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Un homme debout

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à propos de « une très légère oscillation » de Sylvain Tesson aux éditions des équateurs (voir à ce lien)

 

littérature, société, livre, journal, amaury watremezIl y a des hommes qui n'ont plus goût à l'être vraiment. Ils se contentent de ce qu'ils sont, de ce qu'ils font. Tout ce qu'ils désirent, c'est continuer à consommer et vivre chichement sur le plan spirituel et intellectuel. Ils demeurent dans l'allégeance aux conformismes. Ils sont satisfaits, ce qu'ils pensent être de la sagesse. Et puis il existe encore quelques êtres humains comme Sylvain Tesson. Perpétuels insatisfaits devant la médiocrité assumée de cette société, la haine, la sottise, ils ne se résignent pas à leur domination, à leur joug. Pire encore aux yeux de notre monde, ils recherchent continuellement le dépassement personnel de leurs limites.

 

Quitte pour cela à prendre des risques fous...

 

Ces êtres d'une autre pâte que les autres se souviennent que Dieu vomit les tièdes ainsi que le rappelle souvent Bernanos, auteur souvent cité par Sylvain Tesson ce qui me le rend d'autant plus sympathique. J'ai cru trouver en lui un « compagnon d'armes » en quelque sorte, de ce que le « Grand d'Espagne » évoqué ci-dessus appelle la « communion des saints ».

 

Quand je parle de dépassement, il ne s'agit pas seulement de l'exploit sportif qui fera du bruit médiatique quelques temps et puis sera oublié mais de celui poussant à sublimer ses souffrances, ses handicaps pour atteindre un autre palier dans l'humanité. Cela fait longtemps déjà qu'il écrit, s'indigne, se passionne pour ses frères humains mais le 20 août 2014 lui est arrivé un accident qui lui a fait prendre conscience de l'urgence de faire quelque chose de son existence. Comme nous tous, il lui a fallu une catastrophe pour ne plus vivre sur le fil, dans une irresponsabilité d'adolescent légèrement suicidaire.

Il tombe de dix mètres après avoir tenté l'escalade de la façade de la maison de son ami Jean-Christophe Rufin. Et il paie le prix de son inconséquence, durement, subissant diverses séquelles physiques irrémédiables lui qui était un séducteur impénitent. Il raconte ce que les autres appellent sa laideur, s'en amuse, rit de tous ces stéréotypes.

 

Ce livre est le journal de ses pensées, son bloc-notes jour après jour. Comme beaucoup d'écrivains, il le tient quotidiennement pour peut-être en faire une œuvre littéraire. Ce qui me réjouit beaucoup est que ce n'est pas non plus un livre se voulant exemplaire, moralisant sur un cas particulier. Ce n'est pas non plus un de ces insupportables ouvrages de « coaching de vie » balançant quelques lieux communs très vagues présentées tels autant de conseils raisonnables. Les montagnes qu'il escalade sont dorénavant les monuments parisiens, dont Notre Dame, les toits des immeubles sur lesquels il se promène, observant la vie de ses semblables.

 

Je m'identifie à cela, ne disposant plus de jambes en état de marche mais ne m'interdisant jamais aucune promenade quitte à prendre pour cela un peu plus de temps que les autres...

 

Il entrecoupe ses réflexions d'inventaires « à la Prévert » de bêtises qu'il entend autour de lui. Et il est de droite....

 

Il l'est d'une manière me plaisant énormément. Il ne ressent pas le besoin toutes les deux phrases de justifier ses convictions maladroitement comme beaucoup en se prévalant de comportements privés libertaires, de se qualifier de ceci ou de cela et de s'excuser de ce en quoi qu'il croit. C'est tellement risible, tellement insupportable ces pseudo « réacs » ainsi qu'ils se nomment croyant bon à chaque fois de donner des gages de bonne vie et mœurs aux arbitres des élégances politiques. Lui, non, il adopte encore une fois une attitude réellement virile.

 

Car c'est encore un homme debout...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration prise ici

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