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Des chercheurs d'or dans Paris

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Paris, paris souterrain, société, politique, hypocrisie, invisibles, amaury watremezIl y a ceux qui voient Paris comme dans les photos de Robert Doisneau et qui auraient souhaité que rien ne change depuis les années 40 et un pittoresque évoquant une ville n'ayant en somme jamais existé (NB: je n'aime pas du tout Doisneau). Ce Paris là n'était pas des plus agréables non plus, il sentait la pisse des clochards, les odeurs de choux brûlé. On entendait les gueulements des voisins et les moins fortunés pouvaient s'entasser à sept dans une trentaine de mètres carrés.

 

Il y avait certes des compensations, les milieux se mélangeaient, les parisiens riches et bourgeois, les précaires et le « populo » se croisaient parfois. Les mêmes ne voient qu'un Paris patrimonial, des « vieilles pierres » qui dans la capitale ne le sont pas tant que ça datant pour leur majorité d'Haussmann et dont le but premier était déjà d'éloigner le petit peuple du centre-ville.

 

Ce à quoi la « bobolisation » arrive tout aussi bien à faire, elle est dans la stricte continuation de l'haussmanisation censée domestiquer ce Paris si turbulent...

D'autres perçoivent Paris comme un genre de carrefour de cultures, d'influences et de « diversités » mais des diversités vues comme dans une pub « Benetton » des années 80. Eux se fichent complètement du passé. Étant incultes, cela ne les intéresse pas. Cela nécessite il est vrai de leur part un effort intellectuel qu'ils ne sont en aucun cas prêts à faire et qui freine leur appétence pour des fêtes dites « citoyennes » sans fin, grégaires et décervelant es.

 

Aucun d'entre eux ne veut voir le véritable Paris, celui du quotidien, celui des migrateurs diurnes du « périph » et des trains de banlieue. Et celui des « chercheurs d'or » parisiens. Ceux-ci sont nombreux, on en voit partout. Ils sont de tous les âges, tous les milieux. Certains ont déjà un bon filon en vue, d'autres n'auront qu'un peu de poussière et deux ou trois particules dans leur tamis. Ils sont à Paris, ils savent que la ville par ces prix, par son mode de vie, n'est pas fait pour eux. Ils n'en ont cure ils passent outre, ils sont venus pour y trouver la célébrité, la richesse. Ils connaissent l'ami d'un ami d'un ami de l'assistant d'une vedette ce qui demain c'est certain leur ouvrira les portes de la gloire.

 

Econduits, ils ne se mettent même pas en colère, ce n'est rien, c'est que la personnalité connue n'était pas sympa c'est tout. Ils en connaissent une autre l'étant beaucoup plus c'est sûr.

 

Cela va de cette vieille petite fille en jean taille basse et tennis de gamine à peine pubère son carton de dessins au bras, cheveux nattés en « dreadlocks », la cinquantaine bien tassée. Elle attend le métro indéfiniment en fumant des « roulées », retardant le moment où il lui faudra monter dedans pour rentrer dans le réduit qu'elle habite, retardant le moment où la réalité bien ennuyeuse s'imposera d'elle-même. Elle montre ses œuvres, elle les détaille longuement à qui veut l'écouter. Elle ne veut pas les vendre, elle veut aller à Drouot directement. Et là les maîtres du lieu, éblouis, lui achèteront tout céans. Elle demande trente fois par jour aux voyageurs où il faut descendre pour aller à cette salle de ventes.

 

Au fond d'elle elle sait sans doute qu'elle rêve, elle s'en défend...

 

Je pense aussi à cet homme distribuant son livre devant l'entrée de Montparnasse, un livre expliquant les grands secrets du monde actuel, on comprendra tout me dit-il.

 

Il y a également les « chercheurs d'or » qui trichent. Fils à Papa et Maman, enfants de parvenus, ils s'ennuient terriblement dans la vacuité d'une existence matériellement facile mais intellectuellement et spirituellement complètement creuse. Ils sont persuadés qu'ils ont forcément un don artistique, celui-ci expliquant leur vide intérieur. Ils sentent bien qu'ils ne sont pas fait pour être gérants d'affaires, même de bonnes affaires, juristes ou faire de l'économie.

 

Ils culpabilisent d'être favorisés, d'être privilégiés. Cela ne les empêche cependant de ne fréquenter que des cafés ou des endroits de détente où ils ne se retrouvent qu'entre eux. C'est bien beau d'être en rupture de ban d'avec son milieu mais les pauvres, les prolos sont quand même bruyants. Ils participent à « Nuit debout » font la fête toute l'année universitaire, le loft de cent mètres carrés de leurs géniteurs est quand même bien pratique pour ça et assurer la fidélité de leurs amis.

 

Et puis ils finissent tous à un moment ou un autre à rentrer dans le rang se donnant de temps en temps des alibis adulescents et, ou équitables. Cela n'empêche en rien le vagabonage sexuel l'embourgeoisement, il donne même le sentiment d'être encore rebelle et tellement libertaire.

 

Décrivant ces quelques figures me reviennent celles d'Haïcème ou d'autres, connus durant les années 90. Haïcème s'habillait comme Aristide Bruant, il allait au « café des phares » pour échanger quelques lieux communs pensant philosopher. Il se voyait chanteur réaliste, chanteur poète comme Philippe Léotard qu'il révérait. Ainsi il était moins triste quand il rentrait dans la très belle tour « Défense 2000 » où il habitait avec sa mère en attendant la fortune...

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

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