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Bonjour chez vous !

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télévision, société, politique, le prisonnier, patrick mac goohan, amaury watremez

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Je me réveille dans un de ces fauteuils « design » ronds. On m'a habillé de vêtements que portaient les estivants dans les stations balnéaires anglaises dans les années 60. Au revers de ma veste je trouve un badge « 9 » avec un ancien bicycle au-dessus. Au fond sur un écran, je distingue des formes floues qui ne cessent de changer, d'évoluer. J'entends une voix, à la fois bienveillante et d'une dureté sans pareil : « Vous ètes réveillé cher ami ? ». Un fauteuil comme le mien se tourne et je découvre un homme vêtu de la même manière que moi avec un parapluie à la main. Il a une écharpe multicolore autour du cou et un badge « 2 ».

 

« Je suis le nouveau numéro 2, vous ètes le numéro 9. Bienvenue au village »

 

Tout en commençant sa péroraison qu'il récite mécaniquement il m'invite à le suivre. Nous passons devant des encoignures curieusement éclairées dans lesquelles des individus entravés devant des moniteurs informatiques répètent inlassablement « bonjour chez vous » avec un grand sourire figé sur le visage. Nous traversons la salle dite « de sécurité », chaque villageois est surveillé, « pour son bien » rajoute le numéro 2.

Et « si l'on n'a rien à se reprocher pourquoi craindre cette surveillance? » lance-t-il avec une grand sourire découvrant ses dents, « nous avons tellement d'ennemis... » conclut-il.

 

Il fait des moulinets joyeux avec son parapluie, et nous remontons un escalier menant à une grand porte électrique s'ouvrant silencieusement, précédés par un étrange maître d’hôtel nain.

 

Sortant de ce qui s'avère être la mairie, nous arrivons devant un gigantesque échiquier humain. Deux « joueurs » déplacent les « pions » qui obéissent docilement. L'architecture de l'endroit est biscornue, mélangeant toutes les époques, tous les styles. Je reprends mes esprits et m'exclame :

 

« Mais nous sommes à Portmeirion dans les décors du « Prisonnier », ce n'est pas réel ».

 

Quand soudain je vois passer devant moi un homme à l'effroi terrible fuyant un ballon ? Le fuyard se retrouve acculé, le ballon s'avance en faisant entendre un curieux rugissement, et l'homme est enfoui dessous, on ne voit que son visage hurlant tentant d'échapper à l'étouffement.

 

J'observe alors le ciel d'un bleu sans pareil, je ressens la chaleur de l'air. Nous ne sommes pas dans le pays de Galles c'est évident.

 

« Alors le village existe ? » demandés-je au numéro 2.

 

« Je croyais que c'était une création de Patrick MacGoohan inspirée par une pièce d'Ibsen montrant un individu contre une société kafkaïenne, et un épisode de «Destination Danger ».

 

Ainsi qu'on le fait avec un enfant un peu débile, le numéro 2 m'explique que c'est justement ça la ruse suprême. Il m'explique que le village est maintenant partout mais que seul des privilégiés ont accès à cet endroit. Nous rencontrons plusieurs personnes en estivants, à peu près tous l'air béatement heureux sans se forcer. Quelques uns ont me semble-t-il un regard perdu. Tous font un signe bizarre de la main comme nerveusement en disant « Bonjour cher vous ». Je suis moi-même effrayé. Je ressens alors soudain la présence du ballon à mes côtés, les villageois l'appellent le « Rôdeur », la chose vibre comme de méchanceté contenue.

 

Je m'éloigne doucement en prenant bien soin d'adopter une allure calme. Je dis « bonjour chez vous » aux personnes que je vois, sans hâte ni méfiance....

 

...quand je me réveille dans ma chambre, la lune éclaire la pièce. Je suis chez moi. A force de me rappeler que c'était le cinquantenaire du « Prisonnier », j'en ai rêvé.Voilà ce que c'est d'avoir des intérêts de « geek ». Je me prépare pour aller travailler en riant de mon imagination. A la gare, je m'arrête pour prendre le journal attendant dans une file où tout le monde consulte son « samartphone ». Quand soudainement, en me rendant ma monnaie, le vendeur me dit avec un grand sourire :

 

« Bonjour chez vous ».

 

« Bienvenue au village » amis lecteurs...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration prise ici

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