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Et si Macron traversait la rue ?

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traverser.jpgEt si les riches traversaient vraiment la rue ?

Le président Macron avisant un jeune horticulteur au chômage lui parlant de ses difficultés à trouver du travail lui a répondu qu'en traversant la rue il lui trouvait rapidement un emploi (voir à ce lien). Comme si cela suffisait. Le mépris conscient ou pas de cette phrase envers les personnes sans emploi, précaires, pauvres, est évident. C'est le genre de formule que les nantis, les privilégiés aiment sortir aux « gens de rien », aux petites gens. « Quand on veut on peut » disent-ils souvent, auparavant c'était « aide toi le ciel t'aidera ». Ils se justifient ainsi de leur égoïsme, de leur incapacité à aider, à faire preuve de solidarité. Quelques familles parmi eux vont pourtant à la messe, exercent leur dévotion, ont « leurs » œuvres mais la charité s'arrête au parvis de l'église, je dirais même à sa porte...

 

Macron tout comme sa femme, tout comme la grand majorité du personnel politique actuel, viennent des milieux nantis. On y sait quelles études faire, quels cordons tirer pour obtenir ce que l'on veut...

 

Je me souviens quant à moi de ce monsieur attendant le bus avec moi juste après la porte d'Auteuil : petit polo pastel, pantalon rose et élégante veste d'été, lunettes de marque et bronzage suspect ad hoc, petite – toute petite- brioche de notable UDF. Il pestait contre ces « gens » qui prennent les transports en commun aussi nombreux et qui l'empêche lui de s'asseoir là où il le désire. Selon lui il avait le droit de réclamer la place qu'il veut car gros contribuable, je le crus au départ plaisantant. Je constatai après qu'il était malheureusement sérieux. Il me prenait à témoin persuadé que j'allais l'encourager dans son discours. En pure perte, je me contentais de sourire, sans doute avec un air un peu goguenard car il n'insista pas.

 

Je ne me demandai pas pour qui il avait voté aux dernières élections...

 

Il en existe quelques uns de bonne volonté parmi eux, sincères dans leur désir de faire quelque chose. Bien sûr, ce désir ne va pas jusqu'au dépouillement ou à l'ascétisme ou à la joyeuse pauvreté. Ils sont comme le personnage naïf mais bienveillant de Valérie Lemercier dans « Palais Royal » qui veut faire des « quatre-quart » pour le « quart monde » pour aider les pauvres, persuadée candidement que cela peut changer quelque chose (à ce lien). Au moins ces personnes tentent-elles quelque chose, au moins font-elles preuve d'une altérité « a minima ».

 

C'est déjà ça. On ne va certes pas les blâmer de vouloir faire un peu de bien aux autres.

 

Valérie Lemercie elle-même est de ce milieu hyper-favorisé, endogame, voire consanguin, où tout le monde se connaît, se fréquente et dirais-je s'interpénètre joyeusement. On s'y soutient, on cache les petits secrets, on se protège les uns les autres. La caste est d'une dureté sans pitié contre tel ou tel trublion. Elle ne supporte pas la moindre remise en cause de ses privilèges dont elle sait très bien l'iniquité absolue. Au moins chez les aristocrates de l'Ancien Régime on pouvait invoquer le métier des armes, jusqu'au XVIIIème siècle. On y choisit de temps à autre un impétrant venu de milieux plus simples, un lèche-bottes méritant comme par exemple Alexandre Benalla mais il est loin, très loin d'être le seul.

 

La coupure entre cette France aisée, qui a les codes, qui a les réseaux et l'argent, et la France que des géographes comme Christophe Guilluy nomme "périphérique" , n'est pas neuve. Auparavant les riches appelait cette partie du pays les « classes dangereuses » car régulièrement les plus pauvres se révoltaient, prenaient les armes et rappelaient aux bourgeois quelques évidences. Ces « classes dangereuses » ont été progressivement rejetées du centre des villes, repoussées dans les ceintures péri-urbaines, les banlieues. En alibi les plus riches ont permis que demeurent non loin d'eux des populations souvent migrantes ou d'origine migrante. C'est également pour se donner un peu d'exotisme, un côté pratique aussi car leur progéniture peut se fournir en herbes exotiques à peu de frais à quelques stations de métro soignant de cette manière son aliénation sociale.

 

De temps en temps on entendra parler d'un « fils de famille » sans histoire qui sera parti au Proche-Orient couper les têtes des « infidèles », ce qui ne l'empêchera pas de continuer à se prendre en « selfie » sur les réseaux sociaux. Ces enfants perdus avaient au moins l'utilité de repérer facilement les troupes du soit-disant « état islamique » en géolocalisant leur « smartphone ».

 

Les nantis se sont trouvés de nombreux autres alibis. Ils achètent commerce dit  « équitable » et font mine de se soucier du « développement durable » mais pas tellement celui à leurs portes qui finalement ne les intéresse pas. Les paysans dans leur esprit ne sont rien que des ploucs qui en plus votent souvent le Pen. On ne va pas les aider. Dans les supermarchés on achète du chocolat ou du café dont les bénéfices iraient vraiment aux petits producteurs d'Amérique du Sud ou d'Afrique. On s'habille de ticheurtes ou de sweats drôlement « facheune » fabriqués par des enfants esclaves dans les pays d'Asie du Sud Est mais « merde quoi » c'est du « coton équitable ». On utilise des outils connectés tellement pratiques avec dedans des boues rares venant d'exploitations dont les mineurs meurent à petit feu d'empoisonnement lent.

 

Ce sont ces mêmes boues rares qui permettent aux voitures, aux trottinettes, aux vélos électriques de fonctionner, tous ces appareils utilisés par les bourgeois pédagogues croyant sauver la nature.

 

Par ce biais, on peut aussi culpabiliser encore un peu plus les populations plus précaires. Non seulement elles sont pauvres, elles votent mal, elles sont incapables de s'en sortir alors qu'un peu de bonne volonté suffirait mais en plus elles mangent mal et elles ne se soucient pas assez de la planète ! Et puis de toutes façons les « mauvais » votes de ces populations permettent de les classer parmi les mécontents nuisibles, ceux qui refusent le progrès, qui sont d'indécrottables nostalgiques des fameuses z-heures les plus sombres de notre histoire mises à toutes les sauces, rappelant sans cesse que l'histoire de notre peuple n'est qu'une longue suite de massacres honteux divers et variés.

 

On laisse croire également à cette « France périphérique » que l'espoir de s'en sortir existe encore par le travail et l'effort individuel, que cela suffirait, que la méritocratie ne serait pas un vain mot, que l'ascenseur social fonctionnerait encore un tout petit peu. On laisse croire que les voies d'études professionnelles ne sont en France pas une voie de garage. Je m'étonne d'ailleurs,parmi ceux le laissant entendre dont certains enseignants, alors que j'y ai moi-même travaillé depuis 1992 je n'y ai jamais vu d'enfants de ces enseignants.

 

N'est-ce pas étrange ? Personnellement je trouve que laisser tant de faux espoirs est criminel.

 

En 2018, ce n'est plus de coupure dont on peut parler entre les pseudo élites et la France défavorisée, entre elles et cette ancienne classe moyenne se paupérisant progressivement, mais de haine. Les privilégiés haïssent ces classes qui n'ont jamais cessé d'être dangereuses à leurs yeux, dangereuses pour leur confort intellectuel et moral. Et puis c'est culpabilisant de voir tous ces pauvres dans la rue, ces gens qui font la manche, quand l'on est obligé d'enjamber quand on va faire la fête ou que l'on se paye un bon restau dont les produits sont « sourcés » comme ça on se sentira rassuré, convaincu d'être quelqu'un d'important, qui compte, et pas seulement un oisif qui se laisse vivre en trompant son ennui...

 

Il est également normal qu'ils recommandent aux précaires une alimentation « vegan » puisque la « vraie » viande devient un produit de luxe, vendue comme telle, on en trouve dans Paris de ces échoppes où les entrecôtes sont disposés dans des écrins à l'image de bijoux précieux, que des « Paris Brest » « revisités » comme il se doit sont présentés dans des vitrines ressemblant à celles des parfumeries. Et tous de s'esbaudir alors que même chez certains grands noms on fait comme les autres, on décongèle du "tout fait".

 

Ils ont cru trouver les parades ultimes en réponse aux reproches que l'on pourrait leur faire. Être bourgeois, ce ne serait qu'un « sentiment » finalement très subjectif. Être riche aussi ce serait très subjectif, comme si ce n'était pas un état tout à fait objectif. Cela me fait toujours rire aux larmes -littéralement aux larmes- de les entendre invoquer tout cela. Comme si les privilèges n'étaient en somme que des sentiments que l'on exprime ou pas. Il vaut mieux en rire que d'en pleurer ou que de s'en énerver.

 

Que répondre à une telle sottise souvent en plus balancée sincèrement ? On se fait plaisir en se proclamant ceci ou cela mais cela n'ira pas jusqu'à l'abandon des privilèges (voir à ce lien). On est plein de bonne intentions, d'un égoïsme profond au fond, normal car l'on a toujours été habitué à avoir beaucoup (voir à ce lien).

 

Il n'existe pas de solutions politiques à court et moyen terme. La plupart des hommes et femmes se proclamant aptes à nous gouverner ne remettent pas fondamentalement en cause les principes fondant l'iniquité de cette société. Le travail associatif était auparavant plus toléré voire aidé et soutenu. Cela permettait aux politiques de ne pas avoir à faire le boulot qui est le leur. Il est de plus en plus perçu par les privilégiés comme un boulet de plus à leurs pieds, une contrainte insupportable, une culpabilisation. Rappelons en passant qu'une association comme les « Restos du cœur » était au départ conçue pour ne pas durer, pour entraîner une prise de conscience des citoyens et de leurs représentants. Et non pour devenir un véhicule pour certains chanteurs et chanteuses en fin de course. On me dira, au moins font-ils de bonnes choses non négligeables.

 

Internet pourrait être le moyen de propager certaines idées émergeant déjà, encore un peu timides. Le vent se lève...

 

Amaury - Grandgil

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