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Les nouveaux rosiers de madame Husson

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politique, société, réacs, amaury watremezCe petit texte est dédié à « ffff ». « ffff » était un commentateur quotidien de mon blog durant quelques années, surtout quand il était jumelé avec celui des « Moissonneuses », ces pestes fort séduisantes. Il s'est avéré que « ffff' » est un jeune historien « politiquement incorrect » qui nous explique doctement dans deux ouvrages que certains évènements comme la Vendée Militaire ne sont pas abordés par l'histoire officielle afin de ne pas contredire certains mythes éculés construisant la psyché républicaine : quelle découverte en effet...

 

Dans les nouvelles et romans de Guy de Maupassant, il y a toute l'humanité, parfois il en a une vision vraiment noire, mais il est toujours lucide. Dans « le Rosier de madame Husson », il raconte l'histoire de ce pauvre garçon sage et bien gentil de Gisors qui récompensé pour son apparente vertu s'empresse de filer à la capitale, ébloui par ses plaisirs, pour faire la fête. Les auteurs du net ou d'ailleurs se voulant politiquement incorrects, indépendants, voire antisystème sont pour beaucoup de ces nouveaux rosiers de madame Husson.

Ce sont de très sages jeunes gens ou jeunes filles parfois qui n'ont vu de l'existence que les salles de classe des boîtes à bachot la plupart du temps privées et catholiques de tradition où Papamaman les envoyaient. Ils n'ont toujours fréquenté que des personnes de leur milieu, et doivent se confronter au monde tel qu'il car devant un jour ou l'autre sortir de leur cocon. Il leur arrive de ne pas être très doué pour faire carrière dans une spécialité de médecine ou de droit, ou dans la banque, on dit alors qu'ils sont « littéraires ».

 

Cela ne veut pas dire qu'ils ont quelque appétence réelle pour la littérature bien entendu, juste qu'ils sont soient un peu « cossard » soient tout simplement pas doués pour les études longues.

 

Il s'agit ensuite de leur trouver une place qui ne démérite pas de leur milieu d'origine. Ils conservent eux aussi toujours une conscience de classe très importante. Ils ne peuvent pas commencer dans « la gazette de l'Amicale bouliste » de Mézidon (14). On leur trouvera bien une place au « Figarovox » ou à « Valeurs Actuelles » en faisant bouger ses relations.

 

Ils n'ont même pas besoin de bien écrire, les « bonnes » plumes sont considérés comme trop clivantes, trop humiliantes pour certains lecteurs incultes qui se sentent rabaissés par le talent des autres...

 

J'en ai connu beaucoup de ces auteurs dits indépendants, historiens « politiquement incorrects » redécouvrant l'eau tiède (NB : l'histoire serait toujours réécrite par les vainqueurs) et éditorialistes « indépendants ». Ils veulent tout changer, tout révolutionner. Lorsqu'ils ont un petit succès trouvent que quand même ce n'est pas si mal les avantages en nature, que c'est grisant d'approcher les privilégies, on fait partie de la caste nous aussi se disent-ils alors. Ils sont interrogés à la télévision, ont leur photo dans la PQR, ils sont la fierté de leur sous-préfecture d'origine, voire pour une rubrique d'un grand quotidien.

 

Ils deviennent toujours le « réac » archétypal à qui l'on demandera de simplifier au maximum son discours, le réduisant à deux ou trois slogans pour que les téléspectateurs pris pour des imbéciles comprennent bien. Ils se muent d'eux-même, avec leur assentiment enthousiaste en leur propre caricature, sachant très bien que faisant partie du spectacle ils ne feront bouger aucune ligne. Lors des grands débats de société, ils sont invités pour donner leur avis. On les voit alors soigner leur look, les cheveux sont soigneusement coupés, les barbes bien taillées, les dents polies et reblanchies, les mains de temps en temps manucurées.

 

Ce qui les amène le plus souvent à mettre de plus en plus d'eau dans leur vin, à acquiescer à tout ce que les gardiens de la bonne parole pensent. Et à perdre leur intégrité. Je songe à cet auteur « bernanosien » qui finit lors d'un de ces « débats » par admettre qu'au fond il pensait dorénavant comme tout le monde, ce qui ne l'empêchait pas d'être tout autant méprisé par les gardiens du temple, les bourgeois pédagogues. Il le comprit trop tard.

 

Ensuite certains retombent dans l'ombre, on se lasse d'eux à la télévision, ils ne font plus de « bruit médiatique » suffisant pour être montrés. Ils se piquent alors de reprendre leur discours virulent contre le système mais s'étant compromis ils ne sont plus crédibles.

 

Et le serpent de se mordre la queue, les vrais maîtres organisant en somme leur contradiction pour mieux la contrôler. Ils savent parfaitement que l'homme étant ce qu'il est, il est très facile de s'attaquer à son intégrité morale. La plupart d'entre nous sont prêts à la perdre pour quelques miettes de célébrité, ou de pouvoir...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

 

photogramme de l'adaptation du conte de Maupassant avec Bourvil

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