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Dupont de Ligonnès pris entre le Ciel et l'Enfer

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 à propos de « l'Eternité de Xavier Dupont de Ligonnès » de Samuel Doux aux éditions Julliard

 

Ce n'est pas la première fois que j'évoque un fait divers marquant, voir à ce lien mon texte sur la tragique "Affaire Lubin"...

 

xdl.jpgLa lecture de cet article (à ce lien) m'a encouragé à lire le livre de Samuel Doux sur Xavier Dupont de Ligonnès, un roman de non-fiction passionnant, autant que « l'Adversaire » ou les livres de Libérati sur Jayne Mansfield et Charles Manson. Des histoires se déroulant sur les marges, les crimes, les faits divers en disent beaucoup plus long sur notre société et sur toutes les couches sociales la composant que bien des articles et traités savants. J'ai toujours été passionné par les livres s'en inspirant car ils révèlent ce qu'il y a derrière les apparences, derrière les paravents moralisateurs, les beaux discours. Chez ces gens là on cache les abjections sous le boisseau, on les balaie soigneusement sous le tapis. L'important c'est de faire bonne figure. Toutes ces petites et grandes cachotteries vont de mise, on les considère comme obligatoires, allant de soi.

 

Cet ouvrage de Samuel Doux m'intéressait d'autant plus que je connais sur le bout des ongles le milieu qu'il décrit et que j'ai côtoyé son personnage principal ayant fait partie jusqu'en 1990 du même mouvement catholique traditionaliste.

 

 

J'en suis parti quand des jeunes dudit mouvement ont incendié le cinéma « Saint Michel » et surtout après avoir entendu des adultes irresponsables pousser à la violence et la haine de jeunes cerveaux malléables. L'un d'eux encourageait les adolescents à aller faire exploser des pétards dans les messes dites « progressistes », un autre donnait la recette du « cocktail molotov » dans un bulletin lu par les jeunes et s'en lavait les mains ensuite. Quand je fus au dehors, on me fit comprendre que j'avais décidé d'aller en enfer. Je sentais le soufre. J'avais bien des défauts dont celui de lire beaucoup et le moins possibles de livres pleins d'exemples moraux remarquables pour l'édification des âmes.

 

C'était pourtant confortable d'en être. Tant que l'on ne sortait pas des rails des opinions qui y était de mise, tant que l'on « hurlait avec les loups » même si l'on n'était pas d'accord, la vie était confortable. Le vocable « hurler avec les loups » est le terme que de Ligonnès employa me téléphonant un soir afin de « me récupérer » pour la cause. Pourquoi m'en aller ? Il n'y avait même pas besoin de réfléchir par soi-même ni de se demander comment se comporter au mieux. Tous les autres étaient dans l'erreur, nous étions les seuls à tout comprendre de ce qui menait ce monde. Les filles avaient pour la plupart le genre « cheftaine » sain et plein de santé, de bonnes joues rouges comme des pommes d'Api. Elles sentaient le savon frais et les valeurs traditionnelles. Bien entendu, ce n'était la plupart du temps qu'une façade, pas tout le temps, pas toutes mais une globalité.

 

Elles trouvent des dérivatifs pour se consoler, se camouflent, se révèlent parfois. Mais celles qui ont le courage d'être elles-mêmes tout simplement sont rares. On me rétorquera que ce n'est pas l'exclusivité de ce milieu mais cela ne justifie en rien quoi que ce soit.

 

Je pense entre autres à cette fille qui écoutait en cachette en boucle « Je suis libertine » de Mylène Farmer ce qui lui donnait l'impression d'être une disciple de Dyonisos en cachette. Elle s'inventait une vie tumultueuse après être sortie de la « Légion d'Honneur » et avoir été promise sans son consentement à un futur « cyrard » rencontré lors d'un « rallye ». Il y avait ce jeune homme tellement sensible, tellement artiste que les filles adoraient car « avec lui au moins on pouvait être ami ». Il a fini par se marier avec un des « garçons manqués » du mouvement trop heureuse de se trouver un mari bien que celui-ci n'accomplisse pas son « devoir conjugal » ce qui finit bien sûr par un divorce à l’amiable.

 

Dans ce milieu il n'est pas contradictoire du tout de réussir socialement et matériellement même contre les principes que l'on prétend défendre. Cette réussite est même une obligation absolue. Il suffit pour compenser de continuer à aller à la messe et de temps à un ou deux évènements traditionalistes importants. Xavier Dupont de Ligonnès était un de ces garçons modèle dans ce mouvement, superficiellement du moins comme la suite de son histoire l'a montré. Il ressemblait à ces scouts héroïques de Pierre Joubert, des jeunes hommes vigoureux adeptes des fraternités saines et viriles, étanches au doute et à tout questionnement, dociles et réputés toujours francs du collier, de bons reproducteurs de futur sauveteurs du pays en péril.

 

Ce qui n'empêche pas de faire de l'argent, beaucoup d'argent, entre deux en profitant au mieux de ses réseaux, de son nom, de sa famille...

 

Dans ce milieu les horreurs on les commet à l'abri des regards, on fait comme si, on n'en parle pas, on « vit avec » quelles que soient les conséquences. De temps en temps on choisit une victime expiatoire, un « mouton noir » pour payer à sa place. Les valeurs morales ce sont pour les autres. Toujours. Avec soi-même et ses proches on a un point de vue beaucoup plus élastique.

 

Il est apparu très vite que Xavier Dupont de Ligonnès ne pouvait pas réussir comme cela était l'usage dans son milieu, qu'il avait sans doute d'autres aspirations personnelles soigneusement camouflées durant de nombreuses années. Il est possible que celles-ci aient été de plus en plus compliquées à cacher, qu'il préférait les assouvir plutôt que de continuer de jouer la comédie de la bonne réussite bourgeoise en demandant fréquemment de l'aide à des amis plus fortunés matériellement. Il en allait de la plus grande gloire de l'Occident chrétien. Certains de ses relations de de Ligonnès sont encore persuadés qu'il n'a tué personne, que ce n'est qu'un complot de services secrets souhaitant la perte d'une personnalité tellement ardente à défendre les valeurs comme il le fallait.

 

On découvrira également que sa femme menait également une double vie, si l'on peut dire la deuxième étant strictement virtuelle. Elle était inscrite sur de nombreux sites de rencontres infidèles et de dialogues pornographiques, très éloignée de son attitude pour le monde...

 

Leurs amis préfèrent encore le mensonge et l'apparence au triste réel, c'est plus confortable. Ils ne sont pas loin d'excuser ce qui a dû se passer...

 

Je n'avais pas besoin de cet ouvrage pour me conforter dans ma méfiance profonde envers tout militantisme de droite comme de gauche, idéologique, théocratique, ou autre, dans ma haine pour tous conformismes sociaux que je déteste tout autant chez les « bourgeois pédagogues » terme de Satie que je préfère à « bobo » bien galvaudé (c'est devenu l'excuse du crétin ignare pour justifier son inculture, celui qui en dispose est un bobo) et dans ma certitude que ce soit dans la Foi comme dans tout engagement seuls comptent la Liberté et la Vérité quitte pour cela à tirer à boulets rouges contre son « camp » supposé.

 

Sic Transit Gloria Mundi, Amen

 

Amaury – Grandgil

 

illustration empruntée ici

 

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