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Les gros sabots du rapport Bergé

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citoyenneté, société, éducation, école, politique, bergé, descamps, profs, amaury watremez Aurore Bergé, député LREM, et Béatrice Descamps, UDI ont toutes deux rendu des recommandations sur ce que devraient être selon elles les rapports des enseignants avec les parents (voir à ce lien). Rappelons pour situer son niveau culturel que madame Bergé a déjà fait parler d'elle par sa comparaison entre l'enterrement de Johnny et les funérailles de Victor Hugo. Elle reproche donc aux profs, ainsi que sa co-rapporteuse, d'être déconnectés des enfants et de leurs géniteurs, et de la société en général. Comme à l'habitude quand il s'agit d'évoquer l'Education Nationale quelques vérités sont entremêlées avec quelques énormités déjà lues ailleurs.

 

Avec ce qu'elles écrivent, elles jouent sur du velours, dans une société où les salariés du privé sont de plus en plus précarisés, les fonctionnaires sont perçus comme des chanceux, des gâtés. Quand le gouvernement suggère de les payer au mérite il flatte le bon peuple dans le sens du poil. Il faut que les fonctionnaires, à commencer par les profs, "y faut qu'y soyent comme tout le monde ma bonn'madame Michu".

Moi qui suis un prof connecté avec ce fameux réel dont les enseignants seraient tant éloigné, je vais donc essayer de leur répondre. Par "réel" elles entendent que la musique, les arts et la littérature ou la connaissance de l'histoire ne servent strictement à rien dans la vie quotidienne.  Par "réel" elles suggèrent comme d'autres avant elles qu'il faudrait en somme que l'école prépare les petits français à devenir de bons salariés efficaces et surtout dociles. Et malheureusement la culture rend indocile car elle incite toujours à réfléchir par soi-même...

 

Ce mépris de la culture pour tous, ce n'est pas nouveau, il date de plusieurs siècles. Les nantis ont décidé depuis longtemps déjà que les pauvres, les précaires n'ont pas besoin de savoir grand-chose ils risqueraient ainsi de jalouser les privilèges que ces braves gens s'auto-octroient généreusement.

 

Parmi les vérités de leur texte, il est évident qu'elles ont tout à fait raison quand elles évoquent ces jeunes certifiés (titulaires du CAPES) envoyés comme chair à canon en zones sensibles alors qu'ils ne sont pas du tout prêts à cela. La plupart de ces néo-titulaires chercheront très vite soit à se mettre en congé maternité ou longue maladie, ou à changer d'affectation. Il faut dire aussi qu'ils ne sont pas payés beaucoup plus pour un travail des plus difficiles. Comment enseigner sereinement à des populations généralement hostiles et, ou en rébellion, ou en situation de grande misère sociale ? Y compris sur le plan culturel.

 

Les profs ont le dos large. On leur impute bien souvent les carences des parents, ceux-ci n'éduquent plus que très rarement leurs enfants, et ce dans tous les milieux. Et bien sûr ils songent encore moins à leur transmettre qui des valeurs, qui des références culturelles. Enfin, ils considèrent généralement l'école comme une garderie améliorée qui compenserait tous leurs manques flagrants. Est reproché aux profs d'être "stigmatisants" pour les familles et les jeunes en employant un vocabulaire impressionnant pour les plus précaires. Entre autres choses. Il faut dire que rien n'est plus puissant que les complexes d'infériorité culturelle.

 

Notre société raille le savoir et la culture, mais paradoxalement d'un autre côté, ceux qui ne les possèdent pas se sentent malgré tout inférieurs. Ce qui d'un certain point de vue est plutôt rassurant, cela montre qu'il existe encore une conscience de la nécessité de s'instruire, de se cultiver même si c'est perdu au milieu de brumes intellectuelles épaisses...

 

Il en est qui suivent déjà ce genre de conseils, qui ne font lire aux adolescents que de la littérature dite "jeunesse" qui ne prennent pas la peine de leur faire découvrir autre chose d'un peu plus exigeant, ce dont ces jeunes sont tous capables à condition d'y être réellement encouragés.  Je ne parle même pas de ces bibliothèques scolaires expurgées progressivement de tout ce que certains considèrent comme "poussiéreux" et inadapté à la nouvelle société en ligne. Là aussi, les institutions ont beau jeu, il suffit de flatter quelques complexes chez de jeunes diplômés en les poussant à se conformer à la doctrine bien-pensante. Ils sont ignorants MAIS eux pensent comme il faut. J'ai la tristesse de le voir de plus en plus souvent chez de mes collègues qui conchient toute cette culture dite "académique".

 

Mais comment parler d'éducation dans une société où Hanouna est l'animateur préféré des français ?

 

Illustration empruntée ici

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury - Grandgil

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