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Les écrivains de Paris

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à propos de « Paris et ses écrivains » chez Massin collection « essentiels du patrimoine »

 livres, littérature, société, paris, écrivains, amaury watremez

illustration empruntée ici

 

J'aime Paris passionnément, j'aime Paris pour la mémoire vivante qu'elle est de ma vie, de mes amours, de mes peines. J'aime me promener dans mes souvenirs. Paris s'embourgeoise, Paris verse de plus en plus dans les prétentions des nantis. Et les quartiers populaires ou pittoresques, peuplés auparavant des « classes dangereuses » disparaissent petit à petit. Ces « classes dangereuses » n'ont plus les moyens d'habiter la capitale. De temps en temps on les laisse se balader dans les quartiers des nantis, les salauds de pauvres adorent, ils rêvent devant les belles bagnoles et retournent le cœur plus léger s'abrutir le cortex devant Hanouna et ses comparses décérébrés...

 

Je ne sais certes pas si j'ai le recul nécessaire pour en juger mais ces temps sont décevants...

 

 

Mais tous ces visages ébahis, béats, le nez sur leurs écrans à l'éclairage aigrelet, incapables de se parler, incapables de songer que l'autre existe mais ils ne le rencontreront pas...

 

Dégoûtation, il n'y a pas gourance.

 

Quand la sottise devient trop tangible, quand la connerie à front de taureau devient beaucoup trop prégnante, quand elle envahit tout, qu'elle ne laisse pas de place à grand chose, reste la solution de se réfugier dans la littérature et dans sa bibliothèque. Et Paris est une bibliothèque, encore un petit peu. On y croise, à condition de bien regarder, des fantômes d'écrivains de toutes les époques. De Colette vers le Palais Royale à Léon-Paul Fargue dans la douce banalité du XIIème arrondissement. Ce pauvre Apollinaire et son sourire douloureux est encore là au pont Mirabeau et vers Auteuil.

 

On songe à Gérard de Nerval, à Baudelaire rêvant sur les toits parisiens et leur foisonnement. De loin on apercevrait presque les copains de Jules Romains sur les toits de Janson...

 

A leur époque, en leurs temps, il existait encore de nombreuses librairies dans Paris, parfois l'une ou l'autre défendait une école littéraire. On s'y passionnait pour les jeunes auteurs, on les écoutait, on échangeait. Ce n'était pas une histoire de nantis qui pensent que raconter leurs petites névroses distinguées sur cent-cinquante ou deux-cent pages suffit à pouvoir les comparer à Barbey d'Aurevilly ou Marcel Proust, cet hyper-sensible qui à la fin de sa vie ressentait un violent désir de silence et calme loin de l'agitation vaine de la société de l'après guerre (la première) déjà gagnée à la médiocrité triomphante, celle des Verdurin, bien loin d'une princesse de Guermantes.

 

De toutes façons son café préféré avait déjà disparu (le café Weber)...

 

Écoutant les conversations au bistrot, Prévert n'est pas loin avec son clope au coin du bec. Et les deux gommeux d' «  Exercices de style » continuent de discuter élégance et vrai chic parisien en attendant le bus. « Mon cul » qu'elle me répond Zazie, « ils sont tous morts ces zoteurs, tous disparus, ce ne sont plus que des fantômes. Tu ne vas quand même pas te mettre à boire du café comme le Honoré et manger des huîtres par « grosses » pour te donner un genre poète maudit ». Elle fait la moue et va faire un sort à l'assiette de moules que nous venions de commander pas loin des « puces » de Saint Ouen.

 

C'est alors que d'une bouche de métro, une dame en crinoline sort au bras d'un pithécanthrope préhistorique. Accroché à l'autre, il y a Pierre Gripari qui rigole. Marcel Aymé se tait et observe de loin. Puis il sourit légèrement et regarde ailleurs. Un étrange brouillard descend sur Paris, il n'y a plus que des « Starbeurks » des pistes pour trottinettes, des « Appeulstore »...

 

L'époque est aux couleurs vives à l'extérieur et aux esprits grisâtres...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury - Grandgil

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