivent absolument rester inassouvis pour que le système continue de fonctionner. Il veut pouvoir réussir comme les modèles qu'on lui présente, il veut pouvoir avoir la même apparence que celle qui est préconisée dans la publicité pour les hommes et les femmes, il veut tous les objets qui lui sont montrés comme absolument obligatoires à sa dignité. Il y a dans cette affirmation du désir l'alliance objective des libéraux et des libertaires ainsi que le rappelle ce slogan de « Mai 68 » :
« Prenons nos désirs pour des réalités ! »
Bien sûr, quand l'individu n'arrive pas à obtenir tout cela, cela crée beaucoup de frustration de la rancœur, de la colère, de la haine, des jalousies puissantes. Pour sublimer cette violence, pour lui donner une impression d'honorabilité, on lui alors donne différents prétextes :
politiques, artistiques et j'en passe.
On justifie d'abord la haine en affirmant que c'est l'autre qui est haineux.
On la justifie également et de plus en plus en la faisant passer pour la défense de grandes causes, quitte à ce que la pseudo-défense d'un peuple cache, mal, un racisme comme les autres.
C'est dur d'avouer, de s'avouer qu'en fait, c'est parce que l'on ressent de la haine, en particulier envers soi, que l'on joue cette comédie du rebelle, de l'outsider, de l'artiste incompris, du génie des Carpates méconnu, forcément.
Et parfois à juste titre simplement.
La sublimer permet d'en faire porter le chapeau, la responsabilité, à d'autres que soi. C'est la faute de l'autre, c'est la faute de sa famille, de ses amis, de l'école, des profs, de son chef de service, et j'en passe, si l'on hait autant.
Image ci-dessous prise ici
On sait bien pourtant que la haine, elle vient de soi-même, mais le reconnaître c'est reconnaître que le personnage que l'on joue est complètement virtuel. Et ça c'est trop compliqué, car on finit souvent par croire que ce personnage c'est nous. C'est la vie qui devient virtuelle, l'amour, que l'on vit par procuration, en rêvant sur le passé, sur son enfance, son adolescence idéalisées car si l'on ne veut pas reconnaître ses haines, sa violence, ses frustrations, on ne veut pas non plus reconnaître que l'on a mûri, que l'on est devenu adulte, quitte pour cela à se laisser tenter par l'autodestruction engendrée par un mode de vie que l'on imagine encore jeune.
D'où le romantisme autour de l'alcool ou de la drogue. On ne veut pas remarquer qu'un alcoolique c'est un type, ou une femme, souvent lourdingue, et non un poète qui se trouverait l'inspiration en buvant, idem quant aux drogués.
On notera que lorsque l'on essaie de revoir des amis d'enfance retrouvés sur le réseau, c'est toujours très difficile, on préfère continuer à rêver, et puis l'on sait bien au bout du compte que l'on n'aurait pas grand-chose à se dire.
Tout comme les mouvements de rébellion vécus par d'autres à l'autre bout du monde, on a vraiment l'impression d'en faire partie en étant bien au chaud derrière son écran, dans un pays riche, où le risque de guerre civile est minime.
Les scènes montrées dans "Orange Mécanique", voir di-cessous, se sont comme banalisées, on a pris l'habitude du fait de la banalisation du mal...
A ce lien, un texte d'Hannah Arendt sur la banalité du Mal
18:01 Publié dans Animaux, Art de vivre, Article, Lu et vu sur le Net, Spiritualité, Sport, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
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jeudi, 09 juin 2011
Les écrivains catholiques d'hier à aujourd'hui
Un jour alors qu'il était interwievé à la télévision, à la question :
« Quel est votre livre préféré ? », le Père Daniel Ange, qui par ailleurs fit beaucoup de bien dans les mouvements de jeunes dont il s'occupa, répondit l'oeil exalté et ardemment « l'Évangile bien sûr qui est le
seul que je lis ». Il faut avoir un très haut degré de spiritualité pour déclarer ceci ou aussi peut-être oublier que pour un chrétien, depuis l'incarnation du Christ qui le fondement de sa foi, rien de ce qui est humain ne devrait lui être étranger, sinon, le fils de Dieu ne se serait pas incarné en homme.
Et lire des livres, qu'il soit catholique ou pas, c'est s'ouvrir aux autres êtres humains.
Enfin, c'est surtout un genre de réponse que je trouve largement agaçant, rose bonbon et un peu trop marqué par une certaine sensiblerie. Oui, dans l'absolu, s'il était sans tâches et s'il n'était pas en somme, s'il n'était qu'esprit, pur intellect, un chrétien pourrait s'en contenter, or ce n'est pas le cas.
Dans la littérature catholique, il y a les littérateurs exemplaires qui racontent des histoires uniquement pour l'édification du bon peuple. C'est aussi ennuyeux que n'importe quel idéologue vendant sa soupe en écrivant mal un roman dans lequel il parle de sa conception du Bien et du Mal à sa sauce.
C'est aussi très pénible à lire, comme les livres de Guy de Larigaudie par exemple qui semblent exister uniquement pour appeler la dérision tellement c'est mièvre et finalement inutile. Il écrit par exemple ceci que je trouve ridicule : « Les jeunes filles sont l'image précieuse de notre mère lorsqu'elle avait notre âge ». Ou cela : « Nous sommes trop cérébraux. Les jeunes filles comprennent d'un seul coup avec leur cœur ce que nous disséquons péniblement avec notre raison. », phrase totalement à côté de la plaque, ce sont plutôt les garçons qui sont menés par leurs pulsions violentes ou sexuelles, et les filles qui sont plus mûres plus jeunes et plus vite capables de les surmonter.
Si les livres de philosophie de Jacques Maritain sont d'une très haute tenue intellectuelle, incontestablement, il est bien dommage que ce qu'il sur le mariage soit parfois proposé comme modèle à suivre aux jeunes couples chrétiens, alors que l'on sait qu'il fit avec sa femme un voeu de chasteté total au début de leur mariage, ce qui me semble contre-naturel au dernier degré. La clef de l'énigme réside dans la correspondance du philosophe avec Julien Green, correspondance qui crée un malaise, surtout dans les passages où l'un et l'autre évoquent leurs pulsions sensuelles pour de jeunes garçons et de jeunes hommes.
Heureusement qu'il y eut aussi, qu'il y a encore, des écrivains catholiques qui écrivent bien, sans pour autant renier une seconde leur foi profonde, ainsi Barbey D'Aurevilly qui écrivait ces romans en grandes lettres de feu ardentes et toujours passionnantes. Barbey est un géant, un géant qui ne fait pas la morale, encore moins le donneur de leçons, qui écrit sur l'être humain et le mal dont il est capable, qui parle de désir, d'entrailles et de tourments.
Il n'aimait pas son époque de bourgeois positivistes et matérialistes, amoraux derrière le paravent de l'honorabilité, elle tient en peu de choses dans notre société comme dans celle du temps de Barbey : un portefeuille bien rempli. Il détestait le mythe du progrès technique forcément vecteur de bonheur universel selon la morale commune de son temps.
Il le disait haut et fort sans crainte de choquer ou de scandaliser les bonnes gens. C'était un critique redoutable et un amateur d'art exigeant.
Il aimait la beauté, la grandeur et la vérité.
Et loin des pétarades du dandy excentrique qu'il était, qui faisaient la joie parfois cruelle des gamins du quartier Montparnasse, où il habita, qui lui jetait des pierres quand il osait s'habiller de pourpre ou de satin violet, on retiendra les lignes hallucinées de l'« Ensorcelée » ou de « Une Vieille Maîtresse ».
Et pourtant il exagère souvent, dans ce dernier roman, les roues du carosse des amants vont tellement vite qu'elles s'enflamment, dans « Un prêtre marié » une croix de chair s'inscrit sur le front de la fille du prêtre défroqué et amoral, personnage complexe du livre. Car Barbey ne le condamne pas, ne lui envoie pas d'anathèmes.
Léon Bloy fut un autre de ces géants, une sorte d'ogre catholique, capable de colères homériques, détestant lui aussi son temps, pour les mêmes raisons que Barbey, sachant bien que le mythe du progrès conduit surtout à intégrer une morale docile d'esclave. C'est certainement pour ces raisons qu'il rédigea « l'éxégèse des lieux communs », qui n'était pas tendre du tout non plus avec les chrétiens.
Citons ceci :
« Plus on est semblable à tout le monde, plus on est comme il faut. C'est le sacre de la multitude. »
Cette phrase correspond encore très bien à notre époque, plus d'un siècle plus tard. Tout comme celle-là :
« L'authentique et indiscutable bourgeois est nécessairement borné dans son langage à un très petit nombre de formules. »
Léon Bloy passa son temps à se brouiller avec un peu tout le monde dans son entourage, à fonder des journaux qui ne duraient pas deux numéros. Il était poursuivi par les créanciers et les propriétaires. Il haïssait le bourgeois avide et à l'esprit étriqué. Il aurait consterné de voir que cette manière de voir le monde est encore plus répandue en 2001 qu'à son époque. Il tirait à boulets rouges sur les icônes, les auteurs déjà statufiés, même quand ceux-ci font dans la littérature exemplaire, ainsi Verlaine. Avec qui il est injuste tout comme avec Rimbaud. Bloy se lie avec deux autres âmes torturées, Huysmans dont le « Là-bas » devrait être dans toutes les bibliothèques catholiques, tout comme « A Rebours » puis avec Villiers de l'Isle-Adam.
Dans « A Rebours », justement, on trouve cette phrase déchirante qui devrait pousser chaque catholique à incliner à l'humilité :
« Seigneur, prenez pitié du chrétien qui doute, de l'incrédule qui voudrait croire, du forçat de la vie qui s'embarque seul, dans la nuit, sous un firmament que n'éclairent plus les consolants fanaux du vieil espoir ! »
Huysmans montre bien que la foi, pour ceux qui l'ont, n'est pas un chemin semé de roses, qu'il ne suffit pas de répéter « Dieu t'aime » à tous les passants pour la comprendre, et comprendre déjà que l'homme est tout petit devant son créateur, chétif d'esprit, faible, et surtout prêt à se laisser aller à toutes sortes d'exactions, de violences et de maux, justement au nom de ses croyances.
On le voit dans l'histoire, cela a souvent été le cas, et ce n'est pas il est vrai l'apanage des catholiques, loin de là.
Dans sa vie, cet auteur a souvent été tenté par l'acédie, voire même de se tourner vers le mal totalement, ce qui aurait été plus simple selon lui.
J'ai cité Verlaine, Paul Claudel affirma avoir puisé l'inspiration de ses pièces dans les poèmes de Rimbaud, le compagnon de l'auteur de « la Bonne chanson ». De Claudel on retient souvent l'anecdote concernant la longueur du « Soulier de Satin », très longue pièce ; Guitry ayant ironisé ensuite :
«Heureusement qu'il n'y avait pas la paire !».
C'est Jean-Louis Barrault qui crée la pièce en 1943 dans une version plus courte, « seulement » quatre hautres, et Antoine Vitez qui aura l'idée de la jouer « in extenso » en 1988, soient pendant onze heures.
Claudel, converti selon la légende derrière un pilier de Notre Dame, manque de chair. Peut-être suis-je trop « incarné » pour l'apprécier ? Pas assez spirituel, mais j'ai toujours la sensation que les personnages de cet auteur sont de purs esprits qui ne mangent pas, ne boivent pas, ne font jamais l'amour, ne pleurent ni ne rient, des archétypes aristocratiques et intellectuels.
Il est permis de largement lui préférer Georges Bernanos, autre géant des lettres, « Grand d'Espagne » comme l'appelait Roger Nimier, un ogre aussi, voulant tout dire, qui avait les mêmes soifs et les mêmes appétences que Barbey ou Léon Bloy : soif de vérité, soif de beauté, soif de justice aussi. Bernanos est incarné, il sait aussi la puissance de l'imposture de ceux qui jouent aux esprits détachés et purs, et dont le coeur est vide et sec. Il écrit finalement comme Céline si celui-ci avait eu la foi.
Dans le fabuleux « Sous le Soleil de Satan », Mouchette, pécheresse, rejetée par tous du fait de son inconduite, est finalement beaucoup plus proche de la foi et l'amour divin que l'Abbé Donissan, pourtant saint curé effectuant des miracles mais qui n'aime plus. Et « le journal d'un curé de campagne » montre que la force spirituelle n'est pas dans la bonne apparence et les sermons spectacles qui font plaisir à entendre, mais qui ne mènent à rien. C'est le thème d'un autre de ses romans.
Et même quand il essaie d'écrire un roman policier de grande consommation de facture classique, il en fait un « mauvais rêve » qui tient autant de Simenon que de Dostoïevski. Attention, aucune critique contre Simenon ici, grand écrivain populaire injustement déconsidéré encore maintenant. Les romans de Bernanos brûlent l'âme, mais sans la consumer, tout comme ses « écrits de combat », dont le plus connu est « les Grands cimetières sous la lune ». On aimerait trouver le même courage chez les littérateurs actuels, catholiques ou pas.
Rappelons les faits : Bernanos se trouve en Espagne, envoyé par l'Action Française pour parler au jour le jour des bienfaits du franquisme aux lecteurs de la feuille monarchiste. Un soir, croyant voir des feux de joie au loin, il s'aventure dehors, se rapprochant il tombe sur des charniers en train de flamber, des charniers allumés par des phalangistes du « caudillo ». Plutôt que de se taire, pour ne pas désespérer ses lecteurs, comme d'autres se tairont sur le stalinisme pour « ne pas désespérer Billancourt », Bernanos dit, lui, la vérité. Au risque de perdre toutes ses amitiés, sa source de revenus, et sa vie, et un de ses fils engagés dans la phalange, menacé de mort dés lors que son père entreprend courageusement de parler de la réalité de la guerre d'Espagne, des massacres.
Sans se dédire, il ne change pas de camp, mais au contraire en restant fidèle à sa foi et à ses idéaux de jeunesse.
A gauche, certains le croient ralliés, encore maintenant, de leur côté.
Grave erreur !
Bernanos est simplement du côté de la vérité des faits. Il écrit contre les petits jeunes gens réalistes, pour qui il est inévitable qu'une partie de la planète souffre pour que l'autre vive confortablement. Il retrouve des liens bien plus forts avec d'autres amoureux de la liberté, comme Simone Weil, la philosophe, qui lui écrit cette très belle lettre où elle reconnaît leur proximité de coeur et d'esprit.
Elle écrit entre autres choses :
« Vous êtes royaliste, disciple de Drumont - que m'importe ? Vous m'êtes plus proche, sans comparaison, que mes camarades des milices d'Aragon - ces camarades
que, pourtant, j'aimais. »
A côté de ces géants célèbres on oublie souvent de citer La Varende, carrément délaissé par l'histoire littéraire actuelle. Il trace un sillon calme et serein que pourtant l'on devrait remarquer. Il évoque souvent sa passion pour la mer, ce désert liquide que tout homme libre se doit de chérir, la Normandie rurale, ses petites gens, ses curés, avec tendresse et finesse, et une dose d'ironie.
Après être allé sur la tombe de Barbey à Saint Sauveur le Vicomte, il n'est pas interdit d'aller au Chamblac visiter le château de la Varende, château rose et bleu, lieu de naissance de Guillaume le Conquérant ne serait-ce que pour ses maquettes de vaisseaux à voiles et sa chapelle hors du temps.
On aimerait retrouver de nos jours des géants de la trempe de Bernanos ou de Bloy, prêts à tout risquer pour affirmer leur amour de la beauté, de la vérité, de la justice. Il est possible que nous n'ayons pas encore suffisemment de distances pour le faire efficacement mais il apparaît malgré tout que deux philosophes au moins écrivent eux aussi de cette encre de feu qu'utilisait Barbey et ses descendants littéraires : Fabrice Hadjaj, et Alexandre Jollien, qui n'est pas catholique, mais l'esprit soufflant où il veut, il peut très bien faire partie de ce petit texte.
Selon lui, Élaborer un nouveau projet pour l'homme, une refondation des valeurs, devient nécessaire du fait de l'effondrement des utopies et de la fin des grands espoirs qu'elles avaient entraînées, y compris les espoirs de générosité entraînés par le marxisme ainsi que le souligne Fabrice Hadjaj. Il demeure encore malgré la fascination morbide pour la fin du monde et la multiplication des inventaires avant décès l'utopie de la pérennité humaine, tout en sachant paradoxalement que l'être humain dispose de plus en plus de possibilités d'éradications totales, de destructions des possibilités.
Nous vivons dans une société du court terme, voire du très court terme, le long terme étant incertain. C'est bien sûr la raison pour laquelle personne au fond ne croit réellement aux générations futures, et que beaucoup veulent aller vers le post-humanisme pour transformer l'homme (certains rêvant, ou cauchemardant, de télécharger un cerveau sur disquette, ou d'être constamment relié aux ordinateurs). L'homme est un homme horizontal et non vertical, un être humain qui refuse sa blessure, alors que ce qui fait l'homme c'est justement cela, et sa dimension tragique. L'adaptabilité au monde et à la société n'est qu'un leurre, l'homme n'a pas à s'ajuster à tout et n'importe quoi, il s'agit d'abord d'aimer son prochain.
Fabrice Hadjaj parle de sexe donc dans « la profondeur des sexes », il emploie un langage cru mais qui ne choque pas une seconde, ou alors quelqu'un qui ne s'est jamais vu dans une glace le matin.
Il n'y a aucune complaisance dans ce qu'il en dit aucune provocation mal placée non plus, il ne fait que rappeler que l'amour physique mène à la vie, que cela peut même être une mystique en soulignant que même si l'attitude faussement dévoyée à la mode actuellement (faussement car finalement il y a toujours une haine du corps et de tout ce qui rattache) est déséquilibrée et désordonnée, et que ce n'est qu'un mirage donnant sur le néant, c'est aussi un embryon de recherche spirituelle élevée malgré tout.
Enfin, il évoque l'Incarnation, que de nombreux chrétiens ne comprennent pas, Dieu, même si c'est sans la souillure du péché, s'est réellement incarné dans la chair et ce n'est pas pour rien. Quand à ce qui se passera après la mort pour les couples, comme le rappelle Thomas d'Aquin : « l'ordre de proximité suivra l'ordre de l'amour ».
Ce à quoi Fabrice Hadjaj rappelle qu'il y aura donc des surprises...
Quand j'ai peur de manquer de courage, quand je m'angoisse pour l'avenir à en avoir la nausée, je pense à Alexandre Jollien, à son handicap, et aussi à son humour et sa force intérieure qui m'impressionne toujours.
Et je le relis...
Il est né très handicapé physiquement, pour lui encore maintenant lacer ses chaussures est un exploit. Il en aurait eu des circonstances atténuantes pour pleurer sur lui, sur son nombril, en vouloir au monde entier, faire preuve de rancoeur et de colère envers le monde. Il aurait pu abandonner toute quête du savoir et se laisser aller à la facilité. On le destinait à rouler des cigarettes. Un prêtre s'occupa de lui et l'aida à épanouir les dons qu'il avait perçus chez Alexandre.
Alexandre Jollien n'est pas cependant l'handicapé de service, l'alibi pleurnichard et sensitif de la société du spectacle, ce qu'il écrit est également brûlant que ce soit dans « le métier d'homme » ou dans « Éloge de la faiblesse ». Il réconcilie Nietzche et le christianisme dans ses ouvrages toujours empreints de la joie du « gai savoir ».
Michel Onfray, qui est aux antipodes résume très bien la pensée d'Alexandre Jollien :
« « Un genre de sur-stoïcisme - s'il fallait parler en termes nietzschéens - dont les caractères sont : une absence de haine (de soi, des autres et du monde) ; pas de traces de ressentiment (contre qui ou quoi que ce soit) ; nulle colère (contre Dieu, le destin, la fatalité, la médecine ou le sort) ; mais une immense, une incroyable adhésion à la vie, une coïncidence viscérale avec ce qui est : la malédiction d'une faiblesse infligée devient la chance d'une force créée. »
Je trouve que la démarche d'écriture de Sébastien Lapaque témoigne elle aussi d'une grande force, même s'il m'agace juste un peu quand il dit « mon maître Bernanos » dans une émission. Je ne suis pas sûr que l'auteur de « la Grande Peur des bien-pensants » eut apprécié qu'on l'appelat « maître ».
Sébastien Lapaque a écrit les meilleurs livres sur Bernanos, et un recueil de nouvelles, « Mythologie française » que je trouve finalement encore plus transgressif, et beaucoup plus intéressant, que son pamphlet contre Sarkozy , « Il faut qu'il parte » qui est dans les rails.
Entre un ivrogne dans son genre, assumé et qui a bon goût en matière de vin, qui ne se prend pas au sérieux, sait bien qu'il n'est pas un phare de sagesse pour l'éducation du peuple -le pôôple- et des buveurs d'eau trou-du-cul pompeux qui s'imaginent raisonnables (ce sont eux qui sont souvent prêts à veiller toute une nuit pour acheter le dernier gadget à la mode en s'imaginant être à la pointe, genre ail-pade), je préfère encore l'ivrogne....
Le net s'est agité il y a quelques temps, Causeur, Bakchich, les blogs de divers écrivans dont Jérôme Leroy, ami proche de Lapaque, celui de Gaëtan Flacelière, et par là, du fait d'une vidéo prise par une techno-balance sur son ail-fône dernière génération, le photographe Reza, dont les oeuvres ornent déjà les lofts des trentenaires "équitables" et "con-cernés", elle montre Sébastien Lapaque lisant un tract dénonçant la compromission des anciens gauchistes avec l'hyper-libéralisme avec le ton de Malraux, ce qui est on s'en doute une sorte de crime de lèse-majesté contre les élites auto-proclamées actuelles.
Lapaque a aussi écrit cette très belle nouvelle dans laquelle des prostituées tissent doucement une image qui s'avère être celle du Christ.
Et au moment de « Piss Christ », il rappela l'essentiel à travers un mot de Bernanos : « « Vous pourriez lui montrer le poing, lui cracher au visage, le fouetter de verges et finalement le clouer sur une croix, qu’importe ? Cela est déjà fait ».
Comme Jérôme Leroy, et Jacques de Guillebon, c'est un ancien de la revue « Immédiatement ». Celle-ci annonçait beaucoup de choses en germe, sortant de l'ordinaire grisâtre et sans beaucoup de force de la pensée à la mode. Des jeunes gens passionnés de littérature et venant d'horizons divers se permettaient de remettre en cause les préjugés en usage dans le beau monde, et de se moquer des écrivains déjà statufiés de manière totalement imméritée. Jacques de Guillebon écrit maintenant dans « la Nef » des articles toujours remarquables.
Depuis la fin de « Immédiatement », il apparaît néanmoins que chacun est retourné dans la case que le système lui octroie, occupant l'emploi qui lui est réservé. C'est un peu dommage...
Encore un mais, car il y a encore un « mais », je trouve que pour l'instant, de même pour Sébastien Lapaque, il y a encore trop d'attaches avec le port de départ, trop de précautions et de préventions malgré tout.
Sur ce dernier auteur, il y a une anecdote que j'aime bien. « Chez Castel » tombant sur un évêque médiatique, l'écrivain déjà passablement parti en voyage, car boire en est un, serait tombé çà genoux devant l'ecclésiastique suave et « de gôche » en lui demandant sa bénédiction, ce que l'autre a fait, grand seigneur, tout en se croyant obligé de commenter sur la « spiritualité de nègres » qu'était pour lui cette bénédiction.
Sinon, on attend, chers auteurs que vous donniez la charge, que vous soyez encore plus vigoureux, plus offensifs que vous preniez encore un peu plus le risque de déplaire aux puissants. Ce qui permettra après la charge de lancer contre eux, enfin, l'hallali, et on n'en parlera plus...
photo de Sébastien Lapaque prise ici
photo de Fabrice Hadjaj prise ici
photo de Léon Bloy prise ici
photo de Barbey d'Aurevilly prise ici
photo de Paul Claudel prise ici
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mercredi, 04 mai 2011
De quoi Nadine Trintignant et Jean-Claude Barreau sont-ils le nom ?
en discussion sur Agoravox aussi
Mardi soir, ce que je ne fais jamais, j'ai regardé « Ce soir ou jamais », l'émission de Frédéric Taddéï.

Y étaient invités Nadine Trintignant, cinéaste, Frigide Barjot, chroniqueuse et écrivain, Aya Cissoko, ancienne championne du monde de boxe, Georges Balandier, anthropologue et sociologue, Jean-Claude Barreau, écrivain et inspecteur général de l'Éducation Nationale, ancien prêtre défroqué, Ali Magoudi, psychanalyste, et Jérôme Leroy, écrivain et journaliste, souvent classé « hussard de gauche, mais je ne suis pas sûr qu'il soit d'accord avec cette classification.
C'était surtout pour entendre la fidèle épouse du président de Koch, Frigide, et pour mon « meilleur ennemi », Jérôme Leroy sur la béatification de Benoît XVI.
Je souffrais pour Frigide Barjot, qui était face à six contradicteurs, dont un, Jérôme Leroy, cependant, plus subtil que les autres. Ce qu'il reprochait quant à lui à Jean-Paul II est le fait que ce pape n'aurait pas compris l'importance de la théologie de la libération dans les pays d'Amérique du Sud.
L'écrivain, marxiste et athée, reconnaissait cependant la force de la doctrine sociale de l'Église, développée par Jean-Paul II et aussi par Benoît XVI dans « Caritas in veritate ».
Sur ce point je rappellerai que la théologie de la libération part d'une hypothèse marxiste quant à ses thèses économiques, et que le marxisme, à la base est contradictoire dans son principe au christianisme. Pour les chrétiens, « au commencement était le Verbe », et donc l'esprit divin, pour Marx, au commencement est la matière ce qui est l'inverse. C'est cela qui est reproché par l'Église à cette théologie et non les actes courageux de nombreux prêtres d'Amérique latine pour amener plus de justice sociale dans leurs pays, tel Dom Helder Camara.
Je me souviens d'une émission de télévision où Frossard, ancien communiste donc pour cela mal considéré par Barreau (biographie ici), lui avait demandé à la fin d'un discours particulièrement enflammé avec forces gestes sur l'adultère et le pardon nécessaire aux adultérins malgré leur péché mais aussi le retour nécessaire à l'ordre moral, « s'il avait quelque chose à se reprocher », quelque chose à prouver, de manière calme et tranquille le ridiculisant instantanément car Barreau jouait un rôle qui sonnait étrangement faux après avoir fait une déclaration du même genre que celle ci-dessous.
Barreau, comme beaucoup de curés défroqués, passait son temps à se justifier de son geste, qu'il avait parfaitement le droit de faire, personne ne lui en demandant des comptes, moi le premier.
Mais à entendre Barreau hier sur Jean-Paul II, c'est la faute de l'Église qui n'a pas a été assez moderne ou réformiste à son gré s'il n'est pas resté clerc.
Comme pour beaucoup l'Église aurait dû se conformer à ses désirs, se mettre en phase avec son auguste personne, et non le contraire, ce qui est beaucoup plus contraignant bien sûr à première vue, et libérateur au point de vue chrétien.
J'avoue que je préfère largement Frossard qui me semble beaucoup plus capable d'esprit de finesse.
Ce qui est paradoxal par ailleurs est que Jean-Claude Barreau a écrit ceci : "Ceux qui viennent en France en tenant à conserver leur langue, leur culture et leur religion ne doivent pas être considérés comme des immigrés, mais comme des colons", et a pourtant vanté tout au long de l'émission la force du modèle républicain d'intégration, ce qui me semble contradictoire.
Concernant Nadine Trintignant, j'ai eu, j'ai toujours beaucoup de pitié pour la mère vivant l'immense chagrin de perdre sa fille tuée à cause la violence d'une brute ordinaire, qui n'a rien finalement du rebelle romantique en pleine crise d'exacerbation passionnelle.
Hier, par contre, quand elle s'est mise à parler du Pape, évidemment le premier sujet abordé a été le port du préservatif et la plupart des contre-vérités habituelles énoncées sur le sujet, on ressentait surtout de l'agacement. Ainsi qu'Aya Cissoko, Nadine Trintignant était prête à traiter Jean-Paul II de criminel contre l'humanité du fait de son intransigeance supposée contre le petit capuchon de caoutchouc.
Ce fût elle qui fournit le laïus habituel sur l'ordination des femmes et le mariage des prêtres, méconnaissant d'ailleurs comme toute personne sortant ce genre de discours qu'il existe déjà des prêtre mariés dans l'Église catholique, comme ceux des chrétientés d'Orient où c'est dans la tradition depuis les origines (par ici un article sur le célibat des prêtres).
Comme d'autres elle crut bon également de pointer du doigt les dépenses occasionnées par la cérémonie de béatification de Jean-Paul II et celle du mariage de Kate et William.
En allant jusqu'au bout de son raisonnement, primo : il est toujours intéressant d'entendre ce genre d'arguments moralement très juste dans l'absolu d'une personne se voulant plutôt a-morale, deuxio : on pourrait lui objecter que tourner des films est parfaitement inutile pour le progrès du monde, comme tout art d'ailleurs, et que là aussi ce sont des dépenses somptuaires parfaitement superflues.
Quand les invités en vinrent à parler de la tuerie de Nantes, je fus très surpris d'une chose. Tous ceux qui avaient passé un bon quart d'heure auparavant à condamner le moralisme de l'Église, les papes réactionnaires, semblaient tenir pour acquis, certes comme les médias, la culpabilité et la monstruosité de Xavier Dupont de Ligonnès. Alors que pour l'instant, et même si il y a de fortes présomptions il est vrai, personne n'en sait rien après tout pour le moment, à moins de s'improviser inquisiteur, même laïc, ou juge suprême à la place du juge suprême.
Là encore, la réaction sur ce sujet de Nadine Trintignant était caractéristique, elle suggéra que c'était bien entendu la catholicité de l'homme et de sa famille, donc qu'ils aient été sous la coupe d'un moralisme arbitraire et rigide, qui l'a poussé à tuer et à se comporter en monstre.
Ce qui domine au bout du compte, excepté pour Frigide Barjot, c'est la conception erronée de la religion chrétienne uniquement considérée comme un ensemble de lois et de préceptes arbitraires destinés à asservir les consciences. Comme le dit bien Fabrice Hadjaj : la foi n'entraine « ni théocratie, ni technocratie » (par technocratie on entendra cette conception qui fait du progrès l'alpha et l'oméga de la vie moderne). Et que la religion d'Amour qui est celle du Christ, et celle de l'Évangile, n'a rien à voir avec un ensemble de diktats insupportables. Et ce même si les chrétiens eux-mêmes qui devraient toujours se reconnaître faillibles, comme les autres êtres humains, sur le sujet, ont beaucoup de mal à le comprendre et surtout à le vivre, là encore comme tous les autres êtres humains.
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dimanche, 01 mai 2011
Article papolâtre – au sujet de la béatification de Jean-Paul II
Des réactions à l'article sur Agoravox
« N'ayez pas peur »
La première chose que Jean-Paul II dit aux croyants...

Ce n'est pas très à la mode d'être papolâtre en ce moment, ou de se dire d'Église, dont les ecclésiastiques sont tous peu ou prou pédophiles.
Être d'Église je l'ai compris au Saint Sépulcre ce que c'est, au milieu pourtant de toute une « cour des miracles » de touristes, de pélerins fébriles, de vieilles parfois hystériques, qui embrassaient fiévreusement les piliers du monument, des marchands d'un pu de tout.
Je faisais partie aussi de ces fous, ces fous persuadés que Dieu est une personne qui les aime.
Folie au temps de la mondialisation :
Folie au temps du « village dit global » !
Ce n'est pas exactement dans le vent d'être catholique de toutes manières, un catholique est forcément une espèce de coincé mal dans la modernité, un fanatique comme un autre qui croit à des fariboles sans fondement rationnel que l'on oppose toujours aux islamistes et autres fondamentalistes.
Ce qui est tendance à la rigueur c'est de proclamer qu'on aime bien l'Évangile et le message du Christ que l'on veut bien retenir comme « homme extraordinaire » parmi d'autres.
On fait de lui une espèce de super-scout un peu mièvre, aux bonnes joues roses en oubliant que « son message » est autrement plus explosif que l'exposé de deux ou trois lieux communs sentimentaux.
On prend ce qui arrange dans l'Évangile, on laisse de côté ce qui arrange moins, en consommateurs de spiritualité. Beaucoup mélange l'Évangile avec un peu de bouddhisme et deux doigts de lapalissades qui font bonne impression entre la poire et le fromage.
On ne veut surtout pas s'engager trop dans l'expression de sa foi ou de ce fameux « message » justement, on raille ceux qui le font, qui deviennent des « grenouilles ou crapauds de bénitier » ou des « onanistes de sacristie » détestables aux yeux du troupeau qui préfèrent largement le confort de deux ou trois lieux communs vaguement humanitaristes où « tout le monde il est beau tout le monde il est gentil » mais rien ne doit changer.
De plus, ce qui m'a toujours semblé curieux est cette manie des incroyants ou agnostiques affirmés, des adversaires de l'Église de donner des conseils aux chrétiens pour l'élection d'un pape selon leurs vœux et selon le siècle, un pape qui ne soit plus catholique en somme (comme dans ce texte de Philippe Muray qui parle d'un « pape en phase », note sur Muray : ce qui est amusant en ce moment avec cet auteur est que comme il est lu dans un spectacle qui a « la carte », il est un peu à la mode chez les bobos dont pourtant ils se moquent, bien sûr le bobo ridicule étant toujours le voisin... ).
Ils auraient voulu avant l'élection de Benoît XVI d'un pape africain, ou américain du sud, un de ces « bons sauvages » qui aurait écouté « leurs lumières » avec attention (car ces conseilleurs se voient souvent en « phares de sagesse » du peuple, qui n'en demande pas tant). Ils voudraient un Barack Obama Ier, pape, en quelque sorte, qui aurait toléré leur conception élastique de la morale et qui n'aurait plus été vraiment pape donc, serait passé à magnanimité sur leur rapport hypocrite à l'argent.
Au sujet de Benoît XVI, j'ai lu quand il est venu aux Bernardins dans les z-Inrocks (magasine dans lequel je n'enfermerai pourtant pas mes poissons de peur qu'ils ne se gâtent) un texte de Catherine Millet sur Benoît XVI et son discours aux Bernardins (on trouve ici ce qu'elle en dit) que je trouve très intéressant, et bien écrit, ce qui ne gâche rien.
Son point de vue pourra surprendre les cons qui divise l'humanité en ceux qui pensent comme eux et ceux qui pensent pas comme eux, sans qu'aucune discussion ne soit possible, et rien ne devant évoluer.
Ce qu'elle dit contredit toutes les sottises écrits sur Benoît XVI présenté comme réactionnaire dans le sens qu'il demande à réfléchir avant d'adhérer à une "nouveauté" ou ce que l'on présente comme telle.
Il faut dire qu'actuellement, ce qui est nouveau est forcément bon, forcément bien.
Comme le disait Montaigne il y a déjà 500 ans, la nouveauté conduit surtout à construire de nouveaux bagnes intellectuels et spirituels.
Maintenant en 2011, c'est très mal vu d'être admiratif des papes en général, et du pape actuel en particulier, réputé réactionnaire, voire nazifiant par ceux qui ne l'aiment pas et n'aiment pas l'Église quoi qu'elle fasse ou dise.
Les allusions au passé adolescent de Benoît XVI sont assez odieuses en elle-même, et elles dénotent aussi les préjugés finalement ethnocentrés et plus ou moins xénophobes que les gens ont sur les nationalités :
Les italiens, tous des dragueurs, des séducteurs, les allemands tous des nazis obsédés par la discipline...
Je me souviens bien de l'élection de Jean-Paul II en 1978, quelques temps après seulement la mort de Jean-Paul Ier, le premier pape à ne à pas être italien depuis des siècles.

Je me souviens de lui deux ans après l'attentat qu'il subit en 1981, lors d'un pèlerinage à Rome, de son regard, son sourire lorsqu'il nous salua. C'était peu après sa rencontre avec Ali Ağca, et le geste de pardon du Pape.
Il eut à subir exactement les mêmes critiques de la part des observateurs réputés avisés quant à son action, étant polonais on le soupçonnait d'être un coup le pape des américains contre les russes, un autre d'être un agent du KGB, si ce n'est un franc-maçon déguisé.
L'Église avec lui retrouvait encore un peu plus le sens premier du mot catholique. Il a laissé les affaires courantes se faire sans lui à Rome préférant parcourir le monde et aller à la rencontre de tous les peuples chrétiens, en particulier ceux sous le joug, abandonnés par les pays occidentaux.
Je l'ai revu en 2000 lors du Jubilé de l'Église à Jérusalem, au Mur des Lamentations où il mit une prière entre les pierres de ce lieu sacré pour les juifs sous les yeux ébahis des « hommes en noir » qui manifestèrent leur bêtise en lavant à grande eaux l'endroit selon eux souillé par le Souverain Pontife.
J'étais dans la foule des chrétiens palestiniens lors de la messe à Bethléem, heureux de l'affection que Jean-Paul II leur manifestait, qui leur faisait oublier qu'ils sont entre le marteau israélien de Tsahal et l'enclume fondamentaliste du Hamas depuis plusieurs décennies.
Il y rappela encore fort justement aux chrétiens occidentaux présents que la Terre Sainte n'était pas un musée, un jardin de pierres, mais que c'était aussi leur terre originelle et que les lieux saints y avaient été sanctifiés depuis des siècles par les chrétiens d'Orient.

Je me souviens de lui à Yad Vashem, ce qui a permis de rappeler que ce Pape était aussi un de ces justes, qui restent parfois anonymes toute leur vie, qui avait protégé des familles entières de la déportation et de l'extermination.
C'est finalement plutôt encore assez mal vu à la lecture de différentes réactions sur le réseau ou ailleurs d'émettre un avis positif sur le pontificat de Jean-Paul II. Beaucoup ne veulent retenir de lui que cet image du Pape des jeunes, ou celui de tel ou tel grand rassemblement, d'autres ne voient en lui que ses déclarations sur le préservatif et la morale individuelle.
Il est tout cela à la fois, et s'il fût un adversaire des régimes totalitaires communistes ou s'affirmant tels, il l'était aussi de toute autre idéologie globalisante, tel le libéralisme et autre matérialisme individualiste comme celui qui sévit en ce moment.
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samedi, 02 avril 2011
La Terre Sainte de la médiocratie
Quand j'étais en Palestine, et en Israël, en Terre dite Sainte, j'avais vraiment le sentiment de côtoyer des lieux chargés d'histoire et de signification, des lieux qui faisaient sens, où toute action acquiert une profondeur.
D'ailleurs que l'on soit croyant ou pas, agnostique ou athée, on ne peut que ressentir cela là-bas, à moins d'être complètement hermétique à toute sensibilité ou toute réflexion. Comme les autres expatriés, je côtoyais des palestiniens au sens de l'accueil inestimables, très divers, parfois antagonistes, tout comme les israéliens, enclins à la discussion, voire à la polémique violente partout.
Il y avait bien sûr la violence, il y avait la bêtise crasse de quelques uns, surtout parmi les plus radicaux des trois religions monothéistes, les ultra-palestiniens, les ultra-sionistes. Cette violence et cette haine, cette sottise montraient d'abord et avant tout la peur panique des uns et des autres devant tout ce qui s'apparente finalement à la vie, à la beauté, tout ce qui pourrait amener l'être humain à plus de bonté et qu'ils rejettent violemment et définitivement du revers de la main tout en prétendant bien sûr œuvrer pour le bien commun.
La vie dans le désert et sous ses latitudes est toujours un miracle. Elle bouillonne dés qu'il pleut un tout petit peu d'eau.
Il y avait la beauté de quelques monuments, surtout « le Dôme du Rocher » à Jérusalem, mais il y avait surtout la splendeur de la nature, les roches de Pétra ressemblant littéralement à la chair, celle de ces territoires, blessée ou souvent abimée, les fabuleux « Piliers de Salomon » et la magnificence du ciel de Palestine ou d'Égypte.
On trouvait ces sentiments et ressentiments surtout chez les occidentaux présents dans cette région, qui étaient plus jusqu'au-boutistes que le plus fervent des « frères » du Hamas, plus fondamentaliste qu'un électeur du Shas d'Ovadia Youssef qui vaut bien en bêtise Ben Laden ou un autre. Tous ces occidentaux passaient deux, trois, quatre jours, une semaine, ou deux, en Cisjordanie ou à Tel Aviv, et ça y était, ils avaient tout compris de la situation pour laquelle ils avaient bien sûr la meilleure solution, à savoir la leur.
Ne parlons pas de la bêtise et l'indifférence lamentables de beaucoup de pélerins, incapables de simplement regarder autour d'eux.
Malgré tout, toute vie avait une grandeur, une fraîcheur, une énergie, une importance. Et les débats fleurissaient partout, sur des sujets fondamentaux, et non des futilités. Et surtout il ne serait venu à l'idée de personne de jouer un rôle car cela se serait vu tout de suite.
Là-bas la liberté n'est pas qu'une idée obscure, un grand mot qu'on lâche pour se donner un genre entre la poire et le fromage ou en commentant un article sur le Web. On voit bien que la liberté commence dans le moindre petit geste, puisse-t-il paraître en France très anodin ce qu'il n'est pas.
La liberté contre la sottise, la haine et la violence, elle commence, nous l'avons vu à Jérusalem, par comprendre ce qu'implique vraiment ce que nous croyons futile et qui ne l'est pas. L'imbécile est toujours dans la gravité, l'esprit de sérieux, il veut intensément qu'on le prenne au sérieux contre vents et marées.
Il n'y a pas que cette posture il est vrai, le crétin qui se prend au sérieux a également toujours tendance à voir des propagandistes et des indics' partout. Il a également une propension marquée à psychiatriser son contradicteur.
Quand nous sommes rentrés de nos deux ans de coopération là-bas, nous avons cru très naïvement qu'il en serait de même en France, que nous retrouverions toutes ces richesses de réflexion, d'accueil, de sens de l'autre et de profondeur de vues, nous avons surtout retrouvé une mesquinerie assez globale finalement avec en corollaire une connerie assez , où il semble que tout individu ressent d'énormes frustrations qu'il essaie de compenser comme il le peut, généralement en jouant un rôle. Nous qui nous étions libérés quasiment totalement de nos préjugés d'occidentaux lambda nous sommes tombés de haut.
Nous qui croyions que ceux que nous avions laissé derrière nous le comprendraient et s'en réjouiraient comme nous, appréciant ce dont nous nous étions enrichi, nous nous trompions, à quelques exceptions, lourdement.
La première chose qui nous fut demandé, professionnellement et quant à notre parcours d'études ou nos choix personnelles, c'est de rentrer dans le rang, et de retrouver vite fait bien fait les rails que l'on nous reprochait d'avoir quittés. En effet, sortir de ces rails est des plus suspects en France.
Pour une raison simple.
L'imbécile qui a mené bon gré mal gré, tranquillement et sans se presser, sa barque en prenant bien soin de ne pas sortir de la voie indiqué par le troupeau, qu'il ait réussi ou pas, ressent une intense jalousie face à celui ou celle qui a réussi à le faire et ne s'en est pas porté plus mal.
Et il a cru gagner sa légitimité par un hochet social quelconque décroché bien docilement, à quelque niveau que ce soit.
Depuis que le réseau existe et est accessible à tout le monde, quand sa vie lui semble un échec il gagne encore mieux sa légitimité, lui semble-t-il, en éructant à qui mieux contre un peu tout le monde : les gauchos, les fachos, les z-homos, les bolchos, les noirs, les blancs, les arabes, les juifs, à chaque fois sous couvert de le faire pour le bien de l'humanité forcément ingrate à son encontre car elle n'a pas encore reconnu son génie, ce qui, il en est sûr, ne manquera pas d'arriver.
L'abruti qui n'a rien lu peut semer les quelques étrons qui constituent ce qu'ils appellent ses opinions, dire que tel poète est abscons, tel écrivain de génie nul. Il avoue d'ailleurs s'être ennuyé comme un rat mort en lisant quelques livres un peu plus exigeants qu'un best-seller de Marc Lévy ou Guillaume Musso.
Pour se justifier de son ennui et de son avis, il aime beaucoup deux dictons grotesques qu'il a entendu et répété dés la cour de récréation : « la culture c'est comme la confiture, moins on en a plus on l'étale », ou « Tous les goûts sont dans la nature », selon l'idée qui prévaut d'ailleurs dans les supermarchés de la culture, qui veut que en littérature, par exemple, tout se vaut, que l'on peut mettre Scott Fitzgeradl au niveau de « Mickey Magazine », que l'on peut vendre côte à côte un feuilleton sentimental et « la Dame de Shangaï » de Welles.
Devant l'indigence de la vie politique, intellectuelle et culturelle en France, sa coupure presque totale d'avec le peuple, d'ailleurs plus ou moins consentant, je songe souvent avec nostalgie à cette vie à Jérusalem, et à sa richesse, à son dynamisme, au vent de liberté que nous sentions souffler, grâce à l'Éducation, grâce à la Culture, deux choses allègrement méprisées en France par tout le monde.
Sur la photo du bas, on voit une famille de français moyens fiers de montrer tout ce qu'ils consomment docilement en un an, photo prise sur le blog de Patrick Donati
Photo de Petra emprunté à ce site de voyages
Ci-dessous,une scène d'"Intervention Divine" qui montre ce que la beauté et le goût de la vie peuvent faire
une chanson sur notre médiocratie superchic, génial
16:23 Publié dans Art de vivre, Lu et vu sur le Net, Mon journal en Terre Sainte, Personnel et confidentiel, Spiritualité, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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jeudi, 31 mars 2011
Philippe Muray sur la foi et les anti-catholiques
"Rien d’étonnant à ce que « ne-pas-être-anticatholique » requière une disposition d’esprit tout de suite plus ou moins proche du mauvais esprit, assimilable d’emblée pour tout le monde à la mauvaise foi, l’impertinence, la subversion humoristique mal placée, l’effronterie anachronique, la négativité culottée.
C’est ainsi, et c’est la chance sans prix de cette expérience. Au cours de laquelle on découvre qu’il suffit d’avouer un peu de « foi » pour être immédiatement rangé dans la catégorie de la mauvaise foi bouffonne.
Ce qui vous permet ensuite d’éprouver, si vous poursuivez courageusement l’expérience, que justement dans ce cas précis, il n’y a que la mauvaise foi qui sauve; et qui déplace les montagnes, contrairement à ce que croit la majorité d’entre nous…
L’acte de foi, acte d’intelligence requis depuis le concile de Trente par le magistère de l’Eglise, acte libre de la volonté qui vous engage tout entier et qui est le commencement du salut, ne peut plus être aujourd’hui, dans notre monde, qu’un acte parfaitement calme et conscient de mauvaise foi.
C’est ainsi qu’il se présente de toute façon et mieux vaut le savoir. Il implique au minimum le retournement constant des valeurs, le doute par rapport aux certitudes acquises, l’ironie devant chacune de nos croyances biologiques légitimes. La mauvaise foi, en résumé, devant notre propre légitimité d’êtres vivants.
Car c’est cette légitimité prétendue, à toutes les époques, qu’il convient de ruiner pour vivre.
Voilà, pour ne pas être anticatholique, l’une des portes étroites du passage. Elle apparaîtra bien entendu anormale, perverse à quiconque se tient sur ses deux pieds au milieu des phénomènes sans les interroger; ou à quiconque est en lutte acharnée pour leur amélioration ou leur conservation, ce qui revient au même. Elle devient logique, en revanche, si on part de l’hypothèse de la Chute: le monde est l’oeuvre de Dieu et, depuis, l’homme la bricole, cette oeuvre, la bouleverse, la transforme, la bousille, la retourne, l’améliore, la rend malade, la guérit de ses maladies, la charcute, la tripote, enfin la travaille infatigablement.
Partir d’un rebroussement, d’une proposition de retournement de ce qu’on voit, c’est le réflexe pré-requis pour ne pas être anticatholique, comme le disait déja gracieusement Gracian: « On ne saurait bien voir les choses du monde qu’en les regardant à rebours »… Qui dit mieux? »
Philippe Muray
Dans "Festivus Festivus".
Un entretien avec Philippe Muray ici
Merci à l'auteur du commentaire qui m'a rappellé ce texte
14:14 Publié dans Art de vivre, Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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samedi, 19 mars 2011
Hommage à nos frères parpaillots - un peu d'oecuménisme que diable !
Mes bien chers frères, mes bien chères soeurs,
En ces temps de réflexion spirituelle intense, nous nous devons de rendre hommage au fodnateur du protestantisme dans un grand film d'aventures en "Réformoscope", Martin Luther, un bien fameux luron.
(voir ci-dessous)
Dans le "Sens de la vie", long métrage des Monty Python dans lequel aurait dû figurer "les aventures de Martin Luther" on trouvait aussi la réponse à la question cruciale sur la différence entre protestants et catholiques.
12:01 Publié dans Art de vivre, Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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lundi, 14 février 2011
"Tokyo électrique" - Cinq nouvelles au coeur du Japon inconnu
Soyons sérieux et parlons du Japon...
Quand il voulait éviter de parler des emballements fugaces du jour, des engagements vers un grand soir qui n’est pas encore venu (viendra-t-il un jour ?), quand il voulait signifier la prétention à trouver des solutions à tout et moraliser le comportement de ses congénères, tous aussi pitoyables primates les uns que les autres, Roger Nimier disait « et maintenant, soyons sérieux et parlons du Japon ».
L’esprit de sérieux, tout comme la gravité, la fausse gravité, est le bonheur des imbéciles sentencieux. Ils aiment les grandes phrases pontifiantes et sont comme les marins pour Michel Audiard.
Parlons donc du Japon, et de la littérature japonaise en particulier, très loin de se réduire aux stéréotypes en usage : aux mangas, aux histoires de yakusas, ou de karatéka ou de samouraïs ou aux « non-lieux » de « Lost in Translation » qui avait déjà l’avantage de montrer une chose, on ne connaît rien du Japon, ou encore aux monstres en latex qui écrasent des maquettes filmées en grand angle. On a sur ce pays que des idées préconçues et arrêtées qui ne reflète pas la réalité.
Les films de Takeshi Kitano, qui est dans son pays un mélange improbable entre un clown médiatique plutôt lourd et grossier et un auteur d’une grande élégance de livres, comme « la vie en gris et rose » ou « Asakusa Kid » et de films extrêmement intelligents qu’il parle de gangsters gagnés par le désespoir et de l’été fantaisiste de petits garçons ingrats.
Cinq moment quotidiens et remarquables...
Il est pourtant tentant de se perdre dans cette réalité différente, pas si différente de la nôtre cependant, la nature humaine y étant tout autant méprisable et remarquable qu’ailleurs.
Les cinq nouvelles du recueil « Tokyo électrique », de Muramatsu Tomomi, Morita Ryûji, Hayashi Mariko, Shiina Makoto et Fujino Chiya permettent d’en découvrir de nombreuses facettes et de rentrer dans des histoires écrites avec beaucoup de finesse qui partent toujours de faits sans importance, apparemment, des tranches de vie du quotidien de la mégalopole. Cependant l’écriture et le talent des cinq auteurs les subliment et en font des instants de grande poésie ou triviaux, des instants symboliques qui montrent les ravages de la modernité, de la solitude des « salary men », du désert des sentiments dans une société dont l’idéal se résume à la satisfaction des désirs et quatre volontés des marchés économiques.
Il n’y est nulle part question du bouddhisme du grand ou du petit véhicule, on y aborde aucun sujet politique.
Dans la première histoire, des hommes mûrs se remémorent au son du jazz de Thad Jones d’une femme fatale dont ils étaient tous amoureux, et qui un jour disparut sans laisser rien d’autres que des souvenirs nostalgiques, qu’ils comparent à la flamme d’une allumette, fragile et flamboyante, dont la clarté dure très peu de temps.
On y découvre Tokyo la nuit, une ville qui ne cesse jamais de vivre. Les néons l’illuminent, et les écrans géants y déversent dans ses rues un flot incessant de spots de publicité et d’informations tonitruants. A regarder de loin, on n’y voit aucun être humain. A y regarder de plus près c’est tout une humanité hétéroclite qui y grouille, y vit, y travaille, qui aime et rêve malgré tout.
Dans la deuxième, des marginaux drogués, des mauvais garçons lamentables, violents, enfantins et malhonnêtes tentent de protéger une jeune fille de treize ans, prostituée venue des Philippines, violentée quotidiennement dans un des dancings de Shinjuku. Ils risquent jusqu’à leur propre survie pour elle, le plus yen de leurs économies, acceptant le moindre petit boulot dans les restaurants de bols de pâtes de leur quartier.
Un temps ils y trouveront une rédemption, mais le réel se rappellera à eux tragiquement.
La troisième raconte l’amour d’une jeune femme pour un garçon timide et emprunté qui s’invente une fiancée imaginaire pour ne pas s’engager trop avant car ils ne sont pas du même milieu, la jeune fille étant d’un quartier populaire. Elle finit par découvrir que son amant ne veut pas se fiancer avec elle car ses parents lui interdisent ce qu’ils considèrent comme une mésalliance.
J’aime beaucoup l’avant-dernière nouvelle qui raconte l’histoire d’un jeune « salary man » qui ne trouve comme seule et unique solution pour se loger, après l’incendie de son ancien appartement, que de planter une tente toute jaune au sommet du building géant de la société qui l’emploie.
Il y prend goût rapidement, se débrouillant rapidement pour avoir de l’eau et de l’électricité, ayant une vue unique sur la baie de Tokyo et les étoiles rien que pour lui.
Il tremble de plus en plus qu’on le surprenne sur son refuge haut perché, comme le baron d’Italo Calvino, appréciant tout comme lui cette existence en marge qui lui redonne sa liberté : un couple d’amoureux illégitimes, le concierge de l’immeuble qui a vu la tente mais n’a rien dit, un chef de bureau qui vient prier, une employée qui cache sur le toit un tout petit chien que le campeur urbain finit par adopter.
Dans la dernière nouvelle, qui ressemble beaucoup au manga « mes voisins les Yamada », une ménagère trompe son ennui en racontant ses petites misères au policier compatissant du commissariat de son quartier, les railleries des écoliers, des gamines insolentes en uniformes et socquettes blanches, les « otakus » qui mettent le volume de leur console de jeux vidéos trop fort, les vieux qui vident leurs poubelles un peu partout.
Ces histoires sont à déguster en prenant son temps, il faut y chercher les saveurs sans impatience et non les gober en deux ou trois bouchées comme un sushi.
On découvre Tokyo aussi sur Agoravox
« Tokyo électrique »
aux éditions Philippe Picquier poche
Mes Voisins Les Yamada
envoyé par irakaz. - Court métrage, documentaire et bande annonce.
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vendredi, 11 février 2011
Bébé buzz et éthique - communication de Frigide Barjot
Je relaie cette communication de Frigide Barjot
www.appelaverite.com
Le petit garçon turc Umut-Talha né il y a 10 jours et qu'on nous a miraculeusement présenté hier – jour d'ouverture des débats sur les lois bioéthiques – sur toutes les chaînes, avec moults directs de son papa scientifique, le Pr Frydman, est une prouesse médicale – et médiatique – incontestable; elle sera totale quand la grande sœur sera sauvée, ce que tout le monde espère...
Mais il est utile de rappeler ici ce qui n'a pas été souligné dans les medias hier : le contexte scientifique de sa naissance pose des questions éthique et politique majeures... même en sauvant la vie de sa sœur, ce qu'on ne saura que dans quelques semaines.
• Au-delà du principe philosophique qui ne saurait en aucun cas transformer un être humain en moyen, les conséquences psychologiques et affectives d'une conception "utilitaire pour autrui" peuvent être extrêmement handicapantes pour l'enfant et sa famille.
La secrétaire d'Etat à la Santé, Nora Berra, a déclaré mardi, après la naissance de ce premier «bébé du double espoir», ne pas pouvoir «approuver l'instrumentalisation de la conception».
Comment ce petit se sentira-t-il vraiment aimé pour lui-même, sachant qu'il est là pour une autre raison que lui-même?
A-t-on mesuré le handicap psychologique que pourrait représenter pour lui et par malheur, l'échec de la greffe pour laquelle Umut-Talha a été mis au monde ? L'espoir s'effondrera pour la sœur, et aussi pour le petit frère qui portera la culpabilité de cette défaite. Et si la greffe réussit, le risque est fort aussi que sa sœur se sente "débitrice" de son frère à vie ... Il ne faudrait pas rajouter un handicap moral à la maladie génétique de la famille.
• Pour que cet enfant naisse selon le double "cahier des charges" non malade et immuno-compatible, il a fallu fabriquer, trier et éliminer beaucoup d'embryons...
En règle générale, le bébé-"médicament" nécessite un double tri d’embryons, donc la fabrication d'un nombre important au départ. D’abord, il faut éliminer les embryons porteurs de l’affection dont souffre la grande sœur à soigner. Ensuite, dans le stock d’embryons sains, un 2ème tri est effectué qui permet de ne garder que des embryons immuno-compatibles pour la greffe envisagée. En l'espèce, il a été fabriqué 6 embryons; il est resté au final 2 embryons sains, dont un seul compatibe : le Pr Frydman a assuré que les 2 avaient été réimplantés, et que grâce au Ciel, seul le compatible s'est développé. Mais dans d'autres cas, on pourra admettre explicitement de supprimer des embryons sains qui ne seraient pas compatibles pour une greffe.
Le cas d'Umut-Talha est exemplaire : d'habitude, pour obtenir un embryon qui corresponde au « cahier des charges », on a évalué qu’il faut fabriquer une trentaine d'embryons dont un ou deux seront gardés. Pour une FIV "de base", il faut, en France et en moyenne une vingtaine d'embryons.
• On peut arriver au même résultat en développant les banques de sang de cordon. Il faut faire les choix politiques qu'appelle le dynamisme de la natalité française.
La greffe qui aura lieu prochainement sur la sœur du petit garçon nécessite le sang de cordon de celui-ci Aujourd'hui il existe des banques françaises et internationales de sang de cordons; il est donc possible de rechercher parmi les greffons de sang de cordon celui qui permettrait de traiter la pathologie considérée. Certes il faut des stocks conséquents pour cela; mais avec plus de 800 000 naissances par an, la France, championne d'Europe d'accouchements, est parfaitement en mesure de constituer les réserves nécessaires.
Or, il faut savoir que la pénurie de sang de cordons ombilicaux de 2010, entrainant un problème pour les greffes immuno-compatibles (il faut pour cela disposer d’échantillonnages variés) est consécutive à l’absence de choix politiques clairvoyants au début des années 2000. Cette lacune politique peut, et doit impérativement être comblée en 2011.
• Le cadre legislatif de cette expérience n'a pas été respecté.
Autorisé par la loi de bioéthique de 2004 à titre expérimental, l’usage de cette technique avait été limité à un délai de 5 ans. La technique du bébé-"médicament" aurait dû faire l’objet, dans cette durée, d’une expérimentation, puis d’une évaluation avant d'envisager d’être reconduite. Cela n’a pas été le cas puisqu’il n’a pas été fait usage de cette technique depuis 2004 (cf. le rapport du conseil d’Etat en mai 2009). L’inscrire définitivement par les actes en 2011 est en contradiction avec la loi.
• L'Appel aux Députés contre l'autorisation généralisée de recherche sur l'embryon, proposée par votre servante et signé par plus d'une vingtaine de personnalités du monde scientifique, économique, juridique, philisophique, artistique et médiatique est désormais ouvert au public sur www.appelaverite.com. Ne vous gênez pas pour le signer...
L'union faisant la force, je vous propose
• La pétition de l'ADV sur 4 points préoccupants du projet de révision http://www.adv.org/
• La pétition pour un moratoire sur les recherches embryonnaires des "2ailes" http://www.les2ailes.com/
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mercredi, 19 janvier 2011
Ce que révèle le scandale à venir de l'Aspartame
L'aspartame le nouveau scandale sanitaire en vue, tel que révélé entre autres par un article de « Marianne » en date du 15 Janvier montre plusieurs choses effrayantes sur le rapport que nous entretenons au corps et à la nourriture à notre époque.
Notre société se partage entre deux aspirations strictement inverses : elle incite à consommer de la malbouffe pour entretenir le système, des hamburgers en carton aux plats tout préparés pleins de cochonneries pour les conserver et dans le même temps, elle pousse les femmes à garder toute leur vie un corps ayant la minceur de celui d'une ado de douze ans, à souffrir sans mesure quand elles ont des formes encore un peu trop féminines au goût des imbéciles qui imposent les diktats de la mode, diktats souvent contradictoires et apparemment antagonistes puisque le corps « mutant » devient la norme pour les privilégiés, un corps supra-humain transformé par la chirurgie.
Le système se fiche complètement de la malbouffe, l'essentiel c'est de vendre, et quand les petits enfants du consumérisme ont trop de graisse on leur promet un corps virtuel idéalisé pour les pousser à acheter des poudres de « perlin pimpin » censées aider à retrouver une bonne santé, dont l'aspartame qui se révèle donc un produit excessivement dangereux en l'occurrence, car entrainant, quand on le consomme en masse, et il est consommé en masse, beaucoup de risques de cancers divers et variés, de troubles vasculaires et rénaux.
Somme toute c'est logique, l'anorexie et la boulimie morbide sont deux symptômes de la même affection. Trop manger pour combler le néant des aspirations creuses portées aux nues par le monde actuel, ou ne pas assez manger du fait des névroses induites par la machinisation des corps, leur chosification, leur transformation en machines qui se doivent d'être performantes, ce sont les deux revers du même esclavage au tout-économique.
La pub encourage le spectateur à prendre sa voiture pour en imposer aux autres, même pour faire deux-cent mètres, pour hypocritement quelques spots plus tard le pousser à manger moins gras et faire du sport tout en essayant dans le même temps de lui refiler de la camelote trop sucrée.
On s'occupe aussi de sa vie intérieure, ou ce qu'il en reste, on lui vend de la spiritualité en « coaching », voir par exemple à ce lien ce livre très à la mode en ce moment, un salmigondis recyclant deux doigts de Lao Tseu avec trois pincées d'Ignace de Loyola.
Ce genre de pratiques, en Occident, se retrouve aussi dans les différentes confessions chrétiennes où beaucoup de croyants sont en demande surtout de conseils pour eux et leur hygiène de vie et ne veulent surtout plus entendre parler d'altérité ou d'empathie, ce qui compte, qu'on leur parle d'eux, qu'on les entretienne dans un profond narcissisme afin qu'ils continuent à consommer.
On prend le consommateur pour un con, ce qui pour l'instant fonctionne dans la grande majorité des cas, hélas.
La santé devient un capital, la spiritualité aussi.
Le plaisir de bien manger et de bien vivre est méprisé car il n'est pas quantitativement mesurable.
De toutes façons, on ne vit plus sa vie, on la « gère ».
On « gère » sa carrière, sa vie amoureuse, son bien-être, etc...
De moins en moins cependant, même si le mouvement de protestation contre la bouffe poubelle est encore assez maladroit, comme en témoignent la floraison de toutes les émissions concernant la cuisine, et le bien-manger, ou le succès de toutes les publications parlant de gastronomie.
La rébellion contre le système, ce n'est donc pas seulement des mots d'ordre satisfaisants à prononcer et entendre entre la poire et le fromage, c'est aussi le retour à un mode de vie plus sain et finalement plus sensuel, plus charnel et plus incarné, plus « terrien ». C'est aussi revenir à des pratiques de simple bon sens comme marcher ou prendre son vélo pour aller faire une course ou déposer un courrier, par exemple, comme on le faisait auparavant.
Ce n'est pas seulement une question de santé, c'est aussi une question de société profonde : partager un bon repas, boire des bons vins ensemble, ce sont des moments où l'individu se sent plus libre, où il oublie, s'il se laisse aller à y prendre goût, les boulets qu'il traine pendant la journée, l'allégeance à un chef de service qu'il n'aime pas, à un mode de fonctionnement économique qu'il subit.
illustrations venant de ce blog
Ci-dessous le générique de « Nip/Tuck » qui montre parfaitement ce qu'est le corps « mutant », « a perfect lie », un mensonge parfait »...ou presque.
[Y-FS]Générique nip tuck
envoyé par kakashi-sensei94. - Films courts et animations.
16:41 Publié dans Art de vivre, Article, Lu et vu sur le Net, Sociologie, Spiritualité, Télévision, Témoignage | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
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lundi, 03 janvier 2011
Il est plus que temps de songer aux chrétiens d'Orient
On s'en soucie aussi sur Agoravox
Depuis plusieurs décennies déjà, une minorité se fait persécuter et opprimer au Proche Orient. Depuis quelques semaines, les choses s'accèlèrent et c'est à peu près un attentat par jour contre cette minorité
que l'on doit déplorer chaque semaine. Pourtant, on ne voit aucune affiche sur les murs de l'Hotel de ville de Paris, et il n'y a aucune manifestations dans les rues des associations pour les droits de l'homme ou les ONG se souciant d'humanitaire, excepté un grand rassemblement organisé il y a peu à l'initiative entre autres de Frigide Barjot.
Est-ce à dire que ces associations ou organisations pourtant promptes à réagir dans le cas d'autres minorités, peut-être plus « vendeuses », s'en fichent ?
Objectivement il semble bien que oui.
Parce que cette minorité ce sont les chrétiens des Proche et Moyen Orient, (catholiques à 40%, rattachés aux patriarcats de Moscou ou de Grèce à 60%), particulièrement les coptes, catholiques ou orthodoxes, en Égypte, et au Nigéria, la plupart dans des pays auparavant laïcs et plutôt tolérants ou cléments avec eux, maintenant beaucoup plus durs du fait de la montée en puissance des groupes fondamentalistes musulmans qui ont la part belle à cause des deux Guerres du Golfe et de l'enlisement total des pourparlers dans le conflit israélo-palestinien, la pierre d'angle et d'achoppement de la question.
Certains naïfs ont cru que les choses allaient s'arranger avec Obama, il n'en est rien, et la colonisation continue de plus belles en Cisjordanie. Il faut aussi signaler que les chrétiens de la bande de Gaza subissent une double peine, le pilonnage de leurs villages, essentiellement autour de Khan Younès, et la suspicion à leur encontre des dirigeants et membres du Hamas pour qui ce sont des alliés potentiels de l'Occident, les chrétiens du Sud Liban vivant également les mêmes problèmes, certains se laissant hélas aller à soutenir le Hezbollah.
Les chrétiens d'Occident, dans une très large majorité, sont également indifférents de fait au sort des chrétiens dits d'Orient, les assurant de leur plus profonde prière, affirmant qu'ils doivent rester dans leurs pays, qu'ils en ont le droit, mais ne faisant rien pour les aider concrètement, excepté bien sûr les associations comme l'AED (Aide à l'Église en Détresse) ou l'Oeuvre d'Orient, qui reste encore relativement méconnue dans l'église de France, et qui souffre de sa réputation d'oeuvre de « grand-maman ».
Les chrétiens arabophones le disent tous : « Vous nous demandez de rester sur place mais vous ne faîtes rien pour nous y aider ».
Et il y a aussi tous ces « idiots utiles », qui par naïveté, par sottise aussi, pour se donner la pose humaniste, qui soutiennent les attaques de plus en plus nombreuses contre la laïcité faites par des intégristes musulmans, pourtant minoritaires en Europe.
Pire encore, la plupart des chrétiens et catholiques soutiennent des politiques qui ont des conséquences catastrophiques quant au bien-être des chrétiens orientaux, dont les « guerres pétrolières » ou le soutien affiché de nombreux dirigeants occidentaux finalement cyniques à l'Arabie Saoudite, dont on sait pourtant qu'elle finance les pires groupes fondamentalistes et le terrorisme.
Je mettrai dans le même sac les chrétiens pro-sionistes, souvent plus sioniste que les membres les plus radicaux du Likoud, et les chrétiens pro-palestiniens, dont certains défilent sans réfléchir avec des partisans du Hamas ou des Frères Musulmans égyptiens, accentuant la pression déjà forte sur les chrétiens de langue arabe.
Signalons aussi que la plupart des chrétiens occidentaux sont largement ignorants de l'existence même de leurs frères et soeurs d'Orient, et donc de l'histoire des origines du christianisme, qui est une religion s'étant développée d'abord au Proche Orient avant d'essaimer en Europe, à commencer par l'Égypte évangélisée par Saint Marc. Les traditions orientales sont pourtant souvent considérées comme des survivances folkloriques ou locales, méprisés, à quelques initiatives prés comme celles du Père Gouzes, qui essaie de réconcilier la tradition romaine et la tradition byzantine.
Le traitement par les médias de ces évènements douloureux est, disons le pudiquement, excessivement prudent. Au Nigéria, on met à égalité chrétiens et musulmans qui s'affronteraient à égalité, tandis que pour les coptes on parle de leur « sentiment de persécution », ce qui sous-entend qu'on met en doute la véracité de ces persécutions.
Cette question dépasse pourtant tous les partis, tous les clivages, on note que ce sont des parlementaires de droite comme de gauche, dont André Gérin, qui ont signé la pétition pour quelque chose soit fait pour cette minorité souffrante. Car ce qui est en jeu, c'est aussi une vision de la société, dans laquelle tout le monde arriverait à vivre bon gré mal gré en tolérant les croyances, ou incroyances, de l'autre.
Appel à la prière pour les chrétiens d'Orient, du site "Appel à la Vérité"
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lundi, 27 décembre 2010
Réponse à quelques renaniens 2.0
En discussion aussi sur Agoravox
Sur le Net ces derniers jours, mais pas seulement, on a pu lire quelques articles de renaniens (en photo, Ernest Renan, ci-dessous, ci-contre un article sur sa "Vie de Jésus") de supermarché qui répètent les mêmes clichés sur l'Évangile, entendus et rebattus depuis des lustres, sur les croyants, considérés comme une masse abâtardie de débiles ignares et crédules, et
bien sûr sur l'Église, perçue comme dans « le Nom de la Rose » et la foi, dont on parle surtout comme une idéologie, ce qu'elle n'est pas et ne sera jamais, même si elle a pu servir de prétexte au cours des siècles pour que l'un justifie son pouvoir ou l'autre son statut privilégié. Enfin, en contradiction à la foi chrétienne, en opposition à l'Église, on opposera toujours des certitudes, totalement arbitraires, d'autres genres de dogmes et surtout beaucoup de haine, un flot de haine et de bile se caractérisant par les attaques les plus basses, les plus lâches et les plus dégueulasses possibles.
C'est à qui descendra le plus bas dans l'ignominie.
Paradoxalement là encore, ce genre d'attaques est lié à une grande naïveté, les mêmes portant aux nues des auteurs de romans, des artistes, ou des poètes encore considérés comme scandaleux par les mêmes qui jouent les hérauts de la liberté contre l'Église. Cela en dit long sur eux, finalement dans leur rapport à la culture ce sont encore des petits bourgeois : ils lisent Genet ou Proust parce que c'était des homosexuels, et non parce que ce sont de grands auteurs, de Bataille ils ne retiennent que la description de scènes scandaleuses et j'en passe.
Il n'est donc jamais question de littérature. Un chrétien n'est choqué par aucun des écrivains sus-cités, comme l'a montré Fabrice Hadjaj qui a dégagé ce qui est mystique chez Bataille par exemple, sans parler de ce que Nietzsche lui-même peut apporter à la foi chrétienne, ainsi qu'en témoigne les livres d'Alexandre Jollien, qui rappelle que pour un croyant « rien de ce qui est humain ne devrait lui être étranger ».
Ce genre de justification par la foi n'est d'ailleurs pas l'apanage de la foi catholique, on les trouve aussi dans l'Islam ou dans le Judaïsme, certains n'hésitant pas à brandir leurs livres saints en guise de titres de propriété d'une terre qui ne leur appartient pas de fait.
On les trouve aussi dans le bouddhisme qui avant d'être une religion pipeaule et branchée, drôlement coool, engendrait, entres autres au Tibet, des théocraties sanguinaires.
Cela est bizarrement très souvent oublié, passé à la trappe, pudiquement rangé dans les armoires des vérités gênantes.
Notre époque déteste le réel, celui-ci contredisant la dynamique du système qui assure le confort matériel et intellectuel des contrées réputées développées.
Il se peut, ce genre d'articles se multipliant au moment de Noël, que leurs auteurs soient des personnes isolées, des vieux gars ou des vieilles filles aigris, ne voyant jamais personne et préférant incriminer Dieu et le jour de commémoration de la naissance du Christ plutôt que de sortir de chez eux et mettre le nez dehors. Un peu comme ces socialistes utopiques vivant tout seuls avec leur Man-man rêvaient de phalanstères et de tablées communautaires géantes pour compenser leur solitude. Les croyants qui se rassemblent dans de grands rassemblements sur-affectifs mais extrêmement superficiels n'en sont pas éloignés, certes.
Il se peut aussi que les auteurs de ces textes n'aient pas eu les cadeaux qu'ils avaient commandé au petit Jésus quand ils étaient plus jeunes et qu'ils en aient conçus une grande rancœur, beaucoup confondant Dieu, certains croyants aussi me dira-t-on justement, avec Mandrake le magicien qui peut exaucer les désirs de tout le monde d'une passe magnétique.
Les premiers à remettre en cause l'historicité des Évangiles, qui ne sont pas un témoignage historique de toute façon, ce sont les chrétiens eux-mêmes, à travers des institutions comme par exemple les travaux de l'École Biblique de Jérusalem, des dominicains, ou ceux des « Pères Blancs » à travers la revue « Proche Orient Chrétien ».
Grâce à eux, on sait parfaitement que Jésus n'est pas né en l'an 0, mais en -4 ou +6, qu'il n'est probablement pas né à Bethléem, mais à Nazareth.
On sait aussi que c'était loin d'être le seul rabbi itinérant sur les routes de Palestine de l'époque, à prêcher une foi eschatologique ni même à faire des miracles.
La seule question se posant ensuite devrait être : Pourquoi lui ? Lui qui n'est même pas le seul à finir torturé par les romains.
On sait aussi qu'il n'est pas né un 25 décembre, date choisie par l'Église des premiers temps pour concurrencer les fêtes païennes du solstice d'hiver.
Et chaque chrétien sait que l'histoire de l'Église est chaotique et douloureuse, marquée par le doute, les polémiques violentes, sanglantes mêmes (il devrait savoir aussi que l'histoire du christianisme commence au Proche-Orient, que les premières églises sont égyptiennes, ou de Terre Sainte, ou turques, mais cela de nombreux croyants ont hélas tendance à l'ignorer).
Cette histoire est chaotique car l'Église est humaine, et qu'elle a connaissance de sa faiblesse par l'Évangile, le Christ le disant dans les textes, la foi des apôtres eux-mêmes étant minuscule, plus petite qu'une graine de moutarde.
Cela ne remet pas en cause la foi d'un croyant, qui croit que Jésus est ressuscité le troisième jour après avoir été crucifié, ce qui est indémontrable rationnellement, bien sûr, c'est logique aussi, c'est bien pour cela que ça s'appelle la foi.
La foi n'est pas une seconde la certitude de l'idéologue ou du militant qui croit détenir une vérité, le plus court moyen d'atteindre le bonheur, quitte pour cela à chercher à l'imposer aux autres par la coercition.
C'est surtout pour un chrétien un lien avec une personne réelle, comme un ami que l'on ne voit que rarement mais dont on sait qu'il sera toujours là dans les instants les plus douloureux.
Cette confusion, les chrétiens l'ont faite aussi.
Mais ils ont aussi un outil à leur disposition qui s'appelle l'exégèse, comme leurs frères aînés juifs avec le Talmud, et celle-ci les aide à comprendre les textes et éviter de sombrer dans une interprétation trop littérale sur certains sujets ou erronée (même si parfois, il est tout à fait possible de comprendre les Évangiles littéralement, par exemple ce qui est dit de ceux qui font du mal aux plus faibles, aux plus démunis). Cela ne veut pas dire que la foi est mouvante, qu'elle doit changer au gré du vent et s'adapter à l'air du temps, selon les caprices conjoncturels des êtres humains qui cherchent le plus souvent à ce que leurs croyances valident leurs travers les moins avouables. Si celles-ci ne le font pas, ces croyances deviennent insupportables.
Si on considère la foi chrétienne seulement comme idéologie, c'est d'ailleurs un échec cuisant.
A commencer par les évènements fondant cette foi, le Christ finit sur une croix, ses disciples claquemurés chez eux, terrifiés. Et depuis deux-mille ans, il y a toujours des pauvres, la nature humaine est toujours autant marquée par le mal, la violence et la corruption facile. Les foules, même virtuelles, sont toujours aussi lâches, face aux minoritaires.
Et les innocents malhabiles à se défendre sont toujours beaucoup moins bien considérés que les salauds très doués pour parler d'eux et justifier leurs saloperies. La foule les adule, elle adore les crapules.
Les chrétiens eux-mêmes sont bien souvent hypocrites, ne se fréquentant qu'au sein du même milieu, se refusant à vraiment partager ce qu'ils ont, priant avec componction, promettant tout et n'importe quoi après une confession, et oubliant tout la seconde d'après. Et le Saint Sépulcre (photo ci-contre) à Jérusalem est à courte vue un indice flagrant de ce lamentable échec apparent.
Cependant, en théorie, tout cela un chrétien le sait, à lui de reconnaître qu'il est faible et de se laisser aller à être enfin humain, sans se soucier de sa place dans les rapports de force dans la société, ce qui est le sens premier de l'incarnation du Christ et donc le fondement de la foi pour une bonne raison. Les peintres mettant en scène de nombreuses fois l'« Ecce Homo » au Moyen Age en avaient peut-être plus conscience que nous, chrétiens modernes, parfois tentés de croire que nous comprenons beaucoup mieux l'Évangile que ceux qui ont vécu avant nous. On note que la plupart des évènements importants dans l'Évangile, dont la Cène, sont des festins ou du moins des repas, que le premier miracle du Christ se passe pendant une noce et consiste à donner plus de vin aux convives qui allaient en manquer.
On note aussi que tous les apôtres sont loin d'être des hommes ou des femmes recommandables, ce sont des voyous, des pêcheurs (profession équivalente quant à son manque de considération à l'époque à celle d'éboueur maintenant), des prostitués, des collecteurs d'impôts des types pas très honnêtes, comme Zachée, qui est plus du genre, avant de monter sur son sycomore, à chercher surtout à s'en mettre plein les fouilles plus qu'à se sanctifier.
Sans oublier la femme adultère ou la Samaritaine, dont le Christ ne condamne ni juge les errements moraux (il se borne à conseiller à la première d'arrêter les bêtises déséquilibrant sa vie, et à rappeler à la seconde qu'elle a vécu avec cinq types, sans pour autant l'obliger à la repentance, il l'amène à considérer simplement sa vie en face. C'était d'ailleurs un double scandale, puisque les samaritains étaient pour les juifs des ennemis ayant sombré dans le mal).
Une note pour les quelques renaniens qui liraient cette note : le fait que le Christ aille dans des festins est ce qui a frappé le plus l'auteur d'un rapport de police daté de l'année 32 envoyé au procurateur de Judée).
Un chrétien devrait pour toutes ces raisons douter de toutes les idéologies car il sait bien ce qui se cache toujours derrière, la soif de pouvoir y compris quand elle se pare de la soif de vertu, ou de générosité, l'avidité et son corollaire, l'hypocrisie, l'appât du gain, et rien d'autres.
Il n'y a rien d'autres de réel que l'amour que l'on se porte à soi et que l'on donne aux autres, l'autre majuscule étant dieu pour un croyant.
Ci-dessous, Jésus tel que d'aucuns le voient en 2010.
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mardi, 21 décembre 2010
Un concert pour les chrétiens d'Orient, et les minorités du Proche Orient
En l'Eglise Notre-Dame du Liban,
15-17, rue d'Ulm, 75015 PARIS
à 20h30
Venez nombreux ce soir entendre
la Chorale Notre-Dame de Chaldée et
Roula Safar, mezzo-soprano.
ENTREE LIBRE
Nous vous attendons nombreux, et vos dons, même minimes
seront intégralement reversés à
L'A.E.M.O
L'Association d'Entraide aux Minorités d'Orient
SI vous ne pouvez venir ce soir, vous pouvez envoyer vos chèques
à
l'A.E.M.O
chez
Antoine Safar
7, rue du Laos
75015 PARIS
ou apporter des cadeaux de Noël, des vêtements chauds et des tickets de métro
à Notre-Dame de Chaldée
13-15 rue Pajol,
75018 – T : 01 42 09 55 07
Soutenez aussi gratuitement en signant les pétitions
en faveur des chrétiens d'Orient persécutés
sur
www.lavie.fr
et sur
www.appelaverite.com
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mercredi, 08 décembre 2010
Qui a peur des « queer studies » ?
On en parle aussi sur Agoravox
Ne vous leurrez pas, les « queer studies » ne sont pas une pratique sexuelle pimentée genre sadomasochisme même si on peut considérer qu'assister comme votre serviteur à trois heures de conférence sur le sujet y ressemble plus ou moins.
Celles-ci ont engendré la création de la théorie du « care », dont Martine Aubry dit vouloir s'inspirer pour le prochain programme du PS. Pour répondre à la question mise en incise, oui ça fait un peu peur quand même malgré le grotesque des conclusions des chercheuses en « queer studies », car ce sont principalement des femmes qui sont à la base de ces études, des universitaires « radicales » de la Côte Ouest souvent issues de mouvements homosexuels radicaux, comme Judith Butler (voir photo ci-contre) ou Joan Tronto, (voir photo ci-dessous). Cependant, écouter ce genre de péroraisons a au moins un avantage, elles ont l'avantage de mettre en lumière les contradictions assez énormes quand même de la gauche « bobo », de certaines féministes et d'associations homosexuelles.
La conférencière que nous avions était très pédagogique et didactique, mais derrière on sentait un dogmatisme assez rude malgré sa voix très douce et son look de jeune fille de bonne famille très sage qui attend le Prince Charmant qui saura combler ses attentes. C'était d'ailleurs le genre de jeune personne que l'on trouve dans tout les partis politiques, toutes les associations, communautés religieuses laïques ou pas : exaltée, on sent qu'elle ne vit que pour sa cause, et qu'il n'y a que ça qui compte. On devine derrière la pathologie, la frustration ou toutes les névroses que cela cache et qui font froid dans le dos. On aurait presque pitié pour elle.
On la devine en rupture de ban, d'un milieu plutôt BCBG.
Cela s'entend.
Elle commence par définir ce que l'on doit entendre par « le genre », et elle le précise bien c'est « comme ça et pas autrement ». Ce qui est déjà assez paradoxal pour des gens qui reprochent au Pape d'être dogmatique; Donc le genre c'est la différenciation sociale entre filles et garçons, qui, selon les « queer studies » n'existe pas au niveau physiologique, la différenciation sexuée biologiquement constatée depuis des millénaires par les filles et les garçons ne comptant pas selon elle puisqu'il y aurait des hommes qui auraient un génotype plus féminin que des femmes, les homosexuels et les adeptes du travestissement, et des femmes qui auraient quant à elle des gènes plus masculin, les lesbiennes. Ce serait parce que les parents les y obligent, les y forcent, que les filles joueraient à la poupée et les garçons aux petites voitures.
On apprend donc que les homosexuels sont de grandes folles pour les adeptes du « queer » et les lesbiennes des « camionneuses », ce qui fait déjà sourire car il n'est pas rare d'entendre les mêmes dire exactement le contraire en cas d'œuvre jugée homophobe. Donc les opinions sont flottantes, en quelque sorte, on pense ce que l'on veut et quand ça arrange, rien que sur ce sujet.
De plus, on y apprend qu'en quelques sorte l'homosexualité est génétique et donc ne résulte pas d'un choix contrairement à ce que les associations homosexuelles qui sont pourtant toutes adeptes des « queer studies » proclament depuis longtemps, ce ne serait donc pas un choix mais une sorte de maladie génétique ? On distingue derrière à la fois un mélange de puritanisme et finalement on retrouve le même discours sur le sujet que certains extrémistes passés, présents et futurs.
La conférencière continue sur ce sujet, elle dit deux fois : l'homosexualité est une transgression.
Là encore, on sourit jaune, sur tous les tons on répète dans les médias que c'est un comportement normal, un choix de vie équilibré, que la plupart des couples homosexuels sont parfaitement équilibrés, et là sans crier gare, la jeune femme nous entretenant des « queer studies » nous dit comme un inquisiteur des bonnes mœurs que c'est une transgression.
Que choisir alors ? Est-ce une transgression ? Ou un mode de vie totalement acceptable ? Là encore, on devine derrière ce genre d'opinions professées sur un ton docte et savant tout le vécu de cette jeune personne, qui a donc finalement encore du mal à en finir avec son complexe d'Électre (complexe d'Oedipe pour les garçons, Électre pour les filles), qui voudrait bien justifier ses propres choix moraux se sentant finalement coupables de ressentir des désirs qui sont encore pour elle une faute morale. La plupart des chercheuses en « queer studies » ont d'ailleurs toutes ce genre d'histoire familiale compliquée, étant toutes en rupture avec leur famille et milieu d'origine. Dont elles conservent cependant les préjugés (et les non-dits).
Quand la conférencière nous entretient de ses interventions avec des médiatrices de quartier on sent bien que c'est elle qui sait et qui prêche la bonne parole à de pauvres diablesses ignorantes et toutes imprégnées de préjugés populaires et vulgaires.
Les « queer studies » ont débouché sur la théorie du « care » qui prend pour base le fait que les femmes s'occupant mieux que les hommes des enfants ou des personnes âgées, elles sont capables de plus de sollicitude et que donc cela peut amener à la création d'une société où la sollicitude deviendrait la norme, une certaine forme de sollicitude on va le voir. Là encore, on distingue donc une différenciation entre les sexes, puisque les femmes auraient donc cette possibilité en plus des hommes. Mais cette différenciation semble avoir échappé aux théoriciennes du « Care » et des « queer studies », celle-là en somme ce n'est pas grave de ne pas la voir. L'universitaire nous présentant tout cela s'est en quelque sorte trahie puisqu'elle a commencé par dire « les femmes tradition...par nature font preuve de plus de sollicitude » que les hommes. Ce qui veut donc dire que la sollicitude est inscrite dans les gènes, et que c'est encore une différenciation, celle-ci donc génétique et physiologique, donc là encore ça n'existe pas, sauf que là si.
Encore une fois, on nous dit une chose et son contraire. François Ier et moi-même, qui sommes de sales machos phallocrates et réactionnaires, pourrions ici rajouter que c'est normal : « Femme varie bien fol qui s'y fie ».
Cette sollicitude est à double entrée, elle concerne celui qui en fait preuve et celui qui la reçoit. Pour que ça marche il faut que celui qui en fait preuve soit content de le faire et sente qu'il a la responsabilité de le faire, sinon il a le droit de refuser de faire quelque chose. Et il peut alors alerter les autorités compétentes sur le problème à traiter. Concrètement, si un SDF est en train de mourir de froid sous ses yeux, il a le droit de ne rien faire si il ne se sent pas responsable du sort du sans-abri, et alerter alors les services de l'état sur la situation du pauvre diable. Il ne faut surtout pas se sentir coupable de la pauvreté, ni même s'en sentir responsable.
Comme le disent les braves gens au chaud : « C'est pas de not' faute, on y peut rien, allez ! » croyant bon alors de rajouter « et pis y'en a de toutes façons, y veulent pas qu'on les aide, hein ! ». Finalement, les « queer studies » et les théroriciennes du « Care » réinventent le discours de café du commerce sur la pauvreté et il y a aussi une ressemblance très nette avec le discours puritain anglo-saxon sur la question sociale.
L'altérité c'est d'abord se soucier de soi pour les idéologues du « Care ». C'est une conception très consumériste finalement du « genre » et du sens de l'autre. Je paye l'autre de sollicitude seulement si je le décide ou si j'ai envie de consommer de la charité, si je n'en ai pas envie, en somme l'autre peut crever.
Bien sûr c'est encore une utopie, mais une utopie qui gagne du terrain dans tous les « think tanks » politiques libéraux ou socio-démocrates inspirant les politiques actuelles et à venir. Et une utopie assez effrayante car cette utopie demande à faire preuve d'une grande docilité aux normes édictées, bien sûr, pour le bien de tous, c'est ce que disent toujours les disciples de ce genre de théories finalement délirantes, c'est pour notre bien qu'il faut accepter de perdre notre liberté.
La docilité demandée ne serait pas imposée par la coercition mais par la violence du nombre, du troupeau, qui semble déjà prêt à accepter tout cela. Du point de vue littéraire, ce genre de dystopie correspond tout à fait à celle décrite dans « Un bonheur insoutenable » (photo ci-dessus, issue d'un projet d'adaptation par Andrew Nicoll) d'Ira Levin, ou « Le Meilleur des mondes » d'Aldoux Huxley ou "THX 11378" (bande annonce ci-dessous) de Georges Lucas, un cauchemar propre sur lui et aseptisé mais un cauchemar.
Il me semble aussi vu la dangerosité de ces théories les ennemis politiques d'hier auraient tout intérêt à conjuguer leurs forces pour les combattre plutôt que se perdre dans des polémiques maintenant souvent dépassées.
Trailer - THX 1138 - George Lucas
envoyé par Malmignatte. - Court métrage, documentaire et bande annonce.
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samedi, 04 décembre 2010
Barnum charitable
Sur Agoravox je joue aussi les mauvais coucheurs
Le Téléthon dans la bonne conscience est devenu une sorte de vache sacrée inattaquable, il ne faut pas critiquer, tout comme il ne fallait pas dire que pendant la journée mondiale de lutte contre le SIDA, on ne parlait que rarement de tous les problèmes soulevés par la pandémie en Afrique.
Et puis, aujourd'hui samedi, c'est jour de fête populaire et vaguement humanitaire, c'est le retour du Téléthon, après le mildiou et les vendanges tardives. En plus, le Téléthon a un avantage, c'est que le consommateur n'a même pas besoin de se déplacer à l'hôpital, les malades viennent à lui directement au supermarché pendant qu'il fait ses courses de Noël, ce qui lui permet de déculpabiliser quand il achète la dernière Play WII 3000 au petit dernier qui pourra continuer à jouer à la guerre presque en vrai en agitant frénétiquement les boutons de sa manette de jeu.
Certes, c'est plutôt bien que la fête ait un sens généreux et gentil, mais pendant deux jours du fait de l'abondance de lieux communs sucrés déversés à l'antenne de deux chaînes télévisés et sur plusieurs podiums, trois ou quatre à Évreux, on n'a plus à craindre de faire une crise d'hypoglycémie, on risque plutôt le mal au cœur voire la nausée.
De plus, si on a pitié de tous ces malades atteints de myopathies ou de maladies orphelines, et qu'il est bien de chercher à les aider, derrière la recherche là-dessus, il y a le décodage du génome humain, une vraie saloperie là par contre qui permet de pratiquer l'eugénisme social avant même qu'un enfant soit né, et entraine de fait la standardisation des corps. La Téléthon montre les malades avec des trémolos « ad nauseam » non pas pour aider à leur acceptation dans la société, mais pour appuyer sur leurs différences ce qui accentue encore un peu plus le rejet de celui qui est hors norme aux yeux du troupeau.
Personne ne cherche à contester cela, l'eugénisme est déjà dans tous les esprits, digéré et assimilé parfaitement, on trouve tout à fait normal de créer en somme une norme dans la « fabrication » d'êtres humains qui deviennent de fait des « produits » comme les autres, de plus en plus on demande à la médecine d'être un Service Après Vente perfectionné.
Et si la « machine » est dysfonctionnelle, on essaie de réparer en attendant de pouvoir changer les pièces ou de faire des « mises à jour » (pour l'instant, rien ne semble proposé pour le cerveau). Ainsi, croyant fermement qu'il fallait être grand de taille pour réussir dans notre société, convaincu de la véracité de ce lieu commun par la publicité, des parents ont donc fait prendre à leur progéniture de l'hormone de croissance pour la faire grandir. Comme cela s'est terminé par une catastrophe ils accusent maintenant les laboratoires criminels qui ont vendu leur poudre de perlin pinpin sans se poser de questions sur leur propre responsabilité et leur docilité stupide à des préjugés sociaux d'une grande bêtise.
Ce qui relativise cet étalage de charité conjoncturelle, c'est le parking vide devant le bâtiment de gériatrie de l'hôpital d'Évreux, si tout le monde est prêt à participer à grand barnum médiatique, également pour éventuellement passer à la télé, personne n'est prêt à donner réellement de son temps pour faire progresser l'accueil des malades ou la qualité des soins, on remarque d'ailleurs que tout le monde ou presque se fiche du détricotage actuel du système de santé français. En 2010, il ne vaut mieux pas tomber malade !
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dimanche, 28 novembre 2010
Faut-il des catholiques en phase avec le monde ?
Cet article provoquera-t-il une discussion sur Agoravox ?
« Dieu vomit les tièdes »
Georges Bernanos, extrait du « Dialogue des Carmélites »
Le texte ci-dessous concerne le Pape mais finalement il peut s'appliquer à ce que l'on demande en ce moment à tous les catholiques, on veut des catholiques en phase.
« Il nous faut un Pape en phase » (Philippe Muray -mai 2005.)
« Un pape à la botte, au pied, aux ordres, aux mots d’ordre, un pape qui file doux et qui respecte les nouveaux règlements. Les nôtres. Un pape qui lâche ses bondieuseries pour notre eau bénite et ses patenôtres transcendantes pour nos homélies multiculturelles.
Un pape qui, cessant de bêtement parler des “errances de la modernité”, nous rejoigne dans nos divagations divines.
Un pape à roulettes et en culottes courtes.
Un pape citoyen.
Un pape qui sorte du Saint-Siège, une bonne fois, en poussant le cri primal, pour n’y plus jamais revenir. »
La citation ci-dessous parle de la définition de l'amour, mais elle peut s'appliquer à la Foi, à l'amour pour Dieu.
« Le véritable amour est exigeant, violent, exclusif, méchant, avec des moments de ressentiment. Le plus grand amour peut comporter une part de détestation. L'affection est un sentiment fade, c'est l'amour des gens tièdes. »
Journal littéraire (1893-1956) - Citation de Paul Léautaud
*
Dans ma chambre, il y a un crucifix sur un des murs, un crucifix de bois tout simple, sans fioritures, auquel je tiens particulièrement car il a été façonné par un monsieur pour lequel j'ai beaucoup d'affection. Ancien menuisier, il a de l'or dans les mains, et il est capable d'attention délicate comme celle-là comme toutes ces personnes simples de ce monde qui a disparu depuis quelques années, un monde un peu plus vrai.
Il l'avait fait à mon intention.
Il m'a suivi partout où je suis allé. Il est pour moi excessivement précieux.
Et je le préfère à quantité d'objets religieux tous plus pompeux et sulpiciens les uns que les autres, ou larmoyants.
Je n'y voyais pas malice jusqu'au jour où des amis visitant ma maison ont trouvé que ce crucifix ça faisait vraiment trop « catholique traditionnel ». Je n'ai pas compris vraiment cette opinion car je ne suis pas un admirateur des messes en ancien ordo selon le rituel dit de « Saint Pie V », quoi que parfois, comme à Notre Dame des Armées à Versailles, j'apprécie la jeunesse de l'assistance que l'on trouve de temps en temps à ce genre de célébrations. Jeunesse qui contredit les préjugés communs qui veulent que ce genre de liturgie ne plaise qu'à des nostalgiques de Vichy et du pétainisme vieux et cacochymes.
Dernièrement, sur un forum Internet, un des intervenants était surpris qu'un catholique affirmé comme moi puisse lire Rabelais, pour lui c'était inconcevable, ou alors c'était que ma foi était vacillante. Tout cela témoigne finalement d'une vision binaire du monde, il faut entrer dans un cadre, être dans le camp des bons ou des méchants, ceux du moins reconnus comme tels par le troupeau bêêlant, le pape faisant en ce moment partie quoi qu'il dise ou fasse, des méchants.
Sur un autre je lis dans le commentaire d'un autre intervenant que lui n'a pas attendu l'autorisation du Pape pour utiliser des préservatifs, et qu'il a déjà couché avec des filles, ou des hommes, ça il ne le précise pas, avant le mariage. Cet intervenant me fait largement penser au catho de service dans les groupes d’étudiants, ou de jeunes, ou d'adultes, qui n’ose pas trop aller à contre-courant par peur finalement de la solitude et qui finit toujours par y perdre son identité quitte à passer pour un tiède. Il pense comme le commun que en gros un bon catho c’est un catho qui pense comme tout le monde.
Alors ce n'est donc plus un catholique.
Finalement, c'est ce que veut le troupeau bêlant, à commencer par le bétail docile et consumériste, c'est que le catholicisme disparaisse car il s'oppose à la dynamique du désir sans fin ni fond, ce qui fait qu'il n'y en a plus vraiment, à l'utopie de l'émancipation sans fin rêvée par le monde moderne, qui n'est en somme qu'un désir de retour en arrière, à l'animalité, aux pulsions primaires. C'est ce que souligne fort bien Paul Thibaud dans l'avant-dernier numéro de « Marianne » dans son article consacré à la polémique autour des déclarations du Pape.
Je ne veux surtout pas, quant à moi, être un catholique en phase, un catholique qui organise des cercles de silence, qui ne parle pas trop des chrétiens persécutés, pour ne pas choquer son entourage, qui ne cherche pas à choquer et provoquer des réactions chez ses interlocuteurs, un catholique bien sage qui ne fait pas de bruit et reste dans son coin, qui ne boit pas, ne fume pas, ne fait jamais l'amour et surtout qui se cache sans jamais ouvrir sa gueule.Il ne s'agit pas de se lancer dans de nouvelles croisades, c'est la grande peur semble-t-il de certains évêques, raison pour laquelle ils ne parlent pas de ce qui pourrait sembler provoquant. De toutes façons, l'existence même du catholicisme paraît provocante pour ce monde libéral-libertaire.
Bien sûr, si on considère les catholiques comme une survivance, une clique superstitieuse, on se demande toujours pourquoi tout ce que dit le Pape gêne à ce point là ?
Des catholiques chinois de "l'église des catacombes" en illustration, encore une persécution dont on ne parle jamais.
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jeudi, 25 novembre 2010
Bernanos et les médiocres

Si j'aime beaucoup ce que Pierre Cormary écrit habituellement, là il exagère...
Bernanos dit ceci dans "le Soleil de Satan", cité par Yves Bernanos à la fin de cet excellent article que je me permets de relayer car il remet certaines choses au point concernant entre autres la médiocrité assumée de notre époque : "La jeunesse décimée, qui vit Péguy couché dans les chaumes, à la face de Dieu, s’éloigne avec dégoût du divan où la supercritique polit ses ongles. Elle laisse à Narcisse le soin de raffiner encore sur sa délicate impuissance. Mais elle hait déjà, de toutes les forces de son génie, les plus robustes et les mieux venus du troupeau qui briguent la succession du mauvais maître, distillent en grimaçant leurs petits livres compliqués, grincent au nez des plus grands, et n’ont d’autre espoir en ce monde que de pousser leur crotte aigre et difficile au bord de toutes les sources spirituelles où les malheureux vont boire."
Il est qualifié de "planqué" par l'auteur que son descendant cite.
Rappelons que le "planqué" a cru bon de dire la vérité sur la guerre d'Espagne dans "les Grands Cimetières sous la lune", quitte à quitter ce pays sous le feu des phalanges et à perdre tous ses amis ainsi que sa situation.
Il aurait pu fermer la bouche et ne rien dire, et s'assurer une rente confortable.
Rappelons que le "planqué" s'est tout de suite engagé avec force et détermination pour la liberté de son pays en 40.
Rappelons enfin que "le planqué" ne s'est jamais rallié à un camp en acceptant des compromis abjects.
En 2010, il manque des voix aussi puissantes, libres et indépendantes que celle de ce "planqué".
Mais hélas, l'époque est à la médiocrité assumée, revendiquée, à la banalité portée en étendard.
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