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Les morts-vivants descendus de l'écran

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Georges A. Romero est mort il y a une semaine. Il se peut que de ses zombies soient, sortis de l'écran, qu'il y en a un ou plusieurs qui l'ont mordu et qu'il les a rejoint enfin. Peut-être même était-ce à dessein car au fond les morts-vivants les vrais c'est tous les citoyens-consommateurs de notre société aux appétits très étriqués, de plus en plus restreints, aux cerveaux de plus en plus standardisés. Nous sommes pour beaucoup comme les masses apathiques et parfois violentes du film de Romero « Dawn of the dead », « Zombie » en France dans lesquels les morts revenus à la vie se précipitent au centre commercial mécaniquement. Il y eut deux versions du film, une américaine et une européenne montée par Dario Argento et agrémentée d'une musique du groupe « Goblin »...

 

Il commença sa carrière en tournant des films commerciaux et d'entreprise à Pittsburgh avec les moyens du bord sans connaissance technique particulière, se cultivant sur l'éclairage, le cadre ou l'étalonnage grâce à sa cinéphilie boulimique depuis l'adolescence. Il préférait le cinéma à la vie banale de « teenager » sous Eisenhower, indifférent aux bals de fin d'année, aux rituels scolaires et sociaux. Comme tous les enfants et les adolescents peu doués pour la vie sociale et ses conformismes il adorait tout ce qui lui permettait d'y échapper.

Romero est surtout connu pour son premier film, « la nuit des morts-vivants » réalisé en 1968 avec l'aide de nombre de ses amis passionnés. Le long-métrage passe pour un brûlot anti-raciste car son « héros » est noir et qu'il meurt à la fin tué par les flics. Selon l'aveu du réalisateur lui-même, ce n'est pas du tout ça. Le rôle était au départ destiné à un blanc, et aucune ligne de dialogue ne fût changée pour le nouvel interprète afin de suggérer un contexte racial. Il se peut aussi au vu de ses films suivants très politisés jusqu'à « Land ot the dead » (« le territoire des morts ») sorti en 2005 qu'il était faussement candide. Dans ce dernier, on peut se dire que le personnage de Dennis Hopper aurait pu sans problème porter une mèche blonde suspecte sur des cheveux blancs

 

On peut avoir de nombreuses théories sur un film, il s'avère parfois que les intentions d'un auteur sont beaucoup plus simples que cela...

 

Il fut loin de tourner seulement « la nuit des morts-vivants » et des histoires de ce genre. Il réalisa aussi « The Crazies » montrant la désagrégation de notre société devenant subitement folle.

 

Le cinéaste est très connu en partie grâce à la passion de fans français des lecteurs de « Midi-Minuit », jusqu'à ceux de « Starfix » et « Mad Movies » qui consacrèrent plusieurs numéros au réalisateur et des créateurs du festival du film fantastique de Paris, . Le genre, les films d'horreur d'exploitation trouvèrent enfin la place qu'ils méritaient dans le cœur des cinéphiles. Après tout la bande des « Cahiers du cinéma » dans les années 50 avaient bien commencé en portant aux nues des bons faiseurs de films policiers et de western comme Howard Hawks ou Alfred Hitchcock ou Robert Aldrich.

 

Certains à « Starfix » ou « Mad Movies » sont devenus eux-mêmes cinéastes ou réalisateurs de films de « genre » depuis, et sont toujours des cinéphiles compulsifs. Les films de genre ont toujours été méprisés par la critique dite sérieuse, ils permettaient donc d'y instiller un peu de subversion voire de transgression contre les préjugés contemporains. Ce n'est plus le cas maintenant, le « genre » à quelques exceptions dont Duncan Jones, entre autres, est aussi devenu un « business » juteux et cadré pour vendre le plus de popcorn possible.

 

Ainsi que beaucoup d'amateurs de fantastique ou d'épouvante, Romero se passionna pour les légendaires « comics » d'horreur EC-Comics édités . Ceux-ci racontaient des histoires à chute dont la morale était souvent cruelle mais curieusement d'une grande lucidité sur l'être humain. Ces bandes furent bien sûr vite interdites par l'état fédéral aux Etats-Unis émues par un livre du psychanalyste Frédéric Wertham qui inventa souvent pour appuyer ses dires des « comic books » qui n'existaient pas. Elles firent le même genre de reproche plus tard aux longs métrages de Romero sans se donner toujours la peine de les regarder.

 

Romero réalisa d'ailleurs « Creepshow » en s'en inspirant avec la complicité de Stephen King qui y joue même un rôle, celui du pauvre fermier Jordy Verril. C'est la meilleure réalisation pour entrer dans son œuvre...

 

Le père de « Martin », ce vampire pathétique, figure d'inadapté parfaite, a toujours travaillé dans sa ville d'origine, réputée « provinciale » , Pittsburgh, afin de conserver toute son indépendance, et le « final cut ». Il eut toujours beaucoup de difficultés à se faire entendre des « majors ». Il est mort à une époque où les désastres qu'il évoquait dans ses œuvres sont finalement advenus. Il était donc temps qu'il s'en aille...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

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