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Livre - Page 5

  • L'arnaque des sites littéraires sur internet

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    littérature, société, politique, amaury watremezAmi lecteur, j'ai une grande nostalgie d'un site littéraire hélas disparu depuis 2008, zazieweb.fr. La créatrice de cette tentative unique de médiation littéraire, Isabelle Aveline, avait un vrai point de vue sur les Lettres, impulsait une grande ouverture d'esprit. Elle avait su maintenir sa création à l'écart des sirènes commerciales. Elle avait créé le « Prix de la petite édition », afin de montrer la diversité éditoriale en France. Elle était aidée par des subventions retirées par la Région Rhône Alpes pour des raisons obscures il y a maintenant sept ans.

     

    Il existe encore sur internet beaucoup de sites prétendument spécialisés dans les critiques de livres, chacun avec ses spécificités apparemment marquées mais l'on est très loin de la liberté et de l'intelligence de zazieweb :

     

    Il y a...

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  • Les hantises de Truman Capote

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    « Les domaines hantés » Truman Capote – Gallimard « l'Imaginaire »

     

    littérature, société, Truman capote, amaury watremezCe texte fait suite à ceux-là sur ses nouvelles et l'adaptation au cinéma de « Petit déjeuner chez Tiffany » et celui-ci sur sa correspondance

     

    Lorsque j'aime bien un auteur, je veux tout lire de lui. Truman Capote, « Ké-po-ti » ainsi que ce nom se prononce, est de ceux là. Il a été cantonné très longtemps au rôle d'une sorte de Jacques Chazot américain, « l'homo » mondain « de service » cancanier impénitent et amusant pour ses anecdotes guillerettes. Il a sciemment cultivé ce côté superficiel, très léger. Et ce que les imbéciles prennent pour de la futilité est juste une façon d'échapper, au moins quelques instants, à la pesanteur de la sottise tellement prégnante si l'on y est un peu trop sensible.

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  • Houellebecq est-il un écrivain intéressant ?

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    houe1.jpgCet article est dans le prolongement de celui-là, « le scandale bien rôdé autour de Houellebecq ». Finalement, s'il y a eu beaucoup de fantasmes autour de « Soumission » il ne fut jamais vraiment question de littérature...

     

    Ces dernières semaines, à cause du tapage médiatique, en partie par lui orchestré, autour de Houellebecq, j'ai eu envie de le relire pour voir ce qu'il en était réellement et de son écriture et de ses idées romanesques, voir « ce qu'il avait dans le ventre » en somme. Car Houellebecq, cela a été oublié, est d'abord un écrivain, et pas un pamphlétaire ou encore un de ces ôteurs engagés dont les œuvres sont plus des tribunes politiques sans intérêt autre que de satisfaire leur vanité et non des créations littéraires.

     

    image : allociné.fr

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  • « Ça sert à quoi la littérature ? »

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    littérature,société,politique,nostalgie,hypocrisie,amaury watremezJ'ai souvent rappelé sur ce blog l'anecdote personnelle, frappante, vécue il y a quelques années, de l'imbécile répondant à ma question sur ses lectures après que j'eusse parlé de mes goûts en la matière :

     

    « Moi je ne lis pas de romans, je lis des livres « sérieux » ! »...*

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  • Evitons la lecture du Nouveau Roman

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    littérature, polirique, société, amaury watremezJe parlais il y a deux jours de mon ennui profond à la lecture des ôôteurs engagés, ce soir, sur "Mauvaise Nouvelle", à ce lien, je me paie la tête du "Nouveau Roman" dont la lecture me fût infligé en Première, entre autres. Tous ces auteurs essayaient, vainement, de compenser leur manque évident de talent par divers prétextes dont le moindre, en dehors de la vacuité de leurs grisâtres ambitions, n'était pas leur engagement politique.

     

    Bien entendu ils étaient de gauche.

     

    Lisez plutôt "une histoire de la littérature française" de Kléber Haedens aux "cahiers rouges" chez Grasset

     

    Mon article sur Mauvaise Nouvelle

  • Littérature engagée-dégagée et Politique exemplaire (ou pas)

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    La littérature dite « engagée » de n'importe quelle rive m'a toujours semblé profondément ennuyeuse.

    73334828.jpg

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  • Deux « dyschroniques » de Ward Moore et Murray Leinster (deux petits maîtres de la Science-Fiction)

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    littérature, science fiction, politique, société, amaury watremez, science fictionà propos de « Un logique nommé Joe » de Murray Leinster et « Franck Merrywell à la maison blanche » de Ward Moore aux éditions « le Passager clandestin » dans la collection « dyschroniques », couvertures, site de l'éditeur

     

    Le meilleur combat contre le fanatisme, la haine et la violence, c'est de défendre la culture et en particulier la littérature, les fanatiques détestent, ils adorent les autodafés de tout ce qui gêne l'avènement de leur société idéale...

     

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  • Le scandale bien rodé autour de Houellebecq

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    à propos des réactions autour de « Soumission » de Houellebecq

    couverture empruntée au site de Libération

    littérature, Houellebecq, politique, société, amaury watremez

    dédié à Ali Baddou qui n'est pas la moitié d'un con et un critique aussi nul que Mazarine Pingeot

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  • Summer of Love and Money

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    A propos de « San Francisco 1965-1970 les années psychédéliques » de Barney Hoskyns, au « Castor Astral »

     

    image de la couverture, site de l'éditeur

     

    la photo de Haight Asbury dans les années 60 vient de là

     

    san%20francisco%20-%20copie.jpgQuand tu doutes d'une certitude entretenue et propagée par l'imbécile moyen sur une époque, tu passes aussitôt, ami lecteur, pour un esprit chagrin, un malveillant, un méchant. Dans ce livre, l'auteur, critique musical pour « Rolling Stones », démystifie, sans le détruire non plus, ce qui s'est passé durant le fameux « Summer of Love » et après, jusqu'à « Woodstock », le tout n'étant déjà finalement qu'une question de fric, et d'intérêts commerciaux. Il n'est guère que des initiatives comme celles des « Diggers » de San Francisco, ils distribuaient de la nourriture récupérée auprès de ou volée aux supermarchés, qui surnagent encore en 2014 dans l'océan de clichés de la représentation des années Soixante. Précisons que si j'écris cela, je reste persuadé que cette décennie, dans son foisonnement intellectuel, cinématographique, culturel et musical reste malgré les errements des uns et des autres autrement plus exaltante que les tristes années 2000 marquées par la vulgarité sans cesse plus marquée des aspirations individuelles et collectives.

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  • Actualité des « Essais » de Montaigne

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    littérature, politique, société, montaigne, amaury watremezImage, bibliothèque de Montaigne prise ici

     

    Dans les époques troublées comme la nôtre, les hommes de valeur n'ont souvent rien de mieux à faire que de s'enfermer dans leur bibliothèque, dans les écrits des anciens sages, de relire les livres qu'ils aiment tout en jouissant de la beauté de cette vie et de la Création comme le faisait Montaigne, un des plus célèbres maires de Bordeaux, à la différence que lui n'a jamais dû subir une peine de justice pour complaire à un maître ou un autre. Montaigne se faisait un plaisir d'être « guelfe avec les gibelins et gibelin avec les guelfes ». 

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  • Simulacre de société

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    À propos de « Simulacres » de Philip K. Dick chez « J'ai Lu »

     

    image prise ici

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    Ce roman de Dick est un des plus « dickiens » qu'il ait écrit avant sa crise mystique de 1974, au délire maîtrisé, un roman qui n'est pas exactement de Science-Fiction même s'il y a les voitures volantes, les rayons désintégrateurs ou des vaisseaux spatiaux qui vous emmènent vers Mars en quelques minutes. Les publicités sont vivantes et il faut les abattre au fusil ou les écraser pour s'en débarrasser. Rien n'y est vraiment ce que l'on pense, le pouvoir est exercé par des simulacres d'êtres humains ou des acteurs au bénéfice de corporations économiques à moins que ce ne soit l'inverse, cela le lecteur avisé et lucide sur le monde actuel peut se demander si c'est autant délirant que cela il est vrai. Le lecteur qui cherche une anticipation dans le genre d'Asimov ou Arthur C Clarke sera déçu sans parler de celui qui s'attend à du délire pour le délire, une sorte de SF « sous acides », à laquelle on réduit souvent Phili Dick...

     

    L'intrigue est très dense, comme toujours chez l'auteur, et il faut en considérer l'ensemble pour entrevoir où il nous voulait précisément nous emmener. Dick a ici pris confiance en son talent et en son style. Ce livre n'atteint pas encore la folie de la « Trilogie Divine », de « Ubik » ou « le Dieu venu du Centaure », mais offre un bel exemple de SF oulipienne en somme et implicite. L'auteur n'explique jamais pourquoi les voitures volent ni sur quels principes scientifiques les robots sont construits, et fonctionnent, et personne ne s'étonne des éléments les plus incongrus des sociétés futuristes dysfonctionnelles que Philip K. Dick décrit dans son style habituel.

     

    Dans ce monde l'après Troisième Guerre Mondiale, qui a causé une période de barbarie et de chaos, il en reste quelques séquelles, des communautés de mutants dégénérés, les « bûch'rons », l'on suit un pianiste aux pouvoirs « psis », Richard Kongrosian, phobique agoraphobe depuis qu'il a été traumatisé par une de ces réclames volantes et persuadé de devenir invisible progressivement, un vendeur itinérant, Al Miller, de « jungle » de vaisseaux spatiaux d'occasion qui se fait aider d'un robot imitant un animal martien pour vendre sa camelote pour « Luke le cinglé », le personnage le plus sain d'esprit du livre.

     

    Al a pour passe-temps principal la pratique de la cruche musicale (!), en duo avec Ian Duncan, inadapté instable allant de petit boulot en petit boulot, leur ambition étant de se produire à la Maison Blanche pour un des spectacles lénifiants offerts en pâture au peuple par Nicole Thibodeaux, la femme du président des USEA (États Unis d'Europe et d'Amérique), un androïde fabriqué par une multinationale, pour le distraire des manigances constantes du pouvoir qui va jusqu'à tenter de manipuler le passé pour asseoir un peu plus son influence sur les masses, allant même jusqu'à transférer Goering de son lointain passé pour s'assurer de son concours dans un plan machiavélique.

     

    L'Allemagne a été le premier pays à fusionner avec les États Unis d'Amérique et a fini par tellement influencer les choses que l'on nomme le président « Der Alte » comme Konrad Adenauer dans les années 50, la France a recréé un Empire. Il y a également un mouvement néo-nazi, les « fils de Job », mené paradoxalement par un juif en rupture de ban, Berthold Gotz qui emploie lui aussi le voyage dans le Temps, appelé l'effet Lessinger, pour combattre les dirigeants actuels. Enfin, le dernier psychanalyste en exercice de ce monde, que tout le monde considère comme un fossile, le docteur Ego(n) Superb, va devoir non pas guérir un de ses patients mais aggraver son cas pour sauver le monde. Nicole Thibodeaux s’avérera être elle aussi un simulacre. La société se divise en « Ge » et en « Bes », les premiers au fait des secrets du pouvoir, ou le croyant, les seconds maintenus dans l'ignorance et parqués dans des ensembles gigantesques dont ils ont l'interdiction de sortir.

     

     

    Dick avait l'intuition de ce que donnerait notre société, naissant de la fin des illusions, des utopies des années soixante, dominée par le pouvoir tout économique qui va jusqu'à chosifier les êtres humains, le travail et le divertissement pour préserver ses intérêts...

  • Delphine

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    littérature, politique, société, amaury watremezCe blog s'est arrêté quelques jours pour raison de panne fatale de disque dur, je sais combien tu étais inconsolable ami lecteur, tu as pleuré des seaux de larmes, j'en suis certain. De fait j'ai pu soigner, un petit peu, mon addiction cybernétique dont je souffre comme la plupart de mes contemporains malheureusement qui finissent par se persuader, pauvres Dorian Gray, que leur image virtuelle est leur vraie personnalité, se vautrant dans la vacuité de leurs aspirations matérialistes et égoïstes minuscules.

     

    J'aurais pu revenir ici avec un texte tonitruant plein de bruit et fureur, de cynisme et de dérision furibonde, mais j'ai préféré parler de ma chère Delphine (sur la photo je suis sûr ami lecteur que tu verras où je suis et où est Delphine). Delphine était une petite banlieusarde, comme moi, quand elle était petite. Nous habitions une résidence, le « Parc de l'Aulnay » à Vaires sur Marne que les adultes et les médias trouvent aliénante, un agglomérat de « cages à lapins » toutes pareilles. Nous faisions quasiment nous enfants tout ce que nous voulions sans être surveillés, pistés par un gadget électronique, personne n'évoquait le fameux « sentiment d'insécurité ».

     

    Certes, j'ai conscience qu'il y aura bien un ou deux pisse-vinaigre pour vraiment trouver que je suis un égocentrique narcissique indécrottable, un petit bourgeois hédoniste et réactionnaire car nostalgique. Je ne comprendrai jamais cette accusation stupide d'égocentrisme ou de narcissisme envers les écriveurs, les auteurs, les écrivains, c'est une telle évidence qu'il faut un égo de bel aspect pour cela, ce qui n'est pas forcément un défaut...

     

    Nous passions la fin de nos journées dans un petit parc qui était au centre de notre cité bleue et blanche. Nous prenions parfois le train de banlieue sur les bancs de bois de la deuxième classe des années 70 pour aller au « Rex » rêver dans ce cinéma mythique au décor pourtant de stuc et de carton pâte, c'est là-bas que j'ai commencé à aimer passionnément le cinéma face à « l'Île sur le Toit du monde » ou « Vingt-Mille lieux sous les Mers », moi j'étais triste surtout pour le capitaine Némo et je trouvais que Ned Land était un crétin sans cœur.

     

    Delphine était une petite fille très hardie mais pas pour autant « garçon manqué », elle n'avait peur de rien, elle trouvait que j'étais trop raisonnable, elle avait quand même été impressionnée favorablement par mon courage en découvrant la trace du vaccin du BCG que j'avais sur le pied droit. Elle crapahutait sur les agrès du jardin public, à des hauteurs sans limites pour des petits enfants, pour s'étourdir. Elle avait les cheveux courts coupés à la mode de l'époque, « à la Stone ». Elle était toujours spontanée, vive, rieuse et très gaie, moi déjà je croyais savoir que la chair était faible et j'avais lu tous les livres, présomptueux que j'étais.

     

    Delphine m'apprit un jour que le Père Noèl n'existait pas, que c'était les parents, ces cachottiers, qui allaient acheter les cadeaux dans les grands magasins à Paris dont nous allions admirer les vitrines décorées spécialement, emmitouflés, à peine quelques jours avant le 25 décembre ou dans un de ces nouveaux centres commerciaux qui venaient d'ouvrir à la lisière de la capitale, comme Parly 2. C'était encore les « Trente Glorieuses », on croyait que la prospérité allait durer encore un petit peu. Je commençais à avoir des soupçons, il est vrai, voyant mes parents faire des allers-retours parfois avec des airs de conspirateurs quelques temps avant les fêtes lorsqu'ils revenaient de Paris-Paname où ils allaient alors sans moi ou mon petit frère tout neuf ce qui était inhabituel.

     

    Un jour, voulant lui montrer que je savais faire une « cascade » sur un des toboggans du jardin public, je tombais et les adultes affolés appelèrent les urgences, Delphine était bouleversée, elle était sans voix. Elle ne pleurait pas, mais elle avait eu très peur, et lorsque je revins, j'eus droit à une bourrade un peu brusque pour me montrer combien son inquiétude avait été grande. Les grandes personnes, tellement raisonnables, passent leur temps à se demander pourquoi ils aiment, s'ils aiment vraiment, assez bien et comment ils aiment, les enfants eux ne se compliquent pas tant l'existence pour autant, ils vivent sincèrement leurs sentiments, jusqu'au bout . Cela ne dure pas il est vrai, les préjugés, les lieux communs, la sottise, les appétits communs ont tôt fait de les rattraper...

     

     

    Cela me fait dire également que finalement ce qui meut les hommes, ce qu'ils font, ce qu'ils écrivent , ce qu'ils créent c'est pour faire bonne figure devant les filles. D'ailleurs comme d'autres, je l'avoue c'est aussi évidemment un des buts de ce blog taquin....

     

    photo empruntée ici

  • Excursion sur les marges de Paris

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    Littérature, Paris, société, Amaury WatremezÀ propos de « Zones » de Jean Rolin en « Folio »

     

    Ce petit livre est un journal de voyages en quelque sorte de Jean Rolin à travers des endroits de Paris pas encore muséifiés ou bobolisés, un Paris insolite très loin de la « ville-monde » de Madame Hidalgo, pour le touriste américain, ou pour les badauds de Paris qui sont tous comme le rappelait Verlaine, des « péquenots », tout comme le « bobo » est généralement un paysan parvenu qui singe ce qu'il estime être les manières parisiennes car il en a les moyens financiers.

     

    L'auteur raconte donc sa traversée de ces « zones » humaines, ses rencontres cosmopolites, pathétiques avec des piétons parisiens, des égarés, des pauvres fous en rade comme cette dame énorme qui lui raconte toute sa vie pour deux verres de « Côte », des clochards, des jeunes de banlieue, des couples insolites et, ou mal assortis, à un point excentrique, ou une « diversité » face auxquels il n'a aucun angélisme, ce qui est appréciable. Il note en passant, assistant à des rixes, à des « incidents », combien le discours larmoyant, ou en excuses, revient le plus souvent au même, « a contrario » de celui que l'on prête à la droite...

     

    S'il ne verse pas dans un angélisme de mauvais aloi, il est par contre sans cesse bienveillant avec les personnes croisées, qu'il décrit et observe sans les moquer, ni leur faire la morale comme en ont l'habitude les bourgeois pédagogues. Ce sont beaucoup de « petites » gens qu'il évoque. En le lisant le lecteur mal avisé pourrait croire qu'il est proche de l'école « anodine » de Philippe Delerm, qui est également le créateur de l'école des « écrivains en pull raszip », consistant à monter en épingle des micro-évènements qui ne font pas de la littérature même si « la première gorgée de bière » était loin d'être un livre antipathique.

    Littérature, Paris, société, Amaury Watremez

    Ici, il faut considérer l'ensemble, ce sont tous ces portraits, toutes ces petites notations d'atmosphères, ces dialogues reconstitués, ces ambiances qui font un seul portrait, celui du Paris authentique loin des ouvrages érudits ou des clichés hollywoodiens, un Paris au visage goguenard face aux prétentions des puissants et des riches, où les milieux se mélangeaient dans les bistrots où l'on ne se souciait pas de manger cinq fruits et légumes, ou de ne pas trop boire, ou de boire « bio », ou de faire de ces « compétitions » œnologiques que les « bourgeois pédagogues » affectionnent, on y fraternisait entre classes, entre milieux et tant pis pour ceux qui ne voulaient pas. Les « bobos » sont bel et bien un de ces « bourgeois pédagogues » car ils ne supportent que « l'entre-soi » eux aussi...

     

    Il ne se contente pas d'explorer la lisière sociale et les « marges » humaines, Il voyage littéralement sur celles de la Ville ne se rapprochant que progressivement des quartiers plus réputés et plus connus, finissant vers Montmartre, avant son « amélipoulinisation », le « café des deux moulins » était encore un endroit supportable, avant que d'être ripoliné par les bons sentiments du film de Jean-Pierre Jeunet, à l'époque.

     

     

    Il m’apparaît d'ailleurs que hélas, s'il n'a pas complètement disparu, ce Paris n'existe quasiment plus peu ou prou, le livre datant de 1994, la muséification et les métastases bobolisantes ont fait leur œuvre, ainsi Belleville est-elle devenue un quartier bourgeois pour CSP++ aisées et libérées. Ce Paris est le mien, j'y suis chez moi. Des chapitres entiers de ce livre m'ont renvoyé à mon enfance -heureuse- dans le « 9-3- » au Raincy, à Gagny. Il m'a remis en mémoire ces images de la banlieue proche : Chelles, Villemonble, Vaires sur Marne, il m'a rappelé ces petits matins où il y a quelque chose d'incomparable pour qui veut bien le sentir dans l'air de Paris. Il n'y a que les cœurs insensibles, ou formatés par ces bons sentiments rappelés plus haut, qui ne comprennent pas que ces lieux recèlent en eux une incomparable poésie qui n'est pas bien cachée bien loin.

     

    couverture prise ici

     

    Dessin de l'auteur de ce texte

  • La vie enchantée et amère d'Alain-Fournier

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     À propos de « Alain-Fournier » de Ariane Charton en Folio « Biographies »

    photo du haut sur "Babelio.fr"

    photo du bas sur le site de "Gallimard"

    Le-Grand-Meaulnes-Alain-Fournier.jpg

    Ce qui pousse une personne à lire la biographie d'un écrivain c'est bien évidemment les correspondances qu'il retrouve avec sa propre existence, les harmoniques que cela fait résonner en lui pour autant avoir des prétentions au même génie ou au même talent que l'auteur dont la vie est racontée. La première fois que j'ai rencontré Alain-Fournier c'était il y a trente-trois ans à la Chapelle d'Angillon après avoir lu avec passion « le Grand Meaulnes », chef d’œuvre unique de cet amoureux de la littérature mort au début de la Première Guerre Mondiale dans un petit bosquet rappelant ceux de son Berry natal. Face à son portrait grandeur nature qui ornait un des murs de sa maison natale, scrutant son regard intense, qui témoignait de son désir d'absolu, un regard avec déjà une nuance de désenchantement, car le monde des adultes, dans lequel il entra fort tard, était bien décevant.

     

    Je reconnus en lui immédiatement ainsi que lorsque l'on tombe amoureux fou comme un grand frère avec qui je partageais sans le connaître beaucoup de choses. La seconde fois où j'éprouvais cela adolescent, ce fut en entendant une chanson de Barbara qui m'émut aux larmes...

     

    L'enfance d'Henri Alban Fournier, qui deviendra Alain-Fournier plus tard lorsqu'il épouse la profession de journaliste pour subvenir à ses besoins, est une enfance de rêve se passant dans un tout petit village où l'humain était encore prépondérant, un petit village qui n'avait guère changé à contempler les cartes postales de son époque lorsque je l'avais visité. Sa mère qu'il aime tendrement est institutrice, très croyante, l'emmenant en cachette de l'inspection académique à la messe car à l'époque il était très mal vu que des « hussards noirs » de la République soient croyants, ce que ses deux parents étaient. Ariane Charton les décrit vivant dans cette région du Centre de la France proche de la Touraine toute en équilibre et en douceur de vivre non loin de l'endroit où Rabelais situait son abbaye de Thélème.

     

    Il eut une petite sœur, Isabelle, qui l’idolâtrait et qui continuera à chérir son souvenir bien après sa mort. Il lit tous les livres qui lui tombe sous la main, ce que font des enfants trop sensibles qui ne sont pas très doués pour la vie en société, aimant également se perdre tout seul dans les chemins, les champs et paysages autour de la Chapelle afin de laisser libre cours à ses rêves, à la recherche certainement d'une « fête étrange » comme celle qu'il évoquera dans « le Grand Meaulnes », fête dont elle est le cœur, fête qui est aussi notre enfance, une fête enchantée qui finit dans l'amertume.

     

    Excellent élève, il est envoyé en pension à Bourges afin de préparer ses études supérieures, ville qu'il déteste, car elle frustre sa nature profonde, mais docilement il obéit. A cause de ses bons résultats il est admis en khâgne à Paris, ville qu'il détestera les trois premières années où il y vivra, d'une « haine du petit paysan qu'il était » selon les termes qu'il emploie dans une lettre à Jacques Rivière, son ami le plus cher. C'est la rencontre avec ce dernier qui le sauve des « ailes de l'Ennui », et surtout la longue correspondance qu'ils débutent ensemble, s'écrivant quotidiennement des lettres sur des pages et des pages partageant leur passion absolue pour les Lettres, leurs découvertes, dont la lecture de Gide, celui de « la Porte étroite » et de « Isabelle », celle de Claudel et de Péguy, qui deviendront de leurs amis proches plus tard, Péguy qui a les mêmes aspirations que le jeune étudiant mais qui sait déjà que « l'âme humaine n'est pas faite de bronze ».

     

    Et surtout il rencontre lors d'une promenade sur les bords de Seine celle qui inspirera son écriture pendant des années, qu'il aimera d'un amour fou et sans espoir jusqu'à sa mort, son Yvonne de Galais, qui n'est encore que Yvonne de Quiévrecourt, déjà fiancée à un autre que lui. Elle est même déjà enceinte lorsqu'il l'aperçoit au loin. C'est à partir de là que commence vraiment la mise en œuvre du « Grand Meaulnes » et sa vocation d'auteur ainsi que le souligne Ariane Charton.

     

    Suite à cette rencontre, il comprend également avec Jacques Rivière qu'il ne sera jamais un de ces étudiants docile et bon élève adoptant les goûts de ses maîtres sans plus se poser de questions, servile et veule. Tous deux savent également que cela les condamne à une vie d'inconfort matériel qui sera plus difficile, mais aussi plus exaltante, Alain-Fournier devient chroniqueur culturel pour « Paris-presse » et son ami et confident entre à la NRF dont il deviendra le directeur après la guerre. Il mourra également très jeune, en 1924.

     

    Alain-Fournier aime toutes ces années Yvonne d'un amour excessif parfois, jugeront les grandes personnes sévères, d'un amour d'enfant, qu'il veut pur, sans tâches. Il veut que son rêve aussi se réalise parfaitement dans la vie réelle, devenant injuste et même cruel avec ses proches en particulier quand cela ne se passe pas ainsi. Il ne se trompe pourtant pas, l'on aime véritablement qu'une seule fois dans sa vie. Cela ne l'empêche pas d'avoir des relations avec d'autres femmes, qui ne sont pas Yvonne, qui acceptent souvent de n'être que des consolations en somme, ainsi Jeanne qui sera le modèle de Valentine, l'épouse de Frantz de Galais. Le lecteur de la biographie songe aussi à Frédéric Moreau rêvant de son amour pour madame Arnoux durant toute son « Education Sentimentale », un amour qui ne se réalisera jamais. A la veille de la Guerre Yvonne sera toute prête de l'aimer, toute prête de céder enfin, elle aussi, mais il était trop tard, le roman était écrit, et Alain-Fournier avait enfin décidé d'entrer dans la société des adultes, vivant un amour adultérin curieusement conjugal avec une célèbre comédienne après la publication de son roman.

     

    Il travailla ce livre constamment pendant près d'une dizaine d'années, le voulant parfait, tel qu'il le rêvait, libéré d'autres influences littéraires dont celle des symbolistes qui imprègne ses premières tentatives, un livre « enchanté et désenchanté » selon Rivière, un livre beaucoup plus complexe que sa réputation réductrice de « livre pour adolescents sages ». Ses changements de rythme, d'atmosphères, ont parfois dérouté les lecteurs mal avisés à commencer par les critiques de l'époque tel François Mauriac qui se venge d'un article que Fournier avait écrit sur une de ses études que pourtant Mauriac lui-même trouvera « imbécile ». C'est à cette époque que Fournier retrouve son ardente foi d'enfant, toute la ferveur qu'il faisait preuve lorsqu'il allait communier avec sa mère, une ferveur pouvant faire ricaner les adultes qui se contentent de la singer, ne croyant que parce que l'on « ne sait jamais » ce qu'il y a après la mort.

     

    couverture.jpg« Le Grand Meaulnes » est un roman d'aventures intérieures où le merveilleux jaillit du gilet rouge porté un soir d'automne par Augustin Meaulnes dans sa petite chambre d'écolier, émerveillant le narrateur timide, François Seurel, dont la vie s'en trouve bouleversée, d'une fête de mariage idyllique perdue au milieu de la campagne de Sologne que Meaulnes découvre lors d'une de ses fugues, dans un château de contes de fée « dont les murs semblent descendus du ciel », un mariage où la mariée ne viendra jamais, du déguisement de bohémien de Frantz de Galais. C'est un livre qui n'est pas si éloigné que cela de « la Recherche » de Proust, dans laquelle la nostalgie de l'enfance est primordiale, ne restant à la fin au narrateur que les souvenirs heureux qu'il a vécu alors que le « vieux monde » s'est effondré. L'auteur est tous les personnages comme on l'est dans nos rêves.

     

    A l'initiative de son amante qui a de hautes ambitions pour lui, proche de Casimir Périer, elle en est la belle-fille, ancien président de la IIIème République, Alain-Fournier se présente pour le prix Goncourt qu'il n'obtiendra pas comme tous la plupart des grands auteurs du XXème siècle, c'est déjà un enjeu médiatique plus ou moins joué d'avance. Et la guerre éclate, il y part persuadé qu'elle ne durera pas, il y va avec patriotisme, un patriotisme que Léautaud dans son « Journal » trouva de mauvais aloi. Il meurt dans un petit bosquet tranquille lui rappelant certainement ceux près de la Chapelle d'Angillon, il meurt absurdement sous les frondaisons automnales des arbres souverainement indifférents à l'humanité. L'âme éprise d'absolu d'Alain-Fournier a pu alors rejoindre enfin Yvonne de Galais, et l'aimer sans frein. Sa mort ressemble à celle de Saint-Exupéry lors d'une autre guerre, parti au delà des nuages sur la planète du petit Prince ou de sa rose enfin libéré des pesanteurs que les grandes personnes jugent indispensables et inéluctables.

  • La littérature -sur les réseaux sociaux- peut-elle sauver le monde ?

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    Réponse à Marie David et d'autres

    littérature, société, politique, marie david, amaury watremez

    image prise ici

     

    Dans son histoire de la littérature française (chez Grasset aux « Cahiers rouges »), lecture conseillée à tout amoureux de la littérature, Kléber Haedens évoquant la littérature dite engagée, et ces livres pleins de bonnes intentions pour sauver l'humanité, parle de l’extrême vulgarité de ce genre d'ouvrages et celle de leurs auteurs qui jouent du cor sur les toits et ont besoin de chausser de gros sabots lorsqu'ils narrent par leur menu leurs « bonnes » actions et leurs « belles » pensées qui sont la plupart du temps autant de lieux communs mièvres et d'une banalité sans nom, d'aucuns osant appeler leurs vers de mirlitons de la "littérââture".

     

    Quand on leur rappelle ils partent de toute façon du principe qu'il n'y a plus de hiérarchie des goûts et des couleurs et que donc même si peu pertinente ils se sentent en droit de balancer leur opinion malgré tout. Elle en vaut bien une autre après tout se disent-ils. Le contradicteur taquin est un donneur de leçons insupportable, un prétentieux si ça se trouve...

     

    NB :Il est d'ailleurs étrange que les promoteurs de la paix et l'amour universels répondent violemment, toujours, aux objections que j'exprime ici...

     

    Alors que faire du bien à son prochain, penser à l'autre, va a priori de soi lorsque l'on est « simplement » humain et doté d'une intelligence même pas moyenne, nul besoin de phrases grandiloquentes ni même d'exégèse théologique pour le rappeler. Bien entendu, dans une société hyper-égoïste comme la nôtre, cela prend des allures extraordinaires de ressasser ces clichés, ceux qui le font ne le faisant pas d'ailleurs par altruisme mais de par la haute idée qu'ils se font de leur personne et de la conception utilitariste qu'ils ont de la littérature. A la décharge de ces utopistes 2.0 qui se contentent du virtuel il faut dire que notre monde revenant lentement mais sûrement à une techno-barbarie où ne comptent que l'argent et la célébrité pour rien, cela ne fait certes pas forcément de mal de le rappeler de temps en temps.

     

    Les Lettres doivent forcément avoir selon eux une utilité car ils sont finalement parfaitement intégrés dans une société où n'est perçu que le quantifiable, et donc elle aurait une valeur d'exemplarité, d'édification des masses et des z-élites. Alors que la littérature ne sert strictement à rien, à rien du tout, dans cette perspective de quantification. Et que c'est encore mieux, les livres ne se traduisent pas en statistiques, en dividendes, en chiffres de vente et en bénéfices, en productivité (nombre de pages par jour de l'auteur ?... etc).

     

    Ou si, elle ouvre sur l'humain, sur toutes les manières de voir le monde, de manière à ce que rien de ce qui ressort de l'humanité ne soit étranger. Elle ouvre à la beauté aussi, la beauté derrière la laideur insigne des non-lieux toujours plus nombreux, de l'avidité des citoyens-consommateurs surtout préoccupés d'avoir en main le dernier modèle de « smartfône » dans l'angoisse permanente de ne pas être comme les autres car ne possédant pas tel ou tel objet obligatoire.

     

    Si l'on veut faire du bien aux autres, améliorer au moins un petit peu ce monde, un texte si beau soit-il publié sur « Facebook » (TM°) ou son blogue est un genre « d'acte manqué » adolescent tout comme annoncer son désir de bouleverser la planète d'un coup en quelques mots et un trait de plume, ou un pianotage de touches sur le clavier de notre ordinateur. Le monde ne changera pas au nombre de « likes » sur Facebook. Cela se construit chaque jour par des toutes petites choses, des tout petits gestes de convivialité ou d'empathie, de sympathie, d'affection ou d'amour pour nos proches, des petits actes dont la force ne dépend pas de leur médiatisation sur le Net.

  • La morale aristocratique de Marguerite Yourcenar et ses leurres

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    À propos de « les yeux ouverts », entretiens de Mathieu Galey avec Marguerite Yourcenar réédités en Livre de Poche

    image prise ici

    littérature, Yourcenar, politique, société, Amaury Watremez

    A ce recueil d'entretiens intéressants de par ce qu'ils racontent de la création littéraire, de la littérature et de l'écriture, l'on peut préférer, ce qui est mon cas et de loin, l'interview que Bernard Pivot fit avec l'auteur de « Mémoires d'Hadrien » en 1976. Pivot avait pour lui d'être beaucoup moins révérencieux que Galey, et surtout d'être un bon vivant, voire un bien-vivant, moins intellectualisant et plus proche de la vérité de la pâte humaine dont Yourcenar était constituée. Celle-ci joue de la révérence de son interlocuteur dans ce livre pour édifier une statue d'elle qui lui convienne bien que prétendant ne pas se soucier du tout de ce qu'elle appelle « la gloriole », alors qu'elle est humaine, et recherche elle aussi une reconnaissance du public. Elle aussi écrivait pour être lue...

     

    Finalement, elle reste aussi rusée et madrée que l'était sa grand-mère, qu'elle évoque et moque dans les « Souvenirs Pieux », sachant se servir des faiblesses de ses vis à vis à son avantage. A l'époque, Elle vient de vivre l'agonie de Grace Frick, sa compagne durant presque quarante ans, et va tomber amoureuse de Jerry Wilson, qui sera son « Antinous » ; un Antinous violent qui n'était qu'un genre de gigolo plus sophistiqué cependant que les autres. Yourcenar feint souvent l'humilité et la simplicité mais sa devise était « Je ne vis pas comme ils vivent, je n'aime pas comme ils aiment, je mourrai comme ils meurent », elle eut toute sa vie au cœur une morale véritablement aristocratique héritée de son père Michel qui n'est pas toujours la figure la plus sympathique de ses souvenirs. C'était finalement un viveur égoïste qui trimbala sa fille partout avec lui se donnant bonne conscience en la traitant comme une adulte très tôt, et oubliant de l'éduquer au passage, tout en l'aimant malgré tout.

     

    L'entretien, qui s'est fait sur plusieurs jours à « Petite Plaisance », dans les « monts déserts » du Maine, suit l'ordre chronologique de la construction de l’œuvre, s'attardant plus sur « Mémoires d'Hadrien » ou « L'Oeuvre au Noir » que Yourcenar considère comme ses travaux majeurs, avec « le Labyrinthe du monde » : la trilogie de « Archives du Nord », « Souvenirs Pieux » et « Quoi ? L'éternité ». Sont évoqués aussi avec tendresse, ces sont aussi ses enfants, « Nouvelles Orientales » et « Fleuve profond, sombre rivière », traduction remarquable de « negro spirituals ». Galey l'invite à parler de la part de « je » qu'il y a dans le dernier cycle de souvenirs, ce qu'elle se refuse à faire, il est vrai qu'elle réécrit nombre d'entre eux selon le témoignage de son frère, oblitérant presque complètement au passage sa mère.

     

    Elle n'était pas l'enfant exclusivement studieuse et intellectuellement très éveillée, tellement peu enfantine, qu'elle décrit dans ses livres et dans cet entretien, mais une petite fille qui les jours de pluie au « Mont Noir » pouvait rester le front collé à la vite de la grande fenêtre du salon de sa grand-mère en répétant comme un « mantra », « J'sais pas quoi faire, qu'est-ce que je peux faire ? », jusqu'à ce que quelqu'un, sa gouvernante, sa mère, son père, ou une autre grande personne, s'occupe d'elle. Les petites filles vives et sensibles, aux dons extraordinaires, restent des petites filles aussi, ce qui ne diminue en rien leurs mérites et capacités. Mathieu Galey là encore se laisse prendre à cette belle image, cette gosse de vitrail...

     

    Et elle a pour son père un immense complexe d'Electre étant souvent le fait des personnes ayant les mêmes inclinations sexuelles qu'elle ou plutôt « sensuelles » ainsi qu'elle le corrigerait.

     

    Cela ne diminue pas le moins du monde la force littéraire et stylistique de « Souvenirs pieux » et de « Archives du Nord » qui narrent l'humanité de ces régions d'une manière à la fois extrêmement précise historiquement, sensuelle, humaine, en partant de l'importance de la tourbe, de cette terre riche, de ces cieux flamands bas mais toujours d'une incroyable beauté. Bernard Pivot, en entrant dans sa cuisine, en voyant ses bocaux de fruits et de légumes, comprit tout cela de suite, ce lien de Yourcenar à la terre, à sa terre, son côté « terrien » en définitive. Mathieu Galey ne peut le saisir car il n'est que dans l'adulation et n'a aucune distance critique, aucun recul, sur l’œuvre il est vrai remarquable et passionnante de l'écrivain, créatrice de Zénon et qui a su faire revivre un empereur mort près de deux millénaires auparavant.

     

    Ci-dessous elle parle du paradoxe de l'écrivain

  • Enquête sur le meurtre de la culture

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    à propos de « C'est la culture qu'on assassine » de Pierre Jourde re-paru en "Pocket"

    Couverture du livre de Pierre Jourde empruntée au site de "Pocket"

    Couverture de "la Crise de la Culture" de Hannah Arendt prise sur ce site

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    Je te préviens tout de suite ami lecteur jeune victime de plusieurs décennies de réformes déplorables de l'enseignement des Lettres et de téléréalités décervelées, ce texte contiendra comme à mon habitude lamentable, je le sais bien, et pire je n'en ai aucun remords, de l'insolence et de l'ironie à peine déguisée. Dans sa courte préface à cet ouvrage, Jérôme Garcin remarque que l'auteur est sans cesse en colère à peu près contre toutes les dérives de son époque, ce qui suggère-t-il n'est pas loin d'en faire un réactionnaire. Enfin, pas tout à fait, puisque ces articles, rassemblés ici par thème, sont d'abord parus dans un blog hébergé par le « Nouvel Obs », « confitures de culture », qu'il continue d'ailleurs à entretenir pour la plus grande joie de ses lecteurs dont je suis depuis « Petit déjeuner chez tyrannie » écrit avec Éric Naulleau.

     

    Évacuons tout de suite la seule nuance que j'aurais à émettre sur ce livre, dans son avant-propos Jourde écrit, et il a raison, que n'importe qui peut rédiger un blog, et donc rédiger n'importe quoi en nos temps où sévit la dictature de l'opinion personnelle considérée comme forcément légitime à partir du moment où elle est exprimée. Il laisse entendre bien entendu ensuite, comme tous les blogueurs, qu'il n'est pas tout à fait n'importe qui quant à lui (et là aussi je suis d'accord, moi aussi je ne suis pas n'importe qui). Excepté cette nuance minime, je trouve remarquablement pertinent sur la grave crise de la culture que nous vivons en ce moment la plupart des propos de Pierre Jourde.

     

    Il classe ses textes par grands thèmes et aborde au final tous les aspects de la question :

     

    Le rôle catastrophique des médias qui entretiennent la soumission aux gadgets, aux conformismes les plus abjects, la destruction de toute éducation et le détricotage de l'Enseignement sous la poussée en particulier des théories déliro-pédagogistes de Philippe Meirieu, la crise de l'Université et de la Recherche en France, les politiques culturelles déplorables qui sous couvert d'égalité laminent ce qui restait encore debout dans ce pays, la vie culturelle réduite à un élitisme pour bourgeois en quête d'épate, rappelant au passage « la -prophétique- Crise de la Culture » d'Hannah Arendt, le refus de hiérarchies du savoir, tout se valant, Yourcenar et Marc Lévy, Guillaume Musso et Julien Gracq, le mépris pour la Littérature et les écrivains considérés comme relevant de la culture bourgeoise (note personnelle : mépris illustré il y a peu par l'aveu d'inculture, sans aucune culpabilité de la Ministre de la Culture Fleur Pellerin). Et il pose cette question qui n'en est pas une de « l'utilité » de la Littérature, écrivant ceci que je trouve très beau et absolument juste « Toute beauté est superflue […] mais les hommes se nourrissent de beauté » bonne pour l’élévation de leur âme.

     

    J'apprécie particulièrement évidemment les chapitres consacrés à l'Éducation Nationale, aux formations aberrantes qui supposent que l'enseignant ne soit plus qu'un bureaucrate docile et ne transmette plus de savoir, surtout pas, laissant l'élève s'exprimer sans contraintes ce qui suppose la dictature du cliché et du lieu commun entendu ou vu sur « TF1 » (TM°), « Youtube » (TM°) ou pendant l'émission hélas populaire de D8, « Touche pas à mon poste » (« TM° »). Il décrit le mépris pour l'expérience de terrain qui seule forme vraiment des enseignants qui apportent quelque chose aux élèves, et qui l'apportent seulement s'ils sont exigeants envers eux et soucieux de leur excellence, ce que d'ailleurs les adolescents apprécient plus que le laxisme ou appréciaient car je crains que les dégâts pour la génération actuelle ne soient irréversibles.

     

    politique,éducation,littérature,société,enfants,adolescents,amaury watremez,culture,pierre jourdeRappelons en passant que l'on demande aux bibliothécaires et documentalistes non plus de préserver le patrimoine et l'histoire culturels du pays mais de ne mettre en rayon que des livres de moins de quatre ou cinq ans, entretenir les « supports informatiques » considérés comme seuls susceptibles d'intéresser des jeunes déjà soumis à la dictature du « smarfône » ou de la « tablette » et jeter aux ordures les « bouquins » considérés comme trop « vieux » ou « poussiéreux », en particulier les « Classiques » écrits certes le plus souvent dans une langue devenue strictement incompréhensible pour des élèves ayant subis des reformes stupides de l'apprentissage de l'orthographe, le tout ayant pour conséquence que dans les « grandes » écoles et dans les universités les professeurs doivent souvent maintenant re-donner des cours basiques sur l'accord du participe passé ou la simple syntaxe.

     

    Jourde évoque également plus généralement la crise de l'Éducation en général, ces parents et éducateurs en général qui ne veulent surtout rien transmettre aux enfants et aux adolescents, qui ne connaissent plus aucune limite à leurs pulsions, qui ne savent et ne veulent plus écouter, et qui sont devenus en définitive à de rares exceptions des néo-barbares ignorants, des barbares 2.0, des enfants rois et narcissiques fiers de leur ignorance crasse, de leur allégeance au système, qui ne tolèrent et ne comprennent que l'arbitraire du groupe, des esclaves dociles et volontairement soumis errant sans identité commune ni âmes dans les allées du grand « Barnum spectaculaire » (TM°) contemporain comme dans les rayons d'un supermarché géant, ne rêvant plus que devant les vitrines recelant les objets qu'on leur intime de posséder pour se sentir bien.

  • Vider l'océan...

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    image empruntée à ce blog

     

    On ne change pas de son enfance à l'âge adulte m'a un jour dit un sage, on garde les mêmes qualités, les mêmes défauts, les mêmes aspirations. Quand j'étais un petit garçon aux joues roses z-et duvetées, quand la mer montait et détruisait les fragiles châteaux de sable sur la plage, je m'évertuais à vider l'eau qui ruisselait dans les canaux et douves patiemment creusés, à écoper sans trêve, avec un minuscule arrosoir orange avec une jolie marguerite dessus. Et bien sûr je devais finir par renoncer de vider l'océan et vexé et frustré je rageais face à la mer. Ce n'était pas bien fait, je trouvais, en effet, la mer c'était fait pour se baigner dedans, longtemps, des heures si on voulait, mais pourquoi y-avait-il donc ces marées parfaitement stupides pour détruire les ouvrages d'art des gosses ?

     

    Tout cela n'était pas juste, mes parents avaient beau m'expliquer que c'était la lune qui provoquait les marées et que cela permettait à plusieurs espèces marines ou non de se nourrir ou de vivre, non c'était vraiment mal fait.

     

    Essayer sur ce blog que je ne vais pas qualifier de modeste, ce que je ne suis pas exactement sinon je ne considérerai pas que laisser ma prose sur le Réseau p et uisse présenter un intérêt pour les autres, de questionner sur la politique, la littérature ou tout autre sujet qui en vaille la peine, tenter d'être lucide et de toujours avoir l'esprit de dire ce qui est juste, cela revient finalement à tenter de vider l'océan. Les « grandes personnes » qui se prétendent indûment raisonnables s'en fichent après tout de ce qui l'est ou plutôt elles ne se soucient que de ce qui est bon pour leur petite personne, ce qui revêt à leurs yeux une importance fondamentale à l'exception de quelques cœurs généreux, très rares, qui se feraient tuer ou qui perdraient tout pour garantir le Bien Commun.

     

    Si les internautes, et les autres, peuvent soudain devenir plus lucides sur la personnalité d'un politique, ainsi notre président, François Hollande, j'attends avec impatience son numéro de kloune ce soir, ainsi que celui de Manuel Valls, et son orchestre, un peu plus tard, ils remplacent leur aveuglement sur l'un, ayant voté pour lui en 2012 je le rappelle, par un autre sur une autre personnalité politique toute aussi cynique, toute aussi opportuniste, les politiques sachant très bien en 2014 qu'ils ne sont à une ou deux exceptions que des employés du mois de la « mondialisation heureuse », des valets. Le bon peuple se cherche un « leader » qui le flatte dans son narcissisme et qui le console de sa médiocrité un peu aggravé chaque jour par trop d'émission d'« infotainement », trop de téléréalité, trop de gadgets électroniques parfaitement inutiles.

     

    C'est une grosse farce avec des ficelles pourtant éculées qu'ils jouent (bande d'éculés) chacun dans leur « emploi » comme au théâtre, les spectateurs-citoyens théoriques se laissant prendre volontairement par peur de perdre leurs conforts matériels et intellectuels :

     

    Hollande a des airs de cocu de vaudeville, petit rondouillard dégarni à lunettes, Sarko est l'amant dans le placard du pays, Valls l'ami du cocu qu'il trompe allègrement et qui finit avec sa femme à la fin de la pièce (du moins c'est ce qu'il aimerait), les autres sont des valets ou soubrettes de comédie. Marine le Pen serait la « mère tape dur » du « Guignol », celle qui leur fait peur et qui distribue les taloches...

     

    Bien sûr me diras-tu ami lecteur, toi qui est attentif et d'une grande finesse (oui je suis parfois obséquieux avec mes lecteurs), si ce blogue consiste à continuer de « vider l'océan » et est si vain, pourquoi continuer à écrire et pondre quasiment quotidiennement des articles ? Je ne te ferai pas l'injure d'évoquer le fait que selon le cliché bien connu les « ruisseaux font les grandes rivières ». Et que de temps en temps cela fait tout simplement du bien d'être lucide sur soi. Sauf que bien souvent l'individu moderne, encore moins que ses prédécesseurs, ne veut pas être lucide sur lui, il croit que l'image qu'il essaie parfois en vain de donner de son nombril sur le Réseau, que ce soit sur les forums ou réseaux dits sociaux, c'est sa vraie personnalité, ses complexes le rendant généralement hargneux lorsqu'il arrive au bout de ses argumentaires généralement très pauvres en réflexion mais riches en clichetons.

     

    Hélas...

     

     

    Et s'opposer à cette sottise d'une banalité abjecte, ce n'est plus seulement vider l'océan c'est la Tour Eiffel qui décolle, les montagnes qui se déplacent car on leur ordonne, bref c'est sans espoir.

  • It's good to read the King -« 22/11/1963 »

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     Un King de bon cru

     

    paru en Livre de Poche (Librairie Générale Française)

     

    images prises ici

     

    littérature, Stephen King, fantastique, Amaury WatremezAutant les précédents livres de Stephen King avaient largement tendance à sombrer dans les défauts habituels de l'auteur, délayage sur des dizaines de pages de péripéties sans intérêt, sentimentalisme mièvre et parfois un rien niais ; autant ce livre pourtant aussi long que les derniers opus est passionnant d'un bout à l'autre pour le traitement du genre fantastique, King reste un conteur diabolique et d'une grande efficacité. Il n'y a rien de trop, aucun mot inutile dans ce livre d'une grande densité qui est présenté comme le témoignage de son étrange voyage dans le temps d'un professeur de Lettres, Jake Epping, se sentant très mal dans notre époque. Il y a un peu des livres de Jack Finney dans les thèmes de « 22/11/1963 », l'auteur de « L'invasion des profanateurs de sépulture » et aussi du très beau « Voyage de Simon Finley » et du nostalgique « La pièce d’à côté ». On songe aussi à « Quelque part dans le temps » de Richard Matheson.

     

    La couverture est trompeuse, ce n'est pas l'assassinat de Kennedy le thème principal du roman mais les grandioses années 60, leur complexité, leur richesse, leurs aspects plus sombres dans des détails a première vue triviaux comme les toilettes réservées aux noirs ainsi qu'il l'évoque, comme les plus lumineux et les plus sympathiques : une plus grande confiance en l'autre, l'absence de paperasserie intrusive, l'art de vivre plus sain sans pour autant obéir bêtement aux diktats hygiénistes. Il raconte aussi l'Amérique très loin des clichés habituels, une Amérique extrêmement disparate avec des accents très différents du Maine au Texas en passant par la Floride ce qui laisse à penser au lecteur que malgré l'avalanche de films, de séries, de chanteurs US, nous ne connaissons rien à cette nation ou si peu de choses.

     

    Un ami de Jake Epping va mourir bientôt, Al Templeton, le propriétaire d'un « dinner » à l'ancienne que Jake Epping fréquente assidûment pour sa cuisine ne se préoccupant pas une seconde des cinq fruits et légumes quotidiens. Il lui confie un secret, la porte de sa remise donne sur l'année 1958 sans qu'il ne s'explique pourquoi. Il va souvent dans le passé dont il ramène différentes choses, et s'est même enhardi à sauver une petite fille d'un accident de chasse terrible dont il se souvenait avoir entendu parler dans sa jeunesse, son but ultime étant de sauver le président Kennedy de son assassinat à Dallas pensant que cela changera l'histoire des États-Unis, mais Al a un cancer incurable et souffre le martyre. Jake fait un premier voyage, puis un deuxième où il manque de mourir, croisant à chaque fois un ivrogne étrange qui semble avoir conscience de son voyage dans le temps. Al se suicide pour forcer la main de Jake, le « dinner » étant bientôt vendu à un promoteur immobilier, qui s'en va dans le passé sans grand espoir de retour.

     

    Jake, qui se fait appeler Georges Amberson, comprend vite que le passé résiste et qu'il est difficile de le changer. Il arrive cependant à sauver toute une famille d'un père assassin, habitant Derry, la ville de « Ça », une des trois villes des romans de l'auteur, avec Bangor et Castle Rock, ce qui permet à King de raconter ce qui s'est passé avant son précédent roman, comparant Derry à Dallas. « Georges Amberson » garde toujours sa « mission » à l'esprit, devant attendre cinq ans en vivant sur le pécule que Al lui a laissé en monnaie d'époque, et alors qu'il pourrait continuer à vivre dans le passé et y être heureux, il enseigne de nouveau les Lettres à des élèves que cela passionne, contrairement à leurs descendants de 2014 surtout préoccupés par la possession du dernier gadget électronique à la mode, et tombe amoureux d'une jeune femme dont la beauté est à l'inverse de celle à l'honneur à notre époque (anorexique à peine pubère qui fait la gueule). Le directeur du lycée lui fait confiance sur son travail sachant très bien que « Georges » ne s'appelle pas ainsi et qu'il ne vient pas du Wisconsin mais comprenant qu'il a beaucoup de choses à donner aux élèves.

    littérature, Stephen King, fantastique, Amaury Watremez

    Jake finira par s'apercevoir qu'au fond il est peut-être passé à côté de sa vie...

     

     

    Bien entendu, celles et ceux qui ont lu ce livre me diraient qu'il y a bien d'autres choses à dire. Certes, mais le but de ce petit texte est de donner envie de le lire et non de le « spôler » selon le terme en usage sur Internet, réseau des réseaux dont Jake Epping comprend la profonde vacuité et inutilité, à de rares exceptions, raisons pour lesquels ami lecteur je ne vais certainement pas te révéler la fin, douce amère comme souvent chez King, ni l'explication de la possibilité des voyages dans le temps, à toi de faire l'effort de lire ce roman...

  • Clowns terrifiants et « Zombies Pride » – Quand le film de genre rattrape le réel...

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    Dans le deuxième opus de la trilogie « Batman » de Christopher Nolan, « The Dark Knight » un clown meurtrier, au visage maquillé en blanc, les cheveux peints en vert, les joues barrées d'une atroce cicatrice qui lui sculptent comme un sourire perpétuel sur ses lèvres peintes en rouges, le « Joker », sème le chaos pour le plaisir du chaos dans Gotham City, la mégalopole tentaculaire non lieu ultime de fiction, refuge de tous les travers de notre époque, ce criminel nihiliste ne s'intéressant ni à l'argent ni même au pouvoir, il veut simplement voir tout brûler, toute détruire. Il ne se donne aucune excuse psychologique ou sociologique, racontant des mensonges différents sur l'origine de ces cicatrices à chacune de ses victimes pour rajouter à l'horreur.

     

    ci-dessous l'excellent Tim Curry en "Grippesou" le clown maléfique de l'adaptation de "ça" de Stephen King (photo la critiquerie)

     société, cinéma, littérature, zombies, amaury watremez

    Il sème le chaos sachant bien que les aspirations des individus dans notre société hyper-matérialiste n'ont strictement aucun sens, il ne veut pas donner un sens du tout, il veut juste aller encore plus loin et montrer en passant que la nature humaine est déplorable en elle-même. Bien sûr, comme le spectateur est quand même devant un film hollywoodien, malgré le ton se voulant « sérieux », il est puni à la fin par le héros.

     

    C'est un clown nihiliste tout comme le sont les gosses qui se déguisent en clowns tueurs qui commencent à inquiéter les autorités. Ils ne font pas ça pour une idéologie, encore moins pour essayer de démontrer quelque chose sur notre monde, mais par désir du chaos total, ce chaos auquel conduit implacablement tout ce qui se passe dans nos pays dits « avancés » où la disparition des valeurs et des liens entre les personnes n'ayant été remplacée par rien. Ils font ça aussi pour que l'on parle d'eux, pour créer le « beuze » (c'est réussi) et jouir ne fût-ce qu'un moment de la « célébrité express », sans motif, qui est l'aspiration ultime en 2014 et la seule qui leur reste afin de tenter de remplir la vacuité que les adultes et grandes personnes réputées raisonnables leur ont transmis en héritage.

     

    Piètre héritage ! Les enfants sages, dociles, soumis au système n'ont plus que des rêves de violence, des cauchemars de destruction en eux.

     

    Cela fait longtemps que les clowns sont terrifiants au cinéma, Lon Chaney dans une série B des années 30 avouait s'être fait peur lui-même en se regardant dans le miroir alors que maquillé en clown assassin. Et dans les séries « B » ou « Z » de « Rape and revenge » ou de « vigilantes » des années 70 et 80 il n'était pas rare que les truands, violeurs, serial-killer se déguisent ainsi.

     

    Dans sa trilogie des morts-vivants, Georges A. Romero est très clair, les zombies sont l'allégorie des êtres humains modernes, troupeaux hébétés errant dans des centres commerciaux géants en quête de satisfaction immédiate de leurs pulsions les plus primaires. Leur état de zombification ne change pas grand chose au fond à leur ancien état. Il est même à penser qu'il leur convient beaucoup mieux. Le « remake » des années 2000 pour brouteurs de pop-corn et « addicts » de jeux vidéos violents oublie bien entendu presque complètement cette dimension subversive presque car elle subsiste malgré tout par moments. L'individu hyper-consumériste est de plus en plus fasciné par sa propre destruction et celle de l'humanité, il sait bien au fond de lui que cela ne mène qu'au néant et à l'abîme mais il n'en a cure, il y va quand même, en courant. On se demande même si le fait de se déguiser en zombies et de défiler en « marches zombies » n'est pas une manière pour lui de hâter la chute de son espèce. Il n'y a pas besoin de beaucoup de maquillage au fond, il est déjà zombifié, déjà un mort-vivant comme dans le roman « Cellular » de Stephen King qui commence comme un excellent livre de Richard Bachman et finit comme un mauvais ouvrage du King qui y concentre ses pires défauts : le délayage et une certaine forme de sentimentalisme.

     

    Le problème avec le chaos, la haine et la destruction, la violence, c'est quand l'être humain fantasme dessus, lorsqu'il en rêve, et se fascine pour dans la fiction, cela finit la plupart du temps par arriver pour de bon car la vie imite l'art le plus souvent. Et quand le chaos finira par s'installer, il n'y aura pas de possibilité d'« avance rapide »...

     

    Ci-dessous le "Joker" dans "The Dark Knight"

  • Mon article dans les cahiers "Marcel Aymé"

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    Littérature, Marcel Aymé, société, Amaury watremezAmi lecteur, mon article sur Marcel Aymé paru aussi ici à ce lien est dans la livraison annuelle des cahiers Marcel Aymé.

     

    J'avais écrit cela aussi sur cet auteur...

     

    Littérature, Marcel Aymé, société, Amaury watremezsite de la société des amis de Marcel Aymé

  • Les névroses de pauvre petite fille riche de Catherine Cusset

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    À propos du livre de Catherine Cusset « Une éducation catholique », chez Gallimard

     

    couverture prise sur le site de Babelio.fr

     

    littérature, société, politiqueL'être humain est capable du meilleur mais ses instincts sont vils, et il justifie toujours ses instincts en les déguisant de nobles atours, celui d'une révolte esthétique, d'une rébellion de bon aloi qui fait son effet dans les salons des z-élites bourgeoises et petites bourgeoises alors que si quelqu'un laisse libre cours à ses désirs et pulsions c'est le plus souvent par simple envie de le faire, par narcissisme, par besoin de catharsis et rien d'autres. Les enfants de « bonne » famille (ils le croient encore pensant que le matériel dont ils disposent leur donne une légitime ...) cherchent le plus souvent des alibis et dérivatifs dans la psychanalyse ou alors sont persuadés que c'est la faute à la religion qui aurait bridé leurs appétits forcément légitimes puisqu'ils en ont envie, c'est qu'ils le sont...

     

    Pour Catherine Cusset, qui raconte son histoire, celle d'une jeune fille très choyée d'un bon milieu, couvée, dorlotée, matériellement parlant et tant qu'elle fait de bonnes études dans les rails, une jeune fille rangée en somme, c'est la faute de la foi catholique de son père qui l'a éduqué dans celle-ci, foi qui la culpabilise, pôvre petite, d'avoir des désirs sexuels envers ses camarades de pension, l'individu moderne, surtout s'il a les moyens déteste se sentir coupable, avoir des responsabilités envers autrui, cela le gène dans son envie de se rouler dans sa bauge morale. En outre, ce cliché des écoles privées non mixtes dans lesquelles les filles préfèrent « aller coller les timbres à la cave » selon l'expression d'argot bien connue ne pourrait même plus servir d'argument pour aligner les scènes de Q qui dans ce livre sont bien fades et sans chair, ce qui est le comble pour une femme se voulant libérée....

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  • Vers la déesse...

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    Pier Paolo Pasolini – « la longue route de sable » Arléa éditions

    littérature, voyage, société, pasolini, cinéma, amaury watremezJe suis, le rappellerais-je, un sale petit bourgeois réactionnaire hédoniste, mais aussi étrange que celui puisse paraître mes écrivains préférés ont tous eu pour la plupart une conduite que la morale réprouve, ce qui en plus ne me choque absolument pas, surtout lorsque l'on parle littérature : j'aime entre autres Oscar Wilde, un homosexuel flamboyant, Proust un inverti notoire, Capote, une grande folle tordue, et un écrivain au destin tragique, Colette qui a eu des aventures féminines, et Pasolini, auteur du film chrétien le plus réussi qui ait été tourné, selon l’Évangile selon Saint Mathieu lu un soir qu'il s'arrêta seul dans une auberge perdue d'Ombrie alors qu'il tournait avec la Callas.

     

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  • Après Zola déboulonné Voltaire déshabillé

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    voltaire-nu.jpgAprès Zola, icône de la littérature n'engagée, et Sartre avec Beauvoir, je m'attaque à une autre grande figure inattaquable selon les arbitres des élégances culturelles, un auteur qui fut pourtant un précurseur des z-intellectuels modernes par bien des points.

     

    A ce lien sur Mauvaise Nouvelle

  • Modiano -toujours- comme dans un dessin de Pierre le Tan

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    littérature, patrick modiano, amaury watremez, société, époque, nostalgieillustration par l'auteur de l'article

     

    J'ai parlé de Pierre le Tan, illustrateur des couvertures « Folio » des romans de l'auteur maintenant « nobélisé », en espérant qu'il n'ait pas été « chaptalisé » par ce prix. Pierre le Tan était un parfait complément de l'écriture de l'écrivain, ses dessins reflétant parfaitement l'atmosphère des livres de Modiano, leur âme. Oser parler d'âme à notre époque est une sorte de provocation, j'en ai conscience, mais je n'ai pas peur, et tant pis pour les cuistres qui croiront y déceler quelque chose d'inavouable. Que Modiano ait reçu le prix Nobel de Littérature est une heureuse surprise, un pied de nez moral de ces messieurs aux convenances littéraires, de celles qui couronnent un auteur qui défend des « causes » importantes, qui ne fait pas, lui, de littérature.

     

    Tu ne m'en voudras pas fidèle lecteur, je crois que j'ai déjà employé ce titre, mais je ne fais pas de recyclage, je suis un citoyen soucieux de développement durable. Ce texte d'ailleurs consomme très peu d'équivalent carbone. Je connais Modiano depuis l'enfance, ma mère le lisait toujours avec attention dans le train de banlieue que nous prenions régulièrement, et lorsque l'on le voyait à la télévision, ce qui arrivait souvent dans les années 70 et 80, il nous était intimé nous ses enfants d'être attentifs à cet homme dont les mots se bousculaient un peu mais ce qu'il disait finalement dépassait toujours la cime des immeubles des grands boulevards. Modiano était un peu de la famille, il est né dans le IXème arrondissement comme ma mère, ainsi que d'autres auteurs, Marcel Aymé par exemple, l'auteur de « Clérambard » étant un genre de grand oncle, de fantôme familier, avec Antoine Blondin et d'autres.

     

    Je ne sais pas si tu as remarqué ami lecteur mais les écrivains de talent sont tous pour la plupart des infatigables piétons de Paris, en plus d'être marqués par leur enfance et les blessures qu'ils ont vécues lors de cette période. Patrick Modiano est de ceux-là, ainsi que Bernard Frank ou Marcel Aymé, et d'autres. Alors, certes, il écrit toujours le même livre, où il cherche son père, ou un père, mais l'on aime sa petite musique, sa manière bien à lui de s'exprimer. Quand le Nobel de Littérature avait couronné Le Clézio, cet auteur pour jeunes filles de gauches romanesques, cela ne m'avait pas surpris, Le Clézio est un écrivain pour cours d'éducation civique, sur la diversité et la richesse des cultures exotiques, excepté son remarquable texte sur le désert. Modiano a des soucis de petit bourgeois hédoniste réactionnaire, pour reprendre la formule « ad hoc », il aime la beauté des avenues bourgeoises, des immeubles en pierre de taille et de leurs cariatides toujours silencieuses sous le ciel parfois un peu gris.

     

    Notre époque préfère les cieux toujours bleus, ripolinés, des cieux couleur piscine comme dans une publicité pour détergent ou un film crétin censé faire rêver le brouteur de « pop-corn » (TM°). Les « modernes » se font des villes et de la ville un peu plus ville que les autres qu'est Paris, la même idée que les inspirateurs de la « Révolution Nationale » de Vichy, la ville est corruptrice pour les purs esprits et les petits garçons bien élevés par leur maman, dans la nature l'homme est meilleur, sa nature est moins vile alors que les Tropiques aussi peuvent être bien tristes également. Exposer sans honte son amour de Paris, de ses artères, de sa vie nocturne, de sa population c'est encore maintenant risquer l'excommunication immédiate, l'anathème sans autre forme de procès, l'on se doit de ne louer que l'état de nature, le vert, le naturel, la ville ne pouvant être qu'artificielle. Les « modernes » ne peuvent donc comprendre Modiano et ses personnages qui aiment à se perdre « rue des boutiques obscures » ou feuilleter des heures durant des livres dans des librairies ouvertes toute la nuit ainsi qu'il l'évoque dans « dans le café de la jeunesse perdue ».

     

     

    Adulte, j'ai un peu perdu de vue Modiano quelques temps, comme on perd de vue quand on mûrit un oncle que l'on chérissait pendant son enfance. Sans doute n'étais-je pas assez mût pour goûter ses errances et celles de ses créations de papier dans les rues parisiennes. Je l'ai redécouvert quand il a écrit son livre sur Maurice Sachs, son « père » fantasmé, ce type complexe, homosexuel futile et fêtard, auteur de faux journaux des « années folles » (« Au temps du bœuf sur le toit » a longtemps été pris pour une autobiographie ce qu'il n'est pas), écrivain dilettante néanmoins brillant et au style ciselé, mari d'une épouse trop riche, trafiquant louche avec les nazis qui finiront par l'assassiner après l'avoir martyrisé au sens strict du terme. Sachs rappelle si on l'avait oublié que l'être humain n'a l'âme ni noire ni blanche, on y perçoit plutôt une infinité de nuances de gris (et je ne fais pas allusion ici à « l'histoire d'O » « light » pour ménagères dépressives qui vient de remporter un succès de librairie énorme, hélas...). Je me suis alors replongé dans les courts romans de Modiano, il m'est apparu comme un proche, un de ceux que l'on peut ne pas voir pendant des années et retrouver un jour en ayant l'impression de s'être quittés la veille, de ceux avec qui l'on s'est fâchés « pour la vie » et à qui l'on a juste envie de faire l'accolade lorsqu'on les revoit.

  • Chroniques culinaires - « Encore des nouilles » Pierre Desproges aux éditions « les échappés »

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    Desproges, gastronomie, vin, bouffe, littérature, amaury watremezCertains de ces textes ont été utilisés par Desproges pour « Cyclopède » ou les « Chroniques de la Haine Ordinaire », ou encore les réquisitoires des « Flagrants Délires », d'autres sont totalement inédits. Ils ont été rédigés pour la revue « Cuisine et vins de France ». Rien que le fait d'écrire sur la cuisine à notre époque sans moraliser le lecteur, déplorer ceci ou cela, se contenter de dire combien le plaisir de manger et boire de bonnes choses avec ceux que l'on aime est grand. Desproges se foutait complètement de manger « équitable » ou « bio », de manger hygiénique, il aimait les bons produits, cela suffit. Il n'intellectualise pas sur le sujet comme il est d'usage même si bien sûr le plus important lorsqu'on boit par exemple un Cognac ou un excellent Bourgogne c'est aussi ce que l'on en dit après...

     

    Les imbéciles n'aiment pas -bien- manger, ils n'aiment pas le bon vin, ils confondent les plaisirs de la table avec la goinfrerie et assimilent ceux du vin à de l'ivrognerie on ne se méfiera jamais assez des buveurs d'eau, ils ont du mal à apprécier les joies et les plaisirs que la vie peut leur donner. Et ils voudraient que le monde entier autour d'eux soient aussi purotins, aussi incapables de simplement apprécier la beauté des choses et des êtres, leurs parfums, leurs saveurs. Ces sots obtiennent parfois ce qu'ils veulent hélas...

     

    ...Ils n'ont même pas l'excuse d'être d'anciens parpaillots.

     

    Une des meilleurs séquences du « Petit Rapporteur » est celle où il va faire ses courses au marché de la rue Lepic, un dimanche, en alexandrins déclamés gentiment par les commerçants dont le célèbre Peppone, marchand de quatre saisons et bien entendu on se souvient de la bataille de boudin blanc avec Prévost vue et revue dans les émissions de zapping.

     

    « Un cassoulet sans vin rouge, c'est aussi consternant et incongru qu'un curé sans latin. » écrit Desproges dans ce livre qui aimait la gastronomie en particulier, la bouffe en général et le bon vin aussi. Le livre porte ce titre car lorsqu'il emmenait ses filles à venir au restaurant avec sa femme, celles-ci demandaient gentiment et très poliment aux restaurateurs raffinés chez qui « l'écriveur » les emmenait de pouvoir avoir un plat de nouilles si rien ne leur convenait sur la carte. Plus tard, lorsqu'elles devaient aller au restaurant avec leurs parents, leur première réaction était :

     

    « Encore des nouilles ! ».

     

    Desproges raconte principalement des repas, son plaisir à les partager avec des amis et sa famille. Il évoque les consternants restaurants à la mode où le champagne peut être vert et ressembler au produit vaisselle à récurer les casseroles. Il décrit son plaisir à bâfrer comme un barbare des mets peu élégants pour se réjouir le ventre. Il raconte la bouleversante histoire de l'inventeur du pain à saucer qui devrait être enseignée dans toutes les écoles. Et même il nous donne des fragments de sa vie amoureuse lorsqu'il narre sa passion pour une femme merveilleuse qui aime goûter les chairs tendres de viandes savoureuses, les desserts délicats de refuges gastronomiques qu'il connaissait, jusqu'à que cette conne mette de l'eau dans un cru rare, un « Figeac » d'une très bonne année, ce qui est, avouons le scandaleux et impardonnable.

    Desproges, gastronomie, vin, bouffe, littérature, amaury watremez

    En passant il rappelle que bien manger et apprécier les plaisirs de la bonne chère, ou du bon vin, indique généralement que l'on a des prédispositions de bon niveau pour les choses de l'amour. Desproges conseille même de faire l'amour à table et manger au lit ce qui est beaucoup plus simple il est vrai.

     

    Enfin, en bon cuisinier qu'il était, il propose quelques recettes, des recettes disons difficiles comme « le cheval Melba », en cas d'impossibilité de trouver un cheval on peut le faire avec un chihuahua, la « Marie croquette », et sa manière particulière d’accommoder sa fille aînée, plat unique entre tous, des recettes plus accessibles comme le « pâté à la desprogienne » qui semble savoureux bien que consistant (on met dedans deux paquets de beurre quand même).

     

     

    Ami lecteur, si tu es un hygiéniste de la bouffe passe ton chemin ce livre n'est pas pour toi et va manger tes cinq fruits et légumes quotidiens.

     

    Image et couverture prises sur le site du "Huffington Post"

  • « Les chiens aboient » - Truman Capote « L'imaginaire - Gallimard »

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    portrait pris ici

     

    Quand on on est un monomaniaque de la littérature comme moi, on aime lire le plus possible des livres d'un auteur en particulier, s'ouvrir aux univers qu'il expose dans ses ouvrages. Truman Capote est de ceux-là. La postérité a tendance un peu rapidement à le catégoriser comme une sorte de ludion un peu superficiel, un charmant auteur dans le genre d'un Cocteau américain, en un peu plus futile, ce serait le rabaisser voire le mépriser à ce qu'il n'est pas, certains allant même à le percevoir comme un Jacques Chazot new-yorkais, un chroniqueur mondain et rien de plus. D'où le titre, « les chiens aboient...

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    ...la caravane passe ».

     

    Capote, prononcé Ké-po-ti, nom qu'il adopte quand sa mère se remarie avec son deuxième époux, le premier étant un escroc irresponsable et léger qui s'est désintéressé de son enfant duquel il demandait cependant parfois des nouvelles sur ses vieux jours ce qui permet à l'écrivain de lui pardonner à la fin.

     

    C'est un orfèvre du style permettant au lecteur voulant bien se laisser saisir de partager son horreur de la mort des deux assassins de « De Sang Froid » ou de tomber amoureux de Holly Golightly dans « Petit Déjeuner chez Tiffany », « novella » qui prend son sens lorsque l'on sait que le personnage est en fait une jeune allemande qui avait des ambitions de « cover girl », à défaut elle raccompagnait les messieurs aux toilettes, dont il a été passionnément amoureux, jeune « wunderkid », lors de son installation à Brooklyn pendant la Seconde Guerre Mondiale.

     

    Il est passionné depuis son enfance, comme tous les enfants qui ne sont pas très doués pour la vie sociale, par la littérature qui est toute sa vie, Harper Lee, son amie d'enfance, sa sœur, en témoignant partiellement dans « To kill a mockingbird », Capote qui vivait chez ses vieilles tantes vieilles filles non loin étant pour elle un « Merlin de poche » d'une imagination sans bornes, lui-même racontant ses moments en particulier dans sa correspondance et dans « la Harpe d'herbes » ou « Les domaines hantés », version abordant le pendant plus sombre de cette période de son existence dont la découverte de son homosexualité dans des conditions troubles alors qu'il avait une quinzaine d'années. Il ne faudrait cependant pas faire du délicat Truman un militant comme il en est qui le font de Proust, il n'en parle pas comme d'une « cause » à défendre.

     

    Ce recueil rassemble quelques portraits de célébrités (déjà parus chez Gallimard dans l'édition « Folio » de « Musiques pour Caméléons »), dont Colette qui lui offre un « bibelot » qu'il gardera toute sa vie, Gide portraituré en vieux sage indien, et Cecil Beaton, et d'anonymes et des impressions de voyages de l'auteur en Italie en particulier qui notait tout, et écrivait sur tout. Il se comporte avec les « petites » gens de la même manière qu'avec les privilégiés, n'ayant pas plus d'obséquiosité ou de respect pour les « grands » de ce monde ou les élites auto-proclamées.

     

    Le lecteur de ce livre, enfin surtout moi ami lecteur de ce texte, songe aussi au portrait de Proust par Léon Daudet dans ses « souvenirs littéraires » décrivant un être humain complexe à la fois un petit garçon inconsolable, une commère, un cynique désespéré, un auteur modeste, un auteur à l'ambition démesurée, écrivant « De sang froid » aussi pour que l'histoire retienne son nom. Ironie du sort, son œuvre majeure suivante qui devait s'appeler « Prières exaucées » aurait bien dû lu rappeler que c'est sur les prières exaucées que l'on verse le plus de larmes. Il a été mondialement consacré et il a ensuite connu une lente et longue déchéance jusqu'à sa mort, n'écrivant plus grand chose, ne terminant pas ce qui devait être son dernier « grand œuvre » se contentant de préfacer des recueils de textes et d'articles parus dans le « New Yorker » ou « Vanity Fair ».

  • « Sin City 2 « Sin Movie...

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    Je ne sais pas si tu as remarqué ami lecteur, dans les listes de livres préférés ou d'auteurs favoris cités dans les « listes » sur « fècebouc » ou « Touitteure », il y a toujours des romans qui ont la côte parmi les les arbitres des élégances culturelles ; Proust d'un côté, Céline de l'autre, des titres très « prout prout ma chère c'est vraimengéniâle », mais jamais ou rarement les internautes n'ont le courage d'évoquer leur appétence pour les « mauvais » « genres » que pourtant ils lisent aussi au sein desquels on trouve pourtant et souvent les œuvres contemporaines les plus intéressantes. L'auteur de ces lignes pense quant à lui que la littérature ne se divise pas en petits compartiments étanches, il y a juste les bons et les mauvais livres, peu importe le genre dont ils ressortent.

     

    GIF animé emprunté au "Huffington post"

    giphy.gif

     

    « Sin City » la bande dessinée raconte dans des histoires courtes parues depuis 1991 les déboires de personnages vivant dans la mégalopole cauchemardesque de « Basin city » surnommée « Sin City » où l'amoralité et l'injustice sont reines. Ce sont autant d'archétypes de film et roman « noir » : le « loser » chevaleresque, la brute finalement honnête injustement accusée, le flic corrompu par les femmes ou l'argent, le politicien pourri jusqu'à l'os, le « flambeur » de salles de jeux au fond romantique, la putain faussement dure au grand cœur. C'est « la » série de Franck Miller qui voulait créer quelque chose de totalement original dont il aurait le contrôle créatif absolu.

     

    La première adaptation suivait principalement les déboires de Marv, Mickey Rourke sur deux ou trois couches de latex, qui finissait sur la chaise électrique, Josh Hartigan, Bruce Willis, un flic protégeant une gosse dont les parents avaient été assassinés de la vindicte des politiciens véreux de la ville et Dwight MacCarthy, Clive Owen dans le premier « Sin City », Josh Brolin dans le deuxième, un beau gosse à l'âme torturé protégé par les prostituées de la ville. Ces personnages se conduisent généralement dans la bande de Franck Miller, et dans le long-métrage, comme des personnages de « comic book » pour adultes, Marv saute d'un immeuble à l'autre comme le ferait Batman ou Daredevil, les femmes ont toutes des courbes de « super-héroïnes », des poitrines qu'elles montrent sans trop de problèmes qui défient les lois de la pesanteur, et un « gentil » continue à respirer même touché par vingt-cinq ou vingt-sept balles contrairement au salaud qui expire à la troisième au « climax ».

     

    La deuxième raconte ce qui arrive à la protégée de Josh Hartigan, Jessica Alba, qui veut se venger de Roarke, le maître de « Sin City », Powers Boothe, après le suicide du flic, l'amitié de Marv et Dwight, et la passion de ce dernier pour Ava Lord, Eva Green, une « plante vénéneuse », femme fatale ultime poussant ces amants à tuer ceux qui la gêne se révélant au final amoureuse pour de bon de Dwight. Et là je t'avoue ami lecteur que je préférais largement Carla Giugino à Eva Green dans le même registre.

    cinéma, littérature, société, comic book, pulp, polar hard boiled, sin city, Amaury Watremez

    Affiche prise sur "thehollywoodnews", on l'agrandit en cliquant desus

     

    La BD avait un aspect graphique intéressant par le traitement en violents clair-obscurs, un noir et blanc hyper-stylisé, un style qui radicalisait le polar « hard boiled » en lui redonnant un lustre mal élevé, épicé, plus attirant en le mixant avec les conventions du « comic book » tout en revenant aux racines des « pulps » oubliant que ces deux genres d’œuvres issues de la pop-culture ont déjà les mêmes racines et que même si c'était surtout pour becqueter, Dashiell Hammet, à travers les aventures du « Shadow », Patricia Highsmith pour « Superman » et « Captain Marvel », voire Manchette qui était traducteur pour « Strange » (et auteur de la traduction des « Watchmen » d'Alan Moore), Mickey Spilane pour « Batman » ont aussi écrit des histoires de super-héros. L'aspect graphique travaillé à la palette graphique était bien rendu dans le premier film, et adapté, il tourne au procédé dans le deuxième...

     

    « Sin City » a eu rapidement plus « la carte » que les précédentes bandes de l'auteur, et puis ainsi cela permettait aux critiques soucieux de leur réputation de lire des « comics » sans culpabiliser. Je trouve cependant qu'il y avait un peu d'affectation là-dedans de la part de Franck Miller infiniment meilleur à mes yeux dans des travaux plus spontanés mais moins « chics » comme « Daredevil Rebirth » ou « The Dark Knight returns » ou « Batman Year One ». J'aime bien la suite du « Dark Knight returns », « The Dark Knight strikes again » qui bien qu’extrêmement bordélique dans l'histoire , elle part dans tous les sens, a des côtés sympathiques.

     

    Le « Superman » de ces années là, dont les épisodes écrits par les princes du « Genre » pourrait maintenant aisément passer pour un gauchiste fini, et un héros de « roman noir » au costume un peu plus bariolé, ces ennemis étant souvent également de ces archétypes de « film noir » : des flics pourris ou des patrons sans scrupules ni honneur, des dirigeants vendus au plus offrant. On aurait aimé que Franck Miller retrouve l'humilité des créateurs de ces années là...

     

    ci-dessous la bande-annonce 

     

  • L'attrait de l'abîme

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    à propos de « Martin Eden » de Jack London en "10/18"

    Littérature, société, Jack London, Amaury Watremez, liberté Il peut arriver que des auteurs se leurrent, ou feignent de le faire, sur une de leurs œuvres, ainsi Maupassant en écrivant « Pierre et Jean » était persuadé d'écrire un modèle de naturalisme strict alors que cette œuvre a des résonances dépassant de bien plus loin cette ambition qui serait surtout grisâtre, ce court livre a des fulgurances poétiques et passionnées, un sous-texte que le lecteur attentif ne cesse de redécouvrir, ainsi Flaubert joue-t-il le cynisme lorsqu'il évoque la fin de « l’éducation Sentimentale » à Louise Collet. Et Tchekhov était persuadé que ses pièces devaient être perçues exclusivement comme des farces, des grosses comédies à se taper sur les cuisses, pour lui l'Oncle Vania n'était qu'un Géronte ridicule...

     

    J'ai découvert Jack London, comme beaucoup, dans mon enfance, à travers « Croc Blanc » ou « l'Appel de la forêt ». J'ai toujours trouvé fascinant et tellement attirant cette « tentation du désert », le désert blanc, que raconte ces ouvrages, loin de l'avidité, loin des puissances d'argent, cette tentation des grands espaces, d'un retour à l'essentiel éloigné de la sottise universelle, de toutes les médiocrités, de tous les compromis grands ou petits que les grandes personnes considèrent comme indispensables pour vivre.

     

    En écrivant « Martin Eden », Jack London, ainsi que nous l'apprend Francis Lacassin dans sa préface, était persuadé de donner au lecteur le récit de l'ascension et de la chute d'un individualiste capitaliste archétypal, et non de se raconter, d'exposer une sorte de cas clinique. Martin partage pourtant avec lui bien des éléments de vie profonds, un amour fou pour une femme « qui n'était pas de son monde », et un attrait marqué pour l'autodestruction et l'abîme, Jack London ayant souvent eu la tentation du suicide face à un monde souillé par les errements de la nature humaine, une société à l'esprit trop étriqué pour sa sensibilité immense. Un jour, comme Martin, il eut la tentation de se laisser couler dans les eaux chaudes du Pacifique, de laisser ses poumons se remplir de ses flots, d'entrer dans la nuit, de se libérer une bonne fois pour toutes des passions tristes, des émotions violentes, de la haine des hommes, de leur bassesse.

     

    Martin Eden est donc un aventurier qui parcourt le monde et tous les océans pour gagner un peu d'argent, prenant des risques insensés pour quelques centaines de dollars. Il ne sait pas apprécier la diversité des pays qu'il traverse, leur histoire, leur culture tout ce qui lui importe est que les filles de bouges sont accueillantes et que l'alcool coule à flots, qu'il a une chambre à peu près confortable et que jamais il ne reste plus d'une semaine quelque part. Il ne s'attache à rien ni personne, sauf à sa liberté, une liberté fruste, animale, celle des oiseaux migrateurs, des chevaux sauvages valant toujours mieux que la triste soumission à un système abject pour continuer à survivre matériellement quelques temps encore.

     

    Mais un soir, raccompagnant chez lui un jeune homme de bonne famille qu'il a défendu alors que celui-ci venait de se faire agresser, Martin rencontre la femme de sa vie, Ruth, dont il tombe instantanément amoureux, avec qui il ressent immédiatement une communion de pensée, de celle que l'on cherche parfois toute une vie. Il veut lire les livres qu'elle lit, partager ses réflexions, ses rêves, ce qu'elle sait du monde. Il s'ouvre à un monde qui lui était jusque là fermé, et s'y aventure de la même manière qu'il bourlinguait auparavant. Mais il ne peut pas épouser Ruth. Il se met à écrire, gagne de plus en plus d'argent et réussit, une réussite « à l'américaine », de « self made man ». Il y perd sa liberté et les petits bonheurs simples qui lui suffisaient, tel le savetier de la fable, il finit par épouser une jeune femme qu'il n'aime pas et sait qu'il devra finir par entrer dans la nuit pour être de nouveau serein.

     

    Ce livre touchera ceux qui sont épris d'absolu et de liberté, parfois même sans le savoir, qui se sentent à l'étroit dans ce monde, les indociles, les révoltés, les écorchés vifs qui se contentent pas de ce monde tel qu'il est, ne se reconnaissant pas dans une humanité languide d'« Elois » et soumise à ses maîtres non par fatalisme mais par acceptation pleine et entière de leur esclavage.

  • Déboulonnons la statue d'Emile Zola

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    zola.jpegSur "Mauvaise Nouvelle" je déboulonne une des icônes de la littérature, Emile Zola.

    A ce lien...

    Je n'arrive pas à lire Zola, il m'insupporte...

    Je n'aime pas Zola, j'en discute depuis quelques jours sur un forum dédié à la littérature sur Facebook ("La vie est trop courte pour lire de mauvais livres"), ça y semble incompréhensible à beaucoup d'intervenants, mais Zola, je ne peux pas, je n'y arrive pas. Il se peut que le petit texte qui suit provoque quelques réactions, ce ne sera pas si grave car l'auteur est encore doté d'une aura de presque-saint laïc et d'écrivain classique déjà embaumé pour les générations futures qu'il barbera encore un peu. 

     

    Et vous ?