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Dans les ténèbres de Dark City

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À propos de « Dark City : Le monde perdu du film noir » de Eddie Muller chez Rivages-Noir (voir à ce lien)

 

cinéma, film noir, livre, société, amaury watremezL'auteur raconte comment ça se passe à « Dark City » qui est aussi « Sin City », une mégalopole gigantesque où les instincts les plus bas, les appétits les plus vils, les passions les plus dangereuses sont le quotidien, une ville que l'on voit dans tous les « films noirs » d'Hollywood. « Dark City » est l'envers du rêve américain même s'il engendrera des archétypes mythiques qui participeront de sa légende malgré tout ne serait-ce que par la figure de la femme fatale, Joan Bennett, Gloria Grahame la plus sulfureuse, du « privé » cynique en surface, des criminels mondains doucereux, des jeunes rebelles sans cause, du gangster à l'âme torturée comme Richard III....

 

Le livre est un voyage dans les quartiers de « Dark City » présentant ses habitants, montrant son ascension et sa chute brutale et tragique tel un film de gangster avec James Cagney ancien comédien comique de radio (« l'Enfer est à lui », « l'Ennemi public » et sa scène fameuse dite du pamplemousse etc...). La plupart des futures vedettes y débutent, y compris Marilyn Monroe dans « Quand la ville dort «  de John Huston.

Le « film noir » naît après la Seconde Guerre Mondiale, il naît souvent de la désillusion des « GI's » de retour au pays. Il naît aussi de contraintes matérielles de la « série B » imposant de faire trois ou quatre prises grand maximum et de tourner dans les décors d'autres productions, de tout faire à l'économie bien que pas au point des films dits d'exploitation. Cela engendre également le style « noir », la manière particulière de filmer les personnages et des éclairages très contrastés inspirés de l’expressionnisme allemand. Ce n'est pas un hasard si de nombreux réalisateurs de « film noir » viennent directement de la « MittelEuropa » qu'ils ont fui au moment du nazisme :

 

Otto Preminger, Robert Siodmark, Fritz Lang entre autres. Ils trouvèrent là une opportunité pour continuer à tourner et exprimer leur vision du monde gauchie par la tragédie à laquelle ils venaient d'assister en Autriche et en Allemagne, le triomphe de l'instinct grégaire le plus brutal.

 

L'avantage des films racontant des histoires de « Dark City » pour les réalisateurs c'est qu'ils peuvent s'autoriser toute la causticité qu'ils veulent, toute leur critique sociale la plus acérée, la plus incisive car ces films « noirs » sont méprisés par les censeurs qui ne se donnent pas la peine le plus souvent de les visionner, sans parler des critiques, du moins jusqu'à ce que les jeunes « turcs » des « Cahiers du cinéma » s'emparent du sujet, couronnant des cinéastes jusque là considérés surtout comme des « faiseurs » habiles.

 

Ils peuvent donc comme dans « Laura » avec la sublime Gene Tierney évoquer clairement des homosexuels et leurs rapports de séduction. Et comme dans « Sunset Boulevard », mettant en scène Gloria Swanson et William Holden, chef d’œuvre de Billy Wilder, on peut comble du vice, aux yeux de bonnes âmes, tourner en dérision l'usine à rêves elle-même (voir les vidéos ci-dessous), ou dans « Assurance sur la mort » avec Barbara Stanwick finir sur une note parfaitement amorale.

 

Le film noir finit par presque mourir au début des années 60 mais il a inspiré tous les polars des années 70 dont en particulier « Serpico », « French Connection » et même « Shaft ». Il est souvent cité dans les films de Tarantino qui sont autant de mises en abymes, mais il n'est plus perçu dans sa critique de la société telle qu'elle est. Il a gagné en aseptisation...

 

Hélas.

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury - Grandgil

 

Illustration empruntée ici

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