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La pauvreté émancipatrice ?

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pauvreté, christianisme, foi, amaury watremezQuand j'étais gosse, un jour de caprices, je clamais et répétais comme un mantra "j'ai faim !" comme beaucoup d'enfants gourmands. Un des adultes présents, agacé, me répondit que je ne savais pas ce que c'était d'avoir faim, que dire cela avait un sens. J'appris plus tard que chez cette personne, bien souvent on faisait semblant de se mettre à table en remuant les chaises comme il le fallait pour faire croire aux voisins que l'on mangeait à sa faim tous les jours. Souvent l'unique repas consistait en une tartine trempée dans un peu d'huile. Parfois on ne mangeait rien du tout. Et les enfants allaient à l'école le ventre vide.

 

Mais on faisait comme si tout allait bien. Par amour-propre, par fierté. Une pauvreté qui ne libère pas, n'entraîne aucune émancipation.

 

La pauvreté aliène, elle enferme, elle isole, elle provoque le repli sur soi. Elle engendre la honte dans notre société, la colère aussi. Elle n'est pas du tout émancipatrice, c'est même plutôt tout l'inverse. Et pourtant de gentils petits "cathos", souvent charismatiques, continuent sur internet ou ailleurs d'en vanter les mérites, de l'idéaliser, dans une vision de l'Évangile un peu desséchée, complètement désincarnée. Quand on y réfléchit, le Christ et ses disciples ne se contentent pas de vivre d'amour et d'eau fraîche, de manger des lézards et déguster des pierres avec peu de sable. Le récit du nouveau testament est plutôt une longue suite de repas où l'on boit et l'on mange bien.

 

Le dernier moment passé avec les douze apôtres est un repas de fêtes, et pour montrer qu'il est bien le Christ après la Résurrection il fait griller des poissons sur les bords du lac de Tibériade. Et je ne parle même pas de son premier miracle quand le vin vient à manquer aux noces de Cana, un des instants les plus dramatiques de l'Écriture.

 

pauvreté, christianisme, foi, amaury watremezC'est un regard faussé, biaisé sur la pauvreté dans le réel. Les pauvres sont montrés, sont vus et décrits comme forcément angéliques, en gros étrangers à la nature humaine. Quand on lit entre autres "les Naufragés" de Patrick Declerck (voir à ce lien), sur son expérience avec les clochards de Paris, dans la rue, à Nanterre, dans les hôpitaux, on comprend que rien n'est plus faux, que même plongés au fin fond de la misère, les êtres humains ne sont pas plus solidaires, plus capables d'altérité. Ce serait même plutôt l'inverse. L'abjection est très présente, la violence, la haine et tout un cortège de souffrances psychologiques marquées.

 

Mais finalement, il n'y a même pas besoin de cet ouvrage, il suffit d'ouvrir les yeux dans la rue, dans les gares où l'on croise souvent, de plus en plus, de ces éclopés de l'existence. On peut les voir tourner en rond, vaguement hébétés, le regard perdu, parfois agressifs, abandonnés à leur sort.

 

Il y a aussi dans cette idéalisation de la pauvreté finalement un déni de notre humanité, l'incompréhension d'un pan entier de la foi chrétienne qui est l'Incarnation du Christ, Dieu fait homme et non pur esprit. Que si l'être humain est faillible, et très faillible, il est aussi capable de belles choses de temps à autre. Même si c'est rare, il est vrai.

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury - Grandgil

 

illustration empruntée ici

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