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La ruralité qui meurt...

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 ruralité, bern, Eure, société, politique, amaury watremezTout ce bruit médiatique autour de la menace de Stéphane Bern de laisser tomber sa mission car il craint de ne pouvoir sauver les monuments de la ruralité française est l'occasion rêvée de parler de celle-ci. Ce n'est pas du tout un sujet de préoccupation de nos gouvernants cette « France dite périphérique », ce n'est pas un électorat qui compte à leurs yeux...

 

Pendant plus de seize ans, j'ai travaillé dans la plupart des lycées professionnels de l'Eure, de Gisors à Verneuil en passant par Gasny, Louviers et Vernon. Un remplaçant enseignant comme je l'étais ne gagne pas bien sa vie, c'est le moins que l'on puisse dire, raison pour laquelle ce métier est souvent exercé par des épouses pour qui c'est de l'argent de poche et cela permet de s'occuper des enfants le mercredi. Je voulais satisfaire enfin mes ambitions, montrer ce que je valais, revenir à Paris dans un établissement plus côté, ce que j'ai fini par atteindre.

 

J'ai comme tant d'autres mangé de la vache enragée....

 

Cependant j'avais une compensation aux temps de transport que j'avais matin et soir (une heure et demie en moyenne), la beauté paradisiaque des paysages que je traversais, des paysages de plus en plus enlaidis par la construction de maisons « monopoly » un peu partout dans les pâtures et à la place des bosquets normands. Traverser l'Eure au petit matin, contempler le jour se lever sur ses forêts, ses collines, ses champs, oublier toute cette vaine agitation d'une époque qui ne tolère pas l'introspection, le silence de temps en temps et toute espèce de vie intérieure.

 

Bien entendu, ce n'était pas partout. Il ne s'agit pas ici d'idéaliser, de rêver tout éveillé. Je ne veux pas voir la campagne, la ruralité comme un parisien bourgeois pédagogue confit dans des poncifs irréalistes, redécouvrant l'eau tiède tout en pontifiant à la manière d'auteurs pétainistes comme René Bazin qui a écrit « la Terre qui meurt »...

 

De fermetures de petites écoles à classe unique ou de collèges de campagne disparaissant en faillite des petits commerces sur place depuis longtemps, des agriculteurs gagnant un salaire à peine suffisant pour vivre en passant par tous ceux ne supportant plus la capitalisation de leur activité :

 

L'achat de machines de plus en plus sophistiquées les encourageant à une agriculture la plus intensive possible pour une productivité artificiellement gonflée, la ruralité meurt sûrement, de plus en plus rapidement. Ne parlons pas des jeunes ruraux s'empressant on les comprend de ficher le camp pour les métropoles régionales, de grossir les rangs du « lumpenprolétariat » urbain de villes de plus en plus inaccessibles aux plus précaires :

 

Que ce soit pour se loger, manger, se divertir, vivre tout simplement...

 

C'est désolant mais on les comprend. Et c'est ainsi que l'on traverse des départements de plus en plus déserts excepté quelques zones proches des grandes villes affectionnées par les rurbains., ces foyers pas assez riches pour habiter en centre-ville, qui le sont encore suffisamment pour avoir une résidence dans un petit village ou un bourg. Il y a tous ceux pour qui c'est une forme de sagesse, qui veulent avoir une qualité de vie supérieure, un environnement paisible, moins violent, qui ont leur jardin, parfois même des animaux comme avant.

 

Je me demande souvent si cela n'est plus la seule chose raisonnable à faire en attendant l'effondrement inévitable à plus ou moins long terme d'une société hyper-consumériste. Il n'y a pas de recette-miracle pour y remédier, il est même déjà trop tard.

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

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