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Lettre d'un fils à son père – lettre au pape François

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à propos de la lettre du pape François sur les migrants (voir à ce lien)

 

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Je ne suis pas de ces doux dingues persuadés que lorsqu'ils écrivent des missives enflammées au président de la République ou à ses ministres ceux-ci se jettent sur leurs lettres, les dévorent et y répondent. Je suis convaincu que jamais vous ne lirez cette courte adresse mais je vais l'écrire malgré tout.

 

Dans l'église de France, je pense particulièrement aux paroisses de Versailles mais c'est le même cas de figure un peu partout dans ce pays, on veut aider les pauvres. C'est très bien, très honorable sauf que le pauvre ce n'est jamais le plus proche, jamais le voisin de chaise à la messe auquel on ne serrera pas la main pendant le « baiser de paix » si on ne connaît pas, s'il ne fait pas partie du réseau. Le pauvre c'est toujours le migrant, l'étranger, cet autre majuscule que l'on ne veut plus voir ailleurs, cet autre toujours innocent alors que l'occidental serait toujours coupable :

Des jeunes distribuent des repas et des boissons chaudes aux personnes attendant dans les files d'attente des préfectures. L'on organise de temps en temps ces fameuses soirées « bol de riz » où il est d'usage de ne manger que cela par solidarité avec ceux qui ont faim. Voire des paroissiens partent en Afrique ou en Amérique latine porter des médicaments sur place. Sont mises en place des rencontres inter-religieuses très affectives où l'on pleure beaucoup en chœur. On prend la main du migrant, du musulman, du bouddhiste, on s'aime tous, on est tous frères, on en est sûr.

 

Tout cela est très méritoire certes...

 

Mais par contre, quand il s'agit de soulager de leur solitude des personnes seules ou isolées que ce soit les jours de fête ou les dimanches « ordinaires », elles sont laissées à leur sort sans aucun scrupules ou débats de conscience. Les paroissiens ne verront même pas le problème voire même les en accuseront. « Elles n'ont qu'à faire un effort » entend-on alors. Je songe aussi à cette femme seule ne méritant visiblement aucun acte solidaire de la part de ces grands philanthropes la laissant se débrouiller toute seul pour déménager suite à des revers de fortune de son mari. Je pense à cette jeune femme musulmane souhaitant se convertir traité avec dédain, inconscient peut-être etc...

 

...Tant d'autres exemples à raconter !

 

Et bien entendu je me souviens avec douleur des réactions d'indifférence quasiment totale rencontrées en évoquant la situation tragique des chrétiens d'Orient face à de nombreux catholiques de France. Ceux-ci n'aimaient pas du tout votre prédécesseur Benoît XVI car celui-ci prêchait pour une spiritualité solide et la pratique des sacrements avant toute sensiblerie superficielle. Étant intellectuel et d'une immense culture il passait pour difficile et fermé à la modernité. Il avait de l'exigence avec les chrétiens, voilà sa faute sans doute.

 

Et il n'était pas « en phase » avec les aspirations libertaires de la société sur la sexualité et cela même s'ils ne le disent pas c'était le pire pour les croyants soucieux d'être modernes.

 

Il n'était pas « simple », simplicité sur laquelle vous appuyez beaucoup ainsi que vos communicants depuis votre accession au trône de Pierre, selon la formule. J'ai pourtant du mal à comprendre en quoi le fait de porter telle ou telle paire de chaussures fait de vous une personne plus charitable. Vous semblez souvent déplorer la splendeur de Saint Pierre de Rome, la beauté des ornements et de la statuaire mais cette splendeur n'est-elle pas aussi une louange adressée à Dieu pour la beauté de la Création ?

 

Vous semblez également partager la même vision que vos paroissiens français et ecclésiastique sur l'état du monde, ce même masochisme mémoriel constant sur l'Occident forcément coupable de touts les maux, forcément égoïste, forcément perverti, dans l'histoire et la culture duquel il n'y a rien de bon à retenir. L'Occident doit payer de ces fautes supposées. Il doit souffrir sans mot dire, subir sans se poser de questions. Et surtout il doit tolérer une religion dont les fidèles les plus radicaux multiplient les signes d'asservissement des femmes et de tous ceux ne partageant pas leurs convictions religieuses.

 

Cela donc ne vous émeut pas ? Ou la persécution des yézidis, des kurdes, des chrétiens arabes ?

 

Tout cela plaît beaucoup aux donneurs de leçons de morale aux catholiques, ces moralisateurs qui en font constamment le reproche aux croyants mais qui pratiquent abondamment la moralisation à leur encontre. Ces donneurs de leçons, ces bourgeois pédagogues, connaissent mieux ce qu'il en est de la Foi que vous et moi. Ils savent ce qui est bon pour les chrétiens et fort curieusement ont souvent une lecture littérale de l’Évangile, ce qu'ils reprochent pourtant à ceux qui sont accusés d'intégrisme. A savoir tous ces croyants n'acceptant pas de se faire sermonner...

 

Il faut dire que les catholiques ont un avantage sur les autres croyants, ils sont censés tendre la joue droite quand on leur gifle la gauche. Ce qui est le cas de la plupart de ces « cathos de service » dont il était question plus haut. Personnellement, je suis de ceux qui ne se laissent pas faire. Par esprit de correction fraternelle.

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration prise ici

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