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Cinéma - Page 5

  • Désir de cinéma

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    On parle de désir aussi sur Agoravox

    A propos de « le Cinéma du désir » de Jean-Luc Douin


    cinéma, littérature, société, nostalgie, cinocheCe livre se présente comme un dictionnaire. Comme tout dictionnaire ses choix sont parfois très subjectifs, voire agaçants par leur partialité, surtout quand l'on n'est pas d'accord avec, bien entendu.


    Il y a un parti pris très favorable sur les critiques surréalistes, comme Ado Kyrou, qui si ils sont parfois pertinents, sur les « Marx Brothers » entre autres, sont parfois totalement grotesques comme le même Kyrou qui qualifiait les films d'Htichcock de cinéma « nazi » car celui-ci osait montrer des personnages d'allemands, et nazis, nuancés, comme dans la vie somme toute dans « Correspondant 17 » et que « Hitch » aimait bien les grandes blondes apparemment frigides, dont il suggérait l'abandon et l'extase par des artifices de cinéma :


    L'actrice relevant ses cheveux et mettant sa nuque à nu, un train qui entre dans un tunnel, comme à la fin de « la Mort aux trousses », dans ce dernier Eva Marie-Saint incarnant une Eve moderne qui sait très bien ce qu'elle veut, qui l'exprime, et l'obtient.


    Kim Novak est certainement ainsi que Tippi Heddren l'incarnation ultime de cette femme rêvée et idéalisée par Hitchcock qui lui donne symboliquement la mort dans « Psychose » en tuant Janet Leigh au bout de quelques bobines. Le cinéaste aimait aussi les brunes au tempérament moins langoureux, plus solaires, au début de sa carrière.


    L'âge venant, le désespoir et le travail du négatif aidant, la noirceur des sentiments s'est installée.

    cinéma, littérature, société, nostalgie, cinoche


    Jean-Luc Douin a par contre tout à fait raison de rappeler la définition du cinéma par les surréalistes pour qui c'est l'art de l'exaltation du rêve et de la beauté des corps, en particulier celui des femmes.


    C'est aussi cette subjectivité, qui naît aussi de la passion de l'auteur pour le cinéma, d'où vient tout l'intérêt de ce livre qui aborde l'origine principale de l'amour du cinéma, et comme l'origine du monde, c'est le désir.


    Les censeurs de tous ordres, qui au nom d'une idéologie, qui au nom d'une foi, ne se sont jamais trompés là-dessus, en obtenant le résultat inverse à celui qu'ils espéraient car en forçant les réalisateurs à la suggestion, à l'évocation, plus qu'à montrer crûment « la chose », ils n'ont fait qu'attiser ce désir, désir qui s'il vient de l'éros et du sexe naît également de la tête

    Hollywood entre autres devenant une « usine à fantasmes », une colinne de miroirs aux alouettes camouflant selon certains écrivains, comme James Ellroy, des réalisateurs comme David Lynch, de noirs secrets.


    Les passionnés de cinéma, terme que l'on peut préférer à cinéphile qui sent son érudit un brin poussiéreux amateur d'Abel Gance et de Godard qui s'est arrêté à la « Nouvelle Vague », savent bien qu'à l'origine leur passion naît du désir, de la chair, de leur cœur, des émotions ressenties face aux images projetées sur ce qui est devenu une caverne de Platon moderne.


    cinéma, littérature, société, nostalgie, cinocheD'aucuns parmi ses érudits scopophiles oublient que s'ils sont allé au cinéma parfois, c'était pour apercevoir les bas noirs de Silvana Mangano dans « Riz Amer », guetter les transparences des robes de Marylin, ou des chemisiers de Dominique Sanda dans les films de Bertolucci qui montrait aussi les seins lourds de Maria Schneider dans « le dernier Tango ».


    Et aussi et surtout ils attendaient le moment propice quand la fille assise à côté d'eux se pelotonnerait contre eux, mieux les embrasserait fougueusement comme la vedette féminine sur l'écran, à la manière d'Ingrid Bergman dans « les Enchaînés » ou aurait besoin d'être consolé après un grand film romantique.


    Certains sont parfois maladroits dans le choix des films qu'ils vont voir avec la jeune femme qu'ils désirent, ainsi je me souviens de celui-ci qui est allé voir « La liste de Schindler » avec sa dulcinée, celle-ci était tellement triste qu'elle ne souhaita même pas aller ensuite partager un repas au restaurant au grand désespoir de son amoureux éconduit avec douceur par la fine bouche qui avait senti le cœur tendre, dépité d'avoir fourni lui-même le prétexte de sa mauvaise fortune.


    cinéma, littérature, société, nostalgie, cinocheJe me souviens aussi de celui-là qui durant les deux heures de « Basic Instinct » sur l'écran ne savait trop s'il devait se comporter en soudard ou en gentleman ce jour là avec sa compagne de fauteuil, une camarade intelligente qui portait à merveille des minijupes très seyantes sur elle. En sortant il s'en voulut d'avoir été donc victime de sa trop bonne éducation.


    Je ne dirais pas lequel des deux était moi...


    Enfin, si tout passionné de cinéma égrène ce genre de souvenirs érotiques distingués, il oublie toujours de parler des films moins gratifiants pour son ego, les délires « tétonnesques » de Russ Meyer, les pornos des années 70 qui souvent étaient réalisés par des intellectuels en rupture de ban, d'un bord ou de l'autre, anars de droite et révolutionnaires, les films ayant la redoutable Ilsa pour héroïne, les bandes de « blaxploitation » ou le « Pimp » (souteneur, maquereau) était souvent le personnage central entouré de jolies filles allègrement dénudées, comme dans « Superfly » sans oublier les films d'horreur punissant hypocritement l'acte sexuel par le meurtre des coupables par un « serial killer » qui passe, et le montrant abondamment, sous toutes les coutures, auparavant.


    Le cinéma du désir c'est aussi le cinéma de l'angoisse, angoisse partagé par tous ceux qui ont la passion de la littérature, et de l'écriture, cette angoisse de ne pas ressentir chaque instant de sa vie intensément, de vivre à moitié. Henri Langlois, bon vivant, ogre débonnaire fou de cinéma, racontait souvent ce rêve qu'il faisait : il était dans une rue sur la chaussée de laquelle étaient répandues des pellicules par centaines, et lui n'avait qu'un tout petit landau d'enfant pour les entreposer, et les regarder un instant grâce au soleil qui dans son rêve était immense.

    Photo extraite de "Pushover" où Kim Novak était belle aussi empruntée sur le blog "écran captif"

    Photo de Marylin, de la "Black Session" avec Milton Greene, collection de l'auteur de l'article, tout comme la photo de Lana Turner dans "le facteur sonne toujours deux fois"

    Photo de "Bound", Gina Gershon et Jennifer Tilly prise sur le site "Tout le ciné"

  • L'Amour au temps du millénarisme généralisé

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    L'ambiance est au millénarisme le plus sinistre, le plus imbécile un peu partout que ce soit chez certains croyants mais aussi dans le reste de la société, sur Internet et dans la vie réelle, Internet et la vie réelle n'étant pas encore tout à fait la même chose.

    Les films à grand spectacle américains montrent des fins du monde de plus en plus atroces, de plus en plus clinquantes que les brouteurs de pop-corn (TM°) adorent aller voir en bans comme fascinés par leur propre destruction, ayant finalement conscience au fond de la vacuité quasi absolue des aspirations que leur dicte le grand cirque de la société spectaculaire.

    société,amour,millénarisme,christianisme,politique,littératureEt ils sont également convaincus que ces mises en scène de leur propre destruction suffiront à combler leur culpabilité à se conduire aussi inconsciemment, aussi égoïstement qu'ils le font, à remplir le vide de leurs absences d'idéaux de vie, leur inappétence à s'élever juste un peu au-dessus de la mêlée....

    Sur Internet, les mêmes en plus de ratiociner à longueur de forums sur les différentes formes que prendre selon eux l'Apocalypse discutent à n'en plus finir sur des complots le plus souvent imaginaires sans avoir peur une seule seconde des contradictions inhérentes à leurs raisonnements souvent biaisés sans qu'ils en aient conscience.

    Je ne m'aviserai pas bien sûr de contester le bien-fondé de leurs ratiocinations dont certaines pourraient un jour prochain s'avérer réelles pour éviter d'être noyé sous un flot d'injures et de « preuves » toutes moins rationnelles les unes que les autres.

    Il est donc plus que temps de parler de sujets apparemment futiles comme l'amour au temps du millénarisme généralisé. J'aime beaucoup ce que les imbéciles considèrent comme futiles, ceux-ci ressentant le besoin de passer pour graves et sérieux, la gravité faisant leur bonheur ainsi que le rappelait Nietzsche à moins que ce ne soit mon beau-frère.

    Tout ce qui n'est pas dans cette optique de gravité est assimilé à de l'hédonisme petit-bourgeois alors que c'est précisément ces petites choses sans importance qui sont le sel de l'existence.

    L'idée même de la féminité, de sa séduction, est battue en brèche, en couple on ne devrait plus parler que de « partenaires ». C'est très mâââl de dire ça me lancera le chœur antique des « beaux esprits » mais curieusement cette idée que la séduction féminine est un leurre est le plus souvent affirmée par des trombons...

    Ces quelques nuances seront impossibles à comprendre pour un citoyen-consommateur millénariste car ces travers que je viens de décrire vont de pair avec un besoin de simplification extrême de la réflexion et des sentiments, toute personne qui ne pense pas ou ne ressent pas les choses comme l'individu moderne le ressent ou l'exprime étant considéré comme un fou, un ennemi, un imbécile que l'on peut agonir d'injures sans aucuns remords.

    L'amour en ces temps millénaristes est donc logiquement un amour du « Même », du reflet, et ce au sommet ou à la base de la société contemporaine. Il suffit pour cela de regarder par exemple les pubs pour des sites de rencontre proposant un amour « clé en main » et ce que disent les clients ou pseudo-clients mis en scène lorsqu'ils évoquent leurs attentes en la matière, soucieux que l'image de leur personne qui leur est renvoyée soit la plus flatteuse possible, le ou la partenaire sexuel étant aussi une sorte de trophée que l'on se doit d'exhiber fièrement.

    A ce propos, en parlant de trophée, une petite digression, j'ai toujours eu l'impression que les « 4x4 » les plus rutilants étaient vendus avec la petite blonde apprêtée, au volant ou à côté du conducteur quinquagénaire en veste « journaliste de guerre », en option.

    C'est logique, le consumérisme roi pousse à l'égocentrisme parfois confondu avec des aspirations romantiques. Sur Internet, il est très facile de rejouer dans un genre post-moderne, avec quelques « LOL » et « xoxo » et autres « smileys » en plus, mais moins brillament « Les souffrances du jeune Werther ».

    Ce que veulent les hommes c'est la plupart du temps eux-mêmes avec des seins et un vagin, une amante qui soit comme un copain de virée et sensuelle au lit, idem pour les femmes qui attendent des amants qui soient elles-mêmes mais dotés de génitoires en état de marche, des amants qui soient à la fois des étalons fougueux et toujours d'attaque pour la bagatelle, et en somme leurs meilleures copines.

    Un grand nombre d'hommes se sentent coupables d'être des mâles, leur genre étant très souvent assimilé à la violence, la brutalité, la sottise. Ils voudraient bien faire oublier qu'ils n'ont pas d'ovaires, mais c'est peine perdue, y compris ces « mâles temoins » que l'on croise dans les conférences sur « le Genre » qui font pourtant profil bas tant qu'ils peuvent mais qui doivent encore et encore expier les errements de tous les hommes depuis que l'être humain existe...

    C'est également flagrant dans un grand nombre de couples homosexuels :

    Les deux personnes ont souvent exactement la même coupe de cheveux, la même façon de s'habiller, la même paire de lunettes parfois, sans parler de la même manière de s'exprimer, l'apparence et l'attitude dominante étant celles de la personnalité la plus affirmée du couple.

    J'ai toujours trouvé cela extrêmement troublant.

    Si ce n'est pas un privilège des couples homosexuels c'est encore plus marquant en leur sein, les deux personnes étant du même sexe, la différenciation étant encore moins appuyée même si pour certains hommes la tendance est de plus en plus à la « métrosexualité »...

    L'Amour au temps du millénarisme se veut responsable, citoyen, juste et j'en passe ce n'est plus vraiment de l'amour....

    illustration : photo tirée de "Watchmen" prise ici

  • La littérature comme une "langue morte"

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    Dans une chronique pour le « Figaro Magazine », Frédéric Beigbeider rapporte ce propos d'un universitaire canadien selon lequel le livre sur support papier serait maintenant comme une langue morte pour les jeunes lecteurs, du latin, quelque chose à lire le propos de ce sage parmi les sages de complètement obsolète, le livre n'étant plus en somme qu'un objet poussiéreux réservé à des fétichistes idéalistes, des nostalgiques sans objet.

    Leur combat est déjà perdu d'avance.

    littérature, société, livre, cinéma, télévisionLa majorité de la société ne se soucie plus vraiment de littérature, que celle-ci soit sur papier ou d'ailleurs en ligne. Les livres qui sont téléchargés sur Internet, sur ordinateur ou sur « liseuse », de tout type, ne sont pas forcément lus tout comme l'internaute qui télécharge trois-mille films, voire plus, sur son disque dur, ne le fait pas obligatoirement pour les regarder. Et les livres numériques permettent une censure plus subtile, pour plaire à toute la « clientèle », et vendre au plus grand nombre selon les tabous, même les plus stupides, de chaque client potentiel.

    Le cyberautiste, à savoir à peu près tout le monde, ou presque, qui passe son temps à ça est comparable à un avare qui thésaurise pour thésauriser et non pour partager, s'émouvoir, réfléchir ou s'amuser avec d'autres.

    Le système lui enjoint d'avoir tel titre dans sa bibliothèque qui n'est plus que virtuelle, il l'achète, ceci afin de continuer à prouver son allégeance tacite et profiter encore un peu de ce qu'il peut encore consommer, et se renfermer un peu plus à chaque fois en sa coquille.

    Mais quant à s'intéresser au contenu de qui lui est intimé de lire même superficiellement, c'est une étape qu'il ne franchira jamais car il sait bien que cela l'exclurait presque immédiatement du reste du troupeau, lui coûtant au passage des efforts de réflexion personnelle qu'il n'est pas près de faire.

    Partout sur le petit écran, au cinéma, dans les magazines, sur le Réseau, l'on peut voir un nouveau type humain, d'une beauté standardisée, bronzé, épilé, le corps sculpté, et le cerveau totalement en jachère, assumant totalement ce néant comme des bêtes de somme bien dociles.

    Chez ces bêtes de somme paisibles, absorbant diverses sortes de « soma » comme les « Alphas » du « Meilleur des Mondes » et confites dans un confort intellectuel étriqué, quelques préjugés et certitudes suffisent, et autant de poncifs, l'on ne voit que leur appétence fébrile à se couler le mieux possible dans le moule qu'on leur impose.

    Il faut dire que l'intelligence que donne la littérature ne rend pas heureux, ainsi que l'écrit Desproges :

    « L'intelligence, c'est le seul outil qui permet à l'homme de mesurer l'étendue de son malheur. ».

    Dans la rue, si les utilisateurs frénétiques des « smart-phones » (ou téléphones dits « intelligents », parfois certes autant que leur propriétaire) ne sont même plus remarqués par ces « Alphas », qui se conduisent de la même manière, un lecteur met semble-t-il beaucoup plus mal à l'aise.

    Il inspirera une certaine jalousie d'esclave qui voudrait pourtant se persuader de la quiétude de son sort et de son bonheur individuel, tout en sachant pertinemment qu'il est un assujetti.

    Ce n'est pas seulement le support papier qui est en cause mais aussi les principes mêmes de la littérature, en particulier romanesque, réputée moins sérieuse car ne traitant pas du réel selon la confusion contemporaine sur la fiction, car c'est une grossière erreur. Cela n'empêche nullement le recours au « storytelling » le plus grossier en politique ou en économie.

    Les rares lecteurs restant n'apprécient qu'une chose chez les écrivains modernes, que les livres qu'ils achètent parlent d'eux et de leur réalité bien triviale. L'imagination est comprise comme manquant de sérieux.

    Si l'on ne considère que le simple point de vue matériel ou trivial, il est certain que dans l'absolu le contenu d'un livre sur une liseuse ou sur papier, c'est le même, le même assemblage de mots, de verbes, et de phrases, mais ce n'est pas tout ce qui compte pour un vrai lecteur.

    Ce serait oublier qu'un livre a une histoire, qu'il renvoie son lecteur à des moments bien particuliers, qui n'appartiennent qu'à lui, de son enfance, de ses amours, de sa famille parfois, à travers des parfums, des couvertures d'un autre temps, des « madeleines de Proust » que l'on ne retrouvera jamais avec une machine, si perfectionnée soit-elle.

    L'amour des livres est quelque chose de très charnel, d'existentiel voire, incompréhensible à une époque de standardisation qui s'attaque même aux rêves.

    Les institutions elles-mêmes, toutes en bonnes intentions, n'œuvrent que dans l'optique de la lecture numérique favorisée à outrance sous prétexte que les jeunes et les adultes de 2013 ne seraient plus capables d'ouvrir un livre. Il faut aller chercher l'individu moderne là où il est, à savoir le nez perpétuellement collé sur un écran, sans chercher à lui proposer d'autres modèles, ce qui revient somme toute à une complicité de fait avec l'hyper-libéralisme au pouvoir, le tout au nom de bonnes intentions libertaires.

    illustration tirée de l'adaptation de "1984" par Michael Radford empruntée à ce blog cinéphile

  • Pialat, Bernanos et la communion des saints

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    Le Père Noël me connait bien, enfin plutôt en l'occurrence la Mère Noël, qui a déposé dans mes souliers le dévédé de « Sous le Soleil de Satan » de Maurice Pialat (pour cela que le Très Haut le Tout Puissant le miséricordieux la couvre de sa grâce), recelant le film et des suppléments passionnants, dont une interview croisée de Pialat et André Frossard par Pierre Boutang, programmée à l'origine dans l'émission « Océaniques » en 1987 (ami jeune, ami inculte, toi qui a connu de nombreuses réformes de l'enseignement des Lettres, à l'époque, on pouvait voir de ces entretiens à 20h30 sans que cela ennuie qui que ce soit).

    cinéma, livre, nostalgieOn chercherait en vain des éditorialistes catholiques de la trempe d'un Frossard aujourd'hui, , sans injure aucune, c'est tout simplement qu'ils ne sont pas encore totalement à sa hauteur.

    Ce film est une adaptation magistrale de Bernanos par un autre « angoissé joyeux », car le réalisateur et l'écrivain, apparemment aux antipodes, sont de la même famille, de ceux pour qui leur art, pour l'un la littérature, pour l'autre le cinéma, sont des enjeux existentiels, des questions centrales, dans le but de trouver ou de donner un sens à leur existence, le deux hommes étant de ces personnes qui perçoivent en toute lucidité l'absurde absolu de la plupart des sociétés humaines, et en particulier de la nôtre qui se targue d'être au sommet du progrès.

    Avec Pierre Boutang, Pialat est au fond dans la pudeur, il parle de son travail comme de celui d'un petit artisan où n'interviendrait aucune considération élevée, aucune appétence spirituelle, ou intellectuelle, particulière pour Bernanos, aucune appétence pour parler d'art en racontant la fin de la vie de Van Gogh plus tard (Pialat peignait également), aucune envie de parler d'amour de manière directe, comme dans « Loulou », ou de l'époque et du dégoût qu'elle lui inspire, comme dans « Passe ton bac d'abord », « A nos amours », avec une Sandrine Bonnaire débutante, ou « Nous ne vieillirons pas ensemble » qui parle aussi des leurres et de la violence d'être en couple et de l'impossibilité de l'amour absolu, qui ne conduit qu'au gouffre.

    Non, sans prétentions aucunes Maurice Pialat n'évoque que son minuscule « artisanat ».

    On rêverait d'entendre les réalisateurs français, mais pas seulement, actuels, faire preuve de la même humilité actuellement devant leur art, reconnaître que dans d'autres films, « Police » selon Pialat, ils n'ont pas fait preuve d'assez d'exigence, y compris ceux qui sont doués, la plupart d'entre eux à les entendre prétendant révolutionner l'art cinématographique à chacune de leurs œuvres.

    Du cinéaste, on retient surtout le personnage caricatural de râleur qui serait un rien réactionnaire sur les bords, le « sale type » qui sort des horreurs en public, du genre à faire rougir les dames, et susciter l'envie des petits garçons sages qui aimerait se comporter aussi mal mais qui n'osent pas, ou qui fait un bras d'honneur au public mondain de Cannes après avoir reçu la palme d'Or pour « Sous le soleil de Satan ».

    En passant, c'était tout de même un moment délicieux pour l'homme, ou la femme, de goût, que ce moment où il envoie balader d'un seul geste tous ces nouveaux bigots festivistes et libéraux-libertaires, tous prétendument de gauche mais soucieux quand même du fric que leur rapporte les films, parfaitement incapables de comprendre les enjeux existentiels que j'évoque plus haut.

    Dans « Nous ne vieillirons pas ensemble », il tourne avec un autre de ces « sales types », « anar de droite », provocateur, qui est Jean Yanne réduit à son personnage de trublion mettant les pieds dans le plat de la pensée correcte alors que le comédien, et réalisateur, était aussi de l'espèce des « angoissés joyeux », des ogres fragiles qui voudrait que rien de ce qui est humain ne leur étranger, ce qui est un souhait dangereux.

    Yanne cachait lui aussi sa sensibilité et sa fragilité sons des pétarades sarcastiques et une verve caustique sans égal auxquelles il rajoutait grosses caisses et cymbales dés qu'on lui en faisait le reproche, ou que cela choquait les arbitres des élégances culturelles z-et politiques qui étaient les mêmes qu'en 2013.

    Bernanos appelait ça la « communion des saints », cette « étonnante communauté » qui le reliait à Simone Weil, la philosophe, qui lui écrit une lettre magnifique, par exemple, la communion de ceux qui sont dotés d'encore un peu de sensibilité aux autres, au monde qui les entoure, et ce malgré toutes les divergences apparentes, l'orgueil et les colères ou fâcheries homériques qui peuvent les diviser, cette « étonnante communauté » de tous ceux qui ont encore peu le sens de leur humanité et qui ne sont pas dupes des soleils trompeurs de l'apparente victoire du mal dans le monde...

    illustration prise ici sur un site consacré à Maurice Pialat

    A ce lien l'interview dans "Océaniques"


    Sous le soleil de Satan - Bande annonce FR par _Caprice_

  • Conte ironique de fin du monde

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    Sur Agoravox

    Ce texte a été lu au sens littéral comme un délira soucoupiste, le manque de recul des gens aujourd'hui, leur absence d'esprit critique fait peur, c'est terrifiant...

    Il était employé d'une grande administration, ce qui lui laissait beaucoup de temps pour rêvasser et laisser son esprit vagabonder allègrement. D'aucuns auraient dit à une époque qu'il battait la campagne, mais il savait bien qu'il n'était ni névrosé, ni malade car il n'était pas le seul.

    littérature, société, internet, fin du monde, 2012Il en profitait pour échafauder des théories sur tout, et parfois, lorsque son chef de service l'énervait un peu trop, qu'il avait du travail en retard, il se défoulait sur les forums Internet où il était connu sous le nom de « Néo3002 » (« Néo3000 » était déjà pris), là il se vengeait de toutes les humiliations qu'il pensait avoir subies, des prétentieux qui lui rétorquaient que ces théories sur la politique et le monde étaient fumeuses.

    Il pouvait enfin leur clouer le bec, lui qui n'avait pas pu faire d'études, non pas qu'il n'en eût pas les capacités, se disait-il, mais les profs ne l'aimaient pas, c'est tout, ils s'acharnaient sur lui gratuitement pour l'empêcher de s'épanouir car ils étaient jaloux de ses réflexions et de tout ce qu'il avait compris, lui. « Ils » essayaient encore de l'empêcher de s'exprimer mais heureusement il y avait Internet où il avait le droit de tout dire, sans risques.

    De toutes façons, il était maintenant convaincu que son professeur de Lettres de Quatrième était bel et bien un émissaire des « aliens ».

    Il n'était pas fou, il n'allait quand même pas mettre son vrai nom sur le Web quand il dénonçait les vrais responsables et qu'il démasquait les impostures, son chef de service qui était également très souvent sur le Réseau le verrait rapidement, et alors il n'aurait plus de moyens de subsister pour pouvoir continuer à méditer sur les causes réelles du 11 Septembre, selon lui, un complot des « sionistes » en fait, qui avaient monté cette machination perverse, alliés aux « petits gris », ces extra-terrestres agressifs bien connus qui dirigeaient la terre en sous-main.

    Par des trucages habiles et une suggestion de masse, « on » avait fait croire aux populations que des avions s'étaient écrasés sur les deux tours et ailleurs, c'était les mêmes procédés qui l'obligeait, le forçait à renouveler un achat de téléphone portable tous les deux mois. Maintenant, « ils » l'obligeaient à acheter une nouvelle « tablette » numérique en même temps, et puis c'était pratique, il en avait quand même besoin pour son travail.

    « Ils » étaient partout, « ils » contrôlaient tout.

    Il savait bien que les hommes, de surcroît des américains, n'étaient jamais allé sur la lune, que c'était Stanley Kubrick qui avait tourné un faux alunissage dans les studios de la « Warner » en mars 1969.

    D'ailleurs il avait des preuves, à 12 secondes trois dixièmes d'une vidéo disponible sur « Youtube » on voyait bien l'amorce d'une perche micro dans le coin droit du casque de Neil Armstrong, et que le drapeau flotte ainsi comme si il y avait du vent, c'était quand même le signe caractéristique qu'il avait raison. De plus, il était bien connu que les « petits gris » avaient une base secrète sur la face cachée de la Lune, alors ils n'auraient jamais permis que l'homme aille vérifier sur place.

    Il ne voyait pas de contradictions à regarder d'autres vidéos qui montraient les « OVNIs » (des points lumineux flous et lointains) que les astronautes avaient dit apercevoir lors des missions « Appolo » dont il affirmait à d'autres moments que celles-ci étaient des montages grossiers.

    Ce jour là, le 21 décembre 2012, il était en grande discussion avec « veritas21 » sur un forum réservé aux initiés de ce que l'on cachait aux autres. « Veritas21 », certainement une femme, à cause de l'énervement qu'elle lui procurait en lui répondant, une frustrée, une lesbienne c'est sûr, prétendait que les Mayas avaient tort, que la fin du monde ce ne serait pas la disparition de la Terre mais simplement le jour ou les « Eloïms », le peuple qui avait ensemencé les hommes préhistoriques, viendraient nous rechercher pour partager leur science, lui, il pensait simplement que ce serait un nouveau départ, que l'humanité allait enfin ouvrir les yeux sur « les petits gris » et s'en débarrasser.

    Par acquis de conscience certainement, il songeait en même temps à ses achats de Noël, sa sœur l'avait invité pour le 25 et il ne voulait quand même pas arriver les mains vides, ça ne se faisait pas. Il se sentait d'autant plus stressé que son chef de service l'avait forcé à terminer un rapport pénible sur un problème administratif auquel il ne comprenait rien.

    Regardant sans la voir vraiment la file de personnes qui s'allongeait démesurément devant son guichet, il se dit qu'il en avait assez de son travail, assez des ces imbéciles qui venaient tout le temps le solliciter sur des questions vraiment tellement futiles alors qu'il avait d'autres réponses autrement plus graves et plus importantes. Un vieux monsieur très digne grommela quelque chose tout bas.

    Il sortit de sa torpeur, admonesta le vieillard insolent pour la forme et l'après-midi continua à se dérouler tellement lentement, car il n'eut pas le temps d'aller jeter ne serait-ce qu'un coup d'œil sur ses sites préférés. Il ne put aller donner une leçon aux vaniteux qui parlaient de livres qu'il n'avait jamais ouvert, de films qu'il n'avait pas le temps d'aller voir occupé qu'il était à dénoncer les puissants sur le Net.

    Quand il sortit à 16h01, il ne remarqua pas tout d'abord les cris d'effroi des personnes autour de lui, il était perdu dans ses pensées, abattu, découragé. Il se dirigeait vers la pâtisserie pour aller chercher la bûche individuelle qu'il avait commandé le matin lorsqu'une femme le heurta de plein fouet. Elle était complètement paniquée. Elle avait les yeux hagards. C'est alors qu'il vit les lueurs étranges au-dessus des immeubles, qu'il entend le bruit du centre commercial tout proche qui s'écroulait.

    Des météores, du moins il pensait que c'en était, tombaient en pluie sur la ville.

    C'était bel et bien la fin du monde, et il restait incrédule.

    Et lorsqu'un morceau de balcon lui tomba dessus, lui brisant définitivement la colonne vertébrale, il n'y croyait toujours pas. Il regretta dans l'autre monde sa dernière pensée qui fût pour la facture qu'il avait déjà réglée pour le foie gras qu'il avait réservé chez le charcutier pour le repas chez sa sœur. A la dernière seconde, il se sentit d'autant plus humilié que personne ne saurait jamais qu'il avait eu raison avant tout le monde...

    L'ironie du sort...

    illustration empruntée à ce site

    ci-dessous une chanson guillerette pour la fin du monde (tirée de "Docteur Folamour")

  • Pourrait-on tourner « Rabbi Jacob » aujourd'hui ?

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    En débat sur Agoravox

     Mardi soir, j'ai regardé l'émission « un jour, un destin » sur France 2 consacrée à Louis de Funès, un comédien qui cumulait deux tares aux yeux des z-élites :

    Il faisait rire et il était populaire.

    cinéma, politique, rire, imbéciles, hypocrisieCe dédain de ce qui est drôle, de ce qui détend, de ce qui amuse, en France conduisant généralement les artistes comiques à vouloir jouer leur « Tchao Pantin » selon le modèle de Coluche qui rappelait souvent que jouer dans ce film lui était plus facile que faire rire son public au théâtre.

    Pourtant, certaines des comédies réputées tellement futiles, voire « ringardes » comme le rappelait Michel Galabru au micro de Laurent Delahousse. Il rappela cette anecdote à propos du « Gendarme de Saint Tropez » qu'il avait entendu de la fenêtre de son hôtel producteur déclarer au réalisateur : « Tu me prends Louis de Funès, et je ne veux que des ringards autour ».

    Exacte ou imaginée, cette anecdote révèle en tout cas la modestie de cet acteur.

    La comédie, excepté quelques noms « ayant la carte », tellement méprisées par les critiques z-engagées, apportaient des éléments de réflexion afin de favoriser non pas des clivages totalement arbitraires et d'une stupidité sans pareil mais pour rapprocher les personnes et parfois, à travers les personnages de râleur veule avec les puissants, sans pitié avec les faibles que jouaient de Funès, faire prendre conscience aux spectateurs des petites carences, des petites lâchetés ou compromissions dont on peut faire preuve, en s'amusant, sans leçons de morale.

    Danielle Thompson, rappelait dans l'émission sus-citée que la scène où Pivert découvre que son chauffeur est juif a été inspirée au réalisateur, et au comédien, qui a suggéré de la rajouter, par un épisode ayant réellement eu lieu dans la vie, quand de Funès découvrit que Gérard Oury était juif.

    Car le comédien aimait les personnages tellement humains qu'il interprétait malgré leurs défauts.

    Il répétait souvent à l'envi qu'il en trouvait les caractéristiques en lui-même, ayant les mêmes tendances aux mêmes défauts, comme tout un chacun, la différence étant que lui le reconnaissait de manière très honnête, reconnaissant par exemple qu'il partageait certains des préjugés de Victor Pivert dans « Rabbi Jacob » et créait quelque chose avec, qu'il partageait avec le public.

    Mylène Demongeot, qui était une des invitées de l'émission, a eu une remarque très juste à propos d'un des films du comédien, on ne pourrait plus tourner aujourd'hui un film comme « les aventures de Rabbi Jacob », l'époque étant à la radicalisation des haines cuites et recuites et à la banalisation de la bêtise la plus crasse sous prétexte d'expression de toutes les opinions, qui ne se valent pas toutes, et ce que ce soit sur le Réseau ou ailleurs, les uns étalant de moins en moins discrètement leur haine des juifs, très mal camouflée en anti-sionisme, les autres faisant de même quant à leur détestation des musulmans.

    Ce film est sorti déjà en 1973 à une période déjà très délicate puisque la guerre du Kippour venait tout juste de débuter.

    Il a provoqué des réactions très violentes, comme le détournement d'un avion par une démente (l'épouse de Georges Cravenne ainsi que le rappelle l'article Wikipédia sur ce long-métrage) qui se justifiait par des propos totalement incohérents, tenant le film pour « anti-palestinien ».

    Cet épisode dramatique aura une fin tragique puisqu'elle sera tuée de deux balles, fin dont Gérard Oury et Louis de Funès se sentiront responsables longtemps alors que leur « petite » comédie familiale et « grand public » avait surtout pour but d'aider à un rapprochement entre juifs et musulmans, comme le montre une des scènes du film ou Victor Pivert remarque que Slimane, le prénom de son compagnon d'infortune poursuivi par les « nervis » d'une dictature proche-orientale, et Salomon, celui de son chauffeur, ont la même origine, tous deux reconnaissant ensuite qu'ils sont des « cousins éloignés ».

    Aujourd'hui, à ces comédies populaires qui étaient beaucoup plus fines qu'elles n'en avaient l'air, le public va en masse voir de grosses farces où le comble de l'audace pour les acteurs et réalisateurs consiste à montrer l'arrière-train des interprètes en gros plan si possible plusieurs fois, le tout agrémenté de pets et rots divers. Ou alors il lui préfère de grosses farces peu drôles, des sketchs poussant au clivage, fondés sur la moquerie souvent cruelle de l'autre, celui qui n'est pas de la même communauté, du même quartier...

    Le film ne serait pas tourné par peur de « stigmatiser » la communauté juive ou la communauté musulmane, ou de provoquer des plaintes en justice des multiples associations communautaristes actuelles.

    Tout cela montrant au passage la force subversive et transgressive intacte de la comédie auprès des imbéciles qui se prennent au sérieux, celle-ci fût-elle « familiale ». Ceux-là détestent le rire sans prétentions ni message qui ridiculise instantanément les haines.

    illustration empruntée sur ce site

    Ci-dessous la bande-annonce du film

  • "Des Fleurs pour Algernon" en réédition...

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    Algernon est sur Agoravox aussi

    Gallimard, dans sa collection « Folio SF », a la bonne idée dans sa grande sagesse (Que le Très Haut le Miséricordieux soit sur cet éditeur !) de ressortir « Des fleurs pour Algernon » de Daniel Keyes en édition « augmentée » de l'autobiographie de l'auteur, qui n'a rien d'une confession narcissique, il raconte plutôt ce qui l'a amené à écrire, à commencer par la nouvelle originelle, classique instantané lors de sa sortie en 1959 et le roman éponyme. L'œuvre est classée en Science-Fiction mais elle n'est ici qu'un prétexte pour nous tendre un miroir.

    charly-cliff-robertson-claire-bloom.jpgCe récit a énormément de choses passionnantes à exprimer sur la définition de l'intelligence dont l'intelligence du cœur, sur la place de la raison dans notre société, sur la solitude, sur la complexité des sentiments amoureux, sans mièvrerie ni sensiblerie inutile. Daniel Keyes a longtemps porté cette histoire en lui, et à la lecture de ses autres œuvres, plus mineures ou anecdotiques, on comprend à quel point « Des Fleurs pour Algernon » lui tient à cœur.

    Algernon est une souris blanche de laboratoire dont l'intelligence à été considérablement augmentée par une opération chirurgicale complexe menée par deux médecins, les docteurs Strauss et Nemur, qui décident de passer à l'étape suivante qui est l'expérimentation sur un être humain sans être tout à fait certains qu'ils puissent le faire.

    Celui qui a été retenu est Charlie Gordon, un jeune homme « attardé » mental, souffre-douleur à son travail, seul, mais qui a le désir profondément ancré de devenir intelligent afin, croit-il, d'échapper à sa solitude, il est amoureux de l'éducatrice qui lui fait « la classe » dans l'institution spécialisée où il vit, Alice Kinian, et être plus armé face à l'adversité, l'auteur révélant dans son autobiographie qu'il a rencontré un garçon comme son personnage alors qu'il était jeune enseignant.

    C'est son ardente volonté de s'élever qui d'ailleurs fera de lui le « cobaye » idéal aux yeux des deux scientifiques dont les motivations, Charlie le découvrira plus tard, sont beaucoup plus triviales que les siennes :

    Pour l'un il s'agit d'impressionner sa femme, pour l'autre de compenser des frustrations personnelles.

    Le lecteur suit le récit à travers les yeux de Charlie, son évolution tragique, et sa déchéance à la fin du roman, étant symbolisées par la complexification progressive de l'orthographe et le retour en conclusion de l'histoire à la syntaxe torturée du Charlie « retardé », syntaxe émouvante et qui a donc un sens.

    Charlie subit donc l'opération, comme Algernon, et son intelligence est décuplée, il entrevoit même la réponse ultime à la question que se posent la plupart des êtres humains sur le sens que revêt notre présence sur terre, en faisant une expérience cosmique, mais l'« ancien » Charlie prend peur et ne veut pas franchir cette ultime frontière.

    Cependant, de devenir intelligent, plus lucide, et rationnel ne change rien à la solitude de Charlie, voire même l'aggrave, car être intelligent dans notre société est largement plus handicapant que de ne pas l'être, celle-ci préférant une personne moyenne en tout qui n'éveillera aucun sentiment de jalousie ou d'envie. Et alors qu'il avait réussi à débuter une relation amoureuse avec Alice Kinian, celle-ci s'éloigne de lui, ayant peur de ne plus pouvoir le comprendre, de ne plus être comprise, et de ne plus pouvoir continuer à partager les mêmes sentiments avec lui.

    Devenu intelligent, Charlie est tout aussi incompris qu'avant...

    Les personnes qui l'entouraient toléraient le Charlie « retardé », handicapé, qu'ils pouvaient humilier à loisir et railler grassement sans qu'il n'en ait vraiment conscience. Les handicapés, mentaux ou physiques, sont comme un miroir pour les médiocres ou les personnes blessées, elles y voient le reflet de leurs manques réels ou supposés, des souffrances qu'ils induisent.

    Il était l'alibi des carences de son entourage, de ses bassesses et petites médiocrités. Après l'intervention des professeurs Strauss et Nemur, il prend conscience de tout cela, des compromis que chacun entretient pour s'assurer une survie confortable, sans avoir à faire trop d'efforts de réflexion.

    Il se souvient de tout ce qui l'a amené à vouloir subir l'opération, de tous les manques d'amour qu'il a vécu, ces petites lâchetés des uns et des autres, qui préfèrent laisser faire des abominations petites et grandes qu'ils estiment inévitables, qu'ils cachent, camouflent et justifient sous divers prétextes.

    Charlie devenu supérieurement réfléchi comprend aussi que la raison ne peut tout expliquer dans le comportement de chaque être humain.

    Un jour, cependant, Algernon, la souris blanche, commence à décliner, à régresser à son ancien état voire même un peu plus bas. Charlie comprend alors qu'il lui reste peu de temps, il essaie désespérément de corriger les erreurs des deux neurochirurgiens qui l'ont opéré, mais en pure perte.

    Il s'enfuit à la faveur d'une conférence médicale avec Algernon, qu'il soigne, vit quelques moments de liberté, mais Algernon finit quand même par mourir. Charlie revient alors chez lui pour attendre l'issue fatale, s'enfermant, s'isolant dans ce qui est redevenu pour lui un désert affectif et mental.

    Il s'enfuit alors de nouveau, définitivement cette fois-ci, ne demandant qu'une chose : que l'on fleurisse la petite tombe d'Algernon dans son jardin...

    L'auteur eut beaucoup de mal à faire respecter cette fin triste lorsque le livre a été édité et lors des adaptations à la télévision (quatre à ce jour : une en 1959 d'après la nouvelle, une en 1978, une en 2000 et une autre, par la télévision française, en 2006), au cinéma (avec Cliff Robertson, dans une réalisation de Ralph Nelson qui ne respecte pas la chronologie du roman car le film commence par l'opération) ou au théâtre, mais c'était la seule fin logique.

    Le début de l'histoire

    « 3 mars. Le Dr Stauss dit que je devrez écrire tout ce que je panse et que je me rapèle et tout ce qui marive à partir de mintenan. Je sais pas pourqioi mais il dit que ces un portan pour qu'ils voie si ils peuve mutilisé. J'espaire qu'ils mutiliserons pas que Miss Kinnian dit qu'ils peuve me rendre un télijan. »

    illustration empruntée au film de 1968 prise ici

    Ci-dessous un "trailer" de ce film et un extrait du téléfilm de 2006


    Des Fleurs pour Algernon par imineo

  • Ce qui reste encore du Bond et du monde ancien

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    Comme l'on fait remarquer de nombreux auteurs de polars ou de Science-Fiction, ce que l'on appelle le « genre » a toujours eu plus de choses à dire sur l'époque. De nombreux longs métrages prétentieux tentent bien souvent de montrer comme leur auteur réfléchit intensément sur la société actuelle et combien il est pertinent, et puis ne surnage que le narcissisme du réalisateur et/ou de son scénariste convaincus que leur « message » doit absolument être transmis à toutes les âmes en perdition qui iraient voir le film.

    Image prise sur le site de "mauvais genres"

    Skyfall1.jpgBien souvent, pour être compris ils se sentent obligés de se chausser de lourds, très lourds sabots.

    « Skyfall » est le « James Bond » du cinquantenaire, comme « Casino Royale », ou « Quantum of solace » il se veut plus réaliste mais conserve les scènes de poursuite parfaitement improbables sans atteindre au délire complet du pré-générique de « Dangereusement vôtre », de la poursuite en camions de pompiers dans le même opus ou de celle qui est le « climax » de « Demain ne meurt jamais » dans laquelle Bond fuit devant le méchant sur un bout de tôle qui lui sert de surf des neiges pendant qu'un rayon laser détruit un hôtel de glace.

    Le dernier « James Bond » est d'abord pur objet de cinoche avec de multiples références cinéphiliques. Il surprend le spectateur qui appréciera un des slogans, « seulement au cinéma », ce n'est pas un de ces « blockbuster » qui crée le « buzz » sur Internet en se servant de l'autisme informatique des dizaines de millions d'autistes technologiques que deviennent les jeunes et moins jeunes représentants de nos sociétés dites développées.

    Soulignons que par cinoche j'entends ce genre de films, parfois réputés mineurs, qui vous emportent vraiment, vous laissent encore rêveurs, qui divertit et donne du travail au cerveau, qui permet de retrouver un peu de la naïveté et l'insouciance du spectateur de films des années 70 par exemple, quand les enfants se perdaient devant les affiches géantes et les photogrammes derrière les vitrines des cinémas qui étaient encore « de quartier », des lieux de vie et non des superpositions d'individualités broutant du « pop corn » devant une niaiserie conçue pour endormir un peu plus leur cortex, ce que n'est pas « Skyfall » qui sur le plan strictement formel est également superbe.

    Il y a donc un peu de « la Dame de Shanghai », le combat dans les miroirs en haut d'un gratte-ciel, « Shining », sur les routes d’Écosse avec un zeste du « Xanadu » de « Citizen Kane », les films de la série avec Sean Connery et Roger Moore.

    Il parle du monde ancien dont Bond est une relique et un symbole, tout comme son Aston-Martin, ses costumes, son goût pour les alcools forts et les femmes voluptueuses, toutes choses disparaissant progressivement.

    Tout est codifié y compris le divertissement.

    Ce n'est pas le seul personnage dans ce cas, il se retrouve avec les deux autres à la fin du film dans le tout petit refuge qu'est la maison de ses parents, avec « M » et Kincade, le garde-chasse du domaine, joué par Albert Finney légende du cinéma britannique), l'un des deux ne pouvant que mourir à la fin, ils sont encerclés par le néant, la haine, la rancune et le ressentiment des malfaisants qui ont hâte d’annihiler définitivement ce qui reste de l'ancien monde qu'ils haïssent.

    En passant, il est question des mensonges modernes sur la pseudo-transparence, ou plutôt le délire de transparence contemporain, qui impliquerait qu'il n'y ait plus de secrets, plus de conflits, alors que ainsi que le dit un personnage dans « Skyfall », il n'y a jamais eu autant d'ombres, autant d'avidités pour le pouvoir ou l'argent, et en allant jusqu'au bout de cette réplique sur les ombres, disons même que la plupart des êtres humains contemporains se perdent tels autant d'ombres dans les « non-lieux » inhumains qui font ressembler les grandes métropoles à la cité tentaculaire de « Blade Runner », Sam Mendès le réalisateur filmant d'ailleurs Shanghai de la même manière que Ridley Scott dans son chef d’œuvre de SF.

    Les uns comme les autres sont toujours perdus dans leurs anciens modèles de pensée, se jetant leurs préjugés au visage, les mêmes figures de rhétorique, d'un bord ou de l'autre, et refusant l'évidence d'un monde qui s'écroule progressivement au nom du prétendu progrès qui n'implique finalement que plus de servitude et d'allégeance à des gadgets, qui n'osent plus se révolter par peur de perdre ce qu'on leur laisse encore un peu de confort matériel, ce qui n'est rien moins qu'une laisse, de plus en plus courte. Bond est de ces « cœurs héroïques » évoqués par « M » qui cite Tennyson lors de son « audit » par des technocrates, avant que le super-scélérat du film vienne mettre tout le monde d'accord en massacrant aveuglément.

  • Roger Nimier ou la mélancolie

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    On parle de Nimier également sur Agoravox

     article en lien avec la commémoration de la mort de Roger Nimier il y a cinquante ans...

    photo ci-dessous prise ici

    nimier1.jpgJ'ai découvert Roger Nimier à quinze ans dans « le Hussard Bleu », pendant les vacances, en rentrant de la plage. La mer était de la couleur des yeux des femmes fatales (exemple en photo ci-contre) dont on tombe amoureux, qui ont toutes les yeux mauves c'est bien connu, et pour lesquelles on souffre, délicieusement, ainsi que l'évoque Sanders dans le livre.

    J'étais innocent comme le petit Sainte-Anne à l'uniforme trop grand pour lui, petit garçon dans des habits d'homme.

    Ma mère, comme toutes les mères, en feuilletant le livre que je lui montrais dans la voiture tomba immédiatement sur le seul et unique passage « qui n'était pas de mon âge », que je ne compris d'ailleurs pas sur le moment, passage qui fait écho à une scène de « Les Épées » dans laquelle il est question d'une photo de Marlène Dietrich.

    Mais j'eus le droit de lire quand même Nimier, les écrivains « mal vus » étant dans ma famille considérés comme aussi intéressants à lire que les autres car encourageant à l'indocilité quant aux instincts pitoyables des masses modernes caractérisées par leur servilité sous le masque du progressisme et leur avidité envers les gadgets que le système leur enjoint de posséder..

    En tournant les pages du roman, je me laissais griser par l'angoisse joyeuse de l'auteur, le désespoir tranquille de Sanders face au monde et aux instincts grégaires de la foule, cynique pour ceux qui pensent étroitement la littérature, Sanders étant simplement lucide, lucidité étant mal perçue, ou vue comme une absence d'idéaux ainsi que le signale une note de bas de page de l'édition en Livre de Poche du début de l'histoire du personnage, « Les Épées », alors que Sanders parcourt les rues de Paris libéré en doutant des « lendemains qui chantent » promis par les combattants autour de lui, parfois de la « vingt-cinquième heure ».

    J'ai immédiatement aimé l'apparente légèreté du roman, son écriture turbulente et irrévérencieuse loin des fadaises expérimentales beaucoup plus creuses qui débutaient à la même époque, ces livres « grisâtres » ainsi que les nomme Kléber Haedens, autre auteur réputé « infréquentable » comme Nimier à cause de ses goûts politiques, dans son formidable ouvrage « histoire de la littérature française » qui ne plairait que moyennement à un lecteur de, disons, Marie Darrieusecq.

    nimier3.jpg

    photo de la couverture du roman "le Hussard bleu" prise ici

    Ce livre moque les grandes personnes qui se battent pour des causes qui les dépassent, parle de la fin de ce qui était encore une civilisation française qui n'en finit pas d'agoniser dans ce qu'elle a de plus vivifiant, en particulier la capacité de ne pas prendre au sérieux n'importe quel sauveur du monde qui passe, de fronder, d'être libre, de ne surtout pas se laisser faire par l'amertume ambiante et les désirs mortifères de ceux qui rêvent de l'Apocalypse, d'une fin du monde qui satisfasse toutes leurs haines, qui accomplissent celles-ci.

    Souhaitons que cela n'arrive jamais quoique l'on puisse avoir des doutes en tenant compte de la nature humaine.

    Ce livre montre que la seule réponse à la barbarie qui revient régulièrement hanter les esprits des hommes pourtant appelés, à tort, « sapiens » qui foulent la glaise de cette planète, c'est de vivre le plus intensément chaque seconde qui passe quitte à passer aux yeux des gens sérieux pour un hédoniste petit-bourgeois insouciant, alors qu'au fond le goût de la futilité ou de ce qui est réputé tel est un autre ascétisme qui incite à l'abandon, un abandon qui n'est pas un renoncement mais le désir de vie « toutes voiles dehors ».

    Ce livre, « le Hussard bleu » a été un des premiers de ma vie d'adulte, cet âge commençant quand l'adolescent comprend que les grandes personnes, comme celle qu'il devient, sont généralement pitoyables dans leurs élans et leurs appétits parfois étriqués ou égoïstes des « soleils trompeurs » du monde selon l'expression de Bernanos.

    Dans ce livre, j'ai aussi compris combien malgré tout, un auteur comme Nimier, aussi désabusé paraît-il superficiellement, aime malgré tout ses pauvres frères humains en comprenant la tendresse avec laquelle il fait le portrait de personnages secondaires comme le capitaine de hussards efféminé de Sanders et Sainte-Anne, qu'être critique ou caustique sur l'humanité ne signifie pas pour autant que l'on déteste celle-ci, c'est même parfois tout le contraire.

    L'auteur a le goût du romanesque au sens classique, sens qui est également et paradoxalement moderne, bien plus que les pensums d'auteurs qui sont autant de Trissotins contemporains, et dont les tentatives d'écriture consistent surtout à parler narcissiquement surtout d'eux-mêmes le plus platement possible.

    Ce goût du romanesque le poussera à écrire « D'Artagnan amoureux », une suite des romans d'Alexandre Dumas, ces histoires tellement françaises où les personnages même au plus fort des ennuis n'oublient pas pour autant que la vie est douce, tel Athos enfermé dans la cave d'un aubergiste félon avec son valet, se battant contre des dizaines de gardes du Cardinal tout en vidant les bouteilles de vin du malandrin et en dévorant ses jambons.

    « D'Artagnan amoureux » est marqué par la mélancolie de Roger Nimier déjà présente dans « le Hussard bleu », face à un monde qui peut être tellement décevant et une modernité inhumaine, sentiment qu'il partageait avec la plupart des « Hussards » cette fausse école littéraire désignant finalement des auteurs qui avaient encore le sens de la dérision et du recul sur l'époque en général et la littérature en particulier loin des engagements pompeux et grandiloquents, de cette pseudo-gravité qui est « le bonheur des imbéciles ».

    Dernièrement, j'ai relu « Quat' Saisons » d'Antoine Blondin où celui-ci raconte le voyage à Londres qu'ils firent tous deux à l'occasion d'un match de rugby.

    photo ci-dessous prise ici

    nimier2.jpgSa devise aurait pu être celle de Yourcenar : « Je ne vis pas comme ils vivent, je n'aime pas comme ils aiment, je mourrai comme ils meurent ». Les deux compères firent dans la capitale britannique une « virée tzigane » d'anthologie et virent finalement la rencontre sportive à la télévision dans l'arrière-salle d'un « pub » anglais proche du stade.

    Et Roger Nimier, rétif au départ, malgré tout, malgré sa mélancolie qui ne le quitte pas, son mépris de ce qui lui semble vulgaire, se laissa aller à tout simplement partager la joie d'être ensemble avec les « supporters » français, de fraterniser avec les anglais après les avoir copieusement raillés, toutes choses faisant partie de ce monde en train de disparaître, toutes choses dont il avait une profonde nostalgie.

    Quelques temps plus tard, il se tuait au volant de son bolide. Et Antoine Blondin qui était déjà inconsolable de la mort de son père le n'en fut que plus mélancolique lui aussi, sous la carapace d'un faux dilettantisme, qui est aussi une des politesses du désespoir.

  • Histoire de « Marvel 14 » - la censure des grandes personnes sur les « comics »

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    Marvel14_compo.jpgimage ci-contre prise ici

    sur Agoravox

    Le documentaire « Marvel 14 » produit par Jean-Pierre Putters, créateur de « Mad Movies, revient sur la censure du numéro 14 de la revue « Marvel » des éditions Lug (numéro imprimé mais jamais distribué en 1971) qui adaptaient en français des bandes dessinées américaines, les vexations diverses que ces éditeurs subirent de la part de censeurs ridicules et ubuesques réclamant des coupes d'une bêtise profonde dans les histoires que Lug éditait.

    Pour ces censeurs ces histoires fabriquaient des voyous, des associaux...

    On constate encore que parler de la culture populaire c'est aussi parler de l'évolution de la société, que cette culture en marge de la culture élitiste est parfois aussi intéressante voire plus. Jean-Patrick Manchette a gagné sa vie au début de sa carrière en traduisant quelques unes de ces bandes qu'il appréciait et qu'il évoque à la fois dans ses « Chroniques » et dans son « Journal ». On lui doit la traduction de « Watchmen » et aussi de « V pour vendetta », deux classiques du genre, plus mûrs et plus aboutis que les autres.

    Mais il faut dire que cet écrivain ne se considérait pas comme une grande personne perché dans son appartement du XIVème...

    Les « grandes personnes » ne lisent que des livres sérieux, certainement pas des romans, bons seulement à divertir, les « grandes personnes » ne vont voir au cinéma que des classiques où il est de bon ton d'emmener les enfants pour les instruire, les « grandes personnes » n'aiment pas les films de genre, ils sont trop futiles. Les « grandes personnes » ne conçoivent l'art et la création en général qu'éducatifs, qu'ils aient une utilité sociale, une leçon de vie, une exemplarité sur une cause ou une autre. Les dévots de toute chapelle ne supportent pas les créations qui éloignent de leurs théories, de leurs engagements, ils sont persuadés que ces créations, comme les « comics » qui relèvent de la culture populaire moderne en sont effectuent un travail de sape qui retardent l'avènement d'un monde selon leurs vœux ou tout le monde serait soumis à leurs diktats.

    Ils aiment les enfants et les adultes dociles. Malheureusement pour eux, un enfant ou un adulte qui lit beaucoup, voit beaucoup de films l'est rarement.

    Toutes raisons pour lesquelles les enfants et les adolescents s'intéressent aux œuvres, aux romans, aux films qui énervent le plus les « grandes personnes » qui ont une vision du monde étroite ; et donc aux « comics » américains. Les « comics » viennent des « pulps » des années 30 dont ils reprennent une grande partie des codes, ainsi que des « serials » de « Republic pictures » qui produisit aussi l'adaptation de « Macbeth » d'Orson Welles.

    L'auteur de ce texte fait partie depuis l'enfance de ces lecteurs à qui plus on tente de lui interdire un livre ou un film ou de l'en dégoûter, plus cela lui donne envie de le lire ou de le voir pour se faire un jugement par lui-même.

    Et bien sûr, comme beaucoup d'enfants des années 70 il a découvert les « comics » dans « Strange » ou « Marvel », qui publiaient les histoires des éditions « Marvel », quasiment toutes écrites par Stan Lee, alias Stanley Lieber, ou « DC comics » en France.

    Les années 70 étaient une époque où les écoliers pouvaient admirer un poster géant de « Ilsa la chienne du goulag », d'un film de Bruce Lee ou un de ses émules, ou d'un « Django » sur la façade des cinémas, sans que personne ou presque ne s'en offusque. On découvrait les films au dernier moment, il y avait encore ce désir de cinéma même dans les œuvres mineures, désir maintenant tué par le fait que le spectateur moderne sait tout du film qu'il va voir grâce à Internet avant d'aller le voir.

    C'était le triomphe d'une certaine idée « bis » du cinéma, de la BD aussi qui devenait adulte avec Jean-Claude Forest ou Guy Pellaert, qui reprenait les codes graphiques de la BD américaine. Actuellement, c'est toute la cinéphilie qui se prétend « bis », mais sans ce supplément d'âme qu'elle avait auparavant.

    Je dis « personne ou presque » car le comité de censure de la littérature pour la jeunesse, où siégeaient de nombreuses « grandes personnes », détestait les « comics » qu'elle trouvait trop violents, trop colorés (?), avec des onomatopées qui allaient pervertir notre belle jeunesse et l'amener vers des comportements déviants ainsi que certains le croyaient aussi aux États Unis comme Frédéric Wertham dans son livre « Seduction of the innocent » où l'auteur soupçonne les super-héros de tous les vices et toutes les perversions inventant parfois des personnages.

    A gauche l'on suggérait que les bandes dessinées américaines étaient surtout des vecteurs de la propagande « yankee » alors que dés le début des éditions « Marvel » c'était exactement l'inverse, Stan Lee abordant dans ses histoires la question des minorités, de la course à l'arme atomique, la contestation étudiante, le faisant « en creux » mais ces questionnement étaient bel et bien présents, suivant en cela les auteurs des « pulps » là encore..

    Les "freaks" qui éditaient "Zap comics" où dessinaient Robert Crumb ou Gilbert Shelton ne s'y étaient pas trompés ne faisant qu'amplifier cette dimension transgressi:ve.

    Dans la plupart des adaptations des « comics » des ces dernières années au cinéma, cette dimension transgressive a été bien évidemment complètement gommée, exceptée dans « Sin City » d'après Franck Miller.

    Les « grandes personnes » dont il était question sont des adultes aliénés par le fait qu'ils étaient des enfants un peu trop sages, un peu trop dociles, qui n'ont jamais fait de bêtises comme les autres, de ces bêtises nécessaires, que même parfois l'adolescent accède à la culture élitiste en cherchant les scènes chaudes dans un livre ou un film, moyen beaucoup plus sûr de lui faire connaître des auteurs plus « exigeants » que d'autres.

    Ci-dessous la bande annonce du documentaire "Marvel 14"

  • La Province selon les écrivains

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    Céline, Louis-Ferdinand, l'a souvent dit « la province l'emmerde », ses petites histoires de rivalités, ses jalousies, ses ragots imputrescibles, et ce malgré la beauté de ces paysages, ou sans doute du fait du contraste entre leur magnificence et l'étroitesse des esprits parfois bornés que l'on peut y trouver, et leur caquetage sans bienveillance qui peut amuser mais qui finit toujours par lasser.

    image tirée de "Goupi mains rouges" prise ici

    6792-goupi_mains_rouges.jpgBien sûr, l'on pourra m'objecter qu'à Paris aussi il y a des imbéciles et des commérages mais l'imbécillité des uns n'excuse pas, ne compense pas celle des autres. Son inverse littéraire aussi, Proust, n'aimait pas beaucoup non plus, préférant la vie citadine.

    L'on pourrait parler de tout les romans de François Mauriac qui prennent pour sujet la petite bourgeoisie provinciale, ses hypocrisies, ses haines cuites et recuites qui durent sur plusieurs générations, sans motif réelles au bout d'un moment ; il n'y a pas qu'en Corse qu'existent des « vendettas » centenaires.

    Pour rester dans les écrivains catholiques, Bernanos n'est pas non plus très tendre avec la province, décrivant des paysans durs, sans beaucoup de sensibilité, jugeant et condamnant uniquement sur leurs préjugés, comme dans « le Journal d'un curé de campagne », les paroissiens du pauvre curé d'Ambricourt sont des salauds ni plus ni moins, qui le laissent mourir car ce n'est pas un curé mondain selon leur cœur, ou dans « Sous le soleil de Satan » où le diable prend l'aspect d'un maquignon madré et mielleux.

    Et Antoine Blondin évoquait cette « province plate à laquelle sont voués les cœurs disgraciés » (dans « Quatre Saisons »), où l'on confond simplicité d'âme et étroitesse d'esprit. Car avoir un cœur simple ne signifie pas que l'on soit respecté pour autant, il suffit de se rappeler du conte de ce titre de Flaubert (dans les « Trois contes).

    En 2012, pour rester dans les références littéraires la province est plutôt perçue comme dans « Goupi mains-rouges », d'après le livre de Pierre Véry, ce film emblématique du pétainisme où la ville est corruptrice et la campagne rédemptrice, et ce de la droite à la gauche. La province est montrée comme une sorte de paradis perdu, idyllique, champêtre, bucolique, qui n'a jamais vraiment existé.

    En dehors de toutes considérations politiques, ce long-métrage reste de bonne tenue sur la question du jeu des acteurs, en particulier Fernand Ledoux, et de la mise en scène. Dans le documentaire par ailleurs bien fait « les Terriens » d'Ariane Doublet, la réalisatrice tient à nous montrer la rentrée des foins effectuée à la fourche comme dans l'ancien temps, alors que comme le dit l'agriculteur filmé, cela ne se fait plus comme ça depuis belle lurette, mais cela fait une belle image, de rêve.

    Actuellement, c'est mal vu de dire du mal de cette France là car on est alors accusé de généraliser car untel connaît quelqu'un de province qui est très gentil et très ouvert ou tel autre rappellera que lui est ouvert et moderne et accueillant, et provincial.

    Alors, certes, on ne devrait pas parler de la province comme étant d'un bloc, car il existe des provinces qui sont multiples, mais l'esprit provincial, dans tout ce qu'il a de péjoratif, et ce même en considérant l'afflux des « rurbains » demeure bien ancré.

    Curieusement d'ailleurs, les habitants des lotissements « rurbains » se hâtent de reprendre assez vite l'esprit local dans ce qu'il a de pire : on ne se mélange pas entre personnes de différentes origines, de différentes provenances, et je ne parle même pas de pays différents, mais « ceux du village voisin y sont pas comme nous », être du bourg juste à côté suffit pour être ostracisé.

    Il est aussi un phénomène dont on ne parle jamais qui est le « téléphone rural », si le fameux « téléphone arabe » est bel et bien une réalité quant à la propagation des rumeurs, le « téléphone rural » en est une autre.

    Car une rumeur en province, y compris les plus viles calomnies, les pires ragots, s'y propage à la vitesse d'une traînée de poudre. « Il faut bien s'occuper » comme l'a dit un jour fort piteusement mais sans aucun remords une spécialiste rurale du commérage.

    Affiche de " lesTerriens" prise ici

    8679e9ca19ce4b0722be66314e68af44.jpgC'est plus rassurant et sans doute confortable de se sentir appartenir à une communauté bien définie, sur des critères simples à comprendre, dans une société où la crise de sens grave que nous traversons inquiète plus ou moins consciemment et ce à juste titre, et de pouvoir justifier sa peur de l'autre.

    Peur de l'autre qui n'empêche pas en province de s'afficher comme « moderne » et « progressiste », tant que cela n'implique pas des actes, la posture est sans danger.

    Cela n'empêche pas de placer ses proches et amis aux « bons » postes tout en affectant une attitude de petits Homais post-modernes (ami jeune ou inculte qui me lit, Homais est le personnage du pharmacien sceptique et cynique dans « Madame Bovary », qui est certainement un des meilleurs romans ayant pour thème le profond ennui que l'on peut ressentir en province). Cette attitude-alibi permet aussi de feindre de s'intéresser à un Autre majuscule, étranger, lointain, ce qui est beaucoup plus facile que lier connaissance avec celui qui est au seuil de la maison, juste à côté...

    Ci-dessous bande-annonce du film sus-cité d'Ariane Doublet et un extrait de "Goupi mains-rouges"


    L' artiste de la famille par lluis-llell

  • « Cosmopolis » de Don DeLillo

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    aux éditions « Actes Sud » et chez « J'ai Lu » aux éditions Flammarion

    image prise sur le site de "premiere.fr", affiche de l'adaptation

    PHOTO-L-affiche-francaise-de-Cosmopolis-avec-Robert-Pattinson_portrait_w532.gifLes écrivains français actuels parlent beaucoup d'eux, de leur nombril et de ses tribulations, de leurs problèmes de coucheries en milieu bourgeois et libertaire sexuellement et moralement parlant, et finalement ne s'intéressent que médiocrement au monde qui les entoure excepté pour des participations à des causes qui ne font pas trop de mal au cervelet et qui font plaisir à annoner entre la poire et le fromage pour se donner une contenance.

    Don DeLillo, quant à lui parle toujours de lui également en un sens, tous les écrivains partent de ce matériau qui est eux-mêmes, mais son propos devient universel, et d'une lucidité que l'on aimerait retrouver chez d'autres littérateurs qui en reste à un niveau beaucoup plus plat comme s'ils avaient peur en perdant leurs illusions de perdre en somme leur innocence.

    Dans « Outremonde », il parvient à raconter des décennies d'histoire américaine dans un roman choral extrêmement densifié, sans asséner de jugements péremptoires, désigner des « bons » et des « méchants », ne voir que du noir et du blanc chez le pitoyable primate humain alors qu'il n'y a que du gris.

    Et ce universellement...

    Dans « Mao II », il montrait la vacuité des aspirations à l'heure d'un présent permanent imposé par tous les médias, dans lequel il y a peu de places pour les idéaux individuels, dans lequel l'individu de toutes façons n'existe plus perdu dans la masse informe des communautés diverses et variées auxquelles on le somme de s'attacher.

    Il écrit des livres denses qui ne moralisent pas, ne jugent mais qui décrivent simplement dans un style sans fioritures que d'aucuns appelleraient sec la société qui est malheureusement la nôtre, marquée par le spectacle et le commerce, ou la virtualisation de tout échange humain réel, et dans laquelle même la contestation fait partie du système spectaculaire, des « flash mobs » civiques aux rassemblements d'« indignés » déguisés qui utilisent les mêmes codes que ceux qu'ils prétendent combattre sans les remettre en question une seule seconde.

    Il utilise les codes de la littérature dite « de genre » (polars ou SF) pour cela, car ainsi que le rappelait Jean-Patrick Manchette dans ses fameuses « chroniques » sur le polar pour « Charlie Hebdo » (je parle de l'ancien pas du « Canard enchaîné » bobo actuel) c'est le meilleur moyen de détricoter les hypocrisies sévissant dans notre monde. Et de continuer aussi à écrire de la littérature qui ne soit pas qu'un alibi pour présenter une cause ou la mettre en scène.

    « Cosmopolis » suit donc l'errance sans but, dans sa « stretch limo » (sa limousine allongée) d'un « golden boy » de Wall Street, Eric Packer, qui a fait fortune grâce à une « start-up », son avidité, son absence totale de scrupules. Il paye sa réussite par sa déshumanisation, ne sachant plus ressentir quoi que ce soit, sachant très bien que sa vie n'a aucun sens. Il ne sait plus ce qu'il veut, possédant tout ce que la société hyper-matérialiste recommande d'avoir pour montrer sa réussite. Il vit dans l'immédiateté absolue, dans le délire de transparence totale de l'époque, subissant un toucher rectal dans sa voiture sous l’œil de ses

    Les « Gymnopédies » d'Erik Satie ne sont pour lui qu'une musique d'ascenseur, l'art ne lui sert que pour l'entretien de son hygiène mentale, du « coaching » intellectuel en quelque sorte qui le conforte dans sa situation.

    Il rencontre sa femme, une poétesse sans talent, qu'il n'aime pas, s'étant marié avec elle pour un nom et s'intégrer ainsi à la « bonne » société.

    Des manifestants déguisés en rats manquent de détruire sa voiture. Et vers le crépuscule, il se mêle à des participants à une « performance artistique » censée démontrer la perversité du capitalisme en montrant en les filmant en vidéo des centaines de corps nus étendus dans la rue, toutes choses qui participent du système dont il est un des profiteurs opportunistes.

    Il s'enrichit un peu plus encore et perd tout pendant la même journée.

    Bientôt, averti par son garde du corps, Torval, il apprend que quelqu'un rôde en ville pour le tuer. Il ressent enfin quelque chose face au danger, a envie de vivre ce moment seul, raison pour laquelle il tue Torval, se préparant à affronter son assassin face à face, après s'être enfin fait couper les cheveux dans un quartier déshérité et après avoir retrouvé un peu de lien avec le reste de l'humanité en ayant mangé un dernier repas avec le coiffeur et son chauffeur.

    Il rencontré enfin son éventuel meurtrier, Benno Levin, un déséquilibré pour qui les banques sont des édifices religieux, qui a parfaitement intégré tous les codes de la société spectaculaire lui, et qui explique ses actes de violence et ses meurtres sur des milliers de feuillets sans queue ni tête comme un certain Anders Breivik, ou un Mohammed Merah.

    Ci-dessous, la bande-annonce de l'adaptation par David Cronenberg et les trois premières « Gymnopédies »

  • Les indispensables poncifs au cinéma

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    Au sujet du livre « Tous les clichés du cinéma » de Philippe Mignaval paru chez Fetjaine...

    couverture empruntée sur ce site

    20160821.jpgEst-ce que l'on va voir un film « de genre » pour avoir des péripéties comme « dans la vie » ? Est-ce que l'on doit détester les clichés et les poncifs de ce style d’œuvres ? alors que c'est justement ce qui fait leur charme particulier, leur manière de jouer avec.

    Pour les critiques de cinéma distingués qui s'emmerdent avec élégance quand ils vont au cinéma, et ne voient que des chefs d’œuvres, c'est bien sûr de la « cinéphilie honteuse ». Pour les idéologues, les indignés, les combattants de grandes causes, les révolutionnaires de salon et les réactionnaires en charentaises, les concernés, les engagés graves et sérieux, c'est beaucoup trop futile pour être important. Toute activité culturelle considérée comme un divertissement est vouée aux gémonies, que ce soit la lecture de romans, ou le visionnage de films de fiction.

    Ou alors sont autorisés les livres et les films qui soutiennent la cause défendue, qui éduquent le peuple qui n'a surtout pas le droit de s'ouvrir à d'autres univers par le biais du cinéma, qui reste plus ou moins une attraction foraine.

    Ils ne comprendront jamais que c'est justement par cette cinéphilie dite honteuse que commence la vraie culture cinématographique car parfois au détour d'une série « B », d'un film noir ou fantastique à petit budget se cache une pépite, une merveille créative.

    Par exemple, juste après « Bad Taste », film « gore » débile à souhait, Peter Jackson a réalisé « Heavenly Creatures », merveille de sensibilité, et son « documenteur » sur un cinéaste néo-zélandais imaginaire, tout en finesse et humour délicat.

    Et il y a les authentiques « nanars », ces « mauvais films sympathiques » qui sont drôles à à peu près tous les degrés pour un authentique cinéphile. C'est souvent sur des « nanars », des « séries Z » ou réputées telles que de grands réalisateurs ont tout simplement appris leur art, ce qui leur a permis plus tard de réaliser des monuments du cinéma ; Scorcese, Brian de Palma par exemple, ou James Cameron qui ont commencé chez Roger Corman.

    Le nanar se déguste comme ces eskimos achetés à l'entracte dans les anciens cinémas et dont on savait très bien qu'ils étaient trop sucrés, et peu délicats comme plaisirs, il y a différentes catégories de « nanars » : le film de monstres en latex, les films de Stiveune Cigale, les films de kâraté, les films de gros n'avions, et d'autres plus ciblés, comme les films de vampires homosexuels étudiants de David De Coteau...

    Le petit livre « Tous les clichés du cinéma » recensent une bonne part de ceux-ci non pour s'en moquer mais avec tendresse et malice, son auteur ne les raille pas, il s'en amuse. Il y en a que tous les spectateurs connaissent :

    Ainsi le fait que les pistolets des cow-boys, et des policiers, dans les films américains, mais aussi français, tirent sans que l'on ait besoin de recharger de quarante à soixante balles, sauf au moment critique où il restera UNE balle au héros qui l'enverra quand même entre les deux yeux du méchant.

    Dans les films d'horreur, les personnages se séparent TOUJOURS pour rechercher un ami disparu mystérieusement, la sexualité y est punie atrocement par le « serial-killer/monstre/croquemitaine » du film, et il y a obligatoirement DEUX fins, à la première on croit le méchant mort, mais il n'en est rien, ce n'est qu'une ruse, il se relève, et là miracle, un comparse que l'on croyait lui aussi ayant passé l'arme à gauche le tue finalement.

    Un film de genre sans ces figures imposées n'est pas tout à fait aussi intéressant, même s'il s'agit de pervertir celles-ci pour en faire autre chose, ou les parodier comme dans les films des Z.A.Z (« Airplane », la série des « Naked Gun » etc...)

    Au cinéma, depuis quelques années, les polars, les films de Science-Fiction, voire même les films de super-héros se veulent plus réalistes, plus crédibles, moins fantaisistes, plus vraisemblables.

    Le cinéma ce n'est plus du « cinoche », on n'est pas là pour rigoler ou se détendre, ous s'évader, le héros a toujours de sacrés traumatismes psychologiques, il a une copine/amante aussi forte que lui, mais à la fin c'est toujours lui qui sauve le monde etc...

    Le nouveau « James Bond », comme dans la série des Jason Bourne, Daniel Craig, n'a quasiment plus de gadgets farfelus, quand il se blesse, il saigne, il a des sentiments, ce n'est pas qu'un porte-flingues, il est montré comme n'étant pas forcément invincible, ce qui n'empêche pas les invraisemblances comme dans les anciens films de la série :

    Quand Bond court sous le déluge des balles tirés par les méchants, il se protège en mettant une main au-dessus de sa tête, c'est toujours un conducteur de bolides hors-pair, et un athlète qui battrait facilement Usain Bolt au « 100 mètres » etc...

    Donc il est toujours aussi peu vraisemblable qu'avant, et alors ? Ce n'est pas ce qu'on lui demande, même si les histoires d'espions à rebours des « Bonderies » peuvent être aussi passionnantes, ainsi les films inspirés des histoires de Harry Palmer, l'anti James Bond.

    Les trois films de Christopher Nolan se veulent aussi vraisemblables, le plus proche possible de la réalité, tout en prenant la pose « auteurisante » alors que les péripéties du dernier opus par exemple ne le sont pas une seule seconde (à commencer par le fait que Bruce Wayne échappe à l'onde de choc d'une bombe nucléaire, ce qui n'a pas d'importance.

    Le spectateur sait très bien que ce qui se passe sur l'écran n'est pas vraiment réel, (dans le cas contraire c'est inquiétant, on me signale que des adolescents sont persuadés de l'existence du Marsupilami depuis le film de Chabat).

    Il manque des clichés dans le livre de Philippe Mignaval qui sont ceux que l'on croise constamment dans les films français dits d'auteur, réalisés par des personnes issues de l'élite (c'est elles qui le prétendent du moins), ceux qui mettent en scène des trentenaires adulescents de CSP ++ drôlement concernés par le monde qui les entoure, leurs histoires de coucherie, leur renouvellement du vaudeville bourgeois (la seule différence notable étant que l'amant dans le placard peut être du même sexe), des films souvent largement et lourdement politiquement didactiques, alors que parfois un petit film de zombies ou de morts vivants en dit beaucoup plus (cf : les films de Georges Romero.

  • (Re)lectures d'été 2 – Comics US et politique

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    En partant de « The Dark Knight rises » dont je n'allais pas faire la critique car cela a déjà été fait, et bien fait...

    Dans l'épisode précédent, l'auteur parlait d'un classique « sérieux » et son auteur qui l'était tout réputé tout autant : « And now something completely different » pour reprendre la formule des Monty Python.

    couverture de "Enfer blanc" prise ici

    abl24yydexetkg3hm8z2tqe3jip43.jpgOn peut aller voir un « blockbuster » estival en l'occurrence « The Dark Knight rises », détendant, palpitant et jouissif dans ses rebondissements et ses images, mélange de trois « comics », « Enfer blanc » de Berni Wrightson et Jim Starlin, « The Dark Knight » de Franck Miller, dont la narration à travers des écrans de télé est une satire de la société du spectacle, et « Knightfall », beaucoup moins intéressant que les deux premiers du fait en particulier de son trait bâclé, et aussi blockbuster pas bête du tout peut impliquer une -modeste- réflexion politique.

    On peut donc siroter un « Colonel » bien glacé à la terrasse d'un café ombragé, rêvasser en regardant les jambes des jolies filles qui passent, et avoir envie de développer sans dilettantisme de ces thèmes abordés dans le film de Christopher Nolan qui renvoie au fond dos à dos les idéologies dans un point de vue qui est presque celui d'un « anar de droite » au fond !

    Cette société dans laquelle nous vivons est inique, injuste, ignoble dans ses bases mêmes définies pourtant par des idéologues libéraux des XIXème et XXème siècles persuadés de l'irrévocable avance du progrès, et de faire le bien de l'Humanité fût-ce contre son gré.

    D'autres idéologues en ont fait la critique, parfois radicale. Le fait que certains aient eu une analyse et une méthodologie parfois pertinentes est indéniable, le problème étant que d'une analyse, ils sont souvent arrivés à une théorie globalisante sombrant bien vite dans l'arbitraire intellectuel.

    Ces idéologues, qu'ils soient d'un bord ou de l'autre, ont toujours été persuadé du bien que leurs idées apporteraient à l'humanité.

    Aucun n'a tenu compte de la nature humaine, pensant que comme leur utopie serait merveilleuse, les êtres humains seraient bien obligés de se laisser faire.

    Ce qui consiste à vouloir enfoncer des coins carrés dans des trous ronds la plupart du temps.

    Le film de Chris Nolan, par une réplique, décrit très bien l'iniquité de notre société, dans la scène de la Bourse quand Bane glisse à un « trader » qu'il vient en ce lieu car il y a plein d'argent à « se faire », à voler donc, sur le dos des plus précaires.

    Divers régimes politiques s'y sont essayés, ce qui a mené la plupart du temps à des massacres sans nom comme ceux que le révérend Blackfire commet dans « Enfer Blanc » dont il est le principal "méchant", qui avoue d'ailleurs à, tels la plupart finalement des leaders des différentes insurrections, dont Bane dans le film (où il est beaucoup moins ridicule que dans la BD, où il s'inspire des "super catcheurs" du cinéma Z mexicain, tel Santo).

    Celui-ci, qui n'est qu'un exécuteur des basses œuvres, ressemble à la fois à Ben Laden pour le côté chef religieux, à un Che Guevara iconique, à un seigneur de guerre se prétendant « révolutionnaires » qui s'octroie, avec leur assentiment (!), d'avoir droit de vie ou de mort sur ceux qui le suivent.

    Ils ont soif de sang, celui des plus innocents et des plus faibles en particulier, de massacres soit-disant salvateurs, et de rien d'autres.

    Quand on parcourt le Net, et les journaux, les courriers des lecteurs, les forums, on constate que ces idéologues socialisants ou libéraux ont encore beaucoup d'admirateurs et de fans, tous aussi coupés du réel les uns que les autres cela va sans dire, d'aucuns parmi eux théorisant sur leur solitude et leur manque, comme Fourier, vieux garçon rêvant de compagnie, qui dînait seul chaque soir, invente tout un système pour se consoler de son célibat.

    Visuel de "The dark Knight" de Franck Miller pris ici

    The-Dark-knight-de-retour-en-film-d-animation_portrait_w532.jpgLa plupart mettent leur idéologie favorite en avant surtout a-t-on l'impression du fait de leur rancœur, de leur ressentiment, de leurs complexes, de leurs frustrations essentiellement matérielles, ou de leur chagrin de n'être pas le génie qu'ils s'imaginent être

    C'est à l'instar de Bane et de la fille de Ras Al'Ghul dans « The Dark Knight rises », attention « spoiler » pour ceux qui n'ont pas vu le film, la rancœur, le ressentiment et la colère qui les mène à vanter ce qu'ils prétendent être l'insurrection, celle qui vient, selon eux, le problème étant que pour l'instant aucune date n'est fixée, et non le désir de justice et d'équité, sauf pour eux bien entendu.

    Une fois cette constatation de bon sens de départ faite quant à notre monde, il y a plusieurs réponses possibles : le cynisme, l'utopie, la révolution, l'acceptation, ce qui est le cas de la plupart des gens du troupeau et de vivre en être humain ses rapports avec son entourage, ses amis et relations.

  • Moravia et l'Ennui

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    Moravia, l'Ennui de ce monde étriqué, et le buste chasse-neige de Sophie Guillemin...

    Et un petit caillou blanc de plus.

    PS : Sophie Guillemin qui est aussi une excellente actrice...

  • Fahrenheit 451 2.0

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     Petit hommage à Ray Bradbury qui est mort mardi soir.

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    photo extraite de l'adaptation de "Fahrenheit 451" prise ici

    Dans le bus Montag regardait les gosses entre eux, les écoutait, et soupira encore une fois :

    fahrenheit451-3.jpgIls ne parlaient que du dernier modèle de téléphone portable, de leurs habits, de la dernière émission soit-disant téléréelle, soumis qu'ils étaient à la publicité, à la télévision et aux écrans omniprésents. Les écrans singeaient la vie, n'en montraient qu'un reflet flatteur, confortant les spectateurs dans leurs désirs étriqués et narcissiques, les incitant à ne pas rechercher autre chose, et à ne pas s'élever un tout petit peu plus.

    Ceux-ci étaient de plus en plus grands, envahissaient les murs, ce qui faisait la fierté des ménagères, de leurs maris, et de leur progéniture. Tous n'avaient de cesse d'acheter ou de faire tout pour pouvoir acheter la dernière babiole électronique à la mode, ou imposée comme telle.

    Plus jamais on ne voyait de bibliothèques dans les intérieurs montrés comme exemplaires. Les personnes en auraient conçu comme de la honte immédiate, celui qui sortait un livre gênait comme si la lecture, la rêverie aussi, étaient devenus des pratiques inavouables.

    Il n'y avait plus beaucoup de petits garçons pour rêver sur ce que cachait derrière ses décors une fête foraine, comme dans « l'Homme illustré » de Ray Bradbury, un des derniers grands rêveurs mélancoliques qui venaient de mourir, et quels secrets il pouvait bien y avoir derrière les tatouages de l'étrange « monsieur Loyal » juste à l'entrée.

    Il n'y avait plus tellement de rêveurs, comme dans les « Chroniques martiennes » pour imaginer les paysages poétiques et grandioses de Mars, ses habitants étranges, et les sentiments qu'y vivraient les explorateurs. Les gens ne sortaient pas du présent, et de ce qu'il considérait comme le réel, qui n'était au fond que la trivialité la plus basse, parfois le rêve, l'utopie, et aussi les cauchemars, sont bien plus tangibles.

     

    Il remarqua que leur vocabulaire se simplifiait de plus en plus en plus, vieux comme jeunes, ils parlaient comme les enfants sauvages qu'ils redevenaient un peu plus chaque seconde dans cette société bruyante mais creuse, toute en vacuité.

    Montag avait dans sa poche un vieux livre tout froissé, un exemplaire de poche de « Farenheit 451 » du même auteur que « l'Homme illustré », avec une illustration très colorée et un peu extravagante des années 70 dessus. Il songea aux partisans des livres électroniques, ils amassaient des dizaines de romans dans leurs appareils, mais ne se donnaient plus la peine de les lire.

    Certains avançaient même, peut-être pour justifier de futurs autodafés bien intentionnés, l'argument écologique.

    Ils oubliaient la plupart du temps qu'au développement des appareils électroniques correspondait un accroissement exponentiel de la paperasserie sous laquelle on se noierait bientôt.

    portrait de Bradbury Ray-Bradbury-8.jpgpris ici

    Et ils oubliaient qu'un livre a une histoire, qu'il correspond à un moment précis de la vie du lecteur, et que le livre vit avec son lecteur, que la littérature, comme tout art, comme toute création est par nature un enjeu existentiel.

    Dans ce roman, l'auteur décrivait exactement le même genre de comportement que les jeunes mais aussi les adultes adoptaient de plus en plus, les écouteurs perpétuellement vissés aux oreilles, incapables de se dégager de leur égocentrisme, replié dessus, dans l'impossibilité d'aller vers les autres.

    Des pompiers pyromanes y étaient chargés de brûler les livres, jugés responsables de tous les maux, et surtout dangereux pour la cohésion sociale, et l'allégeance réputée indispensable au système, cette allégeance que personne ne remettait finalement en cause, la plupart avait peur d'y perdre leur confort, et matériel, et intellectuel, même le premier diminuait progressivement depuis quelques années.

    Actuellement, se dit Montag, il n'y avait même pas besoin de pompiers, bientôt ce sont les gens eux-mêmes, dociles et soumis aux pires bêtises, qui les brûleraient eux-mêmes si on leur demandait de le faire, et ce sans sourciller.

    Le système se fabriquait lui-même des alibis depuis quelques temps déjà, il y avait deux ou trois chaînes de télévision prétendument culturelles que tout le monde prétendait regarder, mais qui restaient confidentielles, n'y étaient abordés que des thèmes qui n'intéressaient qu'une petite coterie de privilégiés, qui eux-mêmes croyaient bon de montrer du mépris pour ce qui restait de la culture en général.

    Et même parfois, la télévision montrait des épisodes d'une vieille série, « la Quatrième Dimension », dont certaines histoires avaient été écrites par Ray Bradbury lui-même, mais personne ne regardait, car c'était en « noir et blanc », voire sous-titré, toutes choses qui demandaient un effort, ce dont le spectateur habituel de la télévision et des écrans omniprésents était devenu quasiment incapable.

    Montag se demandait ce que ferait ce spectateur si un jour les écrans s'éteignaient, ce qui pouvait tout à fait arriver. Montag enseignait les Lettres, il était heureux quand un élève se passionnait, en secret, sans le montrer devant les autres, pour un livre ou un auteur, il espérait toujours qu'il y en ait plus, mais son espérance s'amoindrissait avec le temps.

    Restait les rêves...

     Ci-dessous la bande-annonce de "la Foire des Ténèbres", adaptation de "l'Homme illustré" et de l'adaptation de "Chroniques martiennes" par Michael Anderson

  • Panégyrique des emmerdeuses

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    « Les femmes et le bordeaux, je crois que ce sont les deux seules raisons de survivre. »

    e912_480x270_-awi6d.jpgLa seule certitude que j’ai c’est d’être dans le doute – Pierre Desproges, Éditions du Seuil

    image prise ici

    « Misogynie à part, le sage avait raison :

    Il y a les emmerdantes, on en trouve à foison,

    En foule elles se pressent,

    Il y a les emmerdeuses, un peu plus raffinées,

    Et puis, très nettement au-dessus du panier,

    Y a les emmerderesses... » - Georges Brassens, « Misogynie à part »

    Sur un site participatif, un intervenant prétend que les hommes préfèrent les femmes idiotes, les imbéciles peut-être, qui ont peur de se sentir mis en danger par les filles intelligentes, mais je reste persuadé que ce qui fait tout le charme d'une dame ou d'une demoiselle tient justement autant à son joli minois qu'au contenu de sa cervelle.

    J'ai décidé de faire mon « coming out » et de le dire tout de go sans me cacher, j'aime les emmerdeuses, pas n'importe lesquelles me dira-t-on, mais je trouve que les emmerdeuses, à ne pas confondre avec les emmerderesses, ont plus de charme, plus de séduction et de conversation.

    Les modèles d'emmerdeuses charmantes et séduisantes sont légions dans le cinéma et la littérature, elles inspirent les auteurs :

    Calypso, qui ne sait pas ce qu'elle veut, Circé, une emmerdeuse dangereuse, Emma Bovary (à lire un excellent texte de Woody Allen où il rend hommage au personnage qu'il fait venir au XXIème siècle gràce à une armoire normande magique), la Sanseverina dans « la Chartreuse de Parme », Lolita, Audrey Hepburn dans « Breakfast at Tiffany's », Katherine Hepburn dans « African Queen », Ava Gardner dans en particulier « Mogambo », Marylin Monroe dans la plupart de ses films, excepté « The Mistfits » où John Huston et Arthur Miller font d'elle une emmerderesse, Annie Hall bien sûr, et presque toutes les héroïnes de Woody, sans oublier les emmerdeuses télévisuelles inoubliables (d'autres emmerdeuses étant nettement oubliables, comme Clara Sheller).

    Certainement, vais-je être taxé de misogynie par une emmerderesse ou l'autre mais qu'importe.

    Il y a deux sortes d'emmerderesse, la jolie, et la moche :

    La jolie pense que les hommes qui ne songent pas immédiatement à se jeter sur elles pour les violenter sont forcément homosexuels, l'emmerderesse jolie devient pénible à force, la moche pense que tous les hommes sont des salauds et d'affreux phallocrates, et non simplement, qu'elle dispose de peu d'atouts et d'atours.

    Il faut dire que la frontière est très mince entre l'emmerdeuse et l'emmerderesse, l'emmerderesse en est généralement, comme beaucoup de pauvres petites filles riches, à sa quinzième année de thérapie, pour tenter une typologie, elle a un problème avec son complexe d'Électre et quelques névroses sous-jacentes et distinguées. Bien que sa mère se soit toujours conduite avec elle en copine, elle est en conflit ouvert avec et porte son père aux nues, ou bien l'inverse, toujours dans un drôle de rapport amour/haine à ses géniteurs.

    L'emmerderesse a l'univers qui tourne autour de son nombril, et de son égo, qui malgré tout ce qu'elle prétend, est considérable.

    La pauvre n'est pas aidée la plupart du temps par des parents qui après avoir « fait 68 » ont pensé pouvoir continuer à révolutionner les mœurs en couchant à droite à gauche sans culpabilité (surtout pas de culpabilité) et en remplaçant l'éducation et l'affection données auparavant à leur progéniture par un hyper-laxisme de bon aloi.

    Bien souvent, elle finit hyper-liftée et bronzée été comme hiver, au bras d'un type plus vieux qu'elle qui a du pognon en masse qui sait très bien à quoi s'en tenir sur les sentiments de sa femme, ou d'une autre femme (soyons moderne) autoritaire et paternelle avec elle, ce qui lui permet alors de se mettre en valeur de se réclamer du nadir du progrès des consciences.

    L'emmerdeuse n'a pas autant de problèmes psychologiques, au fond elle profite souvent abusivement de sa position de jolie femme, et, ou, de son charme.

    Ainsi, comme elle sait qu'on lui pardonne aisément, elle arrive systématiquement en retard aux rendez-vous, quand elle propose à l'homme de l'accompagner, ce n'est pas seulement pour demander son avis au mâle, c'est surtout pour qu'il se laisse convaincre de porter les paquets sans râler, car tout un après-midi dans les magasins finit par faire lourd dans les bras. Elle est tout le temps en plein régime, ou du moins elle « fait attention », et pourtant quand elle a des envies gourmandes, elle cède immédiatement.

    Tout ce qui fait pourquoi l'homme l'aime en définitive, cette addition de petits -tout petits- défauts.

  • Recettes de bonheur égoïste

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    « Le monde est peuplé d'imbéciles qui se battent contre des demeurés pour sauvegarder une société absurde »

    dialogue de Jean Yanne dans « Moi y'en a vouloir des sous »

    affiche prise ici

    1824385539.jpgNotre époque est très paradoxale, d'un côté elle prône la liberté totale de l'expression des idées, des sentiments, des buts de vie, met en avant un hédonisme de supermarché poussé à son paroxysme, et de l'autre il n'y a jamais eu autant de donneurs de leçons de sens et de bons sentiments, de recettes réputées immanquables, tel Frédéric Lenoir et « l'âme du monde » pour réussir sa vie et lui donner un sens en se basant sur un syncrétisme superficiel qui arrange car il ne fait qu'encourager la tendance actuelle des personnes au narcissisme :

    Deux doigts de sentimentalisme, quelques doses de clichés sur le bouddhisme, le yoga, et la méditation, un peu de larmes de crocodiles sur les pauvres et les étrangers, (qui sont toujours les pauvres et les étrangers lointains, ceux qui sont sur le seuil de l'immeuble ou de la maison, on n'en a que faire), un zeste de développement durable et quelques achats dits « équitables », et beaucoup d'individualisme égoïste et sans culpabilité, surtout pas de culpabilité, ce qui est la plus grande peur du bourgeois et petit bourgeois actuel, qui croient pouvoir s'acheter une conscience en donnant une fois par an pour les « chtits gnenfants » myopathes, les « chtits gnenfants » du Tiers Monde, et en lisant en hiver deux ou trois articles sur les pauvres qui meurent dans la rue (pas en été s'il faut en croire les médias), etc...

    Mélangez bien, même si c'est un peu fade, ça conviendra.

    La spiritualité n'engage à rien, ne force à aucune exigence intellectuelle de réflexion et d'introspection, c'est juste une gymnastique mentale favorisant une hygiène de vie personnelle aux yeux de ceux qui la pratiquent, sans aucun souci de ce que cela devrait impliquer de sens de l'autre.

    Ce qui est pratique pour les personnes médiocres ou n'ayant pas beaucoup de capacités intellectuelles est que le coaching de vie de ce genre est une aubaine, tout le monde peut s'improviser « coach spirituel », il suffit d'énoncer quelques lieux communs psychologisants d'un air convaincu et le tour est joué.

    Cette pseudo recherche de sens se double d'un désir apparent de moralisation de la vie publique et de la société dans son ensemble, procédant d'une morale étroite, vaguement humanitariste, procédant très lointainement des admirateurs révolutionnaires de la Vertu républicaine, ce qui consiste surtout aujourd'hui en quelques clichés et lieux communs tout en évidences commodes :

    La violence c'est mal, le racisme c'est pas bien, les dictateurs, ils sont méchants, les catholiques sont intégristes s'il leur prend de s'exprimer, et être bourgeois et matériellement favorisés, c'est un sentiment et non un état de fait objectif.

    Et Bernanos dans cette phrase, tirée de « la France contre les robots », le résume bien :

    « Il y a du mérite à penser. Un plus grand mérite encore à bien penser. Là où le Bien-Pensant prête à rire, c’est qu’il ne tient que de lui-même ce brevet du Bien-Penser. Comme le Mondain, son frère frivole, déclare avec un irrésistible mouvement du menton que "ça ne se fait pas", lui décide que "ça ne se pense pas" et reste perché sur cette affirmation sans preuves avec la gravité du condor sur la plus haute cime des Andes. »

    Bien sûr, quant à ce désir de morale, ce qui compte surtout, ce ne sont pas vraiment les idées mais la posture et les faux semblants, l'image que l'on donne de soi même si cette image est fausse.

    Sarkozy n'avait pas compris ce désir apparent de moralisation de la vie politique et il a multiplié les symboles mauvais aux yeux du pékin moyen, n'a finalement pas réfléchi aux conséquences en allant au « Fouquet's », qui n'a plus rien d'un lieu honorable ou chic d'ailleurs, on y trouve surtout des retraitées tirées (liftées veux-je dire) et des touristes japonais, sur le yacht de Bolloré.

    Le nouveau président a parfaitement compris que les symboles singeant la moralisation étaient fondamentaux, même si tout le monde sait que cela lui arrive de manger de temps en temps chez « le Laurent », bien plus « sélect », avec BHL le philosophe « low cost ».

    Tous oublient la plupart du temps que la morale en politique n'a aucun sens, et surtout ce qui en tient actuellement, cette bouillie tiède suraffective consistant surtout en divers indignations qui ne mènent à rien de concret. Un politique peut très bien ne pas du tout se conformer à celle-ci et faire beaucoup plus de bien à son pays qu'un bon apôtre aux discours lénifiants.

    L'enfer est pavé de bonnes intentions, actuellement on se contente d'une politique très affective, totalement irrationnelle, une indignation qui ne mène à rien.

    C'est bien gentil de dire, les dictateurs y sont méchants, ça satisfait l'égo, mais après ?

    On fait quoi ?

    Je me souviens de personnes bien intentionnées en Palestine qui venaient jouer aux cow boys et aux indiens, et qui après avoir bien bouté le feu sous la cendre rentraient bien tranquillement dans leurs pénates sans aucune culpabilité et aucun remords de leurs actions entrainant un peu plus de violence et de haine.


    Le bonheur! par LisaGirls

  • De Kerouac et quelques platitudes

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    « Qu'est-ce que ça peut faire, où on vous met quand vous êtes mort? Dans un puisard dégueulasse ou dans un mausolée de marbre au sommet d'une grande colline? Vous êtes mort, vous dormez du grand sommeil... vous vous en foutez, de ces choses-là... le pétrole, l'eau, c'est de l'air et du vent pour vous... »

    (Raymond Chandler - « Le Grand Sommeil », 1939)

    littérature, déboulonnage d'idoles, Amérique, politique, sociétéJ'échange sans problèmes tous les écrits de Kerouac qui font pâle figure en miroir de ces quelques lignes.

    Kerouac, le premier de la « Beat Generation » (voir photo ci-contre) et le créateur du terme, revient à la mode avec le film inspiré de son roman « Sur la Route », réalisé par Walter Salles caution « auteurisante » du projet, présenté à Cannes dans lequel jouent une ou deux vedettes pour jeunes, faisant là leur premier film sérieux pour les critiques, et produit par Coppola.

    C'est logique au fond. Notre société est à la fois fascinée par sa propre destruction et ses rebelles, des rebelles qui permettent de se trouver des alibis d'égrener quelques platitudes certes sympathiques, fraîches, mais des platitudes tout de même.

    A notre époque où le jeunisme est roi, et l'adulescent, et sa crise post-pubertaire qui dure quasiment toute sa vie, le roi du monde, devenir adulte considéré comme une malédiction, bien sûr, je vais passer pour un méchant à dire ça, mais qu'importe, Kerouac est en plein dans les préjugés rythmant les opinions dans le vent encore en 2012.

    Tout adolescent ou adulescent qui ne balance pas une ou deux de ce genre de platitudes est considéré comme grégaire et conformiste alors que c'est plutôt l'inverse.

    Les transgressions décrites dans son livre paraissent maintenant bien fades dans une société où les interdits moraux ont à peu près tous disparu car ils entravent la consommation des choses et des corps.

    Greil Marcus le dit aussi dans « Lipstick Traces », l'anarchie que réclame les punks, la libération des désirs que demande à hauts cris les rebelles « beatniks » ou Rock, le tout sert surtout le pouvoir des marchés et leur mainmise, tout ce qui incite à un individualisme forcené et surtout narcissique étant bon à prendre.

    Ce qui est à noter est que même si elle paraît apparemment plus libre, au fond la société américaine actuelle (tout comme l'occidentale dans son ensemble) est aussi puritaine qu'à l'époque de la rédaction du roman, tout le monde pouvant donner libre cours à l'assouvissement de ses pulsions à condition de laisser le voisin tranquille et de le faire en cercle fermé.

    En 2012, les adolescents américains en passe de devenir adultes sont rares à partir sur les routes « like a hobo » (dont le personnage principal du livre partage l'existence, un « hobo » étant un travailleur manuel nomade, après la Crise de 29, qui vend sa force de travail dans les villes qu'il traverse) mais la plupart s'adonnent aux mêmes plaisirs que les personnages de Kerouac pendant les « Springbreaks » et autres fêtes défouloirs permises par le système pour que les jeunes évacuent tout le poids de l'allégeance que par ailleurs ils accordent sans se poser de questions à la société telle qu'elle est.

    La société libérale-libertaire actuelle est juste un tout petit plus hypocrite en somme.

    J'ai lu Kerouac il y a longtemps, ce n'est pas l'auteur de la « Beat Generation » qui est le plus intéressant littérairement, et au fond le plus transgressif contrairement à William Burroughs, « Old Bull Lee » dans « Sur la route ». Allen Ginsberg, Carlo Marx dans le livre.

    Curieusement, la « transgression » des tabous de Kerouac s'arrête à raconter ce qui l'aurait été vraiment, en son temps, à savoir ses penchants homosexuels, ce qu'ont fait Ginsberg et Burroughs, le second plus finement que le premier pour qui ça a consisté à réciter des vers de mirlitons de sa composition en sautillant tout nu devant un public acquis pour peu que l'on fasse un peu d'épate-bourgeois, et sombrer vers la fin dans un mysticisme syncrétisant.

    (Rien que le fait d'imaginer la scène et le ballotement de certaines parties de son anatomie rend cela d'un coup beaucoup moins romanesque et révolté).

    Il y a toute la mythologie autour de l'écriture du roman, rédigé quasiment au fil de la plume sur un gigantesque rouleau de papier pour ne pas perdre un instant de l'inspiration jaillissante de Kerouac qui aurait écrit comme en transe, ce qui a fait croire à de nombreux jeunes auteurs en herbe qui ont suivi que leurs écrits étaient forcément géniaux ou intéressants car d'un premier jet réputé plus inspiré.

    Je suis toujours un peu gêné devant cette légende qui finalement correspond au cliché petit bourgeois sur la littérature qui ne serait pas vraiment un travail de longue haleine, mais forcément un divertissement d'inadaptés sociaux, et surtout pas un enjeu existentiel qui implique un rien d'exigence voire d'ascèse.

    D'ailleurs, Kerouac fût obligé de retravailler son manuscrit pour qu'il soit édité. Il se remit pas vraiment de l'énorme succès de son livre.

    A partir de là, devenu rebelle officiel -riche- et célèbre, icône du grand Barnum spectaculaire, il finit par se tourner vers le bouddhisme, un bouddhisme de mode, considéré plus sous l'angle de la gymnastique mentale personnelle, du « coaching » en somme que comme une véritable spiritualité.

    N'importe quel trader, n'importe quel jeune diplômé, petit employé, bureaucrate grisaillant, a souvent rêvé de laisser tout tomber, d'aller jouer de la guitare tout nu au bord de la mer, et de partir sur la route comme Sal Paradise et Dean, les héros du livre. Bien sûr, une fois le rêve passé, ils n'y donnent jamais corps, et se donnent des excuses, des alibis.

    Il existe des livres et auteurs américains sur l'inadaptation beaucoup plus intéressants et mieux écrits que celui de Kerouac, plus radicaux, mais qui sont beaucoup moins souvent cités :

    « La Conjuration des imbéciles », roman picaresque, drôle, tragique, grotesque et profond, de John Kennedy Toole, grand écrivain hypersensible et persuadé d'être un raté qui a fini par se suicider, l'histoire d'Ignatius J. Reilly, et aussi « Au-dessous du Volcan » de Malcolm Lowry suivant les tribulations d'un consul alcoolique, mourant et désespérément amoureux, perdu dans les méandres de ses souvenirs et de ce qui le hante, chef-d'œuvre malade et passionnant aux ramifications allant beaucoup plus loin que celles de « Sur la Route ».

    Le consul pieds nus dans ses chaussures essaie de faire bonne mesure du mieux qu'il peut, mais l'amour de sa femme, l'impossibilité de l'amour fou symbolisée par le roc de la "Despedida" se rappellent sans cesse à lui jusqu'à la fin.

    Dans le livre, j’ai goûté au mescal grâce au consul et avec lui on découvre que l’amour passionnel est une illusion impossible, un leurre qui fait que deux personnes croient qu’elles se donnent alors que bien souvent elles essaient de contempler un reflet chez l'autre. L’écriture de Lowry est prenante d'un bout à l'autre. Les imbéciles et les esprits étriqués (pléonasme) n'y verront que l'histoire d'un alcoolique. Le consul, considéré comme un raté, a l'avantage majeur de savoir que tout n'est qu'apparence.

    littérature, déboulonnage d'idoles, Amérique, politique, sociétéEnfin, puisqu'il est question de littérature éthylique, citons Bukovski. (voir photo ci-contre)

    La misère mène toujours à un voyage au bout de la nuit, au bout d'un tunnel, sans fin, parsemé d'archanges grotesques, d'anges du bizarre, d'alcool, de bitures et de destruction, de filles dont ils tombent toujours amoureux aussi vite qu'ils les quittent. Ce livre, composé de fragments de tous ses livres, romans et poèmes, explique pourquoi l'auteur a vécu le tout, l'origine du tout est son enfance comme beaucoup d'autres grands brûlés de l'existence. Loin de la littérature trop polie, trop honnête, Bukowski ne fait que montrer sa misère, mais la vraie misère.

    Il est aussi à mi-chemin entre Céline et Dostoïevski convaincu des faiblesses de l'humaine nature et sachant également que le plus important est ce que l'autre donne, ce qu'il apporte.

    On pourrait s'arrêter à cela et sombrer dans le pathos et le cliché de l'écrivain en dérive, du génie méconnu trop longtemps parce que trop original ; c'est l'argument massue de tous les minables qui cherchent absolument le succès ou la célébrité, rechercher cette célébrité le plus souvent même pour du rien, du néant, de la vacuité intersidérale, parce que comme on ne croit en rien d'autres, ça donne l'impression de survivre après le retour à la glèbe après la mort, ceci que le cercueil soit plaqué or ou pas. Bukovski se fout des idéologies et de l'engagement, il sait très bien que c'est souvent une mascarade, une farce macabre.

  • Audiard par l'exemple

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    Aussi chez les gonzes d'Agoravox

    à propos de "Le petit Audiard illustré par l'exemple" aux éditions « Nouveau Monde »

    « C'est pas parce qu'on a rien à dire qu'il faut fermer sa gueule. 

    (titre d'un film d'Audiard qui en réalisé quelques uns, pas honteux, mais ce n'est pas la partie la plus glorieuse de sa carrière).

    image empruntée ici

    7741224042_le-petit-audiard-illustre-par-l-exemple-aux-editions-nouveau-monde.jpgEn vacances, môme, je me détends, mais je me détends sainement, je ne peigne pas la girafe à longueur de journée, je lis des livres instructifs, pas des romans de clampins qui parlent de lofts géants à Manatane ou San Francisco, des dictionnaires, parfaitement monsieur, et celui qui rassemble les mots employés par Audiard dans tous ses films, un ouvrage essentiel, pas un bouquin à laisser trainer sur la table basse pour épater bobonne et les voisins et se prendre pour « l'homme du XXème siècle » (on apprend dans le dicmuche d'après Audiard que c'était un jeu télévisé des années 60 très populaire, quand je vous disais que l'on s'instruisait en le lisant), non un livre à lire absolument, qui a le mérite aussi d'éloigner de l'esprit de sérieux sévissant en ce moment.

    Je préfère ce dictionnaire au livre « souvenir » sur les « Tontons Flingueurs » sorti il y a peu, guère épais sur le contenu.

    L'époque est au suif, à l'arsouillage des cervelles, la dérision, l'humour, l'irrévérence, au placard tout ça, il n'y a que le turf qui compte, le turf pour consommer, même si au final c'est toujours les mêmes qui nous mettent quelques coups de lattes dans l'oigne. Il faut croire que le bourgeois, le peuple, le berger et sa bergère en redemandent puisque le numéro fait de l'effet à chaque fois. Il paraît que c'est normal de se prendre au sérieux en temps de crise nous disent les mignons dans les salons, parce que l'heure est grave mes frères.

    Ils n'ont pas l'air d'entraver le fait que c'est justement maintenant que la dérision et une certaine légèreté deviennent un peu plus indispensables.

    A propos de l'époque, il disait d'ailleurs « On est gouvernés par des lascars qui fixent le prix de la betterave et qui ne sauraient pas faire pousser des radis. » (de Michel Audiard dans « le Président »).

    Attention, nuance immédiate, maintenant, un cave qui dit des gros mots en faisant des gestes et en affecta nt l'accent parisien croie qu'immédiatement il peut se la jouer affrancheman, titi original, mecqueton digne de ce nom, alors qu'au bout du compte il fait surtout salingue. Ils étaient déjà nombreux au temps de Félix Faure, le regretté président comme on aurait aimé en avoir plus, les beaux messieurs à chapeau-claque à se donner l'allure gigolpince alors qu'au mieux ils n'auraient fait illusion qu'au couvent des oiseaux à la rigueur, le genre de bouic cossu où l'on élève de la gironde qui cache bien son jeu, on me rétorquera.

    Audiard ne fait pas que mettre de l'argot dans les films français, il a des références littéraires solides, des classiques à Céline sans oublier Marcel Aymé, ce qui fait plaisir à mézigue, soit dit en passant. Il ne fait pas dans la facilité, je vais encore scier la rondelle à mes lecteurs en parlant comme un milord qui fait des conférences mais Audiard a le style « tel le papier qui colle à la bouche » ainsi que disait le gonze Montaigne qui était du genre aristo, mais pas crade.

    Les films réalisés par Michel Audiard du strict point de vue de la réalisation, c'est du « j'm'en foutisme » total et assumé, la caméra est placée n'importe où, il y a des intermèdes plus BD que ciné, des faux raccords, des acteurs en roue libre de cabotiner car le môme Audiard aimait tellement ses potes acteurs qu'il n'osait pas les brider.

    Et finalement au bout du compte c'est quand même moins pénible qu'un Lelouch (pénible et Lelouch, pléonasme je sais) et moins lourdingue que tous ceux qui se sentent obligé de nous vendre leur catéchisme personnel dés qu'ils filment quelque chose.

    C'est difficile d'avoir autre chose que de la tendresse pour « Comment réussir quand on est con et pleurnichard », et « Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas...mais elle cause » où Annie Girardot est bonniche chez un caissier de banque vicieux, autre pléonasme (le caissier visqueux est joué par Blier), où Sim joue un ecclésiastique éducateur de jeunes banlieusards qui finance les vacances de ces derniers en se travestissant tous les soirs en libellule.

    La bonniche finit par réaliser son rêve et se faire passer pour une grande dame sur la côte. Parmi les vieilles perruches embagouzées

    Mon préféré, c'est mon opinion et je la partage, reste cependant « Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages » où la gouaille de Marlène Jobert, mais pas que, est ma foi très séduisante et le délire du film réjouissant.

    Un mélange improbable entre une bande-dessinée psychédélique et un film noir.

  • Les humoristes français actuels sont-ils vulgaires ?

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    Déjà sur Agoravox 

    Pendant très longtemps, je n'ai pas regardé les émissions des Monty Pythons, ou leurs films, par esprit de contradiction, je suppose.

    image prise ici

    sillywalks.jpgEn effet, tous les beaux esprits, les arbitres des élégances morales et politiques en chantaient tellement les louanges que ça avait fini par me dégoûter, car quand j'observais ces belles consciences face à l'écran regarder d'un air sinistre « Dead parrot », « Holy Grail », « Ministry of silly walks », écouter « Lumberjack song », ou les ritournelles de « The meaning of life », les commentant d'un air docte et sombre, ça n'incitait pas à la franche rigolade.

     En France, le rire c'est mal, ce n'est pas bien de rire, la dérision est un grave péché aux yeux des braves gens qui n'aiment pas que l'on tourne en dérision leurs certitudes stupides, je ne parle pas ici de la pseudo-dérision à la mode qui au font ne change rien, consistant à se moquer platement des personnes en somme, ou qui fait dans l'humour politique sottement partisan (voir l'article excellent de « Marianne » sur la question).

     Les pseudo arbitres des élégances morales z-et politiques détestent également la dérision, car elle remet en cause le rôle de phares de sagesse et d'éducation de l'humanité qu'ils se sont arrogés en toute humilité.

    Cependant, les ayant redécouvert plus tard, je suis tombé en extase, ou quasiment, devant cet humour absurde et totalement délirant, ne respectant rien ni personne y compris les beaux esprits comme dans le sketch sur la compétition de citations.

     L'humour anglais, quand il est bon, doté de cette faculté extraordinaire qu'est le sens de la dérision, ou « understatement » (car comme le dit Jules Renard : « Bienheureux ceux qui savent rire d'eux mêmes ils n'ont pas fini de s'amuser »), se rit de l'absurdité de l'existence et des vanités, se moque des prétentions et de la nullité des aspirations médiocres.

     Ce genre de dérision en France, il n'y eut guère, pour les plus brillants, que Eugène Ionesco, Alexandre Vialatte, Jules Renard ou Marcel Aymé pour le pratiquer en littérature, Desproges comme humoriste, Roland Topor, ou Zouc (voir sketch ci-dessous), voire un belge comme Benoît Poolvaerde, mais pour les belges, l'humour un peu plus surréaliste c'est facile car l'ambiance de leur pays l'est en elle-même, Jacques Tati et aussi Pierre Étaix que l'on oublie toujours, au cinéma.

     L'humour français dans le même temps, comme disait Desproges, parle de ma belle-mère et fait toujours dans le Vermot « avec des poils » autour, au mieux, restant bloqué la plupart du temps au stade sado-anal, pipicaca, prout, tout ça.

     Comme le dit John Cleese :

     « French humour is more funny than a tumour »

     Soyons bien clairs tout de suite, je ne suis pas exactement du genre ancien pensionnaire du « couvent des oiseaux », je n'ai rien contre un peu de gouaille, de la verdeur de langage, voire même d'être carrément gaulois ou vulgaire mais pas grossier, cependant dans le cas présent, les humoristes français actuels ne sont pas carrément vulgaires mais lourdement vulgaires, non pas chaussés de gros sabots mais de semelles orthopédiques.

     Ils sont le reflet de leur époque, qui trouve drôle qu'un beauf satisfait, (c'est le personnage, nous prévient-on), raconte sa vie de beauf satisfait pendant une heure et demie, il faut lui pardonner car en plus il est tellement émouvant, selon la formule consacrée.

     Et puis il est tellement simple.

     Le spectateur parfois crétin lambda aime bien ça, car en plus il comprend tout. Il n'y a pas besoin qu'on lui explique car il n'aime pas ça réfléchir.

     Il ne se sent pas largué, et comme il a très peur aussi que l'humour en face remette en question son confort intellectuel, ça le rassure, rentré chez lui il pourra se remettre à penser en droite ligne du troupeau sans aucun souci ni scrupules. Il aime bien les plaisanteries bien grasses et bien lourdes qui ne font pas mal au cerveau, et en être conforté dans ses faiblesses.

    Ci-dessous le sketch de Zouc "le téléphone" et  "Ministry of silly walks" des Monty Pythons


    Ministry of silly walks - Monty Python par oOps-oOps

  • Marilyn, victime expiatoire des fantasmes sur celluloïd

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    à propos de « My week with Marilyn », film marilynmonroe-0418a-5_980-616019a36.jpgde Simon Curtis

    Aussi sur Agoravox

    photo de Milton Greene, d'une des "black sessions" prise ici

    Je sors de voir ce film qui raconte huit jours de romance que Marilyn auraient vécu avec Colin Clark, jeune assistant de Lawrence Olivier, devenu ensuite documentariste et écrivain, lors du tournage mouvementé, comme tous les tournages avec Marilyn de « The prince and the showgirl », premier film produit par Marilyn elle-même qui voulait échapper à la tutelle de Darryl Zanuck, un autre des génies fous du cinéma, et de la Fox à qui elle devait encore quelques apparitions dans des films anodins où on lui demandait d'être juste sexy.

    Son nom dit forcément quelque chose aux cinéphiles car il participa aussi au renouveau du cinéma britannique dans les années 80, après les jeunes gens en colère de la nouvelle vague anglaise des années 70, du « Free cinema » emmenés par Laurie Anderson.

    Je reste un rien dubitatif cependant sur « My week with Marilyn », car la plupart du temps, ces moments où la star est censée vivre une brève rencontre avec le jeune homme sonnent faux, que ce soit les grandes déclarations que son personnage lance, qui sont trop belles pour être vraies, ou ce que lui répond la blonde la plus célèbre du cinéma.

    Ce long métrage a aussi le défaut d'être très scolaire, et tellement appliqué dans sa réalisation, les acteurs portent tous des costumes sans un faux pli, les rues sont d'une propreté remarquable et les passants vraiment très discrets et bien élevés.

    Par contre, les moments qui parlent de la création cinématographique pure, la différence entre jouer la comédie au cinéma ou sur les planches, le jeu instinctif de Marilyn, naturellement douée pour la comédie, qui par manque de confiance écoutait comme parole d'évangile les sottises pseudo-intellectuelles de Lee et Paula Strasberg qui la bridait plus qu'autre chose, comme on peut le voir dans « Bus Stop », réalisé par Joshuah Logan ou la fameuse « méthode » suivie à la lettre par le réalisateur la rend presque mauvaise, éteinte, totalement artificielle.

    « Pourquoi ne pas simplement jouer ? » ainsi que demanda un jour Lawrence Olivier à Dustin Hoffman qui fut longtemps un autre partisan de « la Méthode ».

    affiche du film prise ici

    My-Week-With-Marilyn.jpgUne réplique du film dit sur l'entourage de la star tout ce qu'il y a à dire, son entourage de parasites bien ou mal intentionnés a profité d'elle et de son aura de Marilyn, « elle » comme elle disait, l'autre, celle qu'elle devenait devant les caméras. Marilyn était la victime expiatoire, l'agneau à l'abattoir de la machine à rêves, ne voulant pas la quitter car si elle était accro à divers médicaments, et à l'alcool, elle l'était aussi aux films qu'elle tournait, les meilleurs étant sans doute les deux tournés avec Billy Wilder, « Some like it hot », une comédie qui sait à être totalement amorale de manière guillerette, et « The seven year itch », où elle se moque de son image, le film étant cependant plus théatral, et celui où elle joue pour Howard Hawks, « Gentlemen prefer blondes », elle y est une croqueuse de diamants faussement naïve et un rien cynique que les bijoux rendent folle.

    L'exploitation de l'image de Marilyn a continué après sa mort, on ne compte pas les biographies sur elle, des plus mauvaises aux meilleures, la toute meilleure étant celle de Norman Mailer, ses « Mémoires imaginaires » de Marilyn, la moins bonnes étant celle de Donald Spotto, spécialiste des bios à l'américain, vaguement psychanalisante et basée sur des ragots, sur sa mort, sur ses liaisons, sur les papiers qu'elle a laissé, sur son suicide ou son assassinat, sur à peu près tout de son existence devenue totalement transparente. Norman Mailer et Arthur Miller, deux écrivains de talent, Milton Greene, celui qui l'a le mieux photographiée, dans les « black sessions », ont continué à construire leur célébrité sur son dos après sa mort.

    Le seul qui l'ait peut-être vraiment aimée c'est certainement Joe Di Maggio...

    C'est assez logique, les génies sont parfois aussi des salopards. A noter que « Blonde », la pavé « non-fiction/fiction » sur Marilyn, de Joyce Carrol Oates à l'intention dé départ certainement honorable se base sur un parti pris chichiteux et intellectualisant qui devient pénible à la longue, donnant un genre de Claude Simon américanisé.

    Pour revenir au film, le jeu de Michelle Williams qui joue Marilyn est tout bonnement remarquable, elle est sont personnage, quel dommage qu'on lui fasse dire des répliques manquant tellement de vérité.

    Elle rend toute la complexité de Marilyn qui excitait chez les hommes le complexe du chevalier blanc, l'alibi qu'ils se trouvaient pour justifier leur désir, qui aimait et détestait ça, qui aurait voulu être Norma Jean et qui aimait beaucoup, passionnément, être Marilyn. « La caméra l'aimait » disait de Marilyn son premier agent, Johnny Hyde, et on peut rajouter qu'elle aimait le cinéma en retour.

    A en mourir...

  • Caillou blanc du printemps

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    Sinon, toute cette agitation m'a fait oublier de déposer un petit caillou blanc de printemps le 21 mars...

    Rappelons ici ce qu'est un petit "caillou blanc"...

  • Sexe, cinéma et Rock and roll - les films musicaux des années 70 et du début des années 80

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    Patchouli, Glam rock et décadence aussi sur Agoravox

     Il y a quelques jours, zappant paresseusement sur la télévision, je suis tombé sur un feuilleton pour ados décérébrés, « Glee », un genre de « soap » adulescent musical qui plaît aussi à la communauté des « garçons sensibles », le genre de feuilletons superficiel que l’on aime bien aussi bien aux « Inrocks » qu’à « Closer ».

    image empruntée ici

    rhps.jpgLes personnages y interprétaient des chansons extraites de « The Rocky Horror Picture Show », ce film « culte » mythique, qui annonce le « glam rock », au sens premier du terme « culte » d’ailleurs à savoir une œuvre d’abord portée par des « aficionados », comme ceux qui vont le voir au Studio Galande à Paris depuis déjà quelques décennies, et qui font du film un véritable « happening » délirant.

     Les films dits « cultes » finissent ensuite par rencontrer leur public un peu plus tard.

     La plupart des paroles moralement gênantes ou politiquement incorrectes y étaient bien sûr censurées pour que le spectateur consommateur ne soit surtout pas dérangé par une scène qu’il pourrait trouver transgressive, ce qui risquerait de le tirer de son confort intellectuel.

    Dans le film, le professeur « Franck N’ Furter » est joué par Tim Curry. Le fait que la personne qui interprète « Sweet Transvetite » dans le film est un homme n’est pas gratuit, évidemment, ce n’est pas pour rien, dans la série niaise c’était une jeune fille, noire-américaine pour le côté « multicul », mais la chanson ne voulait plus dire grand-chose, c’est un peu la même expérience que regarder une chanteuse de salle de bains de la téléréalité chanter des textes de Barbara ou de Juliette Gréco qu’elle ne comprend pas.

    Les années 70 ont été une période faste pour différents films musicaux de tout style qui arrivaient à divertir sans pour autant oublier d’être adultes et intelligents :

    image prise ici

    44601912.jpgDe «Hair » à « Alice’s Restaurant » toutes ces œuvres fleurant bon le patchouli, certes, mais aussi la mort lente des jolies illusions des années 60 :

     Les guerres asiatiques, les massacres qu’elles entraînèrent, ne les tuèrent pas tout à fait, il fallut attendre le triomphe du fric, du cynisme au pouvoir et du narcissisme grandissant dans les années 80.

     A notre époque hyper-individualiste, les chansons de « Hair » ou d’Arlo Guthrie dans le deuxième film sus-cité paraissent bien naïves et utopistes alors que la préoccupation de la plupart des individus est de continuer à pouvoir consommer comme comme ils l’entendent, ou que leur nombril chéri soit mis en avant sous les feux des projecteurs, que ce soit dans les médias ou sur le réseau.

    Pourtant quand on regarde ces films, où l’esprit du « Summer of Love » jette ses derniers feux, on n’y voit aucune naïveté ou crédulité, simplement le désir que ce monde soit un petit peu plus agréable à vivre, sans pour autant se gorger d’indignations parfois hypocrites ou de haine envers toute contradiction.

    Phantom_Of_The_Paradise.jpgIl y a des films comme « Phantom of the Paradise » qui sortent des cadres, c’est un « film-somme » qui est en même temps un film d’épouvante, un polar, un film romantique, une comédie musicale qui tourne en dérision le genre comédie musicale, et une réflexion sur la société spectaculaire dans laquelle nous vivons, et un message d’amour à la littérature « de genre » tellement méprisée.

    Il faut se rappeler le final dantesque du film, le mariage ultra-médiatisé et grotesque de Swan, le magnat diabolique de l'industrie de l'« entertainement », le visage caché derrière un masque d’argent, Dorian Gray moderne et terrifiant, et de Phoenix, la chanteuse angélique, l’amour perdu du fantôme.

    Il y a à la même période un autre film qui n'est pas exactement musical mais qui marque son époque, et la nôtre, par sa bande originale « funk », qui est « Shaft », on parle moins de « Superfly », dont l'histoire est anecdotique et la réalisation mollassone, dont la musique annonce le style « pimp » (qui veut dire souteneur en argot), manteaux de fourrure, nombreuses bagues aux doigts, canne et talons hyper-compensés, et le « Crank » de nos jours, film plus « sale », moins lisse encore que « Shaft ». Dans « Superfly », le héros est un « maquereau » dealer à ses heures qui fait le bonheur et la prospérité de sa communauté en vendant de la drogue et en prostituant ses « sistas ».

    image empruntée ici

    vanpee_melv_sweetswee_101b.jpgLes puristes leur préfèreront les films de Melvin Van Peebles, plus pointus sur les choix musicaux, plus exigeant et cinématographiquement plus intéressants...

    Plus tard, des producteurs vénaux essaieront de rééditer le même genre de phénomène de société en lançant des films « disco » sans grand intérêt, dont un à la gloire des « Village People ». « Thanks God, it's Friday » relève un peu le genre, mais un tout petit peu.

    « Spinal Tap » de Rob Reiner, sorti en 1984 (comme le documenteur sur les « Rutles » tourné par Eric Idle en 1978, et un ou deux autres Monty Python ») tourne en dérision toute la fausse nostalgie que d’aucuns ont de cette époque qu’ils réduisent aux pantalons « pattes d’eph » et aux sous-pulls qui grattent, ou aux « baba-cool » qui prenaient une douche une fois tous les 36 du mois. « Spinal Tap » suit la tournée d’un groupe de Hard Rock fictif minable, mais dont les membres sont persuadés d’être des génies rebelles forcément incompris, des types déjà mûrs voire blets, dégarnis, qui sont restés bloqués à leur adolescence, des rêveurs aussi.

    Si ces deux films sont marqués par la dérision et la parodie, ne respectant pas la nostalgie ni rien d'autres, on peut être ému, tout en appréciant le genre des précédents films cités par « The Rose », qui raconte la All+that+jazz.jpgvie d'une chanteuse ressemblant beaucoup à Janis Joplin, beau film qui montre une femme libre, sensible, et brisée par trop d'alcool, de drogues et d'amours désastreuses.

    La fin du rêve sera plus évidente dans « All That Jazz » de Bob Fosse, sorti en 1979, qui suit le parcours d'un chorégraphe, cynique et désabusé sur son art, qui pour continuer à le pratiquer doit composer de plus en plus avec la publicité, des commanditaires incultes qui ne songent qu'au fric, et tout le grand cirque de la société spectaculaire.

    Il manque aux années 2000 un film musical qui marque son temps...

     Ci-dessous, des images et du son de "Rocky Horror picture Show", "The Rose", All that Jazz" et "Hair"...


    Rocky Horror Picture Show - Movie Trailer par Schutzengerl1205

  • La mort de Schoenderffer - l'honneur d'un cinéaste

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    On développe sur Agoravox

    Pierre Schoenderffer est mort, on parie qu'il n'y aura pas d'hommage grave et compassé à son oeuvre, dont on retient la plupart du temps surtout le côté "politiquement incorrect", encore un peu plus en cette année de commémoration des accords d'Evian.
    Rappelons que ces films ont été souvent produits par des producteurs de gauche et joués par des acteurs à l'inverse de ses convictions, les hommes libres on me dira se retrouvant toujours et arrivant toujours à dépasser ces frontières somme toutes imbéciles.
    C'est dommage car ces films sont aussi dans la droite ligne de ceux de John Huston et des livres de Joseph Conrad, exaltant ces hommes mélancoliques, qui sont chez lui souvent des "soldats perdus" d'Algérie ou d'Indochine, car ils savent que la liberté et l'honneur ne veulent pas dire grand-chose dans notre société.

    ci-dessous un extrait du "Crabe Tambour"


    Le Crabe-Tambour (1) par RioBravo

  • "Slaughterhouse 5"

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    Je viens de découvrir le livre et le film, étonnants, originaux, drôles, tragiques et dérisoires : Billy Pilgrim, un jeune américain, voyage entre le passé, le futur et son présent, et aussi sur une planète étrange, Tramalfadore où la sagesse des habitants tient en une phrase : "C'est la vie".

    Le "genre" réputé mineur de la Science Fiction en dira toujours plus que la plupart des pensums...


    Abattoir 5 - Bande-annonce [VO] par CinemotifTV

  • Pourquoi se priverait-on de jubiler avec "The Artist" ?

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    Jubilons aussi sur Agoravox

    Inutile de préciser que j'ai vu ce film en V.O...

     Après de longues semaines d’hésitation, je suis allé voir « The Artist », surtout après avoir lu des critiques tatillonnes ou l’on sent que le critique fait une moue dubitative, et aussi par esprit de contradiction face à l’enthousiasme général. Parfois, vouloir absolument sortir du rang n’est pas forcément un signe d’intelligence.

    Il faThe_Artist_reduite.jpgut être en fait malade du foie, bilieux, hargneux ou sacrément désabusé, pour ne pas jubiler devant ce film, qui s’il n’est pas un chef d’œuvre ; il manque cependant ce petit grain qui fait que certains films atteignent réellement au génie, est malgré tout un grand film, français, qui pour une fois ne nous narre pas par le menu les tribulations narcissiques de trentenaires adulescents et petits bourgeois couchant de droite et de gauche, ou celle du sempiternel flic fatigué et cynique que l’on nous ressert un peu trop depuis qu’Olivier Marchal écrit des scénarii.

    Mais pourquoi bouder donc son plaisir ?

    Et pourquoi donc rater une occasion d’être heureux devant un film ?

    Quand on aime le cinéma, ce qui est mon cas depuis que j’ai vu sur grand écran, (le cinéma se voit sur un véritable grand écran, s’il vous plaît), « Vingt-Mille lieues sous les mers » de Richard Fleischer à six ans, on y est durablement marqué par le « Nemo » de James Mason, j’aime profondément le cinéma.

    Et en plus, c’est une œuvre remplie de citations et références sur la culture cinéma, références qui ne sont pas pour faire joli mais qui se paient en plus le luxe de faire avancer l’histoire et qui témoignent à chaque fois combien ceux qui ont fait ce film aiment le cinéma, références qui je suis sûr ne t’auront pas échappé ami lecteur à l’œil exercé :

    Les films de Louise Brooks, les « girls » des Ziegfield Follies, « Helzappopin », les mimiques de Mary Pickford, les films de cape et d’épée de Douglas Fairbanks, le « Zorro » qu’il tourna, le pamplemousse de "Public Enemy", la maison de « Sunset Boulevard », les films de D.W Griffith etc...

    Le réalisateur avait déjà plus ou moins montré son amour ducinéma dans les deux « OSS 117 » qui sont éclairés et filmés avec amour par Eugène Schifman qui fut je le rappelle chef opérateur des derniers Renoir et de Max Ophuls, entre autres. Certains ont cru voir dans ce film un « filmage » télévisuel ignorant visiblement que l’on filmait avec les mêmes objectifs dans les années du « muet », époque à laquelle l’on s’interdisait les grands angles qui n’étant pas au point déformaient l’image.
    De plus, quand ces personnes qui font la fine bouche parlent de cinéma américain, ils sous-entendent son impérialisme, le fait que Michel Hazanavicius se serait dédit en somme.

    En particulier concernant ces années-là, ils oublient, ces esthètes de bazar, qu’ils parlent en fait de cinéma européen, en droite ligne de la « Mitteleuropa » précisément, où la pire sottise devint reine en 1933, la sottise la plus criminelle, celle qui massacre, et qui brûle aussi  des livres, qui interdit des films.

    Et je dis ça en tant que catholique, mais une œuvre, un film, un livre fût-il violemment blasphématoire ne doit jamais être interdit. Critiqué oui, mais c’est autre chose.  Et il ne faut pas oublier qu’un blasphémateur, un pêcheur comme Pasolini a tourné le plus beau film spirituel et mystique qui est « la Passion selon saint Mathieu »  

    Tous les grands cinéastes « américains », à de rares exceptions sont en effet allemands, tel Fritz Lang, autrichiens, comme Billy Wilder, qui fut danseur mondain à Berlin et grouillot à Vienne, ou Otto Preminger (la plupart juifs, sans doute des « sionistes »), ou Erich Von Stroheim dont le père était tailleur à Vienne, ayant dû ficher le camp d’Europe, français, italiens, comme Capra, et même grec comme Jules Dassin, auteur de remarquables films noirs etc...
    Mais visiblement, ces esthètes qui font la fine bouche ne connaissent pas vraiment l’histoire du cinéma…

    N’écoute pas les grincheux ami lecteur, va voir « The Artist ».

  • Les vaches sacrées du cinéma

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    la-nuit-1.jpg

    Déjà sur Agoravox

    Dédié à Madame Guichard, qui s'occupait du ciné club de la fac de Nanterre et du cinéma "le Denfert", un cinoche de quartier du genre disparu. Elle détestait les vaches sacrées et les adorations obligatoires., elle aimait le cinéma quoi..

    image tirée de "la Nuit Américaine" de Truffaul prise ici

    C'est une série de vacances que je continuerai, ou pas, sur « les vaches sacrées... ». Un peu de déboulonnage ne fait pas de mal, voire même un peu de mauvaise foi. Tant de déférence, tant de guimauve quand on parle du cinéma, que ce soit à la télévision, à la radio ou même sur le Net, où la plupart des sites y compris contributifs, sont là non pour faire connaître de nouveaux talents, mais pour faire vendre pour les films de ceux qui sont déjà installés, tout cela fait mal au cœur.

     Tant de bons sentiments monte au cœur et donne envie de rendre.. C'est sans cesse que l'on ressasse les mêmes films, que ce soit dans le registre snob et cinéphile de salon que dans le registre plus populaire.

     Un peu d'iconoclasme ne fera pas de mal, c'est en somme un article de salubrité publique !

    Bien sûr, j'entends déjà les remarques qui ne manqueront pas de fuser :

    « Mais pour qui se prend-il ?

    De quel droit critique-t-il des réalisateurs dont il n'a pas le talent ? ».

    La réponse est simple, bien sûr que j'ai un égo important, évidemment, sinon il me viendrait pas à l'idée d'écrire, mais si je me permets de desserrer un peu les boulons des statues des idoles du cinéma c'est aussi parce que je les aime passionnément, y compris dans leurs défauts.

    Le cinéma français en particulier, on l'a encore vu aux « Césars » où tout le monde s'aime tellement que c'est trop beau, le cinéma mondial en général souffre de plusieurs maux :

    Du fait de cette idée créée lors de la « Nouvelle Vague » du cinéma dit « d'auteur », encore un peu plus depuis que -ô joie indicible !- l'on peut poster des vidéos faites avec trois bouts de ficelle sur le net, les films dits « suédée », n'importe quel crétin venu peut s'imaginer devenir cinéaste révolutionnant cet art, n'importe quel pékin pense pouvoir s'improviser monteur, opérateur ou encore acteur, en s'affirmant « auteur ».

    Ce qu'oublie ces « auteurs » en devenir c'est d'ailleurs que les promoteurs de la « Nouvelle Vague » se sont hâtés d'oublier la plupart des principes absurdes qu'ils mettaient en avant pour tous ou presque, (par presque j'entends Godard qui réalise des films « dadaïstes »), revenir donc à un certain classicisme ou à un classicisme certain.

    La plupart des « auteurs en devenir » sont convaincus que pour que leurs films soient au moins vus il faut qu'ils soient obligatoirement « trash », sexuellement marquées ou se prétendent politiquement « rebelles » ou « subversifs » même si parfaitement « mainstream ». Raisonnant comme des créatifs de pub au bond ils pensent devoir « cibler » le thème de leur œuvre, son public, sa forme etc...

    S'affirmer « auteur » excuse tout...

    Alors que ce sont là des métiers qui ne s'improvisent pas, qui demandent du travail, du sang, de la sueur et des larmes. Et qu'avant de tourner des chefs d'œuvre des succès mondiaux il faut en passer parfois par des sériez Z comme James Cameron, (qui comme Coppola ou Scorcese ou Brian de Palma commence chez Roger Corman en filmant des zombies ou des fusées en carton-pâte qui atterrissent de traviole sur des planètes ringardes en toiles peintes), ou Peter Jackson, ou des boulots alimentaires, qu'il faut bien faire ses preuves.

    Bien sûr, les apprentis génies, forcément injustement méconnus, me répondront que dans leur cas ce n'est pas pareil, qu'eux ont réellement du talent; sont en dehors des normes et bien sûr des conventions (comme tous les génies des Carpates), sont vraiment doués pour ça mais que c'est une question de jours pour que l'univers tout entier le reconnaisse, que c'est la faute aux autres qui sont aveugles sur leur art.

    Alors que comme tout art, et contrairement à ce que l'on pense, le cinéma demande aussi de savoir faire preuve de modestie si ce n'est d'humilité quant à son travail de création, et parfois combien de films sont gâchés du fait de carence en modestie !

    Et que si le talent bien sûr est indispensable, là encore il nécessite de l'exigence, de la réflexion et ne naît pas « ex nihilo », et qu'un film est aussi la réunion de différentes personnes, une synthèse de créativités diverses, un travail collectif, où parfois un scénariste, un monteur, un chef opérateur peut aider le réalisateur à garder les pieds sur terre, ne pas s'emmêler les pinceaux et réfréner certaines pulsions pouvant le mener au grotesque ou à l'amphigourique.

    Quand Wong Kar Waï tourne « In th Mood for love », il le fait dans des conditions difficiles, est obligé de contourner les contraintes en inventant, en imaginant des formes nouvelles de cinéma. Son film plaît dans le monde entier, il tourne la « suite », « 2046 », où il dispose de plus d'argent, et où les producteur lui laissent la bride sur le cou. Résultat, sans personne pour le raisonner parfois, il se laisse aller à des scènes lourdement appuyées et symboliques.

    Si Billy Wilder ne s'était pas engueulé aussi souvent avec ses scénaristes, nous n'aurions pas les deux ou trois chefs d'œuvre du cinéma que cela a produit, si Fritz Lang n'avait pas été bridé dans ses budgets par ses producteurs américains, nous n'aurions pas eu plusieurs merveilles de films noirs loin très loin devant au fond « Métropolis » que tout le monde qualifie de monument du « Septième Art » sans l'avoir vu, et que si c'est un monument, il recèle surtout beaucoup de grandiloquence et de moments parfaitement ridicules, où l'on voit que Fritz Lang n'a pas su dire non à sa maîtresse de l'époque qui était aussi sa scénariste, à savoir Théa Von Arbou..

    Et que c'est quand les producteurs laissent faire Orson Welles qu'ils tournent des films qui sont là aussi et quand même de grands films, mais pas des monuments indépassables :

    « Citizen Kane » prétend par trop théoriser sur le cinéma, chaque plan ou presque se veut didactique, contrairement à « la Dame de Shanghaï » au départ considéré comme une « petite » série B par ses producteurs, les contraintes subies là par Orson l'ayant poussé à se surpasser, tout comme lorsqu'il films « le Procès » ou « Falstaff ».

    Le cinéma, pour plusieurs réalisateurs, souffre également du complexe du « chef d'œuvre », là encore un réalisateur qui tourne son premier film est persuadé qu'il est obligé de tourner quelque chose qui restera forcément dans les annales.

    image tirée de "Intervista" de Fellini prise ici

    intervista.jpgComme en plus il est souvent le fils d'un réalisateur qui a montré son talent, ou d'un producteur, et que la déférence actuelle et incompréhensible envers les « fils et filles de » semble suggérer qu'ils en ont aussi, et que le jeune réalisateur a entendu toute son enfance de gosse favorisé combien il est génial, beau, et intéressant, il foncera, parfois droit dans le mur, pourra éventuellement retourner un ou deux films ensuite en faisant marcher ses réseaux mais force restera au « business » de toutes façons, son « chef d'œuvre » se montant il est vrai surtout sur son nom de famille, ainsi si j'étais un mauvais sujet je citerai le nom de Justine Lévy) ce qui attire toujours des curieux pas forcément d'ailleurs bienveillants (si j'étais là encore un mauvais esprit, je citerai par exemple dans ce cas le nom de Louis Garrel).

    Et que comme il décide, et ceux qui l'accompagnent et le soutiennent lui affirment que tout ce qu'il fait est génial, ne nécessite ni remise en question, ni travail, ni quoi que ce soit, de toute manière il ne se posera même pas la question.

    Ci-desous, le "trailer" de "Ed Wood" de Tim Burton qui montre parfaitement ce qu'est la création au cinéma, pour les passionnés, qu'il soit réputé ringard Comme Ed Wood ou talentueux...

  • Petit salut à Ben Gazzara

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    Ben Gazzara est mort.

    C'était un acteur de polars, d'action et des films choraux de Cassavettes, chez qui il jouait des types un peu minables, mais humains, proches de nous quoi.

    C'était un type viril, sensible et intègre.

    Je l'avais découvert dans "Match pour la vie" un vieux feuilleton comme on n'en ferait plus où il jouait un héros fragile, désespéré et voulant vivre sa vie intensément jusqu'à la moindre seconde...

    La Faucheuse est une salope, les imbéciles, les vendus, les pourris, les médiocres meurent centenaires...

  • Les coups de pied au culte qui se perdent...

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    Aussi sur Agoravox on parle psychotronique

     « Hello You happy taxpayers !.. »

    jaquette.jpgLa première fois que j'ai entendu parler du « culte » c'est dans « Starfix », fameux journal de cinéma des années 80, entre « Mad Movies », avant que ce mensuel ne devienne une sorte de fanzine pour « nerd » sanguinaire aux pulsions violentes, et que toutes les signatures intéressantes en partent, et « Positif » pour le côté pointu et cultivé sur le sujet, ayant paru de 1984 à 1990.

     Dans cette revue très éclectique un journaliste n'aurait fait l'erreur de confondre Eugene O'Neil et Charles Lindbergh sur une photo de "Zelig" de Woody Allen comme le fait l'auteure du livre sur ce cinéaste aux éditions du "Monde" et des "Cahiers du cinéma", par exemple, entre autres erreurs grossières. Woody Allen a trois films « cultes » dans sa filmographie : « What's new Pussycat ? », « Casino Royale », et « Tiger Lily ».

    Et on constate la plupart du temps que dans le meilleur des cas, la cinéphilie des critiques ne va pas plus loin que les années 80, au mieux.

    On y défendait autant des « nanars » parfois prometteurs comme ceux de Peter Jackson, alors méprisé, mais aussi les films asiatiques alors méconnus y compris des critiques dits élitiste.

    Maintenant, il y a une mode du « nanar » vu comme forcément génial, alors qu'un « nanar » est d'abord et avant tout un film qui reste nul quel que soit le plaisir que l'on ait pris à le regarder, un plaisir pervers s'entend.

     Il y a aussi une mode du « geek » consommant de la SF débile au kilomètre sans discerner le bon film du très mauvais.

     Le « geek » ou « assimilé », comme dans la série « Bref » de Canal , est « in », ce qui fait qu'il n'en est plus vraiment un de « geek », c'est en gros dans l'acception actuelle un « adulescent » régressif et qui assume sa régression incapable de s'engager dans quoi que ce soit

     Y écrivaient Christophe Gans, Christophe Lemaire alias Painboeuf ou Nicolas Boukhrief, connaisseurs hors pair de l'œuvre de Max Ophüls mais aussi « Virus Cannibale » de Bruno Matteï, ne demandez pas qui c'est à un journaliste de cinéma actuel, sa culture cinéphile commence à Michael Bay dont le « style » de montage épileptique a contaminé tous les spectateurs de cinéma qui ne savent plus prendre le temps de regarder un film un peu plus lent.

     « Starfix » mettait en couverture aussi bien Kubrick que John Woo ou Cronenberg ou encore les Rita Mitsouko, pouvait traiter de Carpenter et Jean Eustache dans un même numéro, non pas d'ailleurs dans une absence de hiérarchisation des genres qui fait que l'on mette actuellement Rivette et sa « Religieuse » au même plan que « l'infirmière n'a pas de culotte » sur les rayons des supermarchés de la culture.

     « Get me to yout leader »

    cinéma,littérature,société,politique,nostalgie,pellicule,culte Dans les « nanars », on trouve tous ces personnages de films absolument débiles, neuneus, cachant quelques fois des talents se révélant un peu plus tard, comme Peter Jackson avec « Bad Taste » ou « Meet the Feebles » ou Coppola avec « Dementia 13 », voire Scorcese, à l'école de Corman lui aussi, une école d'économie de moyens et de cadrage précis.

    On aurait tort de mépriser cette culture « bis », la vraie, pas celle qui est à la mode, qui conserve au cinéma son aspect forain, ou bricolé. Bien sûr, il faut regarder ses films au deuxième degré, au minimum. Sans eux, pas de cinéma, il serait mort depuis longtemps.

     Certains atteignent le sublime, des fabuleux « clowns tueurs venus de l'espace » à « l'attaque de la Moussaka géante » (vérifiez dans un moteur de recherche, ça existe). C'est plus sérieusement par le « bis » et des journalistes « bisseux » comme Jean-Pierre Putters, fondateur de « Mad Movies », ou Jean-Pierre Andrevon, de « l'Écran Fantastique » que des cinémas autres que US ou hexagonal ou réservés jusque là aux salles « Art et Essai » ont été découvert dans nos contrées comme on l'a déjà dit.

     Ils n'ont pas eu besoin de « Tigres et Dragons » pour parler des films de Hong Kong, indiens ou même turcs.

     Il y a même de ces films « bis » qui instillent dans tout cela une bonne dose de subversion, de trasngression, ou de perversité, ou surtout de trublionisme finalement. Ainsi, une bonne partie du cinéma fantastique anglais des années 70 - en particulier « The Wicker Man »- ou les bandes filmées en super 8 « gonflé » de Tobe Hooper et Wes Craven, bien avant « Scream » (« La dernière maison sur la gauche », ou l'extraordinaire « les griffes de la nuit » qui n'est pas très éloigné des surréalistes). Sans citer John Carpenter ou David Lynch (« Eraserhead » est découvert à Avoriaz). Les teenagers sages et bien nourris du rêve américain, futurs yuppies bien pensants s'y révèlent psychopathes ou fous, ou se font décimer, les « rednecks » bien assis dans leurs conceptions traditionnelles de l'existence, amateurs de tartes aux pommes et glace du Midwest, des ploucs dégénérés.

     Et le libéralisme semble en lui-même d'ailleurs une invention de scénariste fou de film "bis" (cf : "Invasion Los Angeles"). Il est dommage de ce point de vue que même les circuits de production indépendants rentrent maintenant dans le rang des financiers...

     "Happy time my friend, all gone now..."

    591.jpgDans un de ses deniers numéro, la rédaction présentait les films « cultes », c'est-à-dire des films connus par une minorité de privilégiés, d'« aficionados » passionnés, qui ayant parlé de l'oeuvre, lui ayant donné une réputation par le bouche à oreille, finissait par lui faire rencontrer un jour ou l'autre le succès :

     Ainsi « 2001, Odyssée de l'espace » de Kubrick, au départ un échec commercial, « Rocky Horror Picture Show », le film « culte » par excellence, projeté en France au « Studio Galande » à Paris depuis une bonne trentaine d'années, « La Dame de Shangaï », à l'histoire incompréhensible, qui ne devint célèbre et honoré que des années après sa sortir, dans un autre registre les films de John Waters, moustache d'expert comptable, cerveau excentrique et finalement complètement fou (Divine est allée beaucoup loin que tous les « Jackass » du monde dans la scène finale de "Pink Flamingos").

     Bien que , à mon avis tous ses films, cinématographiquement, ne méritent pas ce label même si, par ailleurs, on peut apprécier le personnage de John Waters théoricien du « kitsch », moins indolent que Jean Rollin par chez nous, et aussi du « culte » idées qu'il exprime dans ses montages photo et vidéo. Après quelques films consensuels, il est revenu vers une œuvre plus intéressante, plus originale, qui fut bien sûr un échec commercial total avec « Cecil B. Demented » en 2000, son dernier film plus ou moins tourné avec l'argent des studios et « A dirty Shame » en 2004, monté avec des bouts de ficelle.

    Les premiers Cronenberg, le film à sketchs « Kentucky Fried Movie » des Z.A.Z, l'excellent et inénarrable « Flesh Gordon », beaucoup plus intéressant que l'adaptation des années 80, déjà pourtant kitschissime, les films de Russ Meyer ou de Jess Franco, alias Jesus Franco, s'appeler Jésus pour le messie des films de genre espagnols c'est logique me dira-t-on, chacun dans un genre différent ressortent du genre « culte », comme aussi, « Behind the Green door » et d'autres que j'oublie ici.

     Depuis, « culte » désigne la moindre « anodinerie » de n'importe quel cinéaste de comptoir ou écrivailleur de banlieue, on doit dire quelques gros mots, de ceux que les enfants s'imaginent rebelles et ça passe :

     Ainsi Michael Youn devient « culte », la vidéo de n'importe quel crétin visionné des milliers de fois sur Internet, Beigbeider qui parle de ses cuites c'est "culte" tout comme Amélie Nothomb causant de ses névroses, tout comme Lolita Pille nous narrant ses errements de gosse de riches, (la pôvre petite !).

     Un critique parle d'un film qu'il a aimé, il sombre immédiatement dans le superlatif grotesque, le film devient alors « mythique », « culte » encore, etc... (trop « dare » si c'est un critique qui pratique le langage « djeuns »). Encore moins qu'avant, on a le droit de s'ennuyer ferme devant un classique estampillé comme tel. Et si c'est le cas il ne faut surtout pas le dire, comme le fait par exemple que « Métropolis » est soporifique au possible par exemple.

     C'est d'ailleurs étonnant d'entendre tous ces gens prétendument libérés de la tutelle des croyances ou des superstitions ou autres se dire "culte".

     Le "Culte" ça se mérite donc enfin de compte..

    Post scriptum subsidiaire  : Ce qui me frappe dans tous ces films c'est aussi leur innocence, leur absence de cynisme...

    contrairement à leurs remakes actuels et aux séries B surgonflés que l'on sert aux consommateurs.


    Rocky Horror Picture Show - Movie Trailer par Schutzengerl1205