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La différence dans la norme

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handicap, société, politique, société, amaury watremezJ'ai été frappé suite à l'annonce du décès de Stephen Hawking par les dithyrambes excessives sur le net, les réseaux sociaux en particulier, sur son attitude face à son handicap et sa maladie. Il aurait été un modèle qui montre que la différence physique ne serait pas du tout infranchissable. Comme si pour y arriver et que la société y parvienne elle aussi il faudrait nécessairement être atteint d'une maladie aussi lourde que la maladie de Charcot et bien sûr être un génie scientifique. Se rendent-ils bien compte de ce que cette affection implique dans la vie des proches d'un individu en souffrant ?

 

Sans cela, ce serait donc impossible .

 

Voilà qui fait rire et montre bien l'hypocrisie de cette posture. Je ne suis pas même certain que la plupart des nécrologues improvisés aient lu ne serait-ce qu'un seul de ces livres.

 

Et puis, je ne suis pas le seul, j'ai strictement horreur des bons sentiments. Ceux-ci envahissent tout, de nos univers virtuels à la « vraie » vie » de moins en moins réelle d'ailleurs. A chaque fois que l'on exprime un sentiment il faudrait le faire avec cette sensiblerie littéralement insupportable que l'on voit partout, de la télévision au cours de récréation où ces comportements déplorables sont singés en passant par l'environnement professionnel. C'est toujours la même sur-affectivité, la même dégoulinance de lieux communs mièvres, bien sirupeux...

 

Mais ça donne une telle bonne image de soi-même de porter un handicapé aux nues sur son profil « facebook ». Je suis tellement une grande âme si j'en chante les louanges. Et puis qui sait si ça se trouve je suis un esprit scientifique de grande valeur. Cela aurait sans doute fait rire Hawking qui avait sans doute le sens de l'humour puisqu'il avait accepté d'apparaître comme personnage dans « les Simpsons » et « Futurama ».

 

Le handicap, un physique en dehors des normes considéré comme trop visible, un esprit différent, reste dans la vie quotidienne pour la majorité des personnes en souffrant un calvaire quotidien et silencieux car il est fortement suggéré aux handicapés de ne surtout pas protester de leur sort, de ne pas se plaindre, le reste du monde pourrait bien culpabiliser et ça à notre époque c'est quand même insupportable. On est bien gentil déjà dans la vie de tous les jours de les tolérer voire de les accueillir à notre table. De temps en temps, pas trop.

 

Il ne faut pas exagérer.

 

Je songe à ce jeune homme qui avait besoin de s'appuyer sur deux cannes « anglaises » invité exceptionnel à une soirée de « réveillon ». On l'avait laissé accéder au micro pour un petit karaoké, deux ou trois larmichettes pour bien montrer que l'on n'en avait malgré tout quelque chose à faire, un air concerné, et puis ensuite il avait fait tapisserie au fond de la salle des réjouissances, dans la pénombre.

 

Il ne fallait pas qu'on le voit trop quand même...

 

De temps en temps quelqu'un remplissait son verre ou l'écoutait parler et quand il fut temps on l'emmena se coucher. Certains invité en poussèrent un discret soupir de soulagement. Ils sont bien gentils ces éclopés, ces malades mais enfin ils cassent un peu l'ambiance quand même. Et il faut qu'ils demeurent bien dans les clous, bien à leurs places, bien dans une norme d'handicapés acceptables dans un monde d'hyper-égoïstes, des handicapés bien proprets comme les myopathes du Téléthon.

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

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