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Où sont les pauvres ?

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société, pauvreté, économie, politique, amaury watremezAmi lecteur je te préviens, il y a peut-être un peu d'ironie de ci de là dans ce texte. J'aurais pu mettre des émoticônes pour t'aider à les trouver mais je préfère faire confiance à ton intelligence...

 

La pauvreté n'a jamais été bien perçue par l'être humain, quelle que soit la société dans laquelle il vit, la latitude, la longitude. Être pauvre c'est risquer de crever de faim, de soif, cela fait donc peur aussi. Être pauvre fait honte forcément, on colle le « parent pauvre » en bout de table, parce que l'on veut être gentil, parce qu'il est de la famille, mais on ne veut pas trop le voir non ou qu'il risque de parler avec quelqu'un et d'ennuyer des invités plus chanceux. On compte les petites cuillères et les bouteilles à la fin du repas. On surveille ses poches, on ne sait jamais bien que les pauvres soient réputés avoir les poches crevées.

 

C'est la raison pour laquelle on aime bien les pauvres exotiques même quand ils migrent pas loin de nos centre-villes, eux ne culpabilisent pas. On s'identifie plus difficilement à eux, donc leur pauvreté fait moins peur, voire elle paraît pittoresque. On les considère avec un peu de condescendance cependant.Et on évite d'aller vers eux de trop quand même car les pauvres ça sent mauvais n'est-il pas ? Les enfants des riches n'ont pas ces pudeurs quand ils vont acheter leur herbe en banlieue...

 

Quand on croisait un pauvre dans la rue, auparavant, le dernier des profiteurs riches pensait à donner ne serait-ce qu'une petite pièce. Certes pour se mettre en avant, pour donner une bonne image de soi sans doute. Certes c'était paternaliste, hypocrite, tout ce qu'on veut mais au moins le faisait-il quand même. Heureusement la France comme les autres pays occidentaux s'est libérée de la vieille morale judéo-chrétienne tellement pesante ! De cette sottise aussi de décence commune...

 

Quand on voit un pauvre dans la rue en 2018, époque tellement progressiste, tellement ouverte, tellement moderne, on l'enjambe pour un peu on lui marcherait dessus, on l'ignore, on a tellement mieux à faire sur son portable ou son ordinateur. On lui reste totalement indifférent. Mourrait-il dans la rue que cela n'a guère d'importance, on appellera quand même les services d'hygiène si le cadavre commence à sentir. Les autres il y a longtemps qu'on les a chassé des centre-ville des grandes métropoles européennes. Dorénavant habiter dans ces endroits leur est totalement interdit matériellement, les nantis ne veulent pas entendre parler de mixité sociale, surtout pas...

 

Et quand des pauvres plantent des tentes au bord du Canal saint Martin, on aime bien, cela donne de vous une image tellement humaniste, mais bon les pauvres ça fait du bruit, ça parle fort, ça ne va jamais au théâtre ou au concert, ça se fiche complètement du dernier Amélie Nothomb.

 

On ne se sent pas coupable quand on appelle les flics pour les déloger...

 

La vérité est que les passants le voient très bien. Mais qu'ils s'en fichent. Bien entendu, cela les embête quand même car le pauvre provoque parfois un sentiment diffus devenu insupportable à leurs yeux : l'empathie, qu'ils confondent avec la culpabilité. Et avoir de l'empathie pour quelqu'un c'est terrible, cela oblige à sortir de sa zone de confort d'égoïste post-moderne, à sortir de son cocon égocentrique. Ou alors on suggère que le pauvre dispose de tellement d'aides qu'il n'a aucune excuse d'être à la rue ainsi.

 

Généralement de droite comme de gauche c'est le moment où l'homme moderne libéré cite Mao et sa phrase sur les pauvres qu'il convient d'aider à pécher plutôt que de leur donner du poisson...

 

D'autres évoquent la Révolution depuis longtemps déjà, bien au chaud, bien douillettement installés, d'aucuns plus rares se souviennent de cet homme sur les routes de Judée et de Galilée il y a plus de 2000 ans déjà ...

 

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

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