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Une certaine petite bergère...

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politique, sociéte, jeanne d'arc, orléans, catholiqkues, amaury watremezA Orléans pour célébrer sainte Jeanne d'Arc cette année, l'organisme chargé d'organiser les fêtes en son honneur a choisi cette année une jeune femme métisse, bonne catholique et méritante, capable d'altérité : Mathilde Edey Gamassou. Que je sois bien claire, sa couleur de peau n'a aucune espèce d'importance dans ce que je vais écrire, et elle n'est responsable en rien des confusions des uns ou des autres autour de son choix. Mais que l'on ne nous fasse pas croire qu'elle n'a pas été choisie car métisse alors que c'est précisément pour cela qu'elle est censée incarner Jeanne cette année...

 

C'est une célébration de ce que beaucoup, dont l'auteur de cet article (voir à ce lien), nomment les valeurs que Jeanne représente : le sens de l'autre, le sens du service, le courage, le dévouement...

 

C'est une Jeanne très intellectualisée que voilà, une Jeanne schématique coupée de sa réalité historique, une Jeanne ripolinée, aseptisée. Alors oui, pour représenter cette Jeanne, cette jeune femme est somme toute parfaite comme symbole, seulement voilà :

 

Jeanne n'est pas seulement l'incarnation de cette espèce de gentillesse über alles que deviennent pour beaucoup de croyants les valeurs évangéliques, une sorte de salmigondis de plus petits communs dénominateurs sans aucun lien réel, sans substance. Jeanne a rassemblé une armée pour sauver la France qui était en grand péril à cette époque. Qu'elle ait été le jouet du roi de l'époque s'en étant servi comme catalyseur pour retrouver le pouvoir, qu'elle ait été sainte, le fait est, elle s'était donné cette mission.

 

Curieusement cela est oublié...

 

Cela me rappelle ces catholiques qui dans l'expression de leur foi oublient constamment que celle-ci commence à la Croix, à la tangibilité d'un supplice aussi atroce que l'était la Croix, qu'il était nécessaire pour qu'advienne la Résurrection...

 

Quelques voix lassées des travestissements de l'histoire un peu partout dans notre pays se sont émues des raisons de cette décision. Ont-ils tort ? Ont-ils raison ? Ne sachant sonder les reins et les cœurs des organisateurs des fêtes johanniques je n'en sais rien. Je pense alors que suivant cette logique nous devrions voir bientôt un homme de race blanche, ou asiatique, rendre hommage à Tousaint Louverture ou à Martin Luther King. Et pourquoi ne pas choisir aussi une personne transgenre, ce qui serait encore plus audacieux ? Mais curieusement, dans les deux premiers cas j'ai des doutes très forts, je ne sais pas pourquoi.

 

Les sélectionneurs johanniques ne sont pas les premiers à raisonner ainsi. Dans de nombreuses paroisses catholiques, on choisit de plus en plus une personne africaine, à la diversité bien visible, pour lui demander de lire les intentions de prières ou les lectures. On saupoudre les enfants de chœur d'un ou deux enfants de couleur ? Non pas parce que l'on juge cela mieux ou par souci de leur donner une place mais pour deux raisons qui sont deux défauts profondément enracinés des bourgeois, des nantis de ce pays : l'envie de renvoyer une image flatteuse au bon peuple en montrant superficiellement combien l'on est ouvert combien l'on est modernes, le désir de se donner bonne conscience.

 

Curieusement, en apparence du moins, on note dans les leçons de morale balancées à tous ceux s'émouvant de ce qui n'est qu'une hypocrisie une convergence manifeste entre les bien-pensants habituels et les pseudo-réacs de ce milieu pour traiter de racistes ou pire encore les contradicteurs, un mépris de classe quoi, l'habituelle ligne de partage entre pays réel et pays légal, le vrai clivage en quelque sorte. Car même confusément le pays réel se souvient beaucoup mieux que l'autre d'où vient vraiment la petite bergère, et ce n'est pas d'un salon feutré où l'on aime bien se faire plaisir en s'auto-décernant des prix de vertu et de morale politique...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

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