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La question de Jérusalem au cœur du monde actuel

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J'ai vécu deux ans à Jérusalem, de 1998 à 2000. J'y ai vécu durant une période plus facile, tout étant bien sûr relatif, avant le « mur de séparation » et après « l'Intifadah ». Quand j'y suis arrivé j'avais une idée très nette de la situation entre les deux peuples présents sur cette terre. Quand j'en suis parti, j'étais beaucoup moins catégorique, du moins sur certains points. Celle-ci est infiniment plus complexe qu'on le pense généralement mais dans le même temps finalement assez simple. On ne prend jamais compte de la multiplicité des peuples et des confessions y demeurant, de la multiplicité des chrétiens en particulier. On n'y fait jamais assez preuve d'empathie non plus.

 

Or, je trouvais que la plupart des pèlerins, des touristes religieux, des nombreux spécialistes ou pseudo-spécialistes qu'ils soient bibliques ou non visitant cette terre en manquaient singulièrement, même pour ceux présents là depuis deux ou trois décennies, à commencer pour les chrétiens locaux.

 

Le « petit troupeau » chrétien ne se réduit pourtant pas aux catholiques dits « latins » en Terre Sainte. Cependant les chrétiens palestiniens qui ont maintenu vaille que vaille les traditions des premiers temps évangéliques à Jérusalem sont pourtant considérablement méprisés. Et dédaignés. Et oubliés. J'étais effrayé de constater que beaucoup d'expatriés, de volontaires, y compris catholiques, de membres des communautés charismatiques, ne mettaient jamais les pieds à la messe des paroissiens locaux, ne se retrouvant qu'entre eux dans les « paroisses consulaires ». Et quand ces braves gens faisaient « leur » chemin de Croix c'était entre deux rangées de militaires israéliens, pour être tranquilles et conserver cet « entre soi »...

La question de la ville sainte pour trois monothéismes est au cœur des préoccupations des croyants, en particulier les musulmans et les juifs. Elle est cruciale dans nos banlieues à un point que les occidentaux ne réalisent pas. Parmi les chrétiens elle devrait l'être mais cependant l'ignorance de l'histoire de Jérusalem domine donc également une certaine indifférence et aussi beaucoup de clichés, et d'erreurs grossières. Cette inculture effare aussi. Beaucoup pensent connaître la ville mais n'en ont qu'une perception très parcellaire. Ils confondent l'image mentale qu'ils en ont avec la réalité, s'y conduisant comme dans un « Lunar Park » biblique en quelque sorte. Bien souvent c'est surtout parce que cela les arrange. Ainsi je lisais ce matin que les palestiniens étaient tous des jordaniens. Ils n'auraient aucune légitimité en Terre Sainte.

 

Je trouve ce genre d'affirmation d'une sottise crasse.

 

J'évoquais plus haut les chrétiens de cette terre. Ils sont présents depuis les origines du christianisme. Certains de leurs ancêtre se sont convertis à l'Islam, d'autres se sont expatriés dans les pays limitrophes. Il y des descendants des croisés à Jérusalem, des normands et des toulousains. On y retrouve quelques roux voire des blonds. Et l'on oublie régulièrement que parler d'un seul Islam, d'un bloc, en Palestine est également une erreur. Il y est divers, et tout aussi complexe que le christianisme. Et Jérusalem était dans les premiers temps après l'Hégire la première ville sainte des musulmans.

 

Il y a aussi toujours eu des juifs à Jérusalem même après la destruction du Temple et la dispersion. Paradoxalement, ceux-ci étaient absolument opposés, et le sont encore maintenant à la recréation d'un état juif moderne, considéré comme un blasphème puisque seul le Messie est censé ré instituer Israël.

 

La décision unilatérale de Trump met certes fin à une hypocrisie. Le consulat américain à Jérusalem y est depuis longtemps considéré quasiment comme une ambassade, celle de Tel Aviv étant depuis quelques décennies plus ou moins décorative. Elle est certainement soutenue par des donateurs du nouveau président, des chrétiens « Born again », millénaristes et totalement aveugles sur le chaos qu'ils vont provoquer là-bas alors que la paix y est tellement fragile. Et encore une fois surtout à cause de la méconnaissance de l'histoire de cette terre, sur l'aveuglement de ceux voulant absolument faire coïncider la représentation qu'ils en ont jusqu'à y laisser la haine s'y accroître.

 

Je pense que certains le font sciemment, souhaitant une apocalypse rapide, selon leurs vœux et sanglante pour tous les autres sauf eux...

 

Je pense particulièrement ici à la situation d'Hébron. Quelques dizaines de colons israéliens sur-protégés, habitant des maisons entourées de barbelés et véritables fortins revendiquant au nom de Yaveh une ville où vivent déjà depuis longtemps plusieurs milliers de palestiniens, en rien des colons jordaniens.

 

Il y eut à partir de 1885 plusieurs vagues d'immigration juive venant d'Europe et des États Unis au Proche Orient, des socialistes, des utopistes. Ceux-ci fondèrent des « kibbutz » et des communautés concrètement fondées sur le collectivisme. Ils partageaient leur savoir sur l'agronomie, aidaient les paysans alentours, commerçaient avec eux. Ils avaient fait l'effort d'apprendre l'arabe. C'est l'immigration d'après 1916 qui fut beaucoup plus violente et méprisant les peuples vivant sur cette Terre réputée sainte. Ce n'était pas leur faute entièrement non plus, on leur avait répété que c'était « une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». Ce qui était faux.

 

Ils sont nombreux ceux préférant se renfermer dans leur aveuglement, qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans, ou athées, ou agnostiques. Ils s'y renferment à un tel point que cela devient parfois de la névrose politique jusqu'à nier l'évidence même. D'autres sombrent dans un délire mystique toujours teinté d'une fièvre de fin du monde. Je me souviens de cet anglais souhaitant réunir tous les coopérants européens à la basilique Sainte Anne porte saint Étienne ou porte des Lions, nous assénant qu'il avait fait un rêve où la sainte Vierge lui était apparu lui ordonnant de fonder une nouvelle religion syncrétiste afin d'apporter la paix aux êtres humains. Il n'était pas le premier, il ne sera pas le dernier.

 

Bien sûr, selon lui cela passait par une guerre sans pitié contre tous les impies, tous les sceptiques auparavant.

 

Ce qu'aucune de ces personnes ne voyait, alors que c'était comme le nez au milieu de la figure, c'était la profonde humanité, incarnée dans toutes les fibres de leur être, des populations palestiniennes de la Vieille Ville, un autre peuple d'écorchés vifs. C'était sans doute la raison pour laquelle je m'y sentais tel un poisson dans l'eau...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration prise ici

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