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Il leur faudrait un bon autodafé

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Céline, pamphlets, gallimard, littérature, société, amaury watremez politiqueJe ne suis pas vraiment un fan de l'antisémitisme de Céline, encore moins des écrits où il l'étale avec délectation semble-t-il, celle-ci engendrant un malaise immédiat chez un lecteur avisé. Cette haine judéophobe était d'ailleurs la manifestation d'une détestation universelle du genre humain dans sa globalité. Il y a chez l'auteur du « Voyage au bout de la nuit » et de « Rigodon », ses deux livres m'ayant le plus marqué un ressentiment de tous les instants contre ces semblables.

 

Ce n'est pas exactement une colère, une vocifération ainsi qu'on l'a cru très longtemps mais l'expression d'une émotivité à fleur de peau. Blessé dans sa chair par le monde, par la sottise de ses semblables, Céline ne sait plus les aimer bien que paradoxalement il fut jusqu'au crépuscule de son existence un médecin dévoué aux pauvres.

Gallimard avait décidé de rééditer les pamphlets violemment antisémites de cet auteur. Ceux-ci ne sont jamais remis en perspective dans leur époque, les années 30, où ils étaient liés à un anti libéralisme marqué et un rejet des bourgeois en général : Le bourgeois, le riche étant forcément assimilé aux juifs. Cela bien entendu ne l'excuse en rien. Sans doute les avait-il écrit également en partie pour se ficher du monde et faire de la provocation « hénaurme ». Il faut lire aussi les pages de « Rigodon » où il rencontre les fantômes des déportés par ce genre d'idées envoyé à une mort atroce, où il ne ne cherche pas à se justifier ni à s'excuser reconnaissant l'horreur de sa détestation.

 

Il ne pleurniche pas, il ne fait pas dans l'auto-flagellation ni le masochisme mémoriel, il les décrit, c'est tout, il les voit enfin face à lui.

 

Les régimes totalitaires commencent toujours par faire deux ou trois autodafés des livres leur déplaisant. Nous il n'y a même plus besoin, les éditeurs eux-mêmes ou les professionnels des bibliothèques ou de l'édition pratiquent la censure des ouvrages déplaisant à la morale commune. Régulièrement, les fonds documentaires publics sont expurgés par des personnes dont le travail devient le même que celui des pompiers pyromanes de « Fahrenheit 451 ».

 

Et elles le font avec un enthousiasme effarant persuadées que c'est pour le bien de tout le monde, convaincues que les lecteurs ne sont pas des adultes capables de prendre du recul sur leurs lectures et que celle de « Bagatelles pour un massacre » fera d'eux forcément des émules des nazis.

 

Menterie...Le peuple est tellement abruti...Incapable d'indépendance...incapable d'intelligence le peuple ! Rien que des pithécanthropes ahuris !

 

C'est néanmoins un risque à courir dans une société se prévalant d'être libre, progressiste et démocratique. Interdire un livre même au nom de bonnes intentions, c'est infantiliser le lecteur que l'on juge incapable de réflexion intelligente, c'est considérer que raisonner, penser, se cultiver n'est réservé qu'à une petite élite en somme cooptée, prétendant être seule à pouvoir comprendre ces livres.

 

Des icônes morales voire moralisatrices de notre temps ont élevé la voix pour demander l'interdiction de ces publications. Ils n'ont pas obtenu satisfaction tout à fait, car la publication des pamphlets n'est que suspendue mais on peut penser que c'est ce qui arrivera finalement. Certes, on sait très bien que Gallimard a tenté un « coup » éditorial pour gagner de l'argent et faire parler de sa « marque ». Mais cela ne justifie pas cette censure de fait, censure d'ailleurs inutile puisqu'il est maintenant très facile de se procurer les pamphlets de Céline sur internet et ce dans des éditions qui ne seront pas du tout critiques ou assorties de notes explicatives.

 

Les conséquences de cette découverte des pamphlets « en douce » seront bien pires, et engendreront là pour le coup une haine bien plus profonde, et camouflée.

 

C'est bien plus dangereux...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

 

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